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Full text of "Congrés international des américanistes, cinquiéme session, copenhague"



CONGRÈS INTERNATIONAL DES AMÉRICANISTES 

HUITIÈME SESSION 

PARIS (1890) 



Digitized by the Internet Archive 

in 2008 with funding from 

IVlicrosoft Corporation 



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(^CONGRÈS INTERNATIONAL 



DES ■ 



AMÉRICANISTES 



COMPTE-RENDU 



DE LA 



HUITIÈME SESSION 

TENUE A PARIS EN 1890 



PARIS 

ERNEST LEROUX, ÉDITEUR 

28, RUE BONAPARTE, 28 

18'>2 A 



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PRÉFACE 



La publication assez tardive du présent volume est, 
comme celle des Comptes-Rendus des sessions précédentes 
qui ont paru, due aux mômes causes et difficultés ; il est 
oiseux de les énumérer. 

Mais, malgré ces circonstances défavorables, notre Compte- 
Rendu paraîtra néanmoins quelques semaines avant la ses- 
sion de Huelva. Nous aurons ainsi tenu l'engagement moral 
que le Comité de publication avait pour ainsi dire contracté 
vis-à-vis des Américanistes. Nous sommes redevables de ce 
résultat à la diligence et bonne volonté des membres de 
notre Comité, ainsi que de nos autres honorables collègues, 
auteurs de mémoires, tant étrangers que Français. 

Et pourtant, lious avons eu l'extrême regret d'être privés 
entre temps du concours si efficace de notre vénéré prési- 
dent effectif, l'illustre professeur A. de Quatrefages, que 
jious pleurons tous. A cette mort est venue se joindre celle 
de nos autres éminents collègues tels que le D"" Jourdanet, 
notre généreux président d'honneur, Dom Pedro II d'Al- 
cantara, notre savant protecteur,- le professeur Borsari, le 
D"^ Colvis, MM. Diaz Mimiaga, Carlos Gutierrez, Alfred 
Maury, E. Metzger, D'" Moutard-Martin, Juan C. Ordonez, 
Enrique Palacios, Lucien Pelletier, Rémi Siméon, D' José 
Triana. 



La disparition de ces regrettés collègues est à déplorer 
très sincèrement, mais leurs travaux restent et la loi de la 
nature veut que de nouveaux adeptes de l'américanisme 
viennent mettre à profit le résultat de leurs labeurs infati- 
gables. Puissent-ils, avec ce précieux appui, faire progresser 
davantage cette science appelée à un si brillant avenir, 
dont la devise pourrait être, en altérant un peu celle de 
Térence : 

...Nil americani a me allenum puto. 
Paris, 1" septembre 1892. 

Pour le Comité de publication : 

Le Secrétaire-général, 
Désiré PEGTOR. 



'•} 



Par décision du Congrès international des A niéricanistes tenu 
à Berlin en octobre 1888, la ville de Paris a été désignée pour 
être le siège de la huitième session. 




Héliog, Dujardm 



A, DE QUATREFAGES DE BRÉAU 

Membre de 1' Institut , professeur au Muséum 

Président du 8^ Congrès des Américain ste s 



Ernest Leroux, Edit 



CONGRÈS INTERNATIONAL 

DES AMÉRICANISÏES 



COMITÉ D'ORGANISATION DE LA SESSION DE 1890 
Protecteur : S. M. Dom Pedho d'Alcantara. 

PRÉSIDENTS D'HONNEUR : 

MM. F. Denls, conservateur-administrateur de la Bil)liothèque 
Ste-Geneviève. 
le Docteur D. Jourdanet. 

Président : 

MM. A. de QuATREFAGES, membre de l'Institut, professeur d'An^ 
thropologie au Muséum d'histoire naturelle. 

Vice -Présidents : 

le D"^ E. T. Hamy, membre de l'Institut, conservateur du 

Musée d'ethnographie du Trocadéro. 
le marquis de Nadaillac, correspondant de l'Institut. 



Secrétaire général : 
Désiré Pector, consul de Nicaragua à Paris. 

Trésorier : 
le marquis de Bassano. 

Trésorier adjoint : 
C. AuBRY, agent de la Société de Géographie de Paris. 

Membres du Conseil : 

Lucien Adam, président de Chambre à la Cour de Rennes. 

le baron Joseph de Baye, membre de la Société des Anti- 
quaires de France. 

Eugène Beauvois. 

le prince Roland Bonaparte. 

le comte H. de Charencey. 

Désiré Charnay, voyageur au Mexique. 

Henri Cordier, professeur aux Ecoles des Langues orien- 
tales et des Sciences politiques. 

J. Durand, délégué de l'Institution Smithsonienne de 
Washington. 

Paul Gaffarel, professeur à la Faculté des Lettres de 
Dijon. 

M.-J. Girard de Rialle, ministre plénipotentiaire et chef 
de la division des Archives au Ministère des Aflaires 
étrangères. 

le marquis d'IÏERVEY St-DENYS, membre de l'Institut. 

le D' Letourneau, secrétaire général de la Société d'an- 
thropologie de Paris. 

Emile Levasseur, membre de l'Institut, professeur au 
Collège de France et au Conservatoire des Arts et 
Métiers. 



— 3 — 

Gabriel Marcel, bibliothécaire à la section des cartes à la 
Bibliothèque nationale. 

Paul Margry, historien. 

le comte de Marsy, directeur de la Société française 
d'Archéologie. 

Gaston Maspero, membre de l'Institut, professseur au Col- 
lège de France. 

Maunoir, secrétaire général de la Société de Géographie 
de Paris. 

Alfred Maury, membre de l'Institut. 

Marcel Monnier, voyageur au Pérou. 

Jules Offert, membre de l'Institut, professeur au Collège 
de France. 

le D"" d'ORNELLAS. 

Alphonse L. Pin art, voyageur en Amérique. 

Léon de Rosny, professeur à TEcole des Langues Orien- 
tales. 

F. de Santa-Anna Néry, membre de l'Institut historique et 
géographique de Rio de Janeiro et de l'Académie 
royale des Sciences de Lisbonne. 

René de Sémallé, membre de la Société de Géographie. 

Rémi SiMÉON, vice-président de la Société américaine de 
France. 

Le D"" José Triana, consul général de Colombie en France. 

le D"" R. Verneau, préparateur au Muséum d'Histoire 
naturelle. 

Julien ViNSON, professeur à l'Ecole des Langues orien- 
tales. 



— 4 — 



QUESTIONS PROPOSÉES PAR LE COMITÉ 



HISTOIRE ET GÉOGRAPHIE 

Rapporteurs : MM. G. Marcel et M. Moisnier. 

1° Sur le nom « America ». 

2° Les dernières recherches sur l'histoire et les voyages de 
Christophe Colomb. 

3" De l'influence produite par la venue de l'Européen sur 
l'organisation des communautés indiennes de l'Amérique du 
Nord (Confédération des sept nations, etc., etc.), 

4° Quelles modifications le contact de l'Européen a-t-il opé- 
rées dans l'organisation sociale et politique chez les populations 
de la région andine ? — Densité de la population avant et après 
la conquête espagnole. 

5° Si l'on prend pour terme de comparaison les stastistiques 
dressées par ordre des vice-rois et les derniers recensements 
effectués par le gouvernement péruvien, la loi de diminution 
graduelle de la population indigène au contact du blanc s'ap- 
plique-t-elle avec une égale rigueur à l'Amérique latine et à 
l'Amérique anglo-saxonne ? 

6o Les dernières découvertes faites dans les grandes nécro- 
poles de l'estuaire de l'Amazone et du Rio Tocantin (ile de 
Marajo, etc.) permettent-elles de conclure à l'existence d'une 
race antérieure distincte de l'Indien actuel, et parvenue à un 
degré de civilisation relativement avancé ? 

7° Etudier les documents cartographiques relatifs à la décou- 
verte de l'Amérique récemment retrouvés, et leur assigner leur 
place dans la série d'après les informations qui les ont inspirés. 



— 5 — 

ARCHEOLOGIE 

Rapporteurs : MM. D. Ciiarnay et marquis de Nadaillac. 

1° Nouvelles découvertes relatives à Fliomme quaternaire 
américain. 

2° Quelles sont les premières migrations de races étrangères 
à l'Amérique dont nous avons connaissance ? 

3° Signaler les analogies qui existent entre les civilisations 
précolombiennes et les civilisations asiatiques (Chine, Japon, 
Cambodge, Malaisie, Chaldée et Assyrie). 

4° Faire connaître les découvertes les plus récentes qui ont 
été faites sous les mounds de l'Amérique du Nord, et les con- 
clusions que l'on peut en tirer pour la civilisation de leurs cons- 
tructeurs. 

0° Quelles sont les anciennes populations de l'isthme de 
Panama qui ont laissé les collections céramiques, qui se trou- 
vent aujourd'hui au « Yale Collège » , au « Smithsonian Insti- 
tution », etc.. ? 

6° Quels rapports peuvent avoir entre elles les diverses pote- 
ries de l'Amérique ? 

ANTHROPOLOGIE ET ETHNOGRAPHIE 

Rapporteurs : MM. le prince Roland Bonaparte et F. de Santa- 

Anna Néry. 

1° Nomenclature des peuples et peuplades de l'Amérique 
avant la conquête. — Cartes ethnographiques précolombiennes, 
— Eléments ethniques de l'extrême Sud américain. 

2" Les études crâniologiques permettent-elles d'affirmer que 
les races américaines actuelles existaient en Amérique dès la 
période quaternaire (diluvium) et que la conformation des crânes 



— 6 — 

des hommes de ces races était la môme que chez les Indiens 
d'aujourd'hui ou océaniens ? 

3° Existe-t-il chez les Indiens de l'Amérique en général, et en 
particulier chez ceux de la côte nord-ouest, des caractères dis- 
tinctifs indiquant des affinités avec les peuples asiatiques ? 

4° Esquimaux et leurs métis. 

5° Rites funéraires en Amérique, avant et après Christophe 
Colomb. 

6° Ecritures figuratives de l'Amérique et spécialement de leur 
distribution géographique. 

7° Pénétration des races africaines en Amérique, et spéciale- 
ment dans l'Amérique du Sud. 

8» Distribution ethnographique et possessions territoriales 
des nations ou tribus aborigènes de l'Amérique au xvi^ siècle et 
de nos jours. 

LINGUISTIQUE ET PALÉOGRAPHIE 

Rapporteurs : MM.. J. Girard de Rialle et R. Siméon. 

1° Les principales familles linguistiques des bassins de l'Ama- 
zone et de rOrénoque. 

2° Différences entre les langues des côtes et celles des monta- 
gnes du Pérou. — Y a-t-il analogie entre les premières et celles 
de l'Amérique centrale ? 

3° Le Quechua et l'Aymara appartiennent-ils à la même fa- 
mille ? 

4° Les idiomes de la côte occidentale de l'Amérique présen- 
tent-ils quelques affinités grammaticales avec les langues poly- 
nésiennes ? 

5» La composition avec emboîtement et l'incorporation du 
pronom personnel ou du nom régi sont-elles des procédés com- 
muns à la majorité des langues américaines ? 

6 3 Origines des terminaisons du pluriel dans le nahuatl et 
quelques autres idiomes congénères. 



— 7 — 

7° Persistance des caractères et formes des dialectes des lan- 
gues parlées en Amérique (français, anglais, espagnol, portugais 
et hollandais) par les descendants des colons européens, suivant 
les provinces dont ils sont originaires. 

8° Étude des langues en formation en Amérique. 



DÉLÉGATIONS 

Allemagne. 

Le D"" Gustav Hkllmann, délégué et secrétaire honoraire de la 

« Gesellschaf t fur Erdkunde », de Berlin. 
Les D" JoEST et Eduard Seler, délégués de la « Gesellschaft fur 

Anthropologie, Ethnologie und Urgeschichte », de Berlin. 

Autriche-Hongrie . 

Le chevalier deHesse-Wartegg, représentant la Société impériale 
et royale de Géographie, tie Vienne. - 

Srésil. 

Le contre-amiral baron de Teffé, 

correspondant de l'Institut de , „ , , , , n, ... 

_, / Keprésentant la Société de 

T ' . -, r^ > Géographie de Rio de 

Le vicomte de Cavalcanti. f ^ . 

Le baron F.-J. de Santa Anna 

Nery. 

Cuba. 

Le D"" Enrique Morado, représentant la « Sociedad Antropolo- 
gica de la isla de Cuba », de La Havane, 



Janeiro. 



Sspagne. 

Le sénateur Joan de Dios de la | Délégués officiels du Gou- 
Rada y Delgado. / veruement espagnol (Mi- 

Le professeur Juan Vilanova y > nistère de « Fomento » et 
PiERA. i direction générale de l'ins- 

Le D"" JosTO Zaiugcza. ] truction publique). 

Le D"" Juan Vilanova y Pieha. ^ „ , , , , ,. i 4 

-, , , - _ I neiîresentant la « Ueal Aca- 

Le sénateur Juan de uios de la ( z . , , tt- . • 

„ -, > demia de la liistoria », 

Hada y Delgado. ( , ,, , . , 

-, „ , ^ \ de Madrid. 

M. Marcos Jimenez de la Lspada. / 

Le professeur Juan Vilanova y Piera, délégué de la « Sociedad 

Colombina Onubense », de Iluelva. 

France. 

Le professeur A. de Qoatrefages, délégué officiel du Gouverne- 
ment français (Ministère de l'instruction publique et des beaux- 
arts). 

M. Girard de Rialle, délégué officiel du Gouvernement français 
(Ministère des affaires étrangères). 

Le baron Joseph de Baye, délégué de l'Académie nationale de 
Reims. 

M. Paul Crépy, délégué de la « Société de Géographie » de 
Lille. 

M. Jules Gaffré, délégué de « l'Union latine franco-Américaine », 
de Paris. 

M. Albert Grodet, délégué de la « Société Académique Indo- 
Chinose de France », de Paris. 

M. Eugène Pector, délégué de la Chambre de Commerce de 
Paris. 

Italie. 

Le professeur Guido Cora, de Turin, délégué officiel du Gou- 
vernement italien (Ministère des affaires étrangères). 



— 9 - 

Le professeur Ferdinando Borsari, président et délégué de la 

« Società Americana d'Italia », de Naples. 
Le D"" Vincenzo Grossi, délégué de la « Società di Geografia ita- 

liana », de Rome. 

Mexique. 

Le licencié Ignacio M. Altamirano, représentant la « Sociedad 
de Geografia y Estadistica », de Mexico. 

Pays-Bas . 

Le professeur Serrurier, directeur du Musée ethnographique de 
Leyde, délégué officiel du Gouvernement néerlandais (Minis- 
tère de l'intérieur). 

ïlussie. 

Le baron Joseph de Baye, représentant la « Société impériale 
Archéologique », de Moscou. 



LISTE DES MEMBRES SOUSCRIPTEURS 

Le nom des membres présents au Congrès est précédé d'une astérique *. 



Allemagne. 



Bakchewitz (Victor), capitaine, docteur en philosophie, Berlin. 

Bartels (D"" Max), secrétaire de la « Gesellschaft fur Anthro- 
pologie, Ethnologie und Urgeschichte », à Berlin. 

Becker (Philipp-Joseph), archéologue, à Darmstadt. 

Boas (Moritz), éditeur, à Berlin. 

Brdnnemainn (Karl), notaire, à Stettin. 

CoNTZEN (D' L.), directeur du Lycée royal, à Essen. 

Credner (D"" Rudolf), professeur de Géographie à l'Université, 

à Greifswald. 
*Ehrenreich (D'"Paul), explorateur, à Berlin. 

Gerland (D"" G.), professeur de géographie à l'Université, 
à Strasbourg. 
*Grkmpler (Wilhelm), docteur en médecine et conseiller intime 
de santé, à Breslau. . 

Hansemann (Adolph von), conseiller intime de commerce, à 
Berlin. 
*Hellmainn (D"" Gustav), secrétaire général de la 7® session, mem- 
bre de l'Institut royal météorologique, à Berlin. 
*Hermann (D" M.-D.), à Magdebourg. 

Hiersemann (Karl-W.), libraire, à Leipzig. 

Jaffe (D"" Richard), k Berlin. 

Jagor (D' Fedor), à Berlin. 



— Il — 

*Joest(D'" Wilhelm), secrétaire à la 7« session, membre de la 
« Gesellschaft fur Anthropologie, Ethnologie und Urges- 
chichte », à Berlin. 

Kaufmann (D"" Richard von), professeur, secrétaire à la 7® ses- 
sion, à Berlin. 

Kreismann (H.), ancien consul général, à Berlin. 

KûHL (Wihl.-Hans), libraire, à Berlin. 
*KtiNNE (Karl), à Charlottenbourg. 

*Lassar (D"" Oscar), professeur à l'Université, secrétaire général 
du Congrès international des Sciences médicales à Berlin, 
1890, à Berlin. 

Lehmann, à Berlin. 

Metzger (Emil), secrétaire général du « Wtirttembergischer 
Verein fur Handelsgeographie », à Stuttgart. 

Pasch (Max), éditeur, à Berlin. 

Pfeffer (Max) ingénieur, major, à Charlottenbourg. 

PoLAKOwsKY (D"" H.), Secrétaire à la 7^ session, à Berlin. 

Reiss (D"" Wilhelm), président de la T session et de la « Ge- 
sellschaftf tir Anthropologie, Ethnologie und Urgeschichte », 
vice-président de la « Geselhchaft fur Erdkunde », vice- 
président à la o" session, à Berlin. 

RicHTER (Berthold), à Berlin. 

Schellhas (D""?.), secrétaire à la 7° session, assesseur juridi- 
que, à Berlin. 

ScHEPPiG (D"" Richard), à Kiel. 

Schnellenbach (Eduard), instituteur, à Berlin. 

* ScHOENE (D"" Richard), vice-président d'honneur de la 7« session, 

conseiller intime supérieur du gouvernement, directeur 
général des musées royaux, membre de l'Académie des 
Sciences, à Berlin. 
ScHWARTz (D"" Wilhelm), professeur, directeur du « Luisengym- 
nasium », à Berlin. 

* Seler (Madame Caecilie), à Steglitz. 

*Seler (Eduard), secrétaire à la 7« session, délégué de la 
« Gesellschaft fiir Anthropologie, Ethnologie und Urges- 
chichte », docteur en philosophie, à Steglitz. 



— 12 — 

Steinen (Karl von den), secrétaire à la 7" session, explorateur, 
directeur de la revue « Ausland », professeur d'ethnogra- 
phie, docteur en médecine et philosophie à Marbourg. 

Strebll (Hermann), négociant à Hambourg. 

ïiELE-WiNCKLER (vou), coloncl, à Miechowitz. 

Uhle (D"" Max), secrétaire à la 7° session, aide au Musée royal 

d'ethnographie, à Berlin. 
'ViRCHOW (D"" Rudolf), membre du Conseil à la 3" session, vice- 
président de la 1^, professeur à l'Université, président de 
la « Gesellschaft fur Anthropologie, Ethnologie und Urges- 
chichte », conseiller intime de médecine, membre de 
l'Académie royale des Sciences, à Berlin. 

Voss (D'j, directeur de la section préhistorique du Musée roysial 
d'ethnographie, à Berlin. 

Amérique du Nord (États-Unis de 1'). 

American Gëographical Society (the), Geo. G. Hurlburt, son 
secrétaire, à New- York. 

CoLUMBiA Collège Library (ïhe), Geo. W. Baker, bibliothé- 
caire, à New- York. 

Harvard Collège LnmARY (the), Justin Winsor, bibliothécaire, 
à Cambridge (Mass.). 

JoHNS HoPKiNS University, D. C. Gilman, son président, à Balti- 
more. 

Agassiz (Prof. Alexander), à Cambridge (Mass.). 

Ball (Allen), à S'° Adresse. 

Barnard (Augustus Porter), à New-York. 

BouRKE (John G.), capitaine au 3® régiment de cavalerie, déta- 
ché au Ministère de la Guerre, membre de 1' « Anthropolo- 
gical Society », à Washington (D. C). 

Brinton (D' Daniel Garrison), A. M., M. D,, professeur de lin- 
guistique et d'archéologie américaine à l'Université de 
Pennsylvania, président de la « Numismatic and Antiquarian 
Soc. » et de 1' « American Folklore Soc. » de Philadelphie, 
Yice-président à la 5» session, à Media (P*), 



— 13 — 

Bruhl (Gustav), docteur en médecine, LL. D, à Cincinnati. 

* Durand (J.), délégué de la « Smithsonian Institution», à Paris. 
Evans (S. B.), éditeur du journal The Sun, ancien directeur 

des postes, à Ottumwa (lowa). 

Gatschet (Albert S.), attaché au Bureau ethnographique, à 
Washington (D. C). 

HuBBARD (Gardiner Greene), président de la « National Geogra- 
phical Society », à Washington (D. C.). 

Lambokn (D"" Robert H.), à New-York. 
*Lyon (Mademoiselle Rose), publiciste, à Paris. 

Makcou (Jules), professeur de géologie, à Cambridge (Mass.). 

MooNEY (James), membre du Bureau d'ethnologie, à Washing- 
ton. 

Nelson (William), à Paterson, (New- Jersey). 

NuttAll(M°"' Zelia), aide spécial pour l'archéologie mexicaine 
au « Peabody Muséum of american archaeology and ethno- 
logy » de Cambridge (Mass.), à Dresde. 

* Phillips j""" (Henry), A. M., Ph. D. secrétaire de X « American 

Philosophical Society » et de la « Numismatic and Anti- 

quarian Soc. » Philadelphie. . 
PiLLiNG (James C), membre du Bureau d'ethnologie, à Wash- 
ington. 
PowELL (James W\), directeur du Bureau d'ethnologie au 

Smithsonian Institution, à Washington. 
Raskin (Charles), éditeur-propriétaire du journal Le Gaulois, à 

Los Angeles (Cal.). 
Saisset (Pedro d'A. de), agent consulaire de France, à San 

José (Cté de S"' Clara). 
Salisbury (Stephen), président de I' « American Antiquarian 

Society » à Worcester (Mass.). 
Stechert (Gustav E.), libraire, à New-York. 

* ViGNAUD (Henry), premier secrétaire de la Légation, à Paris. 
WiLSON (Prof. Thomas), conservateur à la section d'Anthropo- 
logie préhistorique du Musée national, ancien consul en 
Belgique et en France, à Washington. 



- 14 — 

Argentine (République). 

*Armstrong (de Saint-John), membre de la Société d'ethnogra- 
phie, à Paris. 

Arroyo (Agustin), envoyé extraordinaire et ministre plénipo- 
tentiaire, membre du conseil de la 7" session, à Vienne. 

Belgrano (Carlos Vega), consul général en Allemagne, mem- 
bre du conseil de la T session, à Hambourg. 

DoMiNGUEz (Luis L.), envoyé extraordinaire et ministre plénipo- 
tentiaire, à Londres. 

MoRENO (Francisco P.), directeur du Musée Provincial, à La 
Plata. 

Padilla (D' Emilio H. de), vice-directeur de la Bibliothèque 
nationale, à Buenos-Aires. 

Pendola (Agustin), bibliothécaire du Musée national, à Buenos- 
Aires. 

Autriche-Hongrie. 

Heger (D"" Franz), conservateur au « K. K. Naturhistorisches 
Hofmuseum » et secrétaire de 1' « Anthropologische 
Gesellschaft », à Vienne. 
* Hesse- Wartegg (Chevalier Ernst von), consul, délégué de la 
« K. K. Geographische Gesellschaft » de Vienne, membre 
honoraire de 1' « Academy of Sciences » et de la « Society 
of American History » de New- York, à Lucerne. 

Rheinisch (D"" Léon), professeur, à Vienne. 

WiESER (D"" Franz von), professeur à l'Université, à Innsbriick. 

Selgique. 

Société Royale Belge de Géographie, Du Fief, secrétaire-général, 

à Bruxelles. 
Bamps (Anatole), secrétaire-général de la 3® session, — délégué 

du gouvernement belge et vice-président aux 4' et 5* ses- 



— 15 — 

sions, docteur en droit, — membre titulaire de PAcadémie 
d'Archéologie de Belgique, membre effectif de la Société 
belge de géographie, à Bruxelles. 

Blomme (Arthur), secrétaire aux o^ et 6^ sessions, membre du 
Conseil à la 7^ président du Tribunal de 1" instance, mem- 
bre effectif de l'Académie d'Archéologie de Belgique, doc- 
teur en droit, à Termonde. 
*Ckuleneer (Adolf de), professeur à l'Université, à Gand. 

CoppiN (Liévin), ancien consul du Brésil, directeur de Y Econo- 
miste Belge, à Bruxelles. 

* DoGNÉE (Eugène M. 0.), membre du Conseil, aux 4* et 6" ses- 

sions, conseiller de l'Académie d'Archéologie de Belgique, 
membre de l'Institut archéologique, à Liège. 

Fraipont (Julien), professeur à l'Université, à Liège. 

Harlez (Charles de), chanoine, professeur de langues orientales 
à l'Université, docteur en droit, membre de la Société 
Asiatique de France, de la Société de linguistique de Paris, 
à Louvaiu. 

Langlois (Jacques), à Anvers. 
*Meulemans (Auguste), ancien consul* général et secrétaire de 
légation du Nicaragua à Bruxelles, directeur de la Revue 
Diplomatique, membre du Conseil à la 2" session, à Paris. 

PuYDT (Marcel de), à Liège. 

Vandepdtte (Jean), négociant, à Gand. 

Bolivie. 

* Bresson (André), ingénieur civil, consul, secrétaire général de 

l'Union latine franco-américaine, à Paris. 
*MoRENO (Aristides), envoyé extraordinaire et ministre plénipo- 
tentiaire, à Paris. 
*Paz (José Manuel), secrétaire de la Légation, à Paris. 
Taborga (abbé Miguel), publiciste, membre correspondant de 

la « Real Academia Espafiola », à Sucre. 
Vercherin (Albert), vice-consul, membre de TUnion latine 
franco-américaine, à Nice. 



— 4« ~ 

Brésil. 

*ALCANTARA(Dom Pedro d'), membre de l'Institut historique de 
Rio, associé étranger de l'Académie des Sciences de Paris, 
membre de la « Royal Society » de Londres, des Académies 
impériales des Sciences de St-Pétersbourg et Moscou, etc., 
etc., à Paris. 

Alves de Souza, junior (Ignacio José), consul général en Alle- 
magne, à Hambourg. 

* Araujo (Oscar d'), secrétaire à la Légation, à Paris. 
Feitosa (de), attaché à la Légation, à Paris. 

Gama (Domicio da), homme de lettres, correspondant de la 

Gazela de Noticias, à Paris, 
Itajuba (baron d'), envoyé extraordinaire et ministre plénipo- 
tentiaire, à Berlin. 
Macedo (Arthur Teixeira de), consul général, à New- York, 
Renault (Victor); vice-consul de France, à Barbacena (Minas 

Geraes). 
Rio-Branco (baron de), consul général, membre de 1' « Institut 

historique et géographique » du Brésil^ à Liverpool. 
*Rodrigues-Peixoto(D'' José), médecin, à Paris. 

* Santa Anna Néry fbaron Frederico José de), publiciste, mem- 

bre de l'Institut historique et géographique du Brésil, et de 
l'Académie royale des Sciences de Lisbonne, à Paris. 
*Seybold (C. F.), docteur en philosophie, auxiliaire littéraire de 
S. M. Dom Pedro, à Paris. 

Canada 

Casgrain (abbé H. R.), docteur ès-lettres, à Québec. 
CuoQ (abbé J. A.), prêtre de St-Sulpice, à Montréal. 

* Fabre (Hector), commissaire général, ancien sénateur, à Pari^. 
Hale (Horatio), à Clinton, (Ontario). 

Mackay (A. H.), inspecteur général d'instruction pubhque de la 
province, éditeur de la « Educatioiial Revieic ». B.A., 
B.S.C., F.R.S.C., F.S.S.G (London), à Halifax. 



— 17 — „ 

Mercier (Honoré), premier ministre, à Québec. 
TuRENNE d'Aynac (comtc Paul de), consul général de France, à 
Québec. 

Chili 

Poirier (Edouard), chargé d'affaires de Nicaragua et du Salva- 
dor, à Santiago. 
* Pua (Claude), président de la Chambre syndicale des négo- 
ciants-commissionnaires, à Paris. 

SicouRET (Antoine), négociant, à Santiago. 

Colombie (République de) 

Angulo Heuedia (Meliton), à San-José de Cucuta. 

Carrasquilla (D*" Juan de Dios), président de l'Académie de 
médecine, à Bogota. 

CeledÔiN (Rafaël), docteur en droit, évoque de S'''-Marta,à Ocaùa. 

Koppel (Bendix), consul général, membre du Conseil aux 5° et 
T sessions, à Londres. 

Ordônez (Juan C), consul, à Paris. 

PuY (A. D. de), docteur en médecine, à David (Chiriqui). 

Samper (Madame Soledad Acosta, veuve de), membre corres- 
pondant de la Academia nac"' de la Historia de Venezuela 
et de la Union ibero-americana de Madrid, à Bogota. 

Schenck (Friedrich von), explorateur, à Arnsberg (AVestphaUe). 
*Triana (D"" José), consul général, membre des Sociétés « d'Hy- 
giène », de « Géographie », « nationale d'Agriculture de 
France », de Paris et « des Sciences naturelles » de 
Cherbourg, à Paris. 

Oosta-Hica 

Alfaro (An&stasio), directeur du Musée national, à San José, 
JiMENEz (E.), à San José. 

3 



— 18 — 

*JiMENEz (Ricardo), attaché à la légation, à Madrid, 
*Pacheco (L), secrétaire de la légation, à Madrid. 

Palacios (Enrique), consul général, à Paris. 
*Peralta (Manuel M. de), envoyé extraordinaire et ministre 
plénipotentiaire en Europe, membre du conseil à la 3' ses- 
sion, vice-président à la 4^, à Madrid. 
Sanchez g. (José Maria), publiciste, à San José. 
Thiel (Bernhardt August), évêque, à San José. 

Cuba 

*Amuedo (Oscar), docteur en médecine, à Paris. 

Fernandez (D'' Juan Santos), président de la « Sociedad antro- 
polôgica » fondateur et directeur de « l'Instituto antirâbico » , 
à la Havane. 

JoRRiN (José Silverio), avocat, ancien sénateur, à la Havane. 

Leyva (D' Herminio), ingénieur, membre de la « Sociedad 
antropolôgica », à la Havane. 

Merchan (RafaelM.), publiciste, à Bogota. 
*Mestre y Amarile (Vicente de), ancien officier de marine, 
secrétaire perpétuel-fondateur du groupe latino-américain 
de la Ligue internationale de l'enseignement, à Paris. 

MoNTANÉ (D' Luis), ancien président de la « Sociedad antropo- 
lôgica », à Paris. 
*MoRADo (D"^ Enrique), délégué de la « Sociedad antropolôgica », 
membre de l'Instituto antirâbico et collaborateur de la 
Cronica médico-quirurgica de la Havane, à Paris. 

Danemark 

*Adsersen (Frédéric), capitaine, à Copenhague. 
Fdgl (Juan), rentier, à Copenhague. 
Herrst (C. F.), directeur des musées royaux d'ethnographie, 

d'antiquités du nord, et des monuments historiques du 

Danemark, à Copenhague. 



— 49 — 

HoLM (Gustav), capitaine de frég-ate de la marine danoise, 
Copenhague. 
*Irgens-Bergh (Alfred d'), capitaine, docteur en droit, gentil- 
homme de la ehamhre du roi, membre de la Société royale 
de géographie, de la Société des antiquaires du nord et 
de la Société d'histoire, de littérature et d'art, membre du 
conseil à la 6* session, à Copenhague. 

* ScHMiDT (Valdemar), docteur en philosophie, professeur de lan- 

gues orientales à l'Université, membre du conseil aux 1'*, 
2% 3° session, vice-président aux 6" et 7% à Copenhague. 

IDominicaine (République) 

Galvan (Manuel de Jésus), envoyé extraordinaire et ministre 

plénipotentiaire, avocat, à Washington. 
Grullon (Arturo), à Paris. 

* Henriquez y Carbajal (Franscisco), docteur en médecine, à Paris. 
*La3ibert de Saint-Bkis (Thomas de), à New- York. 

Tejbra (Emiliano), publiciste, membre du conseilde la V° ses- 
sion, à Saint-Domingue. 

Squateur 

CoRDERO (Luis), à Cuenca. 

Herrera (Pablo), vice-président de la République, à Quito. 

Munoz-Vernaza (Alberto) littérateur, à Cuenca. 

Rendon-Perez (Carlos), à Guayaquil. 

Rodas (David), docteur en médecine, à Machala. 

Sspagne 

Real Agademia de la IIistoria, Pedro de Madrazo, secrétaire 

perpétuel, à Madrid. 
Abella (Marceliano de), attaché au ministère d'Etat, à Madrid. 



— 20 ~ 

Alvarez-Sereix (Rafaël), membre de !'« Academia real de cien- 
cias » , à Madrid. 

Colon de la Cerda (Cristobal), duc de Veragua y de la Vega, 
amiral, « adelantado mayor » des Indes, marquis de la 
Jamaica, grand d'Espagne, sénateur, ancien ministre de 
«fomente», licencié en droit civil et canonique, docteur 
en droit administratif, vice-président d'honneur à la 4« ses- 
sion, à Madrid. 

Fabié (Antonio-Maria), sénateur, ministre des colonies, mem- 
bre de la « Real academia da la historia » conseiller d'Etat, 
vice-président aux 5% 6" et 7^ sessions, à Madrid. 

Fernandez-Duro (Cesâreo), secrétaire général de la 4° session, 
capitaine de vaisseau, membre de la « Real acadenlia de la 
historia», vice-président de la « Sociedad geografica», du 
conseil supérieur d'agriculture, industrie et commerce, à 
Madrid. 

Herrera (Adolfo), membre du conseil aux 4" et 5' sessions^ offi- 
cier de la marine royale, à Madrid. 
*Jlmenez de la Espada (Mârcos), membre du conseil des 3' et 
7e sessions, membre de la « Sociedad de geografia », vice- 
président à la 6° session, à Madrid. 

* Jiménez de la Espada (Gonzalo), membre du conseil à la T ses- 

sion, professeur de sciences naturelles, à Madrid. 

* Marcoartu CA.rturo de), sénateur du royaume, ancien député 

aux Cortes, à Madrid. 
Montejo (U.), consul général pour la Grande-Bretagne, à 

Londres. 
*Rada y Delgado (D"" Juan de Dios de la), sénateur, membre 

de la « Real academia de la histofia » directeur de la 

Escuela superior de Bipio?natica, vice-président aux 4° et 

3e sessions, membre de l'Académie de Relias Artes de S. 

Fernando, chef de section au musée archéologique national, 

à Madrid. 
Rèverter (Juan Navarro), député aux « Cortes », sdils-'secrétaii'e 

d'Etat du ministère des finances, à Madrid^ 



- 21 - 

Tariel de Andrade (Enrique), docteur en droit, ancien député, 
membre de la « Sociedad geografica », Madrid et de la 
« Colombina Onubense », iluelva, à Madrid. 
' ViLANOVA Y PiERA (D"" Juan), professeur de paléontologie à l'Uni- 
versité, membre de F « Academia real de ciencias », à 
Madrid. 

WiLSON, née de Serrano (baronne de), à Barcelone. 

* Zaragoza (Justo), attaché au ministère de « fomento », membre 

de la « Sociedad geografica » de Madrid, et delà « Socie- 
dad mexicana de geografia y estadistica » de Mexico, à 
Madrid. 

* Zerolo (E.), correspondant de la « Academia Sevillana de 

Buenas Letras», membre des Sociétés de géographie de 
Bruxelles et Paris, à P'aris. 

Colonies espagnoles 

Voir Cuba, Porlo-Rico. 

Finlande 

Donner (D"" Otto), professeur de sanscrit et de linguistique 
comparée à l'Université, à Ilelsingfors. 

Grande-Bretagne et Irlande 

Clarke (Hyde), D.C.L., vice-président de la « Royal historical 
Society », de V « Anthropological institute )>, membre de 
r « Asiatic Society », de Londres, des « Royal Soc'"* de 
Sydney et Victoria », de 1' « American anthropological 
Soc. », à Londres. 

Collet (J.), publiciste, à Londres. 

Day (Robert), F.S.A., M.R.LA, à Cork. 

GooRAUD (colonel), à Londres. 

Leitner (G. W.)j Ph.D., L.L.D., D.O.L., ancien directeur 
des « Government and Oriental collèges » de Lahore, direc- 
teur de r « Oriental nobility institute », à Woking. 



— 22 — 

O'Learv (Charles), ancien consul à Bogota, à Londres. 
Shipeey (John B.) à Londres. 

Shipley, née Brown (Madame Marie A.), à Londres. 
Stechert, liJ3raire, à Londres. 

Colonies Anglaises 
Voir Canada, Trinité. 

G-uadeloupe 

* Gdesde (Pierre), à Paris. 

G-uyane française 

*GRODET(xybert), gou verneur de l'" classe des colonies, membre 
de la Société d'économie politique, vice-président de la 
Société africaine de France, â Cayenne. 

G-uatemala. 

Ayau (Manuel), ingénieur, à Guatemala. 
*Barros (Pedro-Joséj, à Sevilla. 

Cadena (Ciriaco-A), directeur général du Bureau de statistique? 
à Guatemala, 

Garcia Elgueta (Manuel), explorateur, à Totonicâpan. 

GoMEz Flores (Emilio), ingénieur agronome, à Guatemala. 
*Manzano Torres, consul général, à Paris. 

* Médina (Crisanto), envoyé extraordinaire et ministre plénipo- 

tentiaire, à Paris. 
*ToLEDO (Juan-Ygnacio), docteur en médecine, à Quezaltenango. 

Haïti. 

Box (A.), envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire, 

à Paris. 
Blomcourt, agent consulaire de France, à Port-de-Pajx, 



— 23 - 

FiRMiN (Anténor), ministre des Finances et des Affaires Etran- 
gères, membre de la Société d'Anthropologie de Paris, à 
à Port-au-Prince. 

Gluck (Armand), consul général, à Paris. 

HaiTirai. 

Ferreira de Serpa (Antonio), consul général, membre de la 
« Sociedad de geographia » de Lisbonne, et consul de 
Venezuela, à Lisbonne. 

Honduras. 

Ariza (D"" Francisco), président de la Cour d'appel, à Teguci- 
galpa. 

Gutierrez (Carlos), envoyé extraordinaire et ministre plénipo- 
tentiaire près le Saint-Siège, à San Sébastian. 

Grosselin de St-Laurent (A.), agent consulaire de France, 
à Omoa. 

Lazo (José-Esteban), ingénieur civil,* doyen de la Faculté des 
sciences, à Tegucigalpa. 
*SoTo (Marco -Aurelio), docteur en droit, ancien président de la 
République, à Paris. 

Italie. 

SociETA Geografica Italiana, g. Dalla Vedova, secrétaire géné- 
ral, à Rome. 

* Borsari (Ferdinando), professeur, président de la Societâ Ame- 

ricana, à Naples. 
CoccHi (Igino), professeur de géologie, à Florence. 
*CoRA(Guido), secrétaire-général de la 6° session, vice-président 
aux 4®, 5« et 7' sessions, professeur de géographie à l'Uni- 
versité, éditeur du journal « Cosmos », M. A. Hon, F. R. 
G. S., à Turin. 

* Grossi (D' Yincenzo), professeur d'ethnologie américaine à 



— 24 — 

l'Université royale de Gènes, secrétaire à la 6° session, 
membre de la Société asiatique de Paris et de la Société 
r, belge de géographie, à Pollone (Biella). 

RiccAiiDi (D"" Paolo), professeur à TUniversité, à Modène. 

SïKoBiiL (Pelegrino), professeur à l'Université, à Parme. 

Japon. 

Sarazin, à Tô-Kio. 

Luxembourg . 

*MûLLENDORFF (Prospcr), Sténographe des sessions précédentes, 
rédacteur à la « Kôlnische Zeîtung », secrétaire à la 2" ses- 
sion, membre du conseil à la 4" session, à Bruxelles. 

Mexique. 

SOCIEDAD MkXICANA DE GeOGRAFIA Y EsTADlSTICA, à McxicO. 

*Altamirano (Ignacio-M.), licenciées-lettres, ancien vice-prési- 
dent de la République, consul général en France, à Paris. 

Baz (Gustavo), chargé d'affaires, à Paris. 

Carrillo y Ancona (Crescencio), évoque de Yucatan, membre 
de la « Sociedad Mexicana de Geografia y Estadistica » et 
de r « American Ethnological Soc. », de New- York, à 
Mérida. 

Chavero (Alfredo), secrétaire général de la « Sociedad de 
Geografia y Estadistica », de la « Escuela superior de 
Comercio y Administracion », avocat, à Mexico. 
* Crespo y Martinez (Gilberto), ingénieur et député, à Mexico. 
*DiAz MiMiAGA (Manuel), envoyé extraordinaire et ministre pléni- 
potentiaire, à Rome. 

Greenham (Juan), à Càdiz. 

Leal (Mariano), directeur de l'Ecole d'instruction secondaire 
à Léon. 

Léon (D"" Nicolas), directeur du « Museo Michoacano », à 
Morelia. 



— 25 — 

Montes de Oca y Obregon (D*" Ygnacio), évêque, à San Luis 

Potosi. 
*Penafiel (D"" Antonio), directeur g-énéral de la statistique, et 

membre de l'Académie de médecine mexicaine, à Mexico. 
Penafiel (Porfirio, à Mexico. 
Reyës (Vicente) ingénieur civil, architecte, 2" secrétaire de la 

« Sociedad Mexicana de Geografia y Estadistica », à Mexico. 
RoBELO (Cecilio-A.), à Cuernavaca. 
SoTOMAYOR (abbé Dàmaso), à Concordia. 

M'icaragua. 

* Argûello (David), docteur en médecine, à Léon. 
*Chamorro (Agustin), à Granada. 

* Chamorro (Salvador), à Managua. 

CoTHEAL (Alexander I), consul général, à New-York. 
Gamez (D"" J. -Alberto), ancien professeur à 1' « Instituto nacio- 
nal de Oriente » de Granada, sous-sg^rétaire d'Etat au minis- 
tère de « Fomento », à Managua. 
GuERRA(Isaac), docteur-médecin, à Rivas. 
*Lebert (Edgar), consul, à Bâle. 
Llantado (Lorenzo-J.), vice-consul, à Paysandû. 
*Mejia (Manuel), à Granada. 
Orozco (Serapio), licencié ès-lettres, notaire, à Managua. 
*Pector (Désiré), secrétaire à la T session, ancien président de 
la Société Américaine de France, membre correspondant 
de la « Real Academia de la Historia », de la « Svenska 
Sàllskapet for Antropologi och Geografi », de Stockholm, 
de r « Academia cientifico-literaria » de Honduras, de 
r « American Ethnological Society » de New- York, consul, 
à Paris. 
Rdsso (Alfred-H.), ancien consul général, à Vienne. 
*SoLORZANo (Enrique), docteur en médecine, à Managua. 

* Zelaya (Mariano), à Managua. 



26 — 



Norvège. 

NiELSEN (D*" Yngvar), professeur de géographie et d'ethnogra- 
phie à l'Université, à Christiania. 

Paraguay. 

*BoDRGADE La Dàrdye (D"" de), à Paris. 
*Cadiot (Charles), consul, à Paris. 
*Grein (J.-H.), ancien consul général, à Paris. 
OosTENDORP (Henri), consul général en Belgique, à Anvers. 

Pays-Bas. 

Bezemer (W.), secrétaire de la « Provinciaal Genootschap van 
Kunsten en Wetenschappen in Noord-Brabant, à Bois- 
le-Duc. 
*Freiwald (J.), négociant, à Paris. 
*Hemerï (Ph.-L. von), banquier, à Paris.. 
Schmeltz (Johann-Diedrich-Eduard), conservateur au Musée 
National d'Ethnographie, rédacteur des « Archives inter- 
nationales d'Ethnographie », à Leyde. 
* Serrurier (D"" L.), directeur du Musée national d'ethnogra- 
phie, membre du Conseil de la T session, à Leyde. 
TEN Kate (D"" H.-F.-C), explorateur. 
*WuNDERLY (P.-C.-E.), délégué du Comité Néerlandais pour 
l'Exposition universelle de 1889, à Paris. 

Colonies hollandaises 

Voir Ile St-Martin 

Pérou, 

Araoz (Bartolomé), ingénieur, à El Cuzco. 
*Ber (Théodore), professeur, à Lima. 
LASSus(J.-Emilio), consul, à Saint-Nazaire. 



— 27 — 

Mac.edo (José-Mariano), docteur en médecine, à Lima. 
Ornellas (baron d'), docteur en médecine, à Paris. 
PoNciGNON (Edouard), agent vice-consul de France, à Arequipa. 
ViLLAR (D"" Leonardo), à Lima. 

Porto-Rico. 

Betances (R.-E.), docteur-médecin, à Paris. 

Portugal. 

SociEDADE DE Geographia, Luciano Cordeiro, secrétaire perpétuel, 
à Lisbonne. 

Allen (Eduardo-Augusto), directeur de la Bibliothèque publi- 
que, conservateur du Musée municipal, à Oporto. 

Borges de Figueujedo (A.-C), directeur! de la « Revista Archeo- 
logica », à Lisbonne. 

Ferraz de Macedo (D"" Franscisco). à Lisbonne. 

Nery Delgado (Joaquim-Filippe), colonel du génie, directeur 
de la commission des travaux*géologiques, à Lisbonne. 

SiLVA Amado (Chevalier J.-J. da), membre associé de l'Institut 
de France, professeur d'archéologie, membre de l'Institut 
portugais, fondateur de la Société royale et du Musée 
d'archéologie, architecte et membre de la maison du roi, 
pair du i'oyaume, à Lisbonne. 

ïloumanie. 

Kalindero (N.), professeur, membre de l'Académie Roumaine, 
à Bucarest. 

Russie. 

SOCÉTÊ IMPÉRIALE RUSSE d'aRCHÉOLOGIE, à MoSCOU. 

GoRTScHACov (pHnce Michel), vice-président à la 4^ session, 
envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire en Espa- 
gne, à Madrid. 



PouTiATiNE (prince Paul Arsienevitch), maréchal de noblesse du 
district de Vichny-Volotchok, membre de l'Institut archéo- 
logique et des Sociétés impériales russes de géographie et 
d'archéologie, de St-Pétersbourg, d'archéologie, de Moscou, 
et de la Commission des Archives de Rjazan, à St-Péters- 
bourg. 

Saint-Martin (île). 
RoMONDT (Diedrich Charles van), à Philipsbourg. 

Salvador. 

Balette (Jules), ancien vice-consul de Belgique à San Salva- 
dor, à Paris. 
*DiAz (Napoléon), docteur-médecin, à Cojutepeque. 

EzETA (général Carlos), président de la République, à San 
Salvador. 
* German (Juan), docteur-médecin, à Paris. 

Imendia (Carlos- a.) professeur, directeur du Lycée San Agustin, 
à Sonsonate, 

Letona (Marcos-A.), ingénieur, à Louvain. 

Parada (D' Baltasar), à Usulutan. 
*Pector (Eugène), consul général plénipotentiaire en France, 
président de la Chambre du commerce d'exportation, mem- 
bre de la Chambre de commerce de Paris, membre des 
Conseils supérieurs des Colonies et des Postes et Télégra- 
phes, de France, à Paris. 

ScHÔNLANK (William), consul général, trésorier de la 7^* session, 
à Berlin. 

SiBBER (Franz), chancelier du consulat général, à Berlin. 

Ulloa (Cruz), docteur en droit, ancien président du tribunal 
supérieur de justice, ancien ministre des all'faires étrangè- 
res, m'embre honoraire des Sociétés de géographie de 
Mexico et Buenos-Aires, à Santa Tecla, 

Ulloa-Morazan (Esteban), à Santa Tecla. 



— 29 



Suède. 



Dahlgren (Erick-W.), secrétaire général de la « Svenska 
Sàllskapet for Antropologi och Geografi », à Stockholm. 

LuNDDEno (D"" N,), médecin-major, àKarlstad. 

Martin (F.-R.) attaché au Musée ethnographique, membre de 
l'Académie des sciences suédoise, à Stockholm. 

Suisse. 

Saussure (D"" Henri de), délégué officiel et vice-président à la 
i'^ session, professeur, ancien président de la Société de 
géographie et de la Société d'histoire naturelle, à Genève. 

* Stoll (Otto) docteur en médecine, professeur agrégé de l'Uni- 

versité, à Zurich. 

Tonkin. 

* Gariod-Gaffarel (Charles), avocat, chancelier de résidence, à 

Hanoï. 

Trinité. 

Devenish (Syl.), délégué, correspondant de l'Institution ethno- 
graphique de Paris, à Port-of Spain. 
Léotaud (Charles), vice-consul de France, à Port-of Spain. 

Uruguay. 

Arechavaleta (José), professeur de botanique à l'Université, 

a Moiltevidèo. 
Berg (D"" Carlos), directeur du Musée d'histoire naturelle, à 

Montevideo. 
*FoRTEZA (D"" Lindoro), envoyé extraordinaire et ministre pléni- 

potiaire à Paris, à Montevideo. 



— 30 



Venezuela. 



Calcano (Julio), secrétaire perpétuel de la « Academia Venezo- 
lana », membre correspondant de la « Real Academia 
Espaiiola » et de l'Académie française de Montréal, à Caracas. 

Ernst(D'' a.), directeur du Musée national et professeur d'his- 
toire naturelle à l'Université, à Caracas. 

Ha&imann (G.), directeur du Bureau des échanges, à Caracas. 

Level de Goda» général,, président du Sénat, envoyé extraor- 
dinaire et ministre plénipotentiaire en France, à Caracas. 

Marcano (D"" g.), ancien aide de clinique à la Faculté de méde- 
cine, ancien interne des hôpitaux, membre des Sociétés 
anatomique, clinique et anthropologique de Paris, à Paris. 

PuLiDO (Lucio), ancien ministre, membre du conseil fédéral, à 
Paris. 

RiPERT-MoNCLAR (marquis J.-A.-A.-F. de), ancien consul général 
de France à Cuba, envoyé extraordinaire et ministre plé- 
nipotentiaire de France, membre du Conseil à la 2« ses^on, 
à Caracas. * 

France. 

Académie nationale, H. Jadart, secrétaire général, à Reims. 

Chambre de commerce, J. Cousté, président, à Paris. 

Mdsée GiTiMET, de Milloué, conservateur du Musée et directeur 

des Annales, à Paris. 
Société d'agriculture, commerce, sciences et arts du département 

DE la marne (Châlons sur-Marne), A Redouin, président. 
Société géologique de Normandie (Le Havre), Prudhomme, 

trésorier. 
*Adam (Lucien), organisateur de la l""" session, président de 

Chambre à la Cour, membre de l'Académie de Stanislas à 

Nancy, vice-président aux 2% 3« et 5« sessions, à Rennes. 

* Aubin (A.), ancien professeur de l'Université, à Paris. 

* AuBRY (Charles), agent de la Société de Géographie, à Paris. 

* Bassano (marquis de), à Paris. 



— 31 — 

Basset (René), professeur à l'École supérieure des Lettres d'Al- 
ger, à l'Agha. 

* Baye (baron Joseph de), membre du Conseil aux 5« et 6* ses- 

sions, membre delà Société des Antiquaires de France, cor- 
respondant du ministère de l'instruction publique, à Paris. 

* Beauvois (Eugène), membre du Conseil, aux 2® et 3'' sessions, 

vice-président aux 4", 5° et 6* sessions, à Corberon. 
BizEMONT (comte Henri de), de la Société de Géographie, à Paris. 
Blanchard (Marcel), ingénieur-agronome, à Grignon. 

* BoBAN-DuvERGÉ (Eugèuc), antiquaire, membre du Conseil à la 

l" session, à Paris. 

* Bonaparte (prince Roland), à Paris. 
BoucARD (Adolphej, naturaliste, à Londres. 
BouRET (Charles), éditeur, à Paris. 
BouRET (Georges), éditeur, à Paris. 

* Certes (Adrien), inspecteur général des finances, à Paris. 
Ghadenat (Ch,), libraire, à Paris. 

*Charencey (comte Honoré de), ancien président la Société phi- 
lologique de Paris, à St-Maurice-les-Charencey. 

* Charnay (Désiré), explorateur, vice-président à la 6' session, 

à Paris. 
Chatellier (P. du), à Pont-l'Abbé. 
*Chauviteau CD' Ferd.), à Paris. 

* CoLLiGNON (D' R.), médecin-major au 25® régiment d'infanterie 

de ligne, à Cherbourg. 
CoLMs, docteur-médecin, à Paris. 

* Comettant (Oscar), critique musical, compositeur de musique, 

directeur de l'Institut musical, à Paris,. 

*CoRDiER (Henri), professeur à l'École spéciale des langues 
orientales vivantes et à l'École libre des sciences politiques, 
à Paris. 

*Crépy (Paul), président de la Société de Géographie, à Lille. 
Croizier (marquis de), président de la Société Académique 
Indo-Chinoise de France, et membre de la Société Améri- 
caine de France, membre du Conseil à la 2^ session, ancien 
consul, à Neuilly-sur-Seine. 



— 32 - 

CuRCiER DE JuLvÉcouRT, officier d'iiifaiiterie, à Paris. 
*Daly (César), président de la Société Américaine de France, 

architecte du Gouvernement, à Wissous. 
*Daly (Marcel), ingénieur civil (E. G. P.), licencié en droit, 
sous-directeur de la « Semaine des constructeurs » et de la 
(( Revue générale de V Architecture et des Travaux Publics », 
à Paris. 
Deglatigny (Louis), à Rouen. 
*Delisle, préparateur au Muséum d'histoire naturelle, à Paris. 
Déclat, docteur-médecin, à Paris. 
*Denikèr (J.), bibliothécaire au Muséum d'histoire naturelle, à 
Paris. 
Denis (Ferdinand), conservateur-administrateur de la Bibliothè- 
que Ste-Geneviève, à Paris. 
DouAY (Léon), à Nice. 

Duchateau (Julien), ancien secrétaire-trésorier de l'Athénée 
oriental et américain, membre du Conseil de la 1'" ses- 
sion, membre de la Société américaine de France, à Paris. 
DuFOSSÉ (E.), libraire, à Paris. 
Faliês (L.), à Montpellier. 
'Fournie (Victor), inspecteur général des ponts-et-chaussées, à 

Paris. 
*Gaffarel (Paul), membre du conseil à la 4° session, délégué 
officiel du Gouvernement français et vice-président à la 
1" session, professeur à la Faculté des Lettres, à Dijon. 
*Gaffré (Jules), délégué de l'Union latine franco-américaine, à 

Paris. 
*Gaffré (iVlex. Henri), membre de l'Union latine franco-améri- 
caine, à Paris. 
Garrigou (Félix), docteur-médecin, à Toulouse. 
Gauthier-Villars, éditeur, à Paris. 
*Génin (Auguste), hommes de lettres, à Paris. 
*GoLDSTEiN (Edouard), professeur, à Paris. 
Goupil (E;-Eugène), voyageur au Mexique, industriel, à Pari^. 



— 33 — 

*Grasse«ie (Raoul de la), docteur en droit, juge au tribunal civil, 
membre de la Société de linguistique de Paris et de la 
« Royal Asiatic and Philological Soc. » de Londres, à 
Rennes. 

GuiBERT (P.-L), à Nantes. 
*Hamy (D"" Ern. T.), membre de l'Institut, conservateur du Musée 
d'Ethnographie du Trocadéro, chargé du cours d'Anthro- 
pologie au Muséum d'histoire naturelle, membre du conseil 
à la 7® session, à Paris. 

Hadterive (vicomte d'), à Londres. 
*Heredia, (Severanio de), ancien ministre, président de l'Union 
latine franco-américaine, homme de lettres, à Paris. 

Hervey-Saint-Denys (marquis d'), membre de l'Institut, profes- 
seur au Collège de France, à Paris. 

Hervieu (Edouard), à Paris. 

Hervieu (Paul), homme de lettres, à Paris. 

Hovelacque (Abel), député, membre de Jia Société d'Anthropo- 
logie, directeur de la Revue de linguistique, à Paris. 

Jacottet (Ernest), secrétaire de la rédaction du (( Tour du 
monde », membre de la Société de géographie de Neuchâtel, 
à Paris. 

Jardin (Jules-Henri), président de la Société de l'Enseignement 
par l'aspect, au Havre. 

* Jourdan (A -G.), membre de la Société astronomique de France, 

et de l'Association française pour l'avancement des sciences, 
à Paris. 
*Jourda]set(D''-D.), médecin, voyageur au Mexique, à Paris. 

* JoussET (D"^), à Paris. 

*Jlglar (Madame J), membre des Sociétés d'Anthropologie, de 

Géographie, etc., à Paris. 
Kérallain (René de), à Quimper. 
*Krafft (Hugues), explorateur^ à Paris. 

* Lamy (Ernest), membre des Sociétés d'Anthropologie, de Géogra- 

phie, etc., à Paris. 
*Lavërriére (Jules), à Paris. 

3 



— 34 — 

Le Brun (A.), ministre plénipotentiaire, administrateur de l'Union 
latine franco-américaine, à Auteuil. 
*Lècocq (Mlle Marie), professeur, à Paris. 
*Legrand (D" a.), ancien président de la Société ^américaine de 

France, à Neuilly-sur-Seine. 
Lennier (Gustave), directeur du Muséum, au Hâv;:'e, 
Leprou (Albert), correspondant du journal « Le Gaulois » de los 

Angeles (Californie), à Paris. 
Lequeux (Jacques), architecte, à Paris. 
Leroux (Ernest), libraire-éditeur, à Paris. 
*Letourneau (D""), secrétaire général de la Société d'Anthropo- 
logie, à Paris. 
*Levasseur (Emile), membre de l'Institut, professeur au Collège 
de France et au Conservatoire des arts et métiers, à Paris. 
Leviez (Ernest), directeur de la Compagnie d'assurances contre 

l'incendie 1' « Urbaine », à Paris. 
LoUBAT (Joseph-Florimond), à Paris. 

* Marcel (Gabriel), bibliothécaire à la section cartographique de 

la Bibliothèque nationale, au Vésinet. 

* Margerie (Emmanuel de), à Paris. 
*Margry (Pierre), à Paris. 

*Marsy (comte de), directeur de la Société française d'Archéolo- 
gie, membre du Conseil aux 2° et 6® sessions, à Compiègne. 

Maspéro (Gaston), membre de l'Institut, professeur au Collège 
de France, à Paris. 
*Maunoir (Charles), secrétaire général de la Société de Géogra- 
phie, à Paris. 

Maury (Alfred), membre de l'Institut, professeur au Collège 
de France, à Paris. 

MoNNiER (Marcel), explorateur, à Paris, 
*MojStessus déBallore (de), capitaine d'artillerie, inspecteur des 
études à l'Ecole Polytechnique, à Paris. 

MoRÉ (Louis), négociant, à Paris. ' ^ 

Moutard-Martin (D' E.), président de l'Académie de médecine, 
médecin honoraire des hôpitaux, à Paris^ 



— 35- 

* Nadaillac (Marquis de), correspondant de l'Institut de France,' 

associé étranger de l'Académie royale de Belgique, corres- 
pondant des Académies royales des Sciences de Madrid et 
de Turin, à Paris. 
Nicole (Paul), au Havre. 
'Offert (Jules), professeur au Collège de France, président de 

l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, à Paris. 
'Papillon (D""), professeur de clinique en retraite, à Paris. 
*Parmentier (Général), à Paris. 
Pelletier (Lucien), à Paris. 
PfcTiT (abbé J.-A.), à Romescamps. 

* Petitot (abbé Emile-F.-S), membre du conseil de la l" session, 

ancien missionnaire et explorateur arctique, curé, àMareuil- 
lès-Meaux. 

'PmAN (Eugène), sous-chef de travaux à l'Imprimerie nationale, 
à Paris. 

'PiLET (Raymond), docteur en droit, membre de la Société amé- 
ricaine de France, chancelier du Consulat de France, à 
Mannheim. 

*PiNART (Alphonse L), explorateur, à Paris. . 
PiPART (Abbé Jules), aumônier, membre du conseil de la V 
session, à Loches. 

*Ploix (Charles), ingénieur hydrographe de la marine, membre 
correspondant de 1' « Academia nacional de la historia de 
Caracas », à Paris. 
Prince (Amédée), vice-président delà Chambre syndicale des né- 
gociants commissionnaires, à Paris. 

'QuATREFAGES DE Bréau (Armand de), membre de l'Académie des 
sciences et de l'Académie de médecine, professeur d'anthro- 
pologie au Muséum d'histoire naturelle, président de la 
Société de Géographie, membre de la « Royal Soc. » de 
Londres et de la « Société impériale des Naturalistes » de 
Moscou, à Paris. 

* Raoul (D"" T.), membre du Conseil supérieur de santé des colonies 
et protectorats, à Paris. 



— 36 — 

*Raynaud (Georges), publiciste, secrétaire général de la Société 
américaine de France, archiviste de la Société d'ethnogra- 
phie, à Paris. 

* Reclus (Elisée), géographe, à Paris. 

* Ri ALLE (J. Girard de), Ministre plénipotentiaire et chef de la 

division des Archives, Ministère des Aliaires étrangères, à 
Paris. 

* Richard (Emile), président du Conseil municipal, à Paris. 

* RosNY (Léon de), professeur à l'Ecole des Langues orientales, 

directeur- adjoint à l'Ecole des Hautes-Etudes, vice-prési- 
dent à la l" session, membre du conseil à la 3°, à Paris. 
*RouGEDEMOKTANT (D""), membre de la Société d'Ethnographie, 
à Paris. 

* Sallé (Auguste), voyageur naturaliste, à Paris. 

Semallé (René de), membre du conseil de la l""" session, mem- 
bre des Sociétés d'Anthropologie et de Géographie, à 
Versailles. 

SiMÉON (Rémi), vice-président de la Société américaine de France, 
chef de bureau honoraire au ministère de l'instruction pu- 
blique, à Paris. 

* Soller, explorateur, à Paris. 

*TopiNARD, (D"" Paul), anthropologiste, à Paris. 
Torlet (L.), architecte, à Paris. 
Varat (Charles), explorateur, à Paris. 
*Verneau(D'" R), explorateur, préparateur au Laboratoire d'an- 
thropologie du Muséum d'Histoire naturelle, à Paris. 
ViNSON (Julien), professeur à l'Ecole nationale des Langues 
Orientales vivantes, secrétaire à la 5® session, à Paris. 

Colonies françaises 
Voir Guadeloupe^ Guyane et Tonkin, 



— 37 — ' 



MEMBRES ADHÉRENTS DE LA PRESSE 



Allemagne 

Das Auslmid, M. Karl von den Steinen, à Marbourg-. 
Die Kôlnische Zeilimg, M. P. Miillendorff, à Bruxelles, 

Amérique du Nord 

The Sun^ M. S. B. Evans, à Ottiimwa. 

Le Gaulois, MM. Ch. Raskins, à Los Angeles (Cal.), et A. Le- 
prou, à Paris. 

Belgique 

L'Economiste belge, M. Liévin Coppin, à Bruxelles. 

Brésil 

La Gazeta de Noticias, M. Domicio da Gama, à Paris. 
Jornal do Commercio, M. J. de Santa- Anna Néry, à Paris. 

Canada 
The Educational Review, M. A. H. Mackay, à Halifax. 

Costa-Rica 
El Eco Catolico, M. J. M. Sanchez G., à S. José de Costa Rica. 



— 38 — ' 

Cuba 

La Cronica médico-quirurgiea, M. le D'E. Morado, à la Havane. 

Espagne 
Le Revista Coiitemporanea^ M. R. Alvarez Sereix, à Madrid. 

Italie 

Costnos, M. G. Cora, à Turin. 

Pays-Bas 

Les Archives iiiternationales d'Ethnographie^ M. J. D. E. 
Schmeltz, à Leyde. 

France 

Syndicat de la presse étrangère,^. J. de Santa-Anna Néry, 

président, à Paris. 
La Géographie, Mlle R. Lyon, à Paris. 
Le Pays, M. G. Raynaud, à Paris. 

La Revue Diplomatique, M. k.. Meulemans, directeur, à Paris. 
La Revue générale de V architecture et des travaux publics, 

M. Daly, à Paris. 
Le Tour du Monde, M. E, Jacottet, à Paris. 

Venezuela 
La Opiîiioji Nacional, M. de Mestre y Amâbile. 



— 39 



MEMBRES DE LA PRESSE DÉLÉGUÉS SPÉCIALEMENT 
PAR LEURS JOURNAUX 



Argentine 
LaNacîon, M. Ernesto Garcia Ladevese, à Buenos Aires. 

Autriche-Hongrie 
Pester Lli/od, M. Pataki, à Pesth. 

Sspagne 

El Globo, de Madrid, M. Manuel Arzubialde. 

La Iberia, de Madrid, M. R. Polies, 

El Libéral, de Madrid, M. Ernesto Garcia Ladevese. 

Las Ocurrencias, de Madrid, M. R. Huertas. 

El Pais, de Madrid, M. J. Prieto. 

Pays-Bas 

Algemeen Handelsblad d'Amsterdam, M. de Meester. 
Nieiiwe Rotterdamske Courant, de Rotterdam, M. Obreen. 

Venezuela 
El Pueblo, de Caracas, M. Angel Soler. 

France 

Le Brésil, M. J. de Santa-Anna Néry, directeur, à Paris. 
Le Magasin Pittoresque, M. Dumont, à Paris. 



— 40 — 

Le Matin ^ M Eugène Emler, à Paris. 

Le Mémorial Diplomatique^ M. Ernest Lapérouse, directeur, à 

Paris. 
Le Nouveau Monde, M. E. Pariente, rédacteur en chef, à Paris. 
La Semaine des Constructeurs^ M. M. Daly, à Paris. 
Le Siècle^ M. Ch. Legrand, à Paris. 
Le Soleil, M. F" Fos, à Paris. 

La Souveraineté, M. G. Raynaud, à Paris. ^ 

Le Temps, MM. Dumont et Perreau, à Paris. 
VUnivers illustré, M. P. Destez, à Paris. 



ORDRE DU JOUR DES SÉANCES 



Excursious. — Réccptioiiim. — Discours. — Délibérations 

du Conseil. 



LUNDI 13 OCTOBRE , 

Une réunion intime préparatoire, tenue dans la soirée au 
Cercle St-Simon, hôtel des Sociétés savantes, a permis aux 
membres arrivés de toutes les parties de l'Europe et de l'Amé- 
rique de faire ou de relier connaissance les uns avec les autres 
avant l'ouverture officielle de la session. Ce même local a été 
mis, durant toute la durée de la session, à la disposition des 
membres du Congrès désirant se rencontrer en dehors des heures 
des réunions officielles. 



OUVERTURE DE LA SESSION 
MARDI 14 OCTOBRE 

PRÉSIDENCE DE M. A. DE QUATREFÂGES, PRÉSIDENT DE LA 

SESSION. 

La séance officielle d'inauguration s'est ouverte à 2 heures 
dans la grande salle de la Société de géographie de Paris. La 



— 42 ^ 

salle était ornée de trophées de drapeaux des nations représen- 
tées au Congrès. Le trophée principal au-dessus de la tribune 
était composé de drapeaux des pays où ont eu lieu les sessions 
précédentes du Congrès. Au bureau prennent place MM. 
le D"" D. Jourdanet, président d'honneur, A. de Quatrefa- 
ges, président du comité d'organisation, le conseiller intime 
R. Schone, de Berlin, vice-président d'honneur de la 7" session, 
E. Richard, président du Conseil municipal de Paris, D' G. 
Hellmann, secrétaire général de la 7^ session, D"" E. T. Hamy et 
le marquis de Nadaillac, tous deux vice-présidents du comité 
d'organisation, D. Pector, secrétaire général du même comité, le 
Prince Roland Bonaparte, etc. 

M. DE QuATREFAGEs, après avoir déclaré la séance ouverte, pro- 
nonce le discours suivant : 

Messieurs, 

Grâce à l'honneur fort inattendu que l'on m'a fait en m'appe- 
lant à ce fauteuil, j'ai tout d'abord à remplir un devoir bien 
doux, celui de saluer les savants étrangers et français qui ont 
répondu à l'appel de notre Comité. Je le ferai en peu de paroles. 
Mais, au nom de tous mes collègues, je puis affirmer qu'elles 
partent du cœur. — Soyez les bienvenus, messieurs ! 

Malheureusement, ce même honneur m'impose une tâche tout 
autrement difficile. L'usage veut que, en ouvrant une session de 
Congrès, le Président adresse à ses collègues tout au moins une 
allocution relative aux questions qui vont les occuper ; et que 
dirai-je, au sujet de l'Amérique, à des hommes de savoir, qui 
font de ce grand continent l'objet de leurs préoccupations habi- 
tuelles ? Je ne mérite pas comme vous le titre d'américaniste. 
Appelé par les exigences de mon enseignement à faire l'histoire 
de toutes les populations humaines, je ne pouvais aborder d'une 
manière spéciale une étude plus que suffisante pour absorber 
une vie entière. J'ai donc beaucoup à apprendre de vous ; et je 
vous remercie d'avance pour tout ce que vous m'enseignerez. 

Toutefois, à peine est-il besoin de le dire, le point de vue 



— 43 — 

d'ensemble, auquel j'ai dû me placer à peu près toujours, ne 
pouvait que ramener souvent ma pensée vers ce nouveau monde, 
dont la découverte a ouvert tant d'horizons inattendus à presque 
toutes les branches du savoir humain. Or, en tête des problèmes 
qu'il pose à l'anthropologiste, celui de l'origine de ses habitants 
se présente en première ligne. Les indigènes américains sont- 
ils, à un degré quelconque, les parents des populations de l'autre 
continent? Ou bien, apparus sur les terres où nous les avons 
trouvés, n'ont-ils avec ces populations aucun rapport ethnolo- 
gique ? 

Vous savez que ces deux opinions ont été soutenues et ont 
encore leurs partisans. J'ai fait connaître depuis longtemps la 
solution à laquelle je me suis arrêté. A mes yeux, l'Amérique a 
été peuplée originairement et de tout temps par des immigra- 
tions venues de l'ancien monde. Au risque de me répéter, je 
voudrais résumer brièvement les motifs de ma conviction. 



I. 



Permettez-moi d'abord de rappeler les deux règles que j'ai 
suivies constamment dans l'étude des questions, parfois si ardem- 
ment controversées, que soulève l'histoire de l'homme, 

La première est d'écarter absolument toute considération em- 
pruntée, soit au dogme, soit à la philosophie ; et d'en appeler 
uniquement à la science, c'est-à-dire à V expérience et à Vobser- 
vation. 

La seconde est de ne jamais isoler l'homme des autres êtres 
organisés ; et d'accepter qu'il est soumis, pour tout ce qui n'est 
pas exclusivement humain, à toutes les lois générales qui régissent 
également les animaux et les plantes. De là il résulte que l'on ne 
saurait regarder comme vraie une doctrine, une opinionjquel- 
conque, qui fait ou qui tend à faire de l'homme une exception 
parmi les autres êtres organisés. 



44 — 



IL 



Faisons l'application de ces principes à la question qui nous 
occupe, mais élargissons-la; car elle n'est qu'un cas spécial d'un 
problème plus général que l'on peut formuler en ces termes. 
L'homme est aujourd'hui partout : s'est-il montré partout à l'ori- 
gine ? Sans avoir été absolument cosmopolite à ses débuts, a-t-il 
pris naissance sur un nombre indéterminé de points? Ou bien, 
né sur un point unique et circonscrit, a-t-il envahi progressive- 
ment la terre entière par voie de migrations ? 

Au premier abord, on pourrait croire que la réponse à ces 
questions doit être fort différente selon que l'on admet l'exis- 
tence d'une seule ou de plusieurs espèces humaines. Ce serait 
là une erreur. Nous allons voir que, sur ce point du moins, les 
polygénistes doivent donner la main aux monogénistes, sous 
peine de se trouver en contradiction avec les faits. 

Plaçons-nous d'abord au point de vue monogéniste. 



IIL 



La physiologie, qui conduit à reconnaître l'unité de l'espèce 
humaine, ne nous apprend rien de relatif à ses premières ori- 
gines géographiques. Il en est autrement de la science qui s'oc- 
cupe de la distribution des animaux et des végétaux à la surface 
du globe. La géographie des êtres organisés a, elle aussi, ses 
faits généraux que nous appelons des lois. Ce sont ces faits ^ ces 
lois qu'il faut connaître et interroger pour résoudre le problème 
du mode de peuplement du globe. 

Eh bien, le premier résultat de cette étude est de montrer que 
le véritable cosmopolitisme, tel qu'on le constate chez l'homme, 
n'existe nulle part, soit dans le règne animal, soit dans le règne 
végétal. A l'appui de cette affirmation, je me borne à vous citer 
quelques témoignages. 



— 45 — 

Voici d'abord ce que nous dit de Candolle au sujet des végé- 
taux : « Aucune plante phanérogame ne s'étend sur la totalité de 
la surface terrestre. Il n'en existe guère que dix-Huit dont l'aire 
atteigne la moitié des terres ; aucun arbuste ne figure parmi ces 
plantes d'une extension si considérable. » Cette dernière re- 
marque touche à un ordre de considérations sur lesquelles 
j'insisterai plus loin. 

Dans mes leçons sur cette matière, j'ai cité de même textuel- 
lement les dires des savants les plus autorisés au sujet des prin- 
cipaux groupes d'animaux d'eau douce et d'eau salée ; j'ai passé 
en revue les faunes aériennes à partir des insectes ; j'ai insisté 
quelque peu sur les poissons et les reptiles. Je vous épargne 
cette énumération et ne dirai un mot que de l'oiseau dont l'aire 
d'habitat est la plus étendue. Le faucon pèlerin occupe la tota- 
lité des régions tempérées et chaudes de l'ancien et du nouveau 
monde ; il n'atteint ni les régions boréales, ni la Polynésie. 

Mais, par son corps, l'homme est anatomiquement et physio- 
logiquement un mammifère ; rien de plus et rien de moins. 
Cette classe nous intéresse donc bien plus que les précédentes et 
elle nous apporte des enseignements plus précis. J'entrerai 
donc ici dans quelques détails, en prenant pour guide le grand 
ouvrage d'Andrew Murray, devenu classique dès son appa- 
rition. 

En raison de leur force, de leur énorme puissance de loco- 
motion et grâce à la continuité des mers qu'ils habitent, les 
Cétacés sembleraientpouvoir jouir d'un véritable cosmopolitisme. 
Il n'en est rien. Chaque espèce est cantonnée dans une aire 
plus ou moins étendue, au delà de laquelle quelques individus 
font parfois des excursions, sauf à rentrer bientôt dans leurs 
limites ; deux exceptions ont été signalées à cette règle générale. 
Un Rorqual à grandes mains et un Balœnoptère boréal, origi- 
naires de nos mers tempérées et froides, auraient été trouvés, le 
premier au Cap, le second à Java. A en juger par ce que disent 
Van Beneden et Gervais, les deux plus grandes autorités en 
cétologie, ces faits seraient au moins douteux. Acceptoos-les 



- 46 — 

néanmoins comme vrais ; toujours est-il que ni l'une ni l'autre 
espèce n'a jamais été rencontrée dans les mers qui baignent 
l'Amérique et la Polynésie. 

Au-dessus des Cétacés, on ne trouve plus rien qui ressemble 
à un cosmopolitisme, môme fort restreint. Ici encore, je puis 
vous épargner les détails. Vous savez comme moi que les 
espèces de Marsupiaux, d'Edentés, de Pachydermes, ont leurs 
patries respectives nettement délimitées ; et que, si le cheval 
et le porc sont aujourd'hui en Amérique, c'est qu'ils y ont été 
importés par les Européens. 

Un fort petit nombre de Ruminants habitent également le 
nord des deux continents. On est généralement d'accord pour 
regarder le renne et le caribou comme de simples races d'une 
même espèce. Brandt, tout en faisant quelques réserves, en a 
dit autant du bison et de l'aurochs, de l'argali et du bighorn. 
Mais, aucune de ces espèces ne se trouve dans les régions 
chaudes de ces deux parties du monde, pas plus que dans 
rOcéanie entière. 

L'ordre des Carnassiers présente peut-être quelques faits 
analogues aux précédents. Mais, arrivé aux Chéiroptères et aux 
Quadrumanes, on ne trouve pas une seule espèce commune aux 
deux continents, pas plus qu'au reste du monde. 



IV. 



Ainsi, de tous les êtres organisés, plantes ou animaux^ pas 
un n'est cosmopolite à la manière de l'homme. Or il est évident 
que l'aire d'habitat actuelle d'une espèce animale ou végétale 
quelconque comprend le centre d'apparition de cette espèce. 
En vertu de la loi d'expansion, celui-ci doit même être moins 
étendu que celle-là. Aucune plante, aucun animal n'a donc pris 
naissance dans toute les régions du globe. 

Admettre que l'homme s'est montré dès le début partout où 
nous le voyons aujourd'hui serait faire de lui une exception 



unique. Cette hypothèse ne peut donc être acceptée ; et tout 
monogéniste doit repousser comme fausse la conception du 
cosmopoHtisme initial de l'espèce humaine. 



V. 



La même conclusion s'impose aux polygénistes, à moins 
qu'ils ne refusent d'appliquer à l'homme les lois de la géogra- 
phie botanique et zoologique qui régissent tous les autres 
êtres. 

En effet, pour tant qu'ils aient multiplié leurs espèces hu- 
maines, qu'ils en aient admis deux avec Virey, quinze avec Bory 
de Saint- Vincent, ou un nombre indéterminé, mais très consi- 
dérable, avec Gliddon, ils les ont toujours réunies dans un seul 
genre ; et ils ne pouvaient faire autrement. Or, pas plus qu'une 
espèce humaine^ un genre himiam ne peut être cosmopolite. 

En parlant des végétaux, de CandoUe a dit : « Les mêmes 
causes ont pesé sur les genres et sur les espèces ; » et cela est 
vrai des animaux comme des plantes. 

Tenons -nous-en aux Mammifères. 

Parmi les Cétacés, Murray regarde les genres Rorqual et Dau- 
phin comme étant représentés dans toutes les mers. Van Bene- 
den et Gervais ont contesté ce fait, — Admettons-le néanmoins ; 
il n'infirmera en rien nos conclusions. 

Au-dessus des Cétacés, il ne peut plus être question de cos- 
mopolitisme générique. — Chez les Ruminants, les genres Cerf, 
Bœuf, etc., chez les Carnassiers, les genres Chat, Ours, etc., ont 
des représentants dans les deux mondes, mais aucun en Austra- 
lie ou en Polynésie. 

En outre, à mesure que l'on examine des groupes de plus en 
plus élevés, on voit diminuer le nombre de ces genres à aire 
très vaste. Enfin, on ne connaît pas un seul genre de Singe 
conimun à l'ancien et lau nouveau continent; et le type lui- 
même manque à la plus grande partie des deux mondes et de 
rOcéanie. 



VI. 



Ainsi, qu'il s'agisse des espèces ou des genres, Taire d'habitat 
se restreint d'autant plus que les animaux sont placés plus haut 
dans l'échelle zoologique. Il en est de même pour les végétaux. 
Voici ce qu'en dit de CandoUe : « L'aire moyenne des espèces 
est d'autant plus petite que la classe à laquelle elles appartien- 
nent a une organisation plus complète, plus développée, autre- 
ment dit, plus parfaite, » 

Le cantonnement progressifs en rapport avec le perfectionne- 
ment croissant des organismes, est donc un fait général, une /o?, 
qui s'applique à tous les êtres organisés et dont la physiologie 
rend d'ailleurs facilement compte. Or, cette loi est en désaccord 
absolu avec l'hypothèse qu'il puisse exister un genre humain, 
comprenant plusieurs espèces distinctes, lesquelles auraient ap- 
paru partout où nous voyons des hommes. C'est ce qu'il est aisé 
de comprendre. 

En invoquant l'autorité de Murray et l'universalité d'habitat 
qu'il attribue aux genres Rorqual et Dauphin, les polygénistes 
pourraient être tentés de dire : «Le non-cosmopolitisme présente 
déjà deux exceptions : pourquoi n'y en aurait-il pas une troi- 
sième ? Deux genres de Cétacés sont naturellement représentés 
dans toutes les mers ; pourquoi le genre humain ne l'aurait-il 
pas été d'emblée sur toutes les terres ? » 

Ce raisonnement pécherait par la base. Les Rorquals et les 
Dauphins appartiennent au dernier ordre des Mammifères. Les 
hommes, à tenir compte seulement du corps, ne peuvent être 
placés que dans le premier. A moins de constituer une exception 
unique, c'est aux lois du groupe supérieur qu'ils ont dû obéir. 
Par conséquent, ils n'ont pu échapper à celle du cantonnement 
progressif. Il suit de là qu'un genre humain, comme le com- 
prennent les polygénistes, aurait dû occuper à l'origine une aire 
tout au plus aussi étendue que celle qui est dévolue à quelque 
genre des Singes. 



- 49 — 

Mais, parmi les Singes eux-mêmes, tous les naturalistes re- 
connaissent une hiérarchie ; tous placent en tête de l'ordre la 
famille des Anthropomorphes. C'est donc aux croupes secon- 
daires de cette famille que les polygénistes doivent demander 
des renseignements sur l'étendue possible de l'aire primitive- 
ment accordée à leur genre humain ; et vous savez combien est 
peu considérable celle des genres Gibbon, Orang, Gorille et 
Chimpanzé 



VIL 



Vous le voyez, à quelque point de vue que l'on se place, il 
faut, ou bien prétendre que l'homme seul échappe aux lois qui 
ont réglé la distribution géographique de tous les autres êtres 
organisés, ou bien admettre que les tribus primitives ont été 
cantonnées sur un espace fort restreint. 

A en juger par l'état actuel des choses, en faisant les plus 
larges concessions, en négligeant la supériorité incontestable du 
type humain sur le type simien, tout ce que permet Ihypothèse 
polygéniste, c'est de regarder cette aire comme ayant été à peu 
près équivalente à celle qu'occupent les diverses espèces de Gib- 
bons, qui vont, sur le continent de l'Assam à Malacca, dans les 
lies des Philippines à Java. 

Naturellement, le monogénisme conduit à resserrer encore 
cette aire et à l'égaler tout au plus à celle du chimpanzé, qui 
s'étend à peu près du Zaïre au Nil Blanc. 

Je suis le premier à reconnaître qu'il faudra peut-être élargir 
plus tard ces limites. Je regarde comme démontrée l'existence 
de l'homme tertiaire ; et c'est la distribution géographique des 
singes, ses contemporains, qui seule pourra fournir des renseigne- 
ments plus précis sur l'extension première du centre d'appari- 
tion humaine. Or, la paléontologie nous a appris que l'espace 
jadis occupé par le type simien était sensiblement plus considé 
rable que de nos jours. Peut-être ena-t-il été ainsi des Anthro- 

4 



— 50 — 

pomorphes Toutefois, jusqu'ici, aucun singe fossile ne se rat- 
tache à cette famille. Vous savez que, grâce à l'examen de pièces 
mieux conservées, le Dryopithèque, longtemps regardé comme 
lui appartenant, a été reconnu pour nôtre qu'un singe infé- 
rieur. 

Quoi cju'il en soit, les lois générales de la distribution géo- 
graphique des êtres, et surtout celle du cantonnement progressif, 
permettent d'affirmer que l'homme n'a occupé primitivement 
qu'un point fort circonscrit du globe; et que, s'il est aujourd'hui 
partout, c'est qu'il a couvert la terre entière de ses tribus émi- 
grantes. 



VIII. 



Je sais que cette idée du peuplement du globe par migrations 
effraye bien des esprits. Elle nous met en face d'un immense in- 
connu ; elle soulève un monde de questions, dont un trop grand 
nombre peut paraître inaccessible à nos recherches. Aussi m'a- 
t-on dit bien souvent : « Pourquoi se créer toutes ces difficultés? 
Il est bien plus naturel de s'en tenir aux mouvements de peuples 
attestés par l'histoire et d'accepter l'autochtonisme, surtout 
quand il s'agit des derniers sauvages. Comment les Hottentots et 
les Fuégiens auraient ils atteint leur patrie actuelle, en partant 
d'un point indéterminé, mais que vous placez dans le nord de 
l'Asie ? Ces voyages sont impossibles : ces peuples sont nés au 
cap de Bonne-Espérance et au cap Horn. » 

A ces fins de non-recevoir, je répondrai d'abord par une anec- 
docte dont vous comprendrez aisément la portée. C'est à Li- 
vingstone que je l'emprunte. 

L'illustre voyageur raconte comment, dans sa jeunesse, il fai- 
sait avec ses frères de longues courses consacrées à des recher- 
ches d'histoire naturelle. — « Dans l'une de ces tournées d'ex- 
ploration, dit-il, nous entrâmes dans une carrière de pierre à 
chaux, longtemps avant que l'étude de la géologie se fût vulga- 



- 51 - 

risée, comme elle Va été depuis lors. Il est impossible d'expri- 
mer avec qu'elle joie et quel étoiinement je me mis à ramasser des 
coquilles que Ton trouve dans la roche carbonifère... Un carrier 
me regardait avec cet air de compassion que prend un homme 
bienveillant à la vue d'un insensé. — Comment ces coquilles 
sont-elles venues dans ces rochers, lui demandai-je ? — Quand 
Dieu a créé les roches, il a fait les coquilles et les y a placées, me 
répondit l'ouvrier. » 

Livingstone ajoute : « Que de peines les géologues se seraient 
épargnées, en adoptant la philosophie ottomane de cet ou- 
vrier!... » — A mon tour, je demanderai : « Où en seratt la 
géologie, si les hommes de science avaient adopté cette philo- 
sophie ? » 

Eh bien, je demande aux antliropologistes d'imiter les géolo- 
gues ; je leur demande de rechercher comment et par où les 
peuples les plus éloignés ont irradié du centre d'apparition hu- 
main jusqu'aux extrémités du globe. Je ne crains pas de pré- 
dire à ceux qui se mettront sérieusement à l'étude des migra- 
tions de nombreuses et belles découvertes. Le passé permet ici 
de prévoir l'avenir. 



IX. 



Il y a quelques années, lorsqu'on me tenait le langage que je 
viens de rappeler, on ne manquait pas d'ajouter la Polynésie à 
la liste des régions que n'auraient pu atteindre, affirmait-on, des 
hommes dépourvus de nos industries perfectionnées. Vous savez 
quel démenti complet a été donné à ces dires En ajoutant ses 
recherches personnelles à celles de ses devanciers, Haie, le pre- 
mier, a dressé la carte des migrations polynésiennes. Vingt ans 
après, grâce aux documents recueillis depuis l'apparition de ce 
travail fondamental, j'ai pu compléter l'œuvre du savant Amé- 
ricain. — Aujourd'hui, a dit notre regretté Gaussin, si compé- 
tent pour tout ce qui touche à l'Océanie, le peuplement de la 



— 52 



Polynésie, par des migrations parties de Farchipel indien, est 
aussi clairement démontré que l'invasion de TEurope par les 
barbares du moyen âge. 



X. 



Comme la Polynésie, l'Amérique a été peuplée par des co- 
lons venus du vieux monde. Il faut retrouver leur point de dé- 
part et suivre leurs traces. — Certes, le travail sera plus diffi- 
cile et plus long sur le continent qu'en Océanie ; surtout parce 
que, en Amérique, les migrations ont été bien plus nombreuses 
et remontent bien plus haut. — "Les premiers pionniers indoné- 
siens qui, partis de l'ile Bouro, abordèrent aux archipels de Ton- 
ga et de Samoa, ont dû accomplir cette traversée vers la fm du 
\<^ siècle, c'est-à-dire à peu près à l'époque de la conversion de 
Clovis. Le peuplement de la Nouvelle-Zélande par les émigrants 
des lies Manaïa remonte, tout au plus, aux premières années du 
xye siècle. 

Ainsi, le peuplement de la Polynésie entière s'est accompli 
pendant notre moyen âge. — En Amérique, les premières mi- 
grations datent des temps géologiques. 

Deux savants, à qui l'on doit de précieuses découvertes, MM. 
Ameghino et Whitney, ont même reporté jusqu'aux époques 
tertiaires l'existence de l'homme américain. Mais, vous savez 
que cette opinion a été combattue par des hommes d'une valeur 
égale ; et je crois avoir confirmé la manière de voir de ces der- 
niers, par la comparaison des faunes fossiles des pampas du 
Brésil et des graviers californiens. 



XI. 



Ainsi, à en juger par le peu que nous savons, l'homme avait 
atteint la Loml^ardie et le Cantal, alors qu'il n'avait pas encore 



— 33 — 

pénétré en Amérique. Sans cloute, il faut ici faire les réserves 
les plus formelles en faveur de Favenir. Mais, si le fait se con- 
firme, on l'expliquerait, ce me semble, aisément. 

Tout me porte à penser que, avant l'époque quaternaire, 
l'Amérique et l'Asie étaient séparées comme de nos jours. S'il 
en eût été autrement, les espèces de mammifères communes au 
nord des deux continents seraient à coup sûr plus nombreuses. 
Les riverains de la mer de Behring, hommes et animaux terres- 
tres, étaient ainsi arrêtés. Mais, quand le grand hiver géologi- 
que vint substituer rapidement la température polaire à la dou- 
ceur d'un climat analogue à celui de notre Californie, les vieilles 
tribus tertiaires furent forcées d'émigrer en tous sens. Un cer- 
tain nombre d'entre elles s'engagea sur le pont de glace jeté par 
le froid entre les deux rivages, et arriva en Amérique avec le 
renne, comme leurs sœurs occidentales sont arrivées en France 
avec le môme animal. 

A dater de ce moment, l'ère des immigrations s'est ouverte 
pour l'Amérique. Elle n'a pu se clore depuis cette époque. Chaque 
année, l'hiver reconstruit le pont qui unit le cap Oriental à ce- 
lui du Prince-de-Galles ; chaque année, un chemin relativement 
facile pour des piétons aguerris va de l'un à l'autre continent ; et 
nous savons que les populations côtières des deux rives opposées 
en profitent pour entretenir des relations. 

Eh bien, lorsque quelqu'un de ces grands mouvements, que 
nous savons avoir agité l'Asie, faisait sentir ses contre-coups 
jusque dans ces contrées lointaines, lorsque des révolutions po- 
litiques ou sociales les bouleversaient, n'est-il pas évident que 
les fugitifs ou les vaincus ont dû maintes fois prendre cette route, 
dont ils connaissaient l'existence ? Pour repousser l'idée des mi- 
grations par la mer glacée, il faut admettre que, depuis le com- 
mencement des temps quaternaires, toutes les régions correspon- 
dantes ont joui d'une paix perpétuelle ; et, vous le savez bien, 
une telle paix n'est pas de ce monde. 

Cette mer n'a pu qu'être la principale route suivie par les im- 
migrations américaines. Mais, plus au sud, la chaîne, formée par 



— 34 — 

les lies Aléoutiennes et l'Alaska, en ouvre une seconde à des 
tribus quelque peu navigatrices. Aussi, les Aléoutes occupent- 
ils, sur la carte ethnologique de Dali, toute Textrémité de la 
presqu'île. 

Telles sont les voies par lesquelles a dû s'opérer ce qu'on 
pourrait appeler le peuplement normal de l'Amérique. Mais, bai- 
gné en tous sens par deux grandes mers, ce continent ne pou- 
vait que bénéficier des hasards de la navigation. On reconnaît de 
plus en plus qu'il en a bien été ainsi. Dès aujourd'hui, on peut 
dire que l'Europe et TAfrique d'un côté, l'Asie et l'Océanie de 
l'autre, ont envoyé à l'Amérique un nombre de colons involon- 
taires, plus considérable probablement qu'on ne pourrait encore 
le supposer. 



XII. 



En Amérique, comme en Europe, les immigrations ont été 
intermittentes et séparées parfois par des siècles. L'Amérique a 
été peuplée comme par un grand fleuve humain, ayant ses 
sources en Asie, traversant le continent entier du nord au sud, 
et recevant le long de son cours quelques faibles ruisseaux. Ce 
fleuve a ressemblé aux rivières torrentueuses dont nous avons 
des exemples en France même. D'ordinaire, et parfois pendant de 
longues années, leur lit est presque à sec. Vienne quelque grand 
orage, et une avalanche liquide descend des montagnes où elles 
prennent leur source, envahit et ravage la plaine, bouleversant 
les vieilles alluvions, brassant et mélangeant les matériaux an- 
ciens ou nouveaux, et poussant chaque fois plus loin les débris 
arrachés au passage. Tel a été le régime de notre fleuve ethno- 
logique. En outre, il a souvent déversé ses flots à droite ou à 
gauche, et s'est frayé des dérivations nouvelles. Il a eu aussi ses 
remous. Mais la direction générale n'en a pas été altérée, et 
nous pouvons la reconnaître dès à présent. 

Eh bien_, une des plus belles tâches des américanistes sera de 



— 55 — 

remonter aux sources de ce fleuve ; de déterminer la succession 
de ses crues ; de préciser l'origine et la nature des éléments 
qu'elles ont entraînés; de suivre ces éléments d'étapes en étapes, 
et de retrouver ainsi la route que chacun d'eux a suivie jusqu'à 
son point d'arrivée ; en d'autres termes, de faire l'histoire des 
migrations des divers peuples américains. 

Certes — et je l'ai déjà dit — l'accomplissement de cette tâche 
sera tout autrement difficile en Amérique qu'en Polynésie, Ceux 
qui l'aborderont ne pourront recourir à rien qui rappelle les 
chants historiques et les généalogies dont se composaient les ar- 
chives orales religieusement conservées dans toutes les îles du 
Pacifique. Mais la science moderne a des ressources dont on 
comprend de mieux en mieux la puissance. En réunissant les 
données fournies par l'étude des terrains et de leurs fossiles, 
parla cràniologie comparée, la linguistique et l'ethnographie, 
il est permis d'aborder cet ensemble de problèmes et d'en pré- 
voir la solution. 

Déjà de sérieux efforts ont été faits dans cette direction et n'ont 
pas été infructueux. 

Dès à présent, on pourrait indiquer sur la carte un assez 
grand nombre d'itinéraires; mais ces itinéraires sont jusqu'ici 
partiels et locaux. Ce ne sont guère que des tronçons, analogues 
à ceux qu'avaient signalés en Océanie les prédécesseurs de 
Haie. 

Peut-être en sera-t-il encore longtemps ainsi. Pourtant, que 
les américanistes ne perdent pas courage. Chaque découverte 
nouvelle, pour si peu importante qu'elle puisse paraître au pre- 
mier abord, les rapprochera du but à atteindre. D'année en an- 
née, ces tronçons, aujourd'hui isolés et épars, se souderont, se 
coordonneront; et un jour on dressera la carte des migrations 
américaines, de l'Asie au Groenland et au cap Horn, comme on 
a dressé celle des migrations polynésiennes, de l'archipel In- 
dien à l'île de Pâques, et de la Nouvelle-Zélande aux Sandwich. 



— 56 — 

M. G. Hellmann, en sa qualité de représentant du Bureau de 
Berlin, transmet à la session présente les pouvoirs de la précé- 
dente. 

Monsieur le Président, 
Mesdames et Messieurs, 

Après le discours si éloquent que vient de prononcer M. de 
Quatrefages, c'est pour moi une tâche difficile de vous adresser 
la parole dans une langue qui ne m'est pas familière. C'est pour- 
quoi je sollicite l'indulgence de l'honorable assemblée. 

La tradition et même les statuts de notre Congrès ont établi la 
bonne coutume qu'un représentant du Bureau de la dernière 
session remette le pouvoir au nouveau comité d'organisation à 
l'inauguration de la nouvelle session et exprime les meilleurs 
vœux pour le succès de celle-ci. 

J'aurais bien vivement désiré qu'un membre plus digne que 
moi, le président ou un des vice-présidents ^ fût à ma place. 
Mais tous ces Messieurs : Reiss, Virchow, von Richthofen, Bas- 
tian, dont les noms vous sont bien connus, sont, à leur grand 
regret, retenus par des circonstances imprévues. 

C'est donc à moi, secrétaire-général, qu'incombe la mission 
flatteuse de transmettre les pouvoirs du Congrès de Berlin à 
celui de Paris. 

De la session de Berlin, à laquelle assistèrent aussi quelques 
illustres savants français, je ne vous dirai que deux mots, vu 
que les comptes-rendus ont paru il y a plusieurs mois et se 
trouvent entre les mains de tous les Américanistes. 

J'ai l'honneur d'en présenter un exemplaire à M. le Prési- 
dent. 

Un trait caractéristique de la session précédente, a été que 
pour la première fois les savants compétents de l'Amérique ont 
pris part à nos travaux. Pour n'en nommer que deux, je mention- 
nerai seulement M. le professeur Morse, digne représentant de 
la « llemcnway Southwestern Archaeological Expédition » et M. 
Netto, savant directeur du Musée de Rio- de- Janeiro. Eh bien, 



— o7 — 

Messieurs, je ne doute pas qu'à Paris où résident tant d'é- 
trangers, nous aurons encore plus de savants américains parmi 
nous. 

Quand nous délibérions à la dernière session pour savoir où 
se tiendrait le plus convenablement la prochaine, nous n'hésitâ- 
mes pas à voter à l'unanimité pour Paris. Nous désirions par \k 
que le Congrès retournât dans sa patrie, car nous ne devons pas 
oublier, Messieurs, que le Congrès des Américanistes est dû à 
l'initiative française. Il naquit à Nancy en 1873. 

Ici, à Paris, où se trouvent concentrés tant de musées, tant de 
riches collections, le Congrès organisé par un comité qui se 
compose d'autorités si illustres, le Congrès, dis-je, j'en suis sûr, 
ne manquera pas de succès et l'œuvre américaniste fera des 
progrès considérables. 



M. H. CoRDiER, membre du Comité d'organisation, prononce 
l'éloge funèbre de M. Ferdinand Denis, administrateur honoraire 
de la Bibliothèque Ste-Geneviève, un des deux présidents 
d'honneur du Congrès, mort pendant la période d'organisation. 



— 38 



FERDINAND DENIS 

1798-1890 



Lorsque les membres du Comité d'organisation du VHP Con- 
grès international des Américanistes constituèrent leur bureau, 
ils n'oublièrent point de placer à leur tête comme président 
d'honneur ce vétéran des études américaines avant que l'améri- 
canisme n'existât : Ferdinand Denis, 

Né à Paris le 13 août 1798, Jean-Ferdinand Denis était dans 
sa 92' année ; sans espérer qu'il prit une part active à nos tra- 
vaux, nous pouvions penser que la mort qui semblait l'oublier 
dans sa verte vieillesse lui permettrait de paraître aux côtés de 
notre vénéré président : M. de Quatrefages. 

Ferdinand Denis est mort à Paris, le l^' août 1890. 

Une voix plus autorisée que la mienne aurait pu retracer la 
carrière de ce voyag-eur et de ce savant modeste ; — on a pensé 
— et je remercie ceux qui ont eu cette pensée — que nul ne 
pourrait parler de Ferdinand Denis avec plus d'affection que 
moi. 

Je fis la connaissance de Ferdinand Denis à mon retour de 
Chine, par l'intermédiaire d'un ami commun, également géo- 
graphe distingué, dont le nom vous est familier à tous : Dela- 
marche, qui était alors à la tête du Service des Cartes et Plans 
de la Marine. Et depuis lors, des recherches analogues, cette 
sympathie qu'il savait inspirer à ceux qui l'approchaient^ éta- 
blirent entre Ferdinand Denis et moi, des relations constantes 
que la mort seule pouvait interrompre. 

La vie de Ferdinand Denis est celle d'un homme sage, et qui 
dit sage, dit simple. Il appartenait par son père, au Départe- 
ment des Affaires Etrangères et il embrassa de bonne heure la 



if^ f 




'^«'iog Dujiu-àif 



FEI\]3INANI) DENIS 
1798 -1890 



Erneat Leroux Edit. 



Eudes &■ Chassppot,lmp. 



— 59 — 

carrière diplomatique : ce fut en qualité d'attaché d'ambassade 
que Ferdinand Denis visita le Brésil. Mais il abandonna bientôt 
les chancelleries pour se livrer à des études de linguistique et 
d'érudition, et lorsque j'aurai dit qu'en 1838, il entra au minis- 
tère de l'instruction publique comme bibliothécaire et qu'il fut 
nommé trois ans plus tard conservateur de la Bibliothèque de 
Sainte-Geneviève, dont il devint le chef en mars 1865, j'aurai 
raconté les faits principaux d'une vie qui se résume en entier 
dans la chronologie d'ouvrages s'échelonnant à intervalles très 
rapprochés pendant une période de près de trois quarts de 
siècle. 

Ferdinand Denis fut l'historien de l'Amérique portugaise et 
espagnole ; il décrivit tour à tour la Guyane \ à laquelle se rat- 
tache le nom de Malouçt *, Buenos-Ayres, le Paraguay, le Chili', 
et surtout le Brésil *. Les gouvernements de ces pays ont re- 
connu l'importance de ses travaux : Denis est mort Comman- 
deur de l'Ordre d'Isabelle-la-Catholique, Grand'Croix de l'Ordre 
Impérial de la Rose du Brésil et de l'Ordre du Christ de Por- 
tugal, 

Le Brésil revient constamment sous la plume de Denis depuis 



* La Guyane, ou Histoire, mœurs, usages et costumes des habitans de celte 
partie de l' Amérique, par M. Ferdinand Denis. . ., ouvrage orné de seize gravu- 
res, Paris, Nepveu, 1823, 2 vol. pet. in-12, pp. 483, 237. 

* Voyage dans les forêts de la Guyane française, par P.-V. Malouel, ancien 
ministre de la marine. Nouvelle édition, publiée par M. Ferdinand Denis. 
Paris, Gustave Sandre, in-32, s. d., pp. 128. 

Pierre Victor Malouet, né àRiom, en 1740. 

^ Rèstimé de l'histoire de Buenos-Ayres. du Paraguay et des provinces de la 
Plata, suivi du Résumé de l'histoire du Chili, avec des notes, par Ferdinand 
Denis. Paris, Lecointe et Durev, 1827, pet. in-12. 

* Le Brésil, ou Histoire, mœu>s, usages et coutumes des habitans de ce royaume; 
par M. Hippolyte Taunay, Correspondant du Muséum d'histoire naturelle de 
Paris, et M. Ferdinand Denis, membre de l'Athénée des sciences, lettres 
et aris de Paris. Ouvrage orné de nombreuses gravures d'après les dessins 
faits dans le pays par M. H. Taunaj. Paris, Nepveu, 1822, 6 vol. pet. in-18. 

Résumé de l'histoire du Brésil, suivi du Résumé de l'histoire de la Guyane, i>a.r 
Ferdinand Denis. Paris, Lecointe et Durey, 182o, pet. in 12. 

Brésil, par M. Ferdinand Denis. Colombie et Guyane, par M. C. Famin. 
Paris, Firmin Didot, 1837, in-8. 



— 60 — 

1822, sous forme de description ou d'histoire générale. Je ne 
vous parlerai ici ni de la description publiée en 1822, avec la 
collaboration de M. Hippolyte ïaunay, ni du volume paru en 
1837 dans la collection àe V Univers pittoresque \ je rappellerai 
seulement que les panoramas jouissant à Paris d'une grande 
vogue, ce fut Denis, aidé de Hippolyte Taunay, qui fut chargé 
de rédiger la notice * du panorama de Rio-Janeiro, exécuté par 
M. Ronmy d'après des dessins faits et envoyés par M. Félix 
Taunay, correspondant du Muséum d'histoire naturelle. 

Tout le monde sait que Robert Barker, peintre d'Edimbourg, 
inventa les panoramas dont le premier spécimen fut exposé en 
1788 dans la capitale de l'Ecosse. Le célèbre Robert Fulton les 
introduisit en France. 

Je ne retiens que deux ouvrages importants à des titres divers : 
l'un est une simple brochure intitulée Une Fête hrésilieiine d'a- 
près un volume de la Bibliothèque de Rouen, l'autre une relation 
du voyage d'Yves d'Evreux. 

Parmi les « plaisantz spectacles et magnifiques théâtres 
dresses, et exhibes par les citoiens de Rouen », lors de l'entrée 
de Henri II et de Catherine de Médicis, dans la cajiitaie de la 
Normandie, les mercredi et jeudi, premier et deux octobre 1550, 
cinquante Indiens de la race des Tupinambas donnèrent des 
scènes de leur pays ^ 

On se souviendra qu'il n'y avait que cinquante ans que Pedro 
Alvarez Cabrai arrivait à la côte brésilienne, le 24 avril 1500, et 

• Notice historique et explicative du panorama de Rio-Janeiro, par M. Hip- 
polyte Taunay..., et M. Ferdinand Denis. Paris, Nepveu, 182i, in-8. 

Histoire géographique du Brésil, par M. Ferdinand Denis. Paris, 1833, pet. 
in-i2, pp. iOO. 

Fait partie de la Bibliothèque populaire. 

Résumé de l'histoire littéraire du Portugal, suivi du Résumé de l'histoire lit- 
téraire du Brésil, par Ferdinand Denis. Paris, Lecointe et Durev, 1826, pet. 
in-12, pp.XXV-625. 

Atlas de la Littérature espagnole, dans la collection des At^as de Littérature 
de Jarry de Mancv, Paris, 1831, in-fol. Atlas de la littérature portugaise. 
Ibid. 

* Une fête brésilienne célébrée à Rouen en 1550. {Bulletin du BihLophile, 
Techener, iM9, pp. 83-2-402). 



— 61 — 

jetait l'ancre à Porto Segiiro'. Le succès de ces Tupinambas 
fut assez considérable pour que l'habitude de représenter des 
fêtes indiennes se soit introduite dans le cérémonial de la cour de 
France. On conserve d'ailleurs encore aujourd'hui au Musée 
des antiquités de Rouen, une enseigne de l'ile du Brésil, repré- 
sentant des scènes indiennes, et provenant de la maison portant 
le n" 17 de la rue Malpalu, où furent logés au xvi" siècle ces 
hôtes exotiques. 

Ce n'est point ici la place de parler de l'expédition de Nicolas 
Durand de Villegaignon en 1558, mais l'historique des efforts 
tentés sous Louis XIII pour assurer à la France un établisse- 
ment sur la côte de l'Amérique du Sud, est essentiellement de 
notre domaine. 

Lorsque le Portugal et ses possessions eurent passé temporai- 
rement aux mains des souverains espagnols, Anglais, Français, 
Hollandais, cherchèrent à s'emparer de quelques bribes du 
vaste empire colonial qui ne devait rentrer sous la domination 
de la Maison de Bragance qu'en 1640. Daniel de la Tous- 
che, seigneur de la Ravardière, capitaine protestant, obtint par 
lettres patentes du Roi, datées de juillet 1605, la concession 
d'immenses territoires sur la côte du Brésil, et pour le seconder 
dans l'exploitation de son privilège, il s'associa avec l'amiral 
Razilly et Nicolas de Harlay, seigneur de Sancy, baron de 
Molle et de Grosbois. 

On faisait volontiers marcher à cette époque la religion avec 
le commerce et pour aider à l'œuvre colonisatrice entreprise 
par la Ravardière, on résolut d'y adjoindre une mission de 
Capucins. 

Pendant la première période du xvn* siècle, les Capucins ont 
été les grands facteurs du développement de l'influence fran- 
çaise en Amérique et en Asie, grâce à la protection que leur 



* Un an auparavant Vincent Yanez Pinçon avait découvert le Bi'ésil et en 
avait pris possession au nom de l'Espagne (1499). 



— 62 — 

accordait le Père Joseph, rEminence Grise. Rappelons en Asie 
les PP. Pacifique de Provins et HaphaSl du Mans. 

Il y avait à Paris, rue St-IIonoré, un couvent de Capucins 
fondé en 1575 par Catherine de Médicis, qui n'avait pas tardé à 
jouir d'une très grande réputation, par suite de l'éclat de ses 
prédicateurs. Ce fut à ces Capucins que Marie de Médicis, 
sollicitée par l'arairal de Razilly, s'adressa et demanda quatre 
religieux pour la mission que voulait fonder à File de Maranhao, 
sur la cùte du Brésil, l'association française. Le supérieur du 
couvent fit choix dans ce but des frères : Yves d'Evreux ', nom- 
mé supérieur, Claude Foullon, dit Claude d'Abbe ville, Arsène 
de Paris et Ambroise d'Amiens. Ce dernier devait mourir au 
Brésil. 

Yves d'Evreux reçut en date du 12 août 1611 les lettres d'obé- 
dience lui ordonnant de rejoindre à Cancale le vaisseau ami- 
ral commandé par le lieutenant du Roi, Razilly. Cette pre- 
mière mission des Capucins dura fort peu de temps : Yves 
d'Evreux, miné par les fièvres paludéennes, fut obligé de 
rentrer en France au bout de deux ans. On sait que la seconde 
mission fut ruinée lors de l'attaque des Français par JeKpnimo 
deAlbuquerque. La Ravardière, assiégé à San Luiz, en remit le 
fort à Alexandre de Mourale 3 novembre 1615 et fut envoyé en 
captivité pendant trois ans au fort de Belem. 

La relation de Claude d'Abbeville avait été publiée à Paris, 
dès 1614' ; celle d'Yves d'Evreux, imprimée l'année suivante ', 

* Né vers 1577 ; entra au couvent de Rouen le 18 août 1593, puis vint à 
Paris au commencement du siècle. 

* Histoire \\ de la mission \\ des Pères Capvcins || en l'Isle de Mnragnan et \\ 
terres circonuoisines || ov \\ est traicte des siii \\ gularitez admirables et des \\ meurs 
merueilleuses des Indiens \\ habilans de ce pais Auec les missiues || et advis qui ont 
este enuoyez de nouueau. \\ Par || le R. P. Claude d'Abbeuille || Prédicateur 
Capucin |j Praedicabitur Euangclium || Regni in vniuerso orbe. Mat. 24 || auec 
priuilège du Roy. || A Paris || De l'Imprimerie de François || Hvby, || rué St- 
lacques à la Bible d'Or, || et en sa boutique au Palais en la galle |j rie des 
Prisonniers. 161-4 |1 pet. in 8. 

8 Svitte de |1 l'histoire || des choses plvs || mémorables ad- 1| uenii'ès en Marngnan, 
es Cannées 1613 et\\ i6l4.\\ Second Traité. || A Paris. || De l'Imprimerie 
de François Huby, rue Saint |J lacques à la Bible d'Or, et en sa boutique ]| 



— 63 — 

était restée inconnue, car Fédition en avait été détruite chez 
rimprimeur Huby. Razilly, par l)onheur, sauva un exemplaire, 
malheureusement incomplet, qu'il fit revêtir d'une reliure superbe 
aux armes du Roi ; Ferdinand Denis le retrouva en 1835 dans la 
bibliothèque du Roi. 

Denis fit part de sa découverte cette même année dans une 
petite brochure publiée chezTechener. Quand la librairie Franck 
entreprit en 1861, sous le nom de Bibliolheca Ame?'icana^, 
une collection d'ouvrages inédits ou rares sur l'Amérique, Fer- 
dinand Denis donna avec une savante introduction, le texte 
d'Yves d'Evreux, renfermé dans le volume delà bibliothèque du 
Roi *. On a toujours vanté le mérite de la relation de Claude 
d'Abbeville qui n'est resté que quatre mois au Brésil ; Ferdi- 
nand Denis a été le révélateur d'Yves d'Evreux dont le récit est 
la suite de celui de Claude d'Abbeville. On comprendra l'im- 
portance de ce livre quand on saura qu'Yves d'Evreux, lui, est 
resté deux ans à Maranhao. Il donne les détails les plus circons- 
tanciés sur les mœurs et les coutumes indigènes et l'exhumation 

au Palais, en la galorie des || prisonniers. [| — m.c.d.xv. || Auec priuilège Du 
Roy. Il pet. in-8, 10 ff. prél. (titre, I f. , Epistrè de François de Rasilly au 
Roy, 2 fî; Epistre de F. Yves d'Evreux, capucin, au Roy, 4 ff ; Advertisse- 
ment au Lecteur, 1 f. ; Préface svr les devx Traitiez suiuans, 2 iï) -|- pp. 
364. (La fin manque). 

* Bibliotheca amevicana. Collection d'ouvrages inédits ou rares sur l'Amé- 
rique. Paris. Librairie A. Franck, 1861. 

Puren indomilo. Poema por el Capitan Fernando Alvarez de Toledo publi- 
cado bajo la direccion de Don Diego Barros Arana. 1862. 

Yves d'Evreux... publié... par Ferdinand Denis, 1864. 

Mémoire sur les mœurs, coustiimes et relligion des sauvages de V Amérique sep- 
tentrionale, par Nicolas Perrot. Publié pour la première fois par le R. P. J. 
Tailhan de la Compagnie de Jésus. 186-4. 

* Voyage \\ dans le \\ Nord du Brésil \\ fait durant les années 1613 et 1614 || 
par le || Père Yves d'Evreux. || Publié d'après l'exemplaire unique conservé 

Il à[la bibliothèque impériale de Paris. || Avec une introduction et des notes || 
par II M. Ferdinand Denis, || conservateur à la bibliothèque sainte Geneviève. 

Il Leipzig et Paris, || Librairie A. Franck || Albert L. Ilerold || 1864, in-8, pp. 
X -j- xLvi -\- 456. 

Depuis, un autre ex. du P. Yves d'Evreux s'est trouvé dans la Bibliothèque 
du Dr Court; il contenait les ff. 97-104; 113-120; 297-304; 337-344; en tout 
4 feuilles de plus que l'ex. de la Bibl. nationale. Voir N» 65 du Cat. de la 
précieuse Bib. de M. le Dr J. Court. Paris, Leclerc, 1884, in-8. 



— 64 — 

de ce vieux voyageur français en iimérique est pour moi le 
principal titre de gloire de notre regretté président d'honneur. 

L'histoire et la géographie des pays hispano-portugais ne 
devaient pas seules intéresser Ferdinand Denis. La littérature ne 
devait pas manquer d'être l'objet des études d'un esprit délicat. 
Aussi nous fait-il connaître dans ses Chroniques chevaleresques ', 
ces chefs-d'œuvre Les sept Infans de Lara, Le mauvois roi et 
le bon vassal, Histoire de dona Cens tança Manuel, Chronique 
d'Inez de Castro, etc., ainsi que Le Tisserand de Ségovie, comé- 
die de Juan Ruiz de Alarcon y Mendoza, le célèbre poète espa- 
gnol, mort en 1639, auquel notre grand Corneille emprunta le 
Menteur. 

Le plus grand nom de la littérature portugaise n'était pas non 
plus oublié ; j'ai nommé Camoens. 

L'illustre barde portugais a souvent trouvé des interprètes 
parmi nous, un peu tard toutefois : Les Lusiades parurent en 
1572 * et le poème de l'immortel Camoens qui « chante les com- 
bats et les héros fameux qui, partis des rives occidentales de la 
Lusitanie et s'élançant à travers des mers jusqu'alors inexplorées 
laissèrent loin derrière eux la Taprobane, après avoir surmonté 
mille obstacles » ne fut traduit qu'en 1735 par Louis Adrien 
Duperron de Castera* ; d'autres versions ont été données depuis, 
en particulier par Vaquette d'Hermilly, dont la version a été 
revue par La Harpe *, J. B. J. Millié% 0. Fournier et Desau- 



* Chroniques chevaleresques de l'Espagne et du Portugal, suivies du Tisserand 

de Ségovie, drame du xviie siècle, publiées par Ferdinand Denis Paris, 

Ledoyen, 1839, 2 vol. in-8, pp. iv-382, 492. 

^ Os Lusiadas, de Luis de Camoes. Com privilégie real. Impressos em 
Lisboa, com licença da Sancta Inquisaçào, et do Ordinario. Em casa de 
Antonio Gôcalvez impressor, 1S72, in-4, 186 ff. c, S. L. prél., etc. 

« Paris, 3 vol. in-12 ; Amst., 1735, 3 vol. in-12, même éd. avec litre diffé- 
rent ; Paris 1768, 3 vol. in-12. 

♦ Paris, 1776, 2 vol. in-8. 

» Paris, 1823, in-8 ; 1844 (Dubeux et Ch. Magnin) et 1862, in-12. 



— 65 — 

les, F. Ragon *, K. Albert*, C. Lamarre', H. Garin*,et E. 
Hippeau ^ 

C'est à la traduction de Fournier et de Desaules, que Ferdi- 
nand Denis, auquel rien de portugais n'était étranger, donna le 
travail qu'on était en droit d'attendre de lui sur le grand poète ^ 
Au moins indirectement, F, Denis s'était occupé de Camoens : 
On se rappelle que dans le chant III des Lusiadcs, Camoens 
place « ce douloureux événement si digne de la mémoire qui 
pour toujours arrache les hommes au tombeau, et qui arriva à 
cette faible et déplorable femme qui ne fut reine qu'après sa 
mort » : l'épisode d'Inez de Castro avait excité la verve poéti- 
que d'une demoiselle restée inconnue^ et celle du chevalier de 
Florian, ainsi que la passion de quelques dramaturges dont le 
plus célèbre est Lope de Véga. Ce sujet traité par J. B. Gomes 
après Ferreira, ainsi que Conquête du Pérou, et le Caractère 
des Lusitaniens, deux tragédies en cinq actes, par Manuel Gae- 
tano Pimenta de Aguiar, et la Vie du Grand Don Quichotte de 
la Manche et du gros Sancho Pança, par Antonio Jozé, for- 
mèrent le vingt-troisième volume des Chefs-d'œuvre des théâtres 
étrangers, publiés chez Ladvocat. On demanda à Ferdinand 
Denis une Notice sur le Théâtre portugais \ 

L'esprit aventureux de Denis lui fit aussi faire une incursion 
heureuse dans la littérature anglaise : 



» Paris, 1842, in-8 ; 2e édit. 1830, en vers. 

* Paris, 1839, in-I2. 
3 Paris, 1878. in-8. 

* Lisbonne, 1889, in-8, en vers. 
5 Paris, 1890, in-8. 

« Les Lusiades de L. de Camoens. Traduction nouvelle, par MM. Orlaire 
Fournier et Desaules, revue, annotée et suivie de la traduction d'un choix 
des poésies diverses avec une notice biographique et critique sur Camoens, 
par Ferdinand Denis. Paris, Charies Gosselin, mocccxli, pet. in-8, pp. 375. 

■' Essai d'imitation libre de l'épisode d'Ines de Castro, dans le poème des 
Luziadas de Camoens, par Mlle M. M. A la Haye, 1773, in-8. 

* Chefs-d'œuvre du Théâtre portugais. Gomès, Pimenta de Aguiar, Jozé. A 
Paris, chez Ladvocat, m.dcgc.xxxih, in-8, cf. pp. 1/28. 



— 66 — 

Rien n'est plus populaire que la mise en œuvre par Daniel 
Defoe des aventures du matelot Alexandre Selkirk abandonné 
pendant quatre ans dans l'ile Juan Fernandez et secouru par le 
capitaine Rogers : Robinsoi Cinisoé\ de York, et son fidèle com- 
pagnon, Vendredi, ont fait la joie de générations, non seu- 
lement d'enfants, mais aussi d'hommes mûrs. Lorsque Petrus 
Borel, ajouterons-nous le lycanthrope, donna sa traduction de 
cet ouvrage fameux, ses éditeurs eurent soin d'ajouter à son tra- 
vail une vie de Daniel de Foë, par Philarète Chasles, une disser- 
tation religieuse de l'abbé La Bouderie, et des notices géogra- 
phiques de Ferdinand Denise Plus tard, en collaboration avec 
Victor Chauvin, Denis devait donner l'histoire des vrais Robin- 
sons^ y prédécesseurs ou successeurs de Selkirk : Anna d'Arfet et 
Macham, Fernand Lopez, Alonso Çuaço, Gonçalo de Vigo, etc., 
qui a eu les honneurs d'une traduction anglaise*. 

Denis n'avait d'ailleurs pas dédaigné nos auteurs français et 
je retrouve de lui une notice biographique sur le menuisier de 
Nevers, Maître Adam^, Fauteur des Chevilles^ du Vilebre- 



1 Le premier volume parut le 25 avril 1719. 

* Robinson Crusoé, par Daniel de Foë. Traduction de Petrus Borel. Enrichi 
de la vie de Daniel de Foë, par Philarète Chasles ; de notices sur le matelot 
Selkirk, sur Saint- Hyacinthe, sur l'île de Juan-Fernandez, sur les Caraïbes 
et les Puelches, par Ferdinand Denis ; et d'une dissertation religieuse, par 
l'abbé La Bouderie, vicaire-général d'Avignon. Orné de 2o0 gravures sur bois. 
Paris, Francisque Borel et Alexandre Varenne... 1836, 2 vol. in-8, pp. XVI- 
422, 474-XXVIII. 

* Les vrais Robinsons. Naufrages, solitude, voyages par MM. Ferdinand 
Denis... et Victor Chauvin. Dessins de Yan' Dargent. Paris, Mag. pittoresque, 
1863, gr. in-8, pp. 379. 

* The True Uobinson Crusoes. Stories of Adventure. Abridged from the 
French of F. Denis and V. Chauvin. By Charles Russell. With twenty 
plates. London, Cassell, s. d. (1870), pet. in-8, 3 ff. n. c. -|- pp. 223. 

^ Poésies de Maitre Adam Billaut, menuisier de Nevers, précédées d'une 
notice biographique et littéraire, par M. Ferdinand Denis, conservateur à la 
Bibliothèque Sainte-Geneviève, et accompagnées do notes, par M. Ferdinand 
Wagnien, avocat, édition complète, ornée de huit porti'aits dessinés sur la 
pierre par MM. Achille Devéria et E. Lassalle, avec deux vues du Nivernais, 
par M. Paul Bourgeois. Nevers, J. Pinel, 18i2j gr. in-8. 



- 6t - 

gui?i, etc., qui célébrait le vin dans une chanson bachique bien 

connue : 

« Aussitôt que la lumière, 
Vient redorer nos coteaux, 
Je commence ma carrière 
Par visiter mes tonneaux ; 
Ravi de revoir l'aurore, 
Le verre en main je lui dis : 
Vois-tu sur la rive more. 
Plus qu'à mon nez de rubis ? 

L'Amérique du Sud ne suffit pas à l'activité de Ferdinand De- 
nis : il nous promène dans les possessions russes de l'Amérique 
et dans la Californie, alors peu connue' ; il nous transporte en 
Afrique avec l'expédition de Charles- Quint^ ; il nous fait par- 
courir le monde entier avec le Brahme voyageur ^ ^ recueil des pro- 
verbes de toutes les nations. 



' Histoire des Antilles. . . par M. Elias Regnault. — Suite des Etats-Unis, 
depuis 1812 jusqu'à nos jours; par MM. Elias Regnault et Jules Labaume. — 
Possessions anglaises dans l'Amérique du Nord... par M. Frederick Lacroix. 
— Les Californies. L'Orégoh, et les possessions russes en Amérique. Les îles 
Noutka et de la Reine Charlotte ; par M. Ferdinand Denys, conservateur de 
la bibliothèque Sainte-Geneviève. Paris, Fii'min Didot, 1849. 

* Fondation de la Régence d'Alger, Histoire des Barbeu'ousse, Chronique 
arabe du XVI» siècle, publié sur un manuscrit delà Bibliothèque royale, avec 
un appendice et des notes. Expédition de Charles Quint. Aperçu historique et 
statistique du port d'Alger. Orné de deux portraits et d'un plan. Par MM. 
Sander Rang, Officier supérieur de la Marine, et Ferdinand Denis. Paris, 
J. Ange, 1837, 2 vol. in-8. 

A propos de \3i Bibliography of Tmmia... hy H. S. Ashbee qui cite ce livre, 
M. Victor Chauvin, écrit, p. 439, du n» d'oct. 1890 du Centralblatt fur Bi- 
bliothekwesen: « Si on donne ce livre, comme Hammer et Berbrugger ont 
énoncé des idées fausses sur le manuscrit dont il est question, il faut de 
toute nécessité mentionner le savant travail où elles sont réfutées : « Le Ra- 
zaouat est-il l'œuvre de Kheir-ed-din (Barberousse) par II. de Grammont. 
Villeneuve sur-Lot, 1873, pp. V-41, tiré à 100 exemplaires.» 

^ Le Brahme Voyageur, ou la Sagesse populaire de toutes les nations. Par 
M. Ferdinand Denis. Paris, rue et place Saint-André- des-Arts, n" 30, 1832, 
in-12, pp. 108. 

Ce petit volume faisait partie de lacollection publiée par Ajasson deGrand- 
sagne sous le titre de Bibliothèque populaire, ou liustruction mise à la portée 
de toutes les classes et de toutes les intelligences, dont je noie parmi les fonda- 
teurs le marquis Aguado, Baring, le duc de Bassano, le général Bertrand, 
Boulay de la Meurthe, le maréchal Clausel, Darcet, P. J. David, Didot, le 
général Drouot, Jomard, Laffitte, Lenoir, Panckoucke, Lord Seymour, etc. 



— 68 — 

Ferdinand Denis est non seulement américaniste et géographe; 
il est bibliographe, et bibliographe excellent dans ces trois vo- 
lumes modestes de la collection Roret, \q Manuel de Bibliographie 
tmiverselle^, qui n'a d'équivalent, sans le remplacer toutefois, 
que la Table Analylique du Manuel du Libraire de Brunet; folk- 
loriste avec la légende du cacaoyer^; curieux et érudit en ce 
petit volume rempli de faits, le Monde enchanlé^, qui résume en 
un in-32, tout ce qui est connu du surnaturel au Moyen-Age ; dans 
cet Arte plumaria *, où sont décrits les singuliers ouvrages 
en plumes fabriqués par les populations indigènes, enfin dans 
son I/isloire de rornemenlalion des Manuscrits. 



II n'a pas eu moins de six éditions, dont la dernière est : Paris, Didot, 
187;{, in-18. 

Ce ne fut pas d'ailleurs la seule incursion de Denis dans le pays dos pro- 
verbes : il a placé en tôle de: 

Le Livre des Proverbes français, par Le Roux de Lincy,.. Paris, Paulin, 
1842, 2 vol. in-12, 

Un Essai sur la Philosophie de Sancho, pp. VlI-XXVij, et ce travail sur le cé- 
lèbre compagnon du non moins célèbre chevalier Don Quichotte a"eu les hon- 
neurs d'une traduction en espagnol dans le vol . V de El Refranero geiieral 
espaùol, parte rrxopilado, y parte compueslo por José Maria Sbarbi, Madrid, 
A. Gomez, Fuentenebro, 187G, pp. 164/185. 

* Manuels-Rorct. Nouveau manuel de Bibliographie universelle par Mes- 
sieurs Ferdinand Denis, conservateur à la bibliothèque Sainte-Geneviève ; P. 
Pinçon, bibliothécaire à la môme bibliothèque : et de Martonne, Ancien 
Magistrat. Paris, lib. encyclop. de Roret, 1857, in 8, pp. XI-706. 

L'ouvrage a paru également en 3 vol. in-12dans la même collection. 

2 Sous forme de lettre à M. Louis Paris et sous le titre de la légende de 
Cacaliuatl, il traite des préparations du cacao au temps des anciens Mexi- 
cains. Voir, pp. 30 1/328 de: 

Le Cacao et le Chocolat considérés aux points de vue botanique, chimique, 
physiologique, agricole, commercial, industi'iel et économique, par Arthur 
Mangin... suivi de la légende du Cacahuall par P^erdinand Denis... Paris, 
Guillaumin, 1860, in-12. 

Lire également une Lettre sur l'Introduction du tabac en France et adressée 
par F. Denis à M. Alfred Demersay, chargé d'une mission dans l'Amérique 
méridionale à l'Assomption (Paraguay) et insérée dans l'ouvrage de ce der- 
nier intilulé: Du tabac au Paraguay, Paris, Guillaumin, 1831, br. gr. in-8, pi. 

2 Le Monde enchanté. Cosmographie et histoire naturelle fantastiques dû 
moyen-Age, par M Ferdinand Denis, orné d'uncjolie gravure, par M. Vatlier. 
Paris, A, Fournier, 1843, in-16. 

* Arte Plumaria. Les Plumes, leur valeur et leur emploi dans les arts au 
Mexique, au Pérou, au Brésil, dans les Indes et dans l'Océanie par Ferdinand 
Denis. Paris, Ernest Leroux, 1873, br. in^S, pp. 76. 



— 69 — 

L'ornementation des manuscrits a été toujours l'une des pas- 
sions de M. Ferdinand Denis. Il rappelle, lui, artiste et biblio- 
graphe * que « C'est le génie le plus puissant qui ait éclairé le 
moyen-âge, c'est le Dante qui rappelle le premier l'amour do la 
France pour les beaux livres ornés de peinture, et c'est Paris, où 
le grand homme avait vécu dans son exil, que le poète regarde 
comme la cité par excellence, dès qu'il s'agit de trouver des 
peintres habiles qui avaient sans doute enseigné ceux que son 
pays admirait : 

Non se, tu Oderisi 

L'onor d'Agobbio e l'onoi* di quell'arle, 

Gh'alluminare è chiamata in Parisi. 

« La parole du poète, c'est ici l'opinion de son siècle; elle 
nous suffit. L'art en France, tel qu'il était pratiqué à partir du 
temps de Charlemagne jusqu'au XVP siècle, eut de noml)reux 
admirateurs, et créa des écoles assez célèbres pour qu'il demeurât 
sans rival en Europe, » 

Lorsque L. Curmer entreprit sa magnifique édition de l'Imi- 
tation de Jésus-Christ ^, il donna un appendice contenant une no- 
tice de Jules Janin, sur ce livre presque divin, un travail de 
l'abbé Delaunay, sur ses auteurs présumés, un catalogue biblio- 
graphique indiquant les manuscrits reproduits dans l'Imitation, 
etc., un index des manuscrits et la grande danse macabre, mais 
il confia aussi au docte conservateur delà bibliothèque de Sainte- 
Geneviève une Histoire de f ornementation des Manuscrits '. 

Déjà une notice sur les manuscrits orientaux à miniatures de 
la Bibliothèque royale parue dans Y Artiste^ 3* vol., 20 et 21 liv., 
augmentée de deux autres notices, avait permis à Ferdinand De- 
nis de donner dans le premier volume du Manuel du peintre et du 
sculpteur de L.-C Arsennc (1833), un essai Des manuscrits à 

* Imitation de J.-C, éd. Curmer, app., Ornem. des Mss., p. S. 

' L'Imitation de Jésus-Christ fidèlement traduite du latin par Michel de Ma- 
rillac, garde des sceaux de France, accompagnée de quatre cents copies des 
plus beaux manuscrits français et étrangers du Ville au XVII" siècle... Paris, 
L. Curmer, in-4. 

' Appendice à l'Imitation do lôsus-Christ... L. Curmer, MDCCCLVin, in-i. 



— 70 — ' 

miniatures de l Orient et du miyan-ige, et des voyages à figures 
dans leurs rapports avec la peinture moderne *. 

Plus tard il enrichit le joli Livre de prières illustré publié en 
1858 et dédié au Cardinal Morlot, archevêque de Paris, par B. 
Ch. Mathieu, d'une notice historique et d'un texte explicatif sur 
la peinture des manuscrits qui n'ont pas moins de 250 pages ^ 

En 1879, la maison Macià et C'° entreprit la reproduction chro- 
mo-lithographique du Missel Pontifical, appartenant à la Biblio- 
thèque de l'Académie royale des Sciences de Lisbonne, exécuté 
par Estevam Gonçalves Neto, chanoine delà cathédrale de Vizeu, 
et Denis mit en tête de ce superbe volume un travail unique en 
son genre sur « la peinture des manuscrits illustrés en Portugal » 
qui ne comprend pas moins de 96 pages in-folio ®. 

Sa grande connaissance du moyen-âge, avait fait confiera Fer- 
dinand Denis dans V Enclyclopédîe portative de C. Bailly de Mer- 
lieux *, la rédaction d'un volume fort curieux sur les sciences oc- 
cultes qui fournit un chapitre fort intéressant au vaste recueil pu- 
blié par Lacroix et Séré et placé % dans la Deuxième partie (jui 

* Manuel du peintre et du sculpteur; ouvrage dans lequel on traite de la 
philosophie de l'art et des moyens pratiques, parL.-G. Arsenne... Paris, lib. 
encjclop. de Roret, 1833, 2 vol. pet. in-i2. Voir I, pp. 193 et seq. 

2 Livre de prières illustré à l'aide des ornements des manuscrits classés dans 
l'ordre chronologique et selon les styles divers qui se sont succédé depuis le 
huitième siècle jusqu'au seizième reproduits en couleurs et publiés par B, 
Charles Mathieu. 

Tome H. Notice historique et texte explicatif par Ferdinand Denis, Con- 
servateur à la Bibliothèque Sainte Geneviève et B. Ch. Mathieu. Paris, chez 
l'auteur, 1862, in-1-2. 

^ Missel Pontifical de Estevam Gonçalves Aetto. Propriété de l'Académie 
Royale des Sciences de Lisbonne. Reproduit en chromolithographie et pré- 
cédé d'une notice sur l'ornementation des Mss. portugais avec mention d'un 
poème français MS. rappelant la fête brésilienne qui eut lieu à Rouen en 
1550 par M. Ferdinand Denis, in-folio, s. d. (1879). 

* Tableau historique, analytique et critique des Sciences occultes, où l'on 
examine lorigine, le développement, l'influence et le caractère de la Divina- 
tion, de l'Astrologie, des Oracles, des Augures, de la Kabbale, la Féerie, la 
Magie.., Par F. Denis. Paris, 4830, in 16. 

5 Sciences Occultes (Le Moyen-Age et la Renaissance,.,. Paul Lacroix (et) F. 
Séré, tome IV. Paris, 1851, in-4,32 IT.) 



— 74 - 

comprend les Sciences et Arts. — Belles-Lettres, avec des chapi- 
tres importants : Sciences naturelles, par Emile Bégin, Science 
héraldique, par Emile de la Bédollière, Instruments de musique, 
par Paul Lacroix, Poésie nationale, par Ch. Nisard, Éloquence 
sacrée, Éloquence civile et théâtre, par Ch. Louandre. 

En 1835, Denis donna un roman en deux volumes, Luiz da 
Souza. 

Ces volumes sont devenus rares par suite d'un incendie ; ce ro- 
man est considéré comme une continuation des études de Denis 
sur les sciences occultes*. 

D'ailleurs, le mérite de Ferdinand Denis comme écrivain ori- 
ginal était grand, ainsi qu'en témoigne le maître de la critique 
française au XIX" siècle, Sainte-Beuve. 

Sainte-Beuve écrivait en 1838 ^ : 

« M. Ferdinand Denis, auteur de Scènes de ta Nature sous les 
Tropiques^ et d'André le Voyageur\ est dans nos générations un 
représentant très pur et très sensible de l'inspiration propre 
venue de Bernardin de Saint- Pierre : par les deux ouvrages 
cités, il appartient tout-à-fait à son école ; mais c'est sa famille 
qu'il faut dire. » 

Citons encore une notice ^ qui a été composée par Ferdinand 
Denis. Le gouvernement avait décidé en 1843 d'ériger une statue 
sur la place carrée du port de Toulon. M. Alphonse Denis; 
maire de la ville d'Hyères, député du Var, frère de Ferdinand *, 
proposa comme statuaire, M. Daumas, né à Toulon et comme 

* Luiz de Souza, par M. Ferdinand Denis. Paris, Charles Gosselin, 
MDCCCXXXV, 2 vol, in-8, pp. 3o2-386. 

' Page H de la Notice historique, en tête de Paul et Virginie, Paris, L. 
Curmer, 1838, gr. in-8. 

' Scènes de la nature sousles Tropiques, et de leur influence sur la poésie ; 
suivies de Camoens et -lozé Indio, par Ferdinand Denis. Paris, Louis Janét, 
1824, in-8. 

* André le Voyageur, histoire d'un marin. Paris, 1827, in-l8, fig. de De- 
véria. 

" Le Génie de la Navigation. Statue en bronze exécutée par M. Daumas pour 
la ville de Toulon. Toulon [et] Paris, 1847, br. in 8, pp. 136. 
6 Né à Paris le 2o déc. 1794. 



— 72 — 

sujet le Génie de la Navigation dont le modèle fut admis à l'ex- 
position du Louvre en 1843. 

Enfin un recueil de voyages anciens et modernes*, renfermant 
des morceaux par J.-J. Ampère, sur la Norvège, Bergman, sur 
les Kalmoucks, Ch. Lenormant, sur les femmes arabes, Hum- 
boldt, sur rOrénoque, Th. Pavic, sur Philadelphie, sir Thomas 
Raffles, sur les Battas, etc. 

La collaboration de Ferdinand Denis aux recueils périodiques 
fut aussi considérable que variée : 

La Revue Britannique commencée à Paris, en 1823, par 
Charles Coquerel, Dondey-Dupré fils, Géruzez, Ed. Lafon de 
Ladébat, Raulin, Saulnier fils, le docteur West, à l'imprimerie 
de Dondey-Dupré, éditée d'abord par Saulnier (1'"% 2", 3« séries 
jusqu'au vol. 17), puis par L. Galibert (3" s., vol. 18,4" s., vol. 
24), a été depuis lors dirigée par Amédée Pichot (1840). Je crois 
que le nom de Denis ne figure sur la couverture de cette publi- 
cation périodique estimée que depuis cette dernière direction. 
Mais c'est surtout au Magasin Pittoresque que Denis a donné 
ses notices instructives et rédigées d'une façon extrêmement 
agréable. 

Dans les dernières années de sa vie, Ferdinand Denis pro- 
duisait peu ; c'était une Encyclopédie vivante, ouverte avec la 
meilleure grâce du monde, à ceux qui la voulaient consulter ; 
il passait son temps à répondre de vive voix ou par lettres aux 
questions, qui de toutes parts, lui étaient adressées. Qui ne con- 
naissait ce long cabinet de l'administrateur de la Bibliothèque 
Sainte-Geneviève, avec ses deux immenses bibliothèques, char- 
gées des Lendasda hidia, de Barros et de Couto, de Castanheda 
et de Faria y Sousa? Là, derrière la chaise du bibliographe, le 
masque rigide de l'évocateur de V Enfer, à côté du sombre vi- 
sage du musicien de Fide'io; au dessous, le portrait d'un souve- 
rain protecteur des sciences, ami du maître de céans. C'est cette 

' Les i\avi(iateurs ou Choix de Voyages anciens et modernes, recueillis par M 
Ferdinand Denis. Paris, Louis Janel. s. d.,int2 [I834J, pp. VIII-296. 



— 73 — 

bibliothèque qui, après quelques prélèvements faits par la Bi- 
bliothèque Sainte-Geneviève, a été, avec la correspondance de 
son propriétaire, scandaleusement vendue sans catalogue à 
l'HcUel Drouot. On mit brusquement à la retraite ce doux 
érudit sans défense ; il fut môme obligé de quitter son apparte- 
ment de Sainte-Geneviève pour un logement au fond de la cour, 
rue de Tournon 29, dont le jour venait de la rue de Condé. Le 
changement de gîte est au vieillard ce qu'est le déplacement du 
nid à l'oiseau : il en meurt. 

Ferdinand Denis appartenait à une génération que beaucoup 
aujourd'hui affectent de méconnaître et même de mépriser ; nous 
vivons à une époque de critique et d'analyse, plutôt que de créa- 
tion et de synthèse ; les spécialités tuent trop souvent la culture 
générale. Ces périodes d'idées différentes importent à l'avance- 
ment de la science. Nos devanciers mettaient en œuvre les ma- 
tériaux accumulés par leurs prédécesseurs : époque de vulgarisa- 
tion ; à notre tour, nous réunissons les éléments des travaux de 
l'avenir : époque de concentration. Chaque heure a sa valeur. 

Ferdinand Denis laissera la mémoire d'un laborieux et d'un 
modeste : on a pu corriger dans son œuvre quelques erreurs, 
augmenter le bagage des connaissances formé par lui, mais il 
est impossible de ne le point consulter ou de le passer sous si- 
lence. Il conserve le double mérite d'être arrivé un des premiers 
dans un champ à peine exploré, et d'y avoir tracé un sillon inef- 
façable. 

L'œuvre est durable, le souvenir aimable. De combien d'hom- 
mes en peut-on dire autant ? 

M. Pector, secrétaire général du Comité d'organisation, prend 
ensuite la parole : 

Mesdames, Messieurs, 
« A l'appel du D' E. T. Hamy, auquel le bureau de la 1° session 
do Berlin (1888) avait confié le soin de constituer la session de 
Paris, ainsi qu'à MM. P. GafFarcl et D. Pector, les principaux 



— 74 — 

américanistes connus, résidant à Paris, sont convoqués en réunion 
préparatoire le 22 mars 1890. 

Sous la présidence successive de MM. E. Levasseur et de Qua- 
trefages, le Comité d'organisation est constitué. Notification est 
aussitôt faite de cette formation au bureau de la 7* session. Puis 
on procède à l'élaboration du programme, parties administrative 
et technique. 

La date de la formation du Comité d'organisation était fort 
tardive : il y avait à peine le temps matériel pour solliciter les 
adhésions d'outre-mer. La tâche était d'autant plus rude pour le 
secrétaire-général que plusieurs de ses collègues n'espéraient 
qu'un très médiocre succès. De plus, le gouvernement français 
avait refusé au Congrès son patronage officiel et son concours 
effectif financier, patronag-e et concours qu'avaient généreuse- 
ment accordés la plupart des gouvernements des pays où s'é- 
taient tenues les sessions précédentes. C'était laisser au Congrès 
sa liberté d'action et son caractère d'initiative privée, si néces- 
saire au développement des entreprises scientifiques et autres. 
Mais c'était en même temps priver le Comité d'un appui moral 
qui lui eût été précieux. On semblait ainsi oublier que l'honneur 
de la fondation en 1875 du Congrès international des América- 
nistes revient à la France, à la ville de Nancy, sous l'impulsion 
de quelques savants parisiens. 

Pour faire face aux difficultés inhérentes au manque de temps 
et de patronage officiel, le Comité fit de suprêmes efforts. C'est 
ici le moment de rendre hommage à la sollicitude de notre gé- 
néreux président d'honneur le D"^ Jourdanet et à l'activité de 
notre président M. de Quatrefages, de MM. Hamy, de Nadail- 
lac, de Baye, de Bassano, du prince Roland Bonaparte, de 
MM. D. Charnay, de Sta-Anna Néry, H. Cordier, R. Verneau, etc. 

Nous devons aussi faire mention de celles des Compagnies de 
transport qui, sollicitées par nous, ont consenti à nos collègues 
des avantages considérables. Citons, pour les compagnies de 
bateaux à vapeur, la Compagnie Générale Transatlantique, les 
Chargeurs Réunis, de Paris, et la Royal Mail S. P. C°, de Lon- 



— 75 — 

dres, ainsi que, pour les lignes de Chemihs de fer, les Compa- 
gnies du Nord et de l'Est. 

Le Comité fit appel au zèle des différentes notabilités scien- 
tifiques de tous pays, qu'il nomma correspondants-délégués. 
Grâce au précieux concours de ces savants et diligents collègues, 
auxquels nous rendons hommage, nous fûmes honorés de l'adhé- 
sion de 30 nationalités différentes et de 7 colonies américaines 
d'Etats Européens se décomposant ainsi : 

128 France et colonies (Guyane, 1 ; Guadeloupe, 1). 
47 Amérique Centrale (Nicaragua, 14; Salvador, 13; Costa- 

Rica, 8 ; Guatemala, 8 ; Honduras, 4). 
42 Allemagne. 

31 Etats-Unis de l'Amérique du Nord. 
25 Espagne et colonies (Cuba, 7; Porto-Rico, 1), 
18 Royaume Rritannique et colonies (Canada, 7 ; Trini- 

dad, 2). 
15 Mexique. 
12 Belgique. 
11 Brésil. 

9 Colombie (république de). 
8 Italie. 

8 Royaume Néerlandais et colonies (St-Martin, 1). 
7 Argentine (république). 
7 Pérou. 
7 Venezuela. 
6 Danemark. 
6 Portugal. 
5 Bolivie. 

5 Dominicaine (république). 
5 Equateur. 
4 Autriche-Hongrie. 
4 Haïti. • 

4 Paraguay. 
4 Russie. 
3 Chili. 



— 76 — 

3 Suède. 
3 Uruguay. 
2 Suisse. 
1 Hawai. 
1 Japon. 
1 Luxembourg. 
1 Norvège. 
1 Roumanie. 
Total : 434 membres. 

Entre toutes ces nationalités distinctes nous nous complaisons 
à reconnaître spécialement l'empressement qu'ont mis à nous 
seconder nos 47 frères latins de l'Amérique Centrale, empresse- 
ment qui indique bien l'état de progrès dans lequel se trouvent 
ces jeunes républiques ainsi que l'intérêt qui chaque année 
davantage les attache à la connaissance de leur histoire pri- 
mitive. 

Parmi les 434 membres ci-dessus mentionnés, nous aimons à 
relever le nom de sept dames américanistes, tant étrangères que 
françaises. 

Dans la période d'organisation nous eûmes la douleur de 
perdre un de nos présidents d'honneur, le vénéré savant F. 
Denis, conservateur honoraire de la Bibliothèque Ste-Geneviève, 
le célèbre brasilianiste, dont notre cher collègue, le prof. H. 
Cordier, ami du défunt, vient de si bien nous détailler la bio- 
graphie. 

Avant de terminer, qu'il me soit permis de formuler un vœu, 
c'est que l'américanisme force bientôt davantage son entrée dans 
l'enseignement classique non seulement de la France, mais des 
autres pays. Je fais une exception pour les Etats-Unis de l'Amé- 
rique du Nord et l'Italie, car seuls, actuellement, ces deux 
Etats ont des chaires d'archéologie, Unguistique et ethnologie 
américaine. Puissent les nouvelles chaires avoir d'aussi excel- 
lents titulaires que MM. les prof. D. G. Brinton et V. Grossi, 
que nous avons l'honneur et le plaisir de posséder parmi nous. 



77 — 



Nous souhaitons la bienvenue à nos honorables collôg-ues 
étrangers, et les prions d'excuser notre simple, mais bien cordial 
accueil. » 

Le secrétaire-général donne ensuite lecture des noms des délé- 
gués au Congrès, étrangers et nationaux. 

L'assemblée procède à Féleîtion du bureau et du Conseil du 
Congrès. Conformément aux précédents, le Comité d'organisa- 
tion, dans une réunion tenue quelques jours avant le Congrès, 
avait préparé une liste imprimée, qui est distribuée aux mem- 
bres. Cette liste est votée sans changement. 



Bureau. 



Président MM 

Vice -président d'honneur 
Vice-présidents 



Sécréta irc-généra l 

Trésorier 

Secrétaires 



Conseil 



MM. 



A. de Quatrefages. 

11. Schone (Allemagne). 

L Altamirano (Mexique). 

Pj.ec Roland Bonaparte (France). 

D.-G. Brinton (Etats-Unis). 

G. Cora (Italie). 

H. Fabre (Canada). 

Dr. E. T. Ilamy (France). 

G. Ilellmann (iVlle magne). 

Marquis de Nadaillac (France). 

J. de la Rada (Espagne). 

D. Pector. 
Marquis de Bassano. 
J. Deniker (^ France). 
V. Grossi (Italie). 

E. Seler (Allemagne). 
R. Verneau (France). 
L. Adam (France). 
E. Dahlgren (Suède). 
E. Morado (Cuba). 
d'Ornellas (Pérou). 



— 78 — 

Conseil MM. M. de Peralta (Costa Rica). 

» H. Phillips (Etats-Unis). 

» Rio-Branco (Brésil). 

» Valdemar Schmidt (Danemark). 

» L. Serrurier (Pays-Bas). 

» J. da Silva Amado (Portugal). 

» 0. Stoll (Suisse). 

M Triana (Colombie). 

M. E. Richard souhaite aux membres étrangers du Congres la 
bienvenue à Paris et invite tous les membres présents à se 
rendre à l'Hôtel de Ville où la municipalité sera heureuse de 
les recevoir. 

La séance est levée à 2 h. 1/2. 

Le Seci'éaire général^ 
D. Pecïor. 



Rr'ception du Congrès par la municipalité de Paris. 

A 3 h. le bureau et les membres du Congrès sont reçus so- 
lennellement à l'Hôtel de Ville, d'abord dans le cabinet du Pré- 
sident et ensuite dans la salle des séances. M. E Richard, prési- 
dent du Conseil municipal de Paris, assisté de M. Levraud, 
vice-président, de MM. Lucipia, Baudin et Rouanet, secrétaires 
du Bureau, de M. Jacques, député, de MM. BoU, Chautemps 
Mesureur, Navarre, Patenne, Stupuy, Ruel, et d'un grand nom- 
bre d'autres conseillers municipaux, revêtus de leurs insignes, 
vient prendre place à gauche de la tribune, en face la grande 
porte. La musique de la Garde républicaine joue la Marseillaise 
et les Américanistes font leur entrée sous la conduite de M. 
Maury, syndic, et viennent successivement serrer la main de M. 
Richard. Après le défilé, les membres du Congrès prennent place 



- 79 - 

sur des sièges dressés devant la tribune et le président monte 
à son fauteuil. Au bureau prennent place MM. Laurenceau et 
Lépine, secrétaires généraux de la préfecture de la Seine et de 
la préfecture de police, remplaçant les préfets, tous deux absents 
de Paris. M. Richard, ouvre la séance en souhaitant la bienve- 
nue aux membres du Congrès, dans les termes suivants : 

« Monsieur le Président^ 
« Messieurs, 

« Permettez-moi, tout d'abord, de vous remercier d'avoir bien 
voulu accepter l'invitation que la ville de Paris, dont j'ai l'hon- 
neur d'être ici le représentant, a adressée au 8^ congrès interna- 
tional des Américanistes. C'est une tradition de notre Hôtel-de- 
Ville d'ofirir une bien modeste, mais, soyez-en assurés, toute 
cordiale hospitalité aux visiteurs illustres, aux savants éminents, 
aux dévoués pionniers de la civilisation et du progrès qui vien- 
nent tenir dans notre Cité ces assises, d'où sortent tant et de si 
importants travaux, dont l'humanité toute entière est appelée à 
recueillir les inappréciables bienfaits. Je n'ose espérer que notre 
accueil puisse rivaliser dans vos souvenirs, avec les réceptions 
splendides qui vous ont été faites dans d'autres capitales de 
l'Europe. Mais j'espère qu'à défaut d'autre mérite, il aura, à vos 
yeux, celui d'une marque de sincère sympathie et de réelle ad- 
miration pour la grande œuvre dont vous poursuivez, avec tant 
de persévérance et de succès, la réalisation. 

« Il faudrait une voix plus autorisée que la mienne pour rap- 
peler aujourd'hui quel pas considérable ont fait faire aux sciences 
historiques les recherches patientes, les beaux travaux, les lu- 
mineuses découvertes des collaborateurs si distingués et si pro- 
fondément érudits, que les fondateurs de votre association ont 
su, en quelques années, grouper autour d'eux. Ils s'étaient donné 
pour mission de réunir en un seul faisceau tous les esprits cu- 
rieux de pénétrer le secret qui enveloppait encore ces anciennes 
civilisations du Nouveau monde, civilisations dont nous avons 
souvent contemplé, avec un respect mêlé d'admiration, les quel- 



— 80 — 

ques monuments que nous offraient nos musées et nos grandes 
collections publiques, mais qui sont, jusqu'à présent, pour le plus 
grand nombre d'entre nous, restées pour ainsi dire à l'état de 
lettres mortes. Grâce à vos persévérants efforts, et au concours 
dévoué que vous avez rencontré dans tout le monde scientifi- 
que, nous pouvons maintenant entrevoir l'heure où l'histoire de 
l'Amérique précolombienne nous apparaîtra aussi claire que 
celle des antiques civilisations de l'Egypte et de l'Inde. 

« C'est à vous, Messieurs, qu'il convient d'en rendre grâce, et 
ce ne sera pas un médiocre résultat que d'avoir obligé l'ensei- 
gnement public à se préoccuper d'introduire, dans ses pro- 
grammes, la connaissance, au moins très sommaire, de l'histoire 
des temps primitifs de cette Amérique, qui n'a pas attendu d'être 
ouverte à notre vieille Europe pour parvenir, au moins dans 
quelques-unes de ses régions, à un haut degré de développement 
intellectuel, scientifique et artistique, et à un état élevé de civi- 
lisation. Les conquérants ont bien pu en faire, pour quelques 
siècles, disparaître les monuments, mais, grâce aux magni- 
fiques travaux de toute une pléïade de voyageurs, d'archéologues, 
d'ethnographes, de linguistes, ils semblent renaître aujourd hui 
de leurs ruines, pour nous apparaître dans toute la majesté de 
leur antique splendeur. 

« Populariser, vulgariser même vos études », voilà le conseil 
que vous donnait au congrès de Berlin un de vos adhérents les 
plus distingués, M. le professeur Cora., et je suis convaincu 
qu'il a rencontré parmi vous une unanime adhésion. Les sa- 
vants véritablement dignes de ce nom ne sont pas, en effet, ja- 
loux de conserver pour un petit nombre d'adeptes les connais- 
sances qu'ils ont acquises. Comme le semeur du poète, ils répan- 
dent largement autour d'eux le bon grain_, persuadés qu'il n'est 
terre si résistante ou cerveaux si incomplètement préparés, où 
ne puisse germer une précieuse moisson, pour le plus grand bien 
de l'Humanité ! 

« Dans deux années, Messieurs, vous célébrerez le quatrième 
centenaire de la découverte de l'Amérique, et votre congrès 



— 81 — 

coïncidera sans doute avec les solennités que préparent, pour 
commémorer ce grand événement, les trois nations qui se dis- 
putent la gloire d'avoir coopéré à l'œuvre immortelle de Chris- 
tophe Colomb. Peut-être voudrez-vous alors couronner vos tra- 
vaux et, comme hommage à la mémoire du grand Génois, ap- 
porter au pied de son monument l'histoire, enfin reconstituée, du 
monde dont il fut le glorieux inventeur. Vous en recueillerez la 
gratitude de tous ceux qui ne restent pas indifTérents à l'accrois- 
sement continuel des connaissances humaines, et ce n'est certes 
pas dans cette France, si justement fière de la large part prise 
par un grand nombre de ses enfants à cette œuvre considé- 
rable, que l'on vous marchandera les témoignages de sincère 
reconnaissance. 

« Je me suis laissé entraîner un peu loin de la tâche qui 
m'était tracée. Mais vous me le pardonnerez sans nul doute, lors- 
que j'ajouterai qu'au nom du Conseil municipal de Paris, je suis 
heureux et fier de vous répéter, une fois encore, combien votre 
présence dans cette salle flatte et honore une cité qui a toujours 
eu pour suprême ambition de ne rester indifférente à aucune des 
manifestations de l'activité intellectuelle, et qui salue en vous 
cette admirable fraternité des savants de toutes les nations, 
grâce à laquelle on peut dire, qu'au moins dans leur domaine, 
l'idéale République de Platon est devenue une réalité. » 



M. de Quatrefages, président du Congrès des Américanistes, 
répond ce qui suit au nom de ses collègues. 

« Monsieur le Président, 

« Messieurs les membres du Conseil municipal, 
« Je dois vous exptimer tout d'abord, au nom de nos collègues 
étrangers et français, les plus chaleureux remerciements pour 
l'accueil que vous voulez bien faire au congrès des América- 
nistes. Vous recevez des modestes savants comme s'ils étaient de 
grands et puissants personnages ; vous les invitez à se grouper 

6 



— 8â -- 

autour de votre table hospitalière. — Nous sommes fiers, nous 
sommes surtout heureux de cette réception à la fois solennelle et 
cordiale ; mais nous n'en sommes étonnés qu'à demi. 

« Monsieur le Président, déjà l'année dernière, votre prédé- 
cesseur, entouré lui aussi de ses collègues, avait accueilli de la~ 
liiême manière le congrès d'Anthropologie préhistorique. Dans 
son allocution, M. Chautemps sut montrer très bien de quel in- 
térêt pour riiistoire générale de l'humanité étaient ces études 
ayant pour ])ut de faire revivre un passé jusqu'ici caché au-delà 
de l'histoire. A votre tour, Monsieur le Président, vous avez si- 
gnalé avec une grande justesse ce que les études des américa- 
nlstes ont d'important au même point de vue ; vous avez fait 
sentir les rapports qui unissent ces deux congrès. Ils ont en effet 
plus d'un point commun, et se ressemblent surtout en ce que 
l'un et l'autre s'occupent de questions exclusivement scientifiques 
sans applications immédiates possibles. 

« En honorant à diverses reprises les représentants de ces deux 
institutions, en plaçant successivement à sa tête des hommes 
capables d'en apprécier les mérites, le Conseil municipal de la 
ville de Paris a montré que chez lui l'amour de la science pure, 
le culte de l'intelhgence survivent aux changements de personnes. 
— C'est là un heureux signe des temps et Un gage pour l'avenir. 
Merci, Messieurs, et surtout honneur à vous pour l'avoir 
donné. » 

Les membres du congrès et les conseillers municipaux pré- 
sents à la réception, se sont ensuite rendus dans une des salles 
des fêtes, celle delà Paix, où un lunch avait été préparé et où 
la Garde Républicaine, sous la direction de M. Wettge, son chef, 
a fait entendre les plus brillants morceaux de son répertoire. 
Cette cérémonie s'est terminée à 4 heures par un vin d'honneur, 
et l'on a trinqué à la science^ selon l'expression de M. Richard. 



— 83 — 



MERCREDI 15 OCTOBRE 

- A 9 h. 1/2 les membres du congrès ont fait la visite détaillée 
de la section américaine du Musée d'Ethnographie du Troca- 
déro, sous la conduite de M. le D'" E.-T. Hamy, conservateur de 
ce musée. Cette galerie, qui n'a pas dix ans d'existence, est au- 
jourd'hui l'une des plus riches de l'Europe. Les neuf travées qui 
la composent et le vestibule d'accès renferment en effet d'énor- 
mes collections, parmi lesquelles brillent en première ligne 
celles qui se rapportent à l'ancien Mexique et au vieux Pérou. 
Les vitrines du Canada se font remarquer par le nombre relati- 
vement considérable d'objets anciens remontant aux règnes de 
Louis XIV et de Louis XV et ayant fait partie du cabinet des 
médailles ou çlu jardin du roi. Les collections californiennes dues 
à M. de Cessac, rivalisent avec celles de Washington et de Cam- 
bridge, Mass. Celles des Pueblos sont aussi très riches. Mais c'est 
surtout l'ancien Mexique qui est largement représenté. Les anti- 
quités en sont classées par provinces, et par époques dans ces 
provinces, et l'on saisit tout aussitôt les caractéristiques ethno- 
graphiques propres à chaque groupe et à chaque temps. Les 
Antilles sont assez riches, surtout Porto-Rico, mais l'Amérique 
Centrale est médiocre et on n'a guère à signaler dans les vitrines 
où elle se loge qu'une belle collection du pays de Chiriqui due 
à M. Pinart et les céramiques des anciens habitants de Lorillard- 
City rapportées par M. Charnay. L'Equateur précolombien est 
représenté par la remarquable collection d'antiquités de M. 
de Gûnzbourg. Le Pérou montre une admirable série de 2,200 
et quelques vases, depuis les plus grossiers spécimens d'Ancon, 
jusqu'aux figurines les plus délicates de Chimbote, Santa, etc.; 
depuis les silvadors de la côte jusqu'aux grandes cruches pseudo- 
étrusques du Cuzco et de Tiahuanaco. C'est que dans les vitrines 
péruviennes du Trocadéro M. Hamy a pu grouper les admira- 
bles collections anciemies de Dombey, d'Angraud, etc., et les 



- 84 - 

récoltes récentes de MM. Wiener, DrouUion, Quesnel, Th. Ber, 
01. Ordinaire, etc., etc. 

La dernière travée contient le Brésil et les Guyanes, sur les- 
quels plane le douloureux souvenir de l'infortuné Crevaux, dont 
le Luste décore cette partie du musée. L'épine de ces neuf tra- 
vées est occupée par de grosses pièces, parmi lesquelles on re- 
marque deux magnifiques statues en basalte de Quetzalcoatl, une 
vieille divinité guerrière armée de la hache de pierre paraissant 
remonter à la période toltèque, un superbe vase zapotèque 
figuré déjà par M, Seler, le tombeau des Très Molinos, reproduit 
par M. Ilamy ; des fauteuils en pierre de Manabi, etc., etc. 

Dans le grand vestibule sont groupés les moulages de pièces 
volumineuses estampées à Mexico, au Yucatan, etc., par MM. 
Méhedin, Charnay, etc.; M. Ilamy signale particulièrement à 
l'attention des membres du Congrès la reproduction du grand 
monolithe de Teotihuacan, celui de la fameuse Teoyaomiqui du 
musée de Mexico, la croix de Teotihuacan à laquelle il a consa- 
cré une monographie, les beaux reliefs des deux temples à la 
croix et la restitution du sanctuaire du temple du Soleil à Pa- 
lenqué dus à M. Charnay. 

A cette' occasion M. Altamirano, consul général du Mexique, 
fournit quelques explications sur les collections actuellement 
réunies au musée national de Mexico. 



Première séance. 
Présidence de M. G. Hkllmann. 

M. de Quatrefages ouvre la séance à 2 h. 1/2 et cède la prési- 
dence à M. le D' G. Ilellmann, de Berlin. A ses côtés prennent 
place les deux vice-présidents, MM. M. de Peralta et le D' Hamy. 
Les secrétaires sont MM. Ed. Seler et J. Deniker. 

M. le Président lit un télégramme de félicitations envoyé par 
la Socielà ilaliana de geografia de Rome. 

Puis M. G. Ilellmann prononce l'allocution suivante : 



— 85 - 

Monsieur le Président, 

« Je vous suis bien reconnaissant et bien sensible de l'honneur 
que vous me faites en me nommant Président de la première 
séance. 

Je sais très bien que ce n'est pas à moi, mais à la nation ou 
plutôt aux américanistes allemands, que j*ai l'honneur de repré- 
senter ici, que vous rendez cet hommage. 

Soyez bien sûr, Monsieur le Président, que ces Messieurs sau- 
ront bien apprécier l'honneur que vous me conférez. 

Messieurs, n'attendez de moi ni un discours ni même une allo- 
cution pour l'inauguration de nos travaux : l'ordre du jour est 
si chargé que nous ne pourrions faire mieux que de commencer 
la discussion du questionnaire. 

Avant d'ouvrir la discussion sur le nom « America, » inscrite 
en tête de l'ordre du jour, je donne la parole à M. le Secrétaire 
pour dépouiller la correspondance imprimée. » 

Le secrétaire-général fait une rapide énumération des nom- 
breux ouvrages et documents parvenus au congrès, dont une liste 
détaillée figure à la tin du compte-rendu. 

M. Lucien Adam (de Rennes), au nom de M. Anatole Bamps, se- 
crétaire-général de la 3*^ session du congrès, celle de Bruxelles 
(1881), dépose sur le bureau les deux volumes qui forment le 
compte-rendu de ladite session. M. Adam exprime au congrès 
les regrets de M. Bamps d'avoir terminé si tard ce compte-ren- 
du : une maladie de trois ans l'a empêché de le faire plus tôt. 
Les personnes qui liront ces volumes, ajoute M. Adam, diront 
que M. Bamps a rempli tardivement, mais bien rempli l'obliga- 
tion qu'il avait contractée. (Applaudissements). 

M. Ant. Penafiel (de Mexico), offre, au nom du Gouvernement 
mexicain, l'ouvrage « Monuments de l'Art Mexicain Ancien. » 
qu'il a été chargé de rédiger et dont l'impression se termine en 
ce moment. 

M. le chevalier de Hesse-Wartegg, explorateur et publiciste 
autrichien, expose une grande collection photographique de 
ruines, types, habitations, industries des Indiens Pueblos du 
Nouveau Mexique et de l 'Arizona. 



— 86 — 

L'ordre du jour appelle la discussion de la première question 
du programme, soit su?' le nom America. 

Discussion : MM. M. Jimënez de la Espada, IIamy, J. Marcou, 
Th. Lambert de St-Bris, V. Mestre y Amabile, G. IIellmaxn, 
Mlle Lecocq, D. Pector (résumant les travaux envoyés par MM. 
G. Garrillo y Ancona, J. Galcaûo, R. de Semallé, et en son nom)» 

M. G. Marcel lit un mémoire sur le globe vert de 1513 et la 
carte de 1501. 

M. P. Gaffarel expose ses recherches sur les découvertes por- 
tugaises à l'époque de C. Colomb. 

M. de Peralta présente une note sur Vasco Nuûez de Balboa. 

Le secrétaire général communique, au nom de M. II. Clarke, 
son <( Aperçu des travaux sur les communications préhistoriques 
entre V Ancien Monde et l Amérique » ; — de Madame J. Shi- 
PLEY, ses « Missing records of the Norse discovery of America »; 
— de M. J, Shipley, ses notes « On some points in the early car- 
tography of North America ; — et de M. A. Ernest, son t His- 
toire du bananier en Amérique. » 

L'un des secrétaires, 

J. Denjker. 



JEUDI 16 OCTOBRE 

Deuxième séance 
Présidence de M. 1. Altamirâno 

La séance est ouverte à 9 h. et demie. 

M. de Quatrufages appelle au fauteuil de la présidence M. le 
licencié Ygnacio Altamirâno. Sont désignés comme vice-présidents 
MM. Serrurier et le marquis de Nadaillac, et comme secrétaires 



— 87 — 

MM. V. Grossi et le D"" R. Verneaii. Il constate Thonneur et la 
bonne fortune du Congrès d'être présidé par un aussi illustre que 
pur descendant de la célèbre race aztèque précolombienne que 
M. Altamirano. M. de Quatrefages fait en quelques mots l'éloge 
de cette race dont les survivants, après avoir été opprimés pen- 
dant plusieurs siècles, ont su s'élever de nouveau aux premiers 
rangs de la société mexicaine. 

M. Altamirano (prenant place au fauteuil). « Messieurs,je vous 
remercie de tout mon cœur au début de cette séance que la 
bonté de M. de Quatrefages m''S,ppelle à présider. J'en remercie 
tout particulièrement l'illustre et vénéré savant, qui nous pré- 
side si dignement. Je suis très sensible à l'honneur que vous 
faites à un Indien pur sang, issu des anciennes races de l'Amé- 
rique, en l'appelant à présider une réunion scientifique où se 
trouve groupée l'élite des savants américanistes de France et de 
l'étranger. Je reconnais très sincèrement que je suis .loin de 
mériter pareille distinction, que j'attribue d'abord à votre bien- 
veillance et ensuite à la considération que vous avez pour mon 
pays, un de ceux que vous étudiez avec tant de succès. C'est 
donc au nom du Mexique que je vous remercie de nouveau, en 
vous assurant que cette marque de sympathie sera pleinement 
appréciée dans ma chère patrie, qui aime la France et la consi- 
dère conime la mère de nos institutions républicaines et de notre 
civilisation actuelle. » 

M. V. DE Mesthe y Amabile, présente au nom de M. Jorrin, 
sénateur cubain, deux mémoires sur les premières années de 
Christophe Colomb, ses voyages et le degré d'authenticité des 
divers portraits connus du célèbre navigateur. 

Discussion : MM. Jimenez de la Espada et de Mestre y Amabile. 

M. P. Borsari (de Napoli) annonce qu'en 1892 le gouverne- 
ment italien publiera un ouvrage contenant tous les documents 
relatifs à C. Colomb. 

M. Seler présente le quatrième fascicule d'une publication 
faite par le musée ethnographique de Berlin. Ce fascicule con- 
tient la reproduction de divers textes rares de Sahagun ainsi 
que la description de nombreux vases zapotèques. 



— 88 — 

M, Seler place ensuite sous les yeux des membres du Congrès 
des photographies et dessins de lui représentant divers palais à 
fresques et à mosaïques du Mexique. Il accompagne cette exhi- 
bition de considérations détaillées sur l'architecture maya. 

M. Seler termine en faisant le résumé de ses études sur la 
métallurgie, l'orfèverie, l'industrie et 1' « arle plumaria » des 
anciens Mexicains. 

M. D. CiiAr.NAY, lit un mémoire sur les analogies qu'on peut 
signaler entre les civilisations de l'Amérique centrale et celles 
de l'Asie. 

Discussion : MM. Borsart et Charnay. 

M. J. Rada y Delgado présente une série de pièces recueillies 
en divers pays d'Amérique sous le règne de Charles III. Elles 
font partie des collections du musée ethnographique de Madrid. 
Ces objets fournissent l'occasion au présentateur de montrer 
l'identité des formes entre les instruments de l'âge de la pierre 
et de l'âge du cuivre au Pérou. 

M. Hamy appuie cette manière de voir de quelques exemples 
démonstratifs. 

La séance est levée à 11 h. et demie. 

Vun des secrétaires, 
R. Verneau. 



JEUDI 16 OCTOBRE 

Réception à VElysée 

Le Président delà République, accompagné du lieutenant-co- 
lonel Chamoin et du capitaine de vaisseau de Maigret reçoit à 
2 h. au Palais do l'Elysée les membres du Congrès. M. de 
Quatrefages présente à M. Carnot les membres du bureau et du 
conseil. Le chef de l'Etat prononce une courte allocution dans 



— 89 — 



laquelle il dit que la France est l'amie des lettres et des sciences 
et que le Président de la République est heureux de recevoir les 
Américanistes. Un lunch est offert ensuite aux membres du 
Congrès. 



Troisième séance 

Présidence de M. D. G. Brinton 

La séance est ouverte à 4 h. 

M. DE QuATREFAGES prie M. Brinton de prendre la prési- 
dence de la séance et appelle au bureau comme vice-présidents 
MM. Phillips, de Philadelphie, et le prince R. Bonaparte, et 
comme secrétaires MM. V. Grossi et Deniker. 

M. Brinton, prenant place au fauteuil, prononce les paroles sui- 
vantes : 

« J'accepte cet honneur, non pas pour moi, mais pour la science 
et mon pays natal. Je dois dire que les branches de la science 
dont nous nous occupons étaient naguère encore dans la nuit la 
plus profonde. Maintenant le Congrès des Américanistes est 
devenu une puissante société internationale. Je prévois que la 
poursuite des conquêtes scientifiques et l'investigation de la 
vérité parviendront à grouper dans un avenir prochain les 
savants de tous les pays. 

« J'ajouterai quelques mots comme étranger reçu en France. 
Et ce que je dis en mon nom, je sais que je l'exprime au nom 
de tous les étrangers ici présents. Je remercie les membres 
français de l'amabilité et de l'empressement de leur excellente 
réception. Nous en garderons pour toujours le souvenir dans nos 
cœurs. Je remercie spécialement M. le président du Congrès et 
les membres du comité qui se sont associés à lui dans ce grand 
acte de courtoisie internationale. » 

M. E. Beauvois présente un mémoire sur les migrations des 
Européens en Amérique au moyen-âge et surtout des « papas » 
irlandais. 



— 90 — 

M. DE NADATLLAclit uii mémoire relatif aux premiers habitants 
de l'Amérique du Nord et sur les auteurs qui les premiers se 
sont occupés de cette question, 

M, E. Petitot rend compte, à ce propos, de ses observations 
sur l'origine asiatique et les légendes des Esquimaux. 

Le secrétaire général analyse brièvement un manuscrit de 
M. Ten Kaïe sur la question de la pluralité et de la parenté des 
races en Amérique, et offre, au nom de son auteur, M. N. Léon, 
de Morelia, une note sur les anomalies et les mutilations ethni- 
ques du système dentaire chez les Tarasques précolombiens. 

, M. R. P[LEï (de Rennes), entretient le Congrès de la musique 
et des instruments de musique des Indiens guatémaltèques, et 
exécute quelques mélodies indiennes sur le piano. 

La séance est levée à 5 heures. 

Lim des Secrétaires, 
J. Deniker, 



VENDREDI 17 OCTOBRE 

. Le Congrès visite à 9 heures, sous la conduite de MM. de Qua- 
TREFAGES et Hamy, Ics galcrics d'anthropologie du Muséum d'his- 
toire naturelle Après avoir donné quelques explications sur les 
pièces américaines placées dans la salle du Préhistorique, 
M. IIamy conduit ses collègues dans les salles consacrées unique- 
ment à l'Amérique. Il fournit en particulier des renseignements 
détaillés sur les collections mexicaines quil a étudiées pour 
préparer le travail qu'il termine actuellement intitulé Anthropo- 
logie du Mexique. 

A la suite de cette visite, une partie des membres du Congrès 
se 'font photographier en groupe. 

s L\m des Secrétaires, 

R. Verneau. 



^ 91 — 



Séance dit Conseil 

Tous les membres du bureau et du conseil venus à Paris 
étaient présents à 1 heure à cette réunion. Dom Pedro II d'Al- 
cantara, protecteur du Congrès, avait bien voulu se joindre à 
eux. On a examiné les propositions faites par les diverses nations 
ou villes à l'effet d'attirer chez elles la 9*^ session du Congrès 
international des Américanistes en l'an 1892, lors de la célébra- 
tion du 4° centenaire de la découverte de l'Amérique par 
Christophe Colomb. L'Espagne réclamait en faveur de Séville 
ou de Iluelva, l'Italie, de Gênes, les Etats-Unis, de Philadelphie, 
le Mexique, de Mexico, la République Argentine, de Buenos- 
Aires, le Nicaragua, de Managua, etc. 

Après plusieurs discussions, les deux pays qui se disputent 
l'honneur de la prochaine session avec le plus de chances de 
succès, sont l'Espagne et les Etats-Unis, MM. Phillips (en son 
nom et en celui du D"" D. G. Brinton) et les marquis de Bassano 
et de Nadaillac, font valoir leurs raisons en faveur des Etats- 
Unis. MM. DE LA Rada^ Hamy et Pecïor donnent les leurs en 
faveur de l'Espagne. Il résulte du vote final : 

1° Que l'Espagne aura sur son territoire la 9^ session du 
Congrès ; 

2» Que la ville espagnole, que ce soit Séville, Huelva ou le 
couvent de la Râbida, sera ultérieurement choisie par les Espa- 
gnols eux-mômes ; 

3° Les délégués officiels présents du gouvernement espagnol, 
MM. dklaRada, Vilanova et Zaiîagoza sont chargés d'organiser 
le comité de la 9" session d'Espagne ; 

4° Pour donner satisfaction aux justes réclamations des Amé- 
ricains, le Conseil exprime le vœu que la 10^ session du Congrès 
soit tenue aux Etas-Unis en 1894. Il appartiendra au Conseil de 
la 9^ session de ratifier cette proposition. 

Les délibérations du conseil portent ensuite sur la révision 
des statuts du Congrès qui, de l'avis de tous, sont trop vagues 



— 92 — 

et méritent d'être revus, corrigés et aug-mentés. Il est procédé à 
l'élection d'une commission internationale chargée de réviser 
les règlements du Congrès. Elle ne devra soumettre le résultat 
de ses délibérations qu'à l'ouverture de la 9« session en Espagne. 
Les membres élus de cette commission sont : 
MM. L. Adam (France). 

Cor A (Italie). 

DE LA Rada (Espagne). 

Hellmann (Allemagne). 

Phillips (Etats-Unis). 

V. ScHMiDT (Danemark). 
Le président, les vice-présidents français et le secrétaire géné- 
ral seront considérés comme faisant partie de droit de cette 
commission. 



Quatrième séance. 
Présidence de M. G. Cora 

La séance est ouverte à 2 heures. 

M. DE Quatrefages prie M. G. Cora de présider la séance et 
MM. 0. Stoll et Hamy d'occuper les sièges de vice-pçésidents. 

S. M. Dom Pedro d'Alcantara, qui assiste à la séance, prend 
également place au bureau. 

M. G. Cora prononce l'allocution suivante : 

« Permettez-moi, Messieurs, de vous adresser quelques pa- 
roles de remerciement. J'aurais désiré vous adresser la parole 
en italien, mais comme il est d'usage dans les congrès des améri- 
canistes de se servir de la langue française pour les communica- 
tions verbales, je veux me conformer à cet usage. 

«Certainement, en m'appelant à présider cette séance, le bu- 
reau a voulu honorer le Gouvernement italien, car nous sommes 
assez près de l'époque de la célébration du quatrième cente- 
naire de la découverte de l'Amérique. Il y aura en 1892, en 



— 93 - 

Italie, des fêtes d'un éclat inaccoutumé à cette occasion. Mais, 
quoique la décision du Congrès n'ait pas été favorable à la pro- 
position de la ville de Gènes de recevoir le Congrès, je me per- 
mets, en ma qualité de président et de délégué du Gouvernement 
et de la Ville de Gênes, d'informer tous les américanistes qui 
voudraient se rendre dans cette ville à l'occasion de ces fêtes, 
que la municipalité sera heureuse de leur offrir l'hospitalité, 
aux étrangers comme aux nationaux. Vous verrez. Messieurs, 
que la ville de Gênes s'enorgueillit toujours d'avoir donné le 
jour à Christophe Colomb. » 

M. DE QuATREFAGF.s annoucc que le Conseil du Congrès a pro- 
posé dans une séance extraordinaire que la prochaine session fût 
tenue en 1892 en Espagne. Cette proposition du Conseil n'ayant 
pas force de loi, il y a lieu de voter sur la question. A l'unani- 
mité des membres présents, le Congrès ratifie la proposition du 
Conseil. 

M. Hamy exprime les regrets de divers américanistes de ne 
pouvoir assister au Congrès et lit notamment un télégramme 
humoristique qu'il a reçu de M. Karl von den Steixen, l'explora- 
teur du Xingou, qu'un heureux événement de famille retient chez 
lui : « Le chef des Caraïbes, ainsi proclamé par les tribus préco- 
lombiennes du Xingou, dit M. von den Steinen, salue les piayes 
réunis au Congrès et regrette vivement de ne pouvoir y assister. 
Le devoir sacré qui le retient est le devoir de la couvade » ; 

M. LrMuOLTz qui explore à la Sierra Madré au Mexique ; 

M. G. Revoil, qui envoie des photographies de Costa-Rica, 
expriment également leurs regrets de ne pouvoir se rendre au 
Congrès. 

M. Hamy dit quelques mots d\me aquarelle représentant une 
sorte de quippu présenté par M. Pihan, et dont l'origine est 
tout à fait incertaine. Il présente ensuite un mémoire de M™" Z. 
Nuttall sur un ornement de plumes mexicain de VAmbraser 
Sammhmg déjà étudié par Hochstetter, etc., et montre à l'appui 
des commentaires de M""' Z. Nuttall une restitution faite par ce 
collègue et qui a été posée sur la tête moulée d'un Indien du 
Mexique. 



— 94 — 

Discussion : MM. Jimenez de la Espada et Altamimano. 

M. le baron de Baye présente an Congrès quelques spécimens 
de flèches trouvées dans TAmérique du Nord, sur l'emplacement 
d'un mound situé sur une falaise dominantla vallée du Missouri, 
près de sa jonction avec le Mississipi, Il lui semble que ces flè- 
ches présentent une certaine analogie avec celles trouvées au 
Groenland. 

L'orateur, en sa qualité de délégué au présent Congrès de la 
Socié4;é impériale d'Archéologie de Moscou, convie les américa* 
nistes à la prochaine session du Congrès international d'Anthro- 
pologie et d'ArchéoIog-ie préhistoriques qui aura lieu en 1892 
dans la célèbre ville russe, 

M. Hamy fait circuler des dessins et des aquarelles deM. Four- 
isEREAU représentant des objets exécutés par les Galibis et les 
nègres Bonis de la Guyane française. Ces aquarelles ont été 
faites au cours d'un voyage à Cotica, 

M. Seydold, au nom de S. M. Dom Pedro d'Alcantara, parle 
de divers documents en langue guarani nouvellement édités par 
lui. 

M. P. Ehrenrfich présente une collection photographique de 
types Botocudos et Bakaïrisde la région du haut Xingu, récem- 
ment découverte par M. Karl von den Steinen. 

. M. J. Deniker fait une communication anthropologique sUf les 
Fuégiens actuels, 

M. G. Marcel étudie les mêmes peuplades au point de vue 
ethnographique à la fin du XVIP siècle, d'après des documents 
français inédits. 

Le secrétaire général fait, au nom de leurs auteurs, la pré- 
sentation des manuscrits suivants : 

John G. BoûRKE. Sacred hunts of Ihe American Indians. 

René de Semallé. Monographie des Caraïbes de la Dominique 
et des îles adjacentes, 

S.-B, Evans (d'Ottumwa). Observations on the daims made for 
t/ie America?! Indians tliat they are the builders of the works of 
antiquity formed in the United States and Mexico. 



Prince Poutjatine. Du développement d'empreintes de produits 
textiles sur les poteries russes et de leur conformité avec les pro- 
duits similaires de r Amérique du Nord. 

Copie d'une lettre adressée par M: Thomas Wilso7i, de Washing- 
ton^ au prince Poutjatine sur le même sujet. 

A propos de ces deux derniers mémoires, le secrétaire géné- 
ral soumet au Congrès les estampages de poteries anciennes 
russes et nord américaines qu'ont envoyées en communication 
MM. Poiitjatine et Wilson de leurs pays respectifs et qui dé- 
montreraient les ressemblances frappantes existant entre les pro- 
cédés de fabrication céramique des anciens habitants des 
contrées précitées. • 

M. J. de la Rada y Delgado constate que le Codex troano ne 
forme qu'un seul manuscrit avec le Codex cortesianus. 

Discussion : MM. E. Skleh et G. Raysadd. 

M. J. Vilanova y Piera entretient le Congrès de l'homme qua- 
ternaire de la Plata. 

M. JiMENEz DE LA EsPADA parle des rites funéraires dans l'Amé- 
rique du Sud. 

Discussion : M. de la Rada y Delgado. 

M. F. BoRSARi fait hommage au Congrès de la première bro- 
chure publiée parla Società Americana dltalia dont il est le 
fondateur et le président provisoire. 

M. Gémn présente les premières planches du catalogue dressé 
par M. E. Boban de la collection de manuscrits mexicains re- 
cueillis par Boturini, retrouvés par M. Aubin et actuellement la 
propriété de M. E.-E Goupil (de Paris). 
, La séance est levée à 5 h. 1/2. ■ 

Vun des secrétaires 
R. Verneau 



— 96 — 

SAMEDI 18 OCTOBRE 

Cinquième séance. 
Présidence de M. H. Fabre 

La séance est ouverte à 9 h. 1/2. 

M. DE QuATREFAGES prie M. H. Fabre de présider la séance, et 
MM. E. Morado et L. Adam de prendre place au bureau comme 
vice-président et assesseur. 

• M. DE QuATREFAGES, pour permettre d'épuiscr Ics qucstions por- 
tées au programme, propose de faire deux séances supplémen- 
taires le lundi 20 octobre. Cette proposition est adoptée. 

M. DE LA Grasserie communiquc le résultat de ses études sur 
la langue baniva et accompagne son mémoire d'un vocabulaire 
de cette langue. 

Discussion : MM. J. de Sta-Anna Nery et de la Grasserie. 

M. L. Adam parle de certaines particularités de la langue mos- 
kito du Nicaragua et présente des observations sur les divers do- 
cuments linguistiques rapportés par M. H. CoudreausurFoyampi 
et le roucouyenne. 

M. E. Seler résume son mémoire sur les langues mixtèque 
et zapotèque. 

M. II. de Charencey lit un mémoire sur les noms de métaux en 
nahuatl et en maya, chez les différents peuples de la Nouvelle- 
Espagne. 

M. Altamirano présente la brochure en espagnol de M. V. 
Reyes sur les origines des terminaisons du pluriel dans la lan- 
gue nahuatl et d'autres langues congénères. 

Le secrétaire général présente, au nom de leurs auteurs, les 
ouvrages linguistiques suivants : 

Le manuscrit sur les Cliontales el les Popolucas du D*" D. G. 
Bi'inton, que n'a pu lire lui-même l'auteurj rappelé à Phila^ 
delphia pour Fouverture de son cours d'américanisme j 



— 97 — 

les vocabulaires des langues alanquez et binlukua de l'abbé R. 
Celedon. 

Mlle R. Lyon communique ses observations sur l'acclimate- 
ment des Européens en Amérique. 

Discussion : MM. de Sta-Anna Nery, Th. Bilr^ D. Jourdanet, 
D. Pector. 

M. DE St-Bris lit une note sur des hiéroglyphes qui représen- 
teraient le nom d'Amérique. 

M. DE Mestre y Amabile propose de porter à l'ordre du jour du 
prochain Congrès l'étude de l'origine des limites politiques 
entre les Etats Sud- Américains. 

MM. de Sta-Anna Néry, Hellmann et Jimënez de la Espada 
trouvent que cette question ne peut être comprise dans le pro- 
gramme purement scientifique du Congrès. En outre, les limites 
exactes de territoires sont relativement modernes et l'américa- 
nisme n'embrasse absolument que l'époque précolombienne et 
celle immédiatement postcolombienne. 

L'assemblée approuve la solution donnée à la question par 
M. L. Adam : il serait utile d'étudier les limites des divers 
états et tribus de l'Amérique, avant et pendant la conquête, 
ainsi que leurs transformations successives. 

Discussion: MM. Hellmann, Mestre y Amabile, Jlmenez de la 
Espada, L. Adam. 

M. D Pector présente des observations sur les particularités 
et étymologies de quelques noms indigènes de localités centre - 
américaines. 

M. Seler parle du mot Anahuac. 

Vun des secrétaires^ 
J. Demkkr. 



98 



SAMEDI 18 OCTOBRE 

Sixième séance. 

Présidence de M. de la Radâ y Delgado 

La séance est ouverte à 2 heures et demie. 

M. DE QuATREFAGEs prie M. de la Rada y Delgado de présider 
la séance et MM. V. Schmidt et de Nadaillac de prendre place 
au bureau comme vice-président et assesseur. 

M. Girard de Rialle remercie M. de Quatrefages d avoir bien 
voulu inviter Monsieur Ribot, ministre des affaires étrangères, 
à assister au Congrès ou à s'y faire représenter. M. Ribot, que des 
attaches personnelles lient tout particulièrement à l'Amérique, 
avait l'intention d'assister tout au moins à l'une des séances du 
Congrès; mais ses occupations l'en ont empêché jusqu'ici. Pré- 
voyant qu'il ne pourrait même pas venir à la dernière séance, M le 
ministre l'a chargé de remercier le Congrès, en son nom et au 
nom du département des affaires étrangères, de l'honneur qu'on 
lui avait fait~ en l'invitant à prendre part à ses travaux. 

M. L. Adam fait une communication sur l'indice baniva nu. 

M. de QuATREFAGKS anuoncc que des réclamations sont parve- 
nues au bureau au sujet du vote du 17 par lequel l'assemblée a 
choisi l'Espagne comme pays de réunion de la prochaine ses- 
sion. A la suite d'une discussion à laquelle prennent part MM. 
Marcoartu et ITamy, il est procédé à un nouveau vote qui ne fait 
que confirmer le premier. 

M. A.-L. Pin ART lit un mémoire sur les limites des civilisa- 
tions de l'isthme américain et présente les conclusions de ses 
autres travaux sur File d'Aruba, ses habitants et ses antiquités 
ainsi que surlespétroglyphes des grandes et petites Antilles, de 
l'isthme américain et de l'Amérique Centrale, 

Discussion; MM. de Peralta et Pinakt. 



.— 99 -r-. 

M. J. Girard de Riallr présente la photographie de Ui dernière 
page des trois traités passés en 16G{) par le Gouvernement du 
Canada, pour Louis XIV, avec les ambassadeurs de quatre des 
cinq nations de la ligue iroquoise. Ces pages renferment les 
signatures totémiques d'un certain noml)re de chefs indiens. 

M. CoRA communique un travail consacré à démontrer la non- 
existence de rapports linguistiques entre l'Amérique et la Poly- 
nésie. 

M. Delislr lit un travail sur les déformations crâniennes de 
certaines tribus de la côte N. W. d'Amérique. 

M. M. Daly traite de l'architecture des anciens temples dé 
Copan et d'Utatlan. 

Discussion : M. E. Seler. 

M. Guesde fils présente, au nom de son père, une collection 
d'aquarelles représentant des armes et outils de la Guadeloupe. 

M. DE MoMESsus montre une série de planches archéologiques 
sur le Salvador précolombien . 

Le secrétaire général présente au Congrès : 
. le manuscrit de M. Henry Phillips « On tlie Codex Poinsettr» ; 

le manuscrit de l'abbé Sotomayor « La Conquisla de Mexico 
verificada por II. Corlés, segim el codice troano » ; 

un postulatum de M. R'. de Seraallé sur la division de la terre 
en 7 parties, dont les deux nouvelles, l'Arctique et l'Antarcr 
tique, d'après la proposition antérieure du professeur norvégien 
Daa. 

M, Henriquez y Carbajal soutient l'assertion de ses compa- 
triotes que les restes de Christophe Colomb sont toujours dans 
la cathédrale de Sto Domingo. 

Discussion : MM. V. Mestre y Amabile, de la Rada, Si-Bris, 
S. M. DoM Pedro d'Alcantaha, Henriquez y Carbajal, Borsari. 

La séance est levée à 5 heures et demie. 

Lun des secrétaires 
R. Verneau. 



— 100 — 

SAMEDI 18 OCTOBRE 

* Banquet. 

A 8 heures du soir un banquet réunissait 86 membres du Con- 
grès au Cercle St-Simon,à l'hôtel des Sociétés savantes. Les mem- 
bres étrangers jetaient conviésparle comité d'organisation fran- 
çais. M. le D"" Jourdanet, président d'honneur du Congrès, avait en 
face de lui M. de Quatrefages, président. Celui-ci avait à sa droite 
M. Richard, président du Conseil municipal, et à sa gauche le 
professeur Virchow. 

MM. DE QuATREFAGES;, DE NaDAILLAC, RiCHARD, HaMY, AlTAMIRANO, 
CORA, DE LA RaDA, D. PeCTOR, CORDIER, MuLLENDORFF, DuMONT, 

L. Adam, Jourdanet portent divers toasts accueillis par de cha- 
leureux applaudissements. 

Une partie des congressistes ont terminé leur soirée à l'Opéra 
et à, l'Opéra-Comique, dans des loges mises à leur disposition 
par le Président de la République. Les autres assistent à un 
concert vocal et instrumental donné en l'honneur des membres 
étrangers avec le concours gracieux de Mesdames Muller Nyon 
de la Source et Devisme, de Mlle S. Gournier et de MM. Cottin. 



LUNDI 20 OCTOBRE 

Septième séance. 

t*RÉSIDENGE DE M. DE QUATREFAGES 

M. DE Quatrefages préside la séance, assisté de MM. de la Radâ 
et Hamy comme vice-président et assesseur et de S. M. Dom 
Pedro d'Alcantara. 



— 101 — 

M. d'IncENSBERGii fait une communication sur les Esquimaux 
ainsi que sur les voyages du danois Nansen au Groenland. 

Mlle Lecocq (de Paris) résume un mémoire dont elle est l'au- 
teur sur les rapports linguistiques existant entre l'Amérique et 
le Japon et fait don au Congrès de quelques vases anciens du 
Pérou. 

M. de Saista-Anna Néry excuse un des vice-présidents du Con- 
grès, M. le baron de Rio Branco, retenu chez lui par un deuil de 
famille. Il fait aussi part des regrets du D^ Ladislau Netto, di- 
recteur du Musée national de Rio-de- Janeiro, où il se trouve ac- 
tuellement, de n'avoir pu terminer pour la session le grand tra- 
vail qu'il avait préparé sur les objets apportés par lui à Berlin 
en 1888 et à Paris en 1889. Puis M. de Sta-Anna Néry présente 
une série de dessins et lithographies inédites relatives aux objets 
rapportés de Ceara par M. L. Netto. 

La commission brésilienne a exploré non seulement l'Ama- 
zone, mais encore d'autres parties du Brésil où les Indiens 
sont tout à fait métissés. Les lithographies en question repré- 
sentent des armes, des poteries, des ornements, des instruments 
de musique qui se trouvent déjà en partie décrits dans le 
Folklore de M. de Sanïa-Anna Néry. 

M. Altamirano présente au Congrès des documents mexicains 
intéressant l'histoire du Mexique et résume une théorie nouvelle 
sur la royauté à Mexico. 

M. Ber parle des carrières de pierre qu'il a trouvées dans 
l'ile du Soleil au milieu du lac Titicaca et qui ont du servir à 
l'édification des grands temples de Tiahuanaco. Il rappelle qu'il 
a été le premier à photographier ces ruines. M. Ber présente 
enfin les éléments d'une grammaire aymara recueillis par lui. 

M. Seler communique une étude sur le dieu mexicain de la 
guerre, Huitzilopochtli. 
La séance est levée à midi. 

Vun des Secrétaires, 

J. Deniker. 



LUNDI 20 OCTOBRE 
Huitième séance 

Présidence de M. de Quatrefages 

La séance est ouverte à 2 heures. 

M. de Quatrefages occupe le fauteuil de la présidence ayant à 
ses côtés S. M, Dom Pedro et M. Grossi. Il présente un travail 
étendu de M. Thomas Wilson, du Smithsonian Institution, sur 
l'anthropologie préhistorique de l'Amérique du Nord et l'état 
actuel des études américaines aux Etats-Unis. 

M. Grossi offre au Congrès une brochure sur la géographie 
médicale du Brésil, dont il fait un résumé. Il présente ensuite 
un second mémoire sur la géographie commerciale du Chili. 
M. Grossi, en faveur de qui a été créée une chaire d'ethnologie 
américaine à l'Université de Gênes, annonce ensuite qu'une 
exposition italo-américaine aura lieu à Gênes en 1892, pour cé- 
lébrer le quatrième centenaire de la découverte de l'Amérique. 

M. V. ScHMiDT fait une communication sur la situation géogra- 
phique des anciennes colonies Scandinaves au Groenland. 

M. St-Bkis parle des voyages de découverte de l'Amérique 
avant Colomb. 

Discussion : S. M. Dom Pedro, MM. St-Bris, Gaffarel, Borsari, 

CORDIER. 

M. Verneau appelle l'attention du Congrès sur les découvertes 
de M. Francisco Moreno dans la pampa Argentine. Il pense que 
les Américanistes ne sauraient se désintéresser de la question 
et propose de nommer une commission qui étudiera les docu- 
ments dont M. Moreno veut bien annoncer l'envoi. 

Discussion : MM. MestreyAmabile,deQuaïrefages,Mulle]sdorff, 
ViLANOVA, Marcoartu, DE Peralta ct CoRA sur l'utilité de stimuler le 
zèle des Sociétés savantes et des directeurs de Musées d'Amérique 



— 403 — 

en vue de la prochaine session en Espagne. Cette charge incombe 
de droit aux délégués espagnols présents à Paris, formés en un 
Comité dont feront en outre partie MM. de Mestre y Amabile, de 
Quatrefages, Hamy et Verneau. 

M. Marcoartu propose la création d'un Institut permanent 
américain à Madrid, MM. J. Oppert et de Quatrefages, tout en 
trouvant l'idée bonne, pensent que cette fondation est du res- 
sort de l'Espagne. 

M. Zaragoza fait une communication sur la découverte du Rio 
Apure, d'après des documents des Archives de Simancas, d'Al- 
calâ, de Linares, de la bibliothèque Colombine de Séville et les 
Archives de l'Ayuntamiento de Léon. 

M. Marcoartu propose de réviser les statuts. 

Discussion : MM. Hamy, Marcoartu, de Quatrefages, Oppert. 

Le Congrès, à l'unanimité, décide qu'il y a lieu de procéder 
à la révision des statuts à la prochaine session. 

M. Altamirano fait une communication sur l'homme quater- 
naire mexicain. 

M. G. Hellmann prononce l'allocution suivante : 

« Sire, Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs, 

Ayant eu l'honneur de vous adresser la parole à l'inauguration 
de la session, permettez-moi de vous dire quelques mots au mo- 
ment de clore nos travaux. 

Jamais session du Congrès n'a duré aussi longtemps que la 
8® que nous venons de passer. Le travail a été dur, mais en tout 
cas fécond et intéressant. Nous avons eu huit séances ordinaires 
outre la séance d'inauguration et la séance du conseil central, 
et le nombre des mémoires présentés au Congrès est tout à fait 
Surprenant. Ce ne sera qu'après la publication du compte- 
rendu de la session qu'on pourra bien juger de la valeur défini- 
tive et de l'importance des progrès que l'œuvre américaniste a 
faits à Paris. 

Mais, abstraction faite du progrès purement scientique, un 
autre but de notre Congrès, comme de tous les congrès interna- 
tionaux, consiste dans le rapprochement des savants qui s'occu- 



- 104 — 

pent des mêmes études [et dans la conciliation d'idées quelque- 
fois bien divergentes. 

Eh bien, Messieurs, ce but a été complètement atteint. Nous 
autres, membres étrangers, nous avons eu le plaisir de faire la 
connaissance de beaucoup de savants français et américains qui 
vivent à Paris et d'en pouvoir apprécier les remarquables tra- 
vaux. 

Nous sommes redevables de cet heureux résultat à l'habileté 
et à la courtoisie des membres du Comité d'organisation qui nous 
ont préparé un accueil si aimable et si bienveillant. Au nom des 
membres étrangers, j'en remercie de tout cœur M. le Président 
et ses collègues du Comité. 

Je prie aussi Sa Majesté Dom Pedro d'Alcantara de vouloir 
bien accepter nos remerciements bien vifs de l'honneur qu'elle 
nous a fait en daignant accepter le protectorat du Congrès. 

Nous sommes également profondément touchés de la récep- 
tion qui nous a été faite par les plus hautes autorités de la France, 
et nous emporterons le plus reconnaissant souvenir des amabi- 
lités qui nous ont été prodiguées par le Président de la Républi- 
que et le Conseil municipal représenté par son digne président, 
M. Richard. Je prie M. le Président du Congrès de vouloir bien 
être l'interprète de nos sentiments de gratitude bien vive auprès 
du Chef de la République et du Conseil municipal de Paris » . 

M. DE QuAïREFAGES. « M. HcUmann, vous venez de remercier 
le comité d'organisation au nom des membres étrangers. A mon 
tour, Messieurs, je dois vous apporter à vous tous qui êtes venus 
auprès de nous, en notre capitale, les remerciements du comité 
d'organisation et des membres français du bureau définitif. Une 
nation, Uvrée à elle seule, aurait été bien faible pour entrepren7 
dre l'étude de l'américanisme. La concentration et le rapproche- 
ment des individus qui s'occupent de la même science sont 
surtout importants lorsque cette science est en voie de création. 
Tel est le cas pour l'américanisme. Non pas qu'il soit né d'hier, 
car nous ne prétendons pas le faire dater de notre Congrès, ce 
serait étrange et absurde, mais il faut reconnaître les tendances 



— 105 — 

générales et les progrès de la science. La grande découverte de 
l'homme fossile nous ouvre des horizons nouveaux, nous im- 
pose des méthodes nouvelles, et il faut que tous les hommes qui 
entrent dans cette phase nouvelle se rapprochent pour faire 
aboutir leurs efforts. Remercions donc les étrangers qui ont 
bien voulu nous apporter le concours de leurs lumières. 

Et maintenant, Messieurs, je vous demande la permission de 
vous remercier tous, tant que vous êtes, Français et étrangers, 
en mon nom personnel. J'ai été très surpris et très effrayé lors- 
que j'ai appris qu'on m'avait nommé président d'un congrès des 
Américanistes,très surpris et quelque peu effrayé je le répète. Je 
n'étais pas là lorsque la nomination a. eu lieu ; sans quoi j'aurais 
protesté Eh ! bien, je me serais privé de quelques bonnes jour- 
nées; car ces questions dont je m'étais fait un monstre ont tourné 
de telle manière qu'il m'en restera le meilleur et le plus agréa- 
ble souvenir et j'en dois remercier particulièrement mes collè- 
gues du comité d'organisation et mes confrères français et étran- 
gers du bureau et du conseil définitifs. Merci, à vous tous, Mes- 
sieurs. 

Messieurs, je déclare close la huitième session du Congrès 
des Américanistes et je donne rendez- vous à tous ceux qui pour- 
ront faire le voyage, en Espagne, pour y célébrer le quatrième 
centenaire du premier voyage de Christophe Colomb. » 

La VIII® session est close à 5 heures et demie. 

Vun des secrétaireSy 
R. Vernead. 



COMMUNICATIONS 



ET 



DISCUSSIONS 



HISTOIRE ET GEOGRAPHIE 



QUESTION ; 

SUR LE NOM AMERICA 



M. JiJiENEz DE LA EsPADA ouvrc la discussioii, en combattant 
énergiquement les hypothèses sans fondement de M. Marcou sur 
l'origine du mot America. Les étymologies indigènes de ce mot 
lui ont toujours paru reposer sur des ressemblances de hasard 
et il n'a jamais pu accepter d'autre origine au nom imposé en 
1507 au Nouveau Monde, que celle qui est si nettement indiquée 
dans la Cosmographiœ Introductio. Le nom d'Amérique vient du 
prénom Amerigo que portait Vespucci. M. Jimenez de la Espada 
a trouvé ce prénom ainsi orthographié dans les libros de ciientas 
y despachos de armadas d Indias pour l'année 1495, et l'on sait 
que M. Govi a publié récemment une lettre de 1492 qui porte la 
signature Amerigho Vespucci» 



QUELQUES OBSERVATIONS 

SUR ^ORIGINE DU MOT AMERICA . 

Par M. E. T. Hamy 

Membre de l'Institut, 
Conservateur du Musée d'Ethnographie. 

C'est la troisième fois que l'origine du mot America va se 
trouver discutée devant les Américanistes. La question abordée, 



- no - 

parait-il, à Turin dans une session peu chargée, évitée au con- 
traire à Berlin, où les séances suffisaient à peine à l'étude 
rapide d'une foule de choses beaucoup plus importantes, se 
pose de nouveau à Paris en tête d'un programme, cette fois 
encore, pourtant, fort large et fort divers. Votre comité d'orga- 
nisation, tout en considérant comme d'un médiocre intérêt la 
discussion des étymologies récemment produites de l'autre côté de 
l'Atlantique, a voulu faire 'preuve d'une entière impartialité, en 
maintenant dans notre table de matières un sujet qui n'avait 
point été complètement épuisé, assurait-on, pendant les sessions 
précédentes. 

Abortions-le vivement pour ne pas nuire, par de trop longs 
développements, à la marche de ce Congrès, et examinons tout 
d'abord, sans autre préambule, les thèses préconisées dans ces 
derniers temps par nos collègues transatlantiques. 



La première de ces thèses consiste à affirmer que le nom 
à' Amérique est un vocable géographique indigène répandu sur 
le continent méridional, connu par conséquent des premiers 
voyageurs qui abordent cette partie du littoral du Nouveau 
Monde. C'est cette thèse que M. Lambert de Saint-Bris cher- 
che à faire prévaloir, non seulement aux Etats-Unis, où un 
volume et de nombreux articles de journaux en ont donné con- 
naissance au grand public, mais aussi en France^ où la Société 
Américaine lui a offert naguère une hospitalité, d'ailleurs assez 
peu fastueuse*. M. Saint-Bris rapproche, sans hésiter, tous les 
termes géographiques plus ou moins homophones qu'il ren- 
contre dans ses lectures, et qui, de près ou de loin, lui rappel- 
lent celui d'Amérique, depuis le nom du peuple des hauts pla- 
teaux de Bolivie jusqu'à celui de l'antique province de Maraca- 

1 Saint-Bris, L'origine indigène du mol t Amérique » {Arch. de la Soc. Amé- 
caine de France, nouv. sôr.. t. VII, p. 118-122). 



— 411 — 

pan. Peu lui importe que ces termes soient empruntés à des 
langues profondément diverses; ils ont, plus ou moins, en com- 
mun les éléments phonétiques du nouveau vocable Amérique. On 
peut les découper en pièces arbitraires, isoler par ces amputa- 
tions, sans aucune règle, un radical commun, Amarca, Amaraca^ 
Maraca. Et l'on démontre ainsi qu'IIojèda et les autres ont fait 
sortir, dès la fin du XV" siècle, de la nomenclature indigène 
le mot qui s'étale en gros caractères aujourd'hui sur le continent 
nouveau. Cundinamarca, Maracaïbo, Amarucancha, tout nom est 
excellent pour M. Saint-Bris, dès lors qu'il entrevoit la possibi- 
lité, en le tiraillant quelque peu, de faire apparaître les con- 
sonnes utiles à sa thèse. On démontrerait avec la même aisance 
qu'America vient d'Armorique ou que les Amharas d'Ethiopie 
sont cousins des Aymaras des Andes... Passons ! 

M. Marcou n'a pas la fantaisie de son compagnon d'aventure. 
11 a découvert dans Thomas Belt une Sierra d'Amérique ; il s'en 
tient là. Cette Sierra lui suffît pour bâtir tout un vaste édifice, 
commence déjà depuis 1875 ', et dont il était réservé à notre 
Congrès de voir le couronnement. 

Rappelons en quelques mots et discutons rapidement au pas- 
sage les diverses positions de la thèse de M. Marcou. 

La terminaison en iqiie, assure-t-il tout d'abord, se trouve 
souvent dans les noms de lieux des langues indiennes de l'Amé- 
rique centrale, et il invoque, à l'appui de cette affirmation, un 
certain nombre de noms propres, pris au hasard sur la carte, et 
dont une grande partie sont tirés des langues du groupe na- 
huatl. Il ne sait pas que dans ces langues la terminaison c rem- 
place le ^/ final des noms en atl^ itl, etc., sorte de postpositiôn 
fusionnée avec le nom et ayant le sens de dans* : Tepitl 

' J.. Marcou, Sur l'origine du nom d'Amérique (Bull. Soc. degéogr., 6*» sér., 
t. IX, p. .'jST-SO?, 1875). — Cf. 1(1., Nouvelles rechercheis sur l'origine du nom 
d'Amérique {Ibtd., 1<^ sér., t. IX, pp. 480 o20, 630-672, 1888). 

* C signitica en y dentro ; se une à los nombres acal)a(los en tl (Orozco y 
Berra. Ensayo de descifracion gerogli^co (Anales del Museo Nacionnl de Mexico, 
t. I, p. 243, 1877). 



- 112 — 

donne ainsi Tepic, cité par M. Marcou. D'autres de ces finales en 
ic sont produites par l'intervention du suffixe itic, qui modifie 
à peu près de même le terme principal ^ et un certain nombre 
des noms de lieux mentionnés par notre auteur, doivent à ce suf- 
fixe leur physionomie spéciale. 

On ne saurait donc admettre que la terminaison ique veuille 
dire, comme le suppose M. Marcou, grande, élevée, proémi- 
nente et « s'applique toujours à des lignes de faites ou à des 
pays montagneux élevés, mais sans volcans. » 

Au surplus, le mot Amérique n'a rien à voir dans la liste rele- 
vée par notre collègue ; il ne peut pas être nahiiatl, puisque le 
son dur, rendu par un double r [rr), fait absolument défaut aux 
langues de ce groupe ^ 

Il est vrai que la lettre r existe plus au sud, et que le mot 
Amerriqiie, que M. de Peralta écrit, si je ne me trompe, par un 
s, Amerrisque, peut appartenir à une autre famille de mots tels 
que Chaparrisque, Ajiiterrisque ou Tempisque, que M. Pector 
vient de me montrer répétés sur des cartes de l'Amérique cen- 
trale *. 

Je ne puis voir, pour mon compte, dans la découverte de ce 
nom d'Amerrisque ou d'Amerrique, au milieu de la Gordillière, 
loin de ce littoral de l'Est, seul entrevu par les premiers naviga- 
teurs, je ne puis voir, dis-je, dans cette rencontre qu'une homo- 
phonie de hasard, comme j'en mentionnais plus haut quelques 
exemples ^. 

Ce mot, signalé pour la première fois par Thomas Belt, dans 

* Itic... dentro, en lo interior. Galilic, dentro de la casa, atlitic, dentro del 
agua (Id., ibid., p. 24S. 

* Cf. R. Siméon, Dictionnaire de la langue nahuatl ou mexicaine. Inlrodilô- 
iion, p. XXYI. 

® Les formes actuelles de ces mois sembleraient des simplifications de formes 
plus compliquées. On disait jadis Chaparristique. Peut-être le vieux nom de la 
Sierra Amerrisquc serait-il Amerristique. 

* Je pourrais citer encore, presque à l'aventure, les Hakkas de Canton, qui sont 
de race chinoise, et les Akkas de la haute vallée du Nil Blanc, qui sont des né- 
grilles ou Pygmées ; Ids Galtoas nègres dU bas Ogooué, les Gallas de l'Afrique 
orientale et les Gallois du pays de Galles, etc. 



— H3 — 

son livre de 1873, The Naturalist in Nicaragua^ n'a point de 
passé historique. Aucun des innombrables ouvrages, consacrés 
à la géographie ou à l'histoire, à l'ethnographie ou à la lin- 
guistique de cette partie de l'isthme américain, ne mentionne 
cette expression, et i\ paraîtrait logique de conclure de ce si- 
lence UNAiNiMC, non pas, comme on Ta fait avec injustice, à une 
imposture de Belt (il ne voyait dans l'existence de ce nom 
qu' « une coïncidence »), mais à l'ignorance absolue des géo- 
graphes en ce qui concerne une région nouvellement ouverte, en 
somme, à l'exploration scientifique. 

Pour M. Marcou, cependant, c'est ce terme géographique indi- 
gène, connu des premiers marins espagnols, qui ont abordé à la 
côte des Mosquitos, rapporté en Europe et bientôt répandu 
dans les ports de l'Ouest, qui aurait été l'origine du nom imposé 
peu après au Nouveau Monde. 

D'ailleurs Vespucci, dont on a cru jusqu'ici retrouver le pré- 
nom dans le nom de l'Amérique, Vespucci ne s'appelait point 
Amerigo, mais Albcrico. C'est là la deuxième position de la 
thèse de M. Marcou. 



II 



On me permettra d'insister quelque peu sur la réfutation de 
cette erreur historique. La tâche m'est d'ailleurs singulièrement 
facilitée par l'intervention, au débat, de M. Jimenes de la 
Espada. Notre savant collègue ne vient-il pas, en effet, de mon- 
trer, par la production d'un texte tiré des Libros de cuentes y 
despachos de Armadas a Indias de 149o, que le voyageur floren^ 
tin était désigné dès lors en Espagne sous le nom à' Amerigo ? 
Tous les Américanistcs qui se sont occupés de la question sou- 
levée par MM. Marcou et Saint-Bris connaissent, en outre, le 
mémoire du regretté Gilbert Govi, publié l'année dernière par 
VAccademia dei Lincei, et qui contient une lettre de Vespuce 



— 414 — 

du 30 décembre 1492, découverte à Maiitoue et signée Ame- 
righo. 

J'ai Thonneur de vous présenter un document plus ancien en- 
core, dont je dois la communication à l'honorable M, Eug. Tastu, 
ministre plénipotentiaire en retraite, fils de Joseph Tastu, dont 
les travaux sur les géographes catalans sont connus et appréciés 
de tous les historiens de la géographie. C'est le calque d'une 
mappemonde, chef-d'œuvre du plus célèbre entre les cartogra- 
phes majorcains du XV" siècle, Gabriel de Valsequa. 

Cette mappemonde, remarquable par la pureté de son dessin 
et Texquise délicatesse des miniatures dont elle est ornée, 
avait été exécutée à Majorque en 1439, comme en fait foi la si- 
gnature de l'auteur : 

Gabriell de Valsequa la fêta an 
Malorcha any m cccc xxx viiij 

et Vespuce l'avait acquise au prix de 130 ducats d'or ainsi que 
le démontre cette sorte à' ex libris, d'une main plus récente, 
qu'on peut lire au dos de la pièce : 



Questa ampla pelle di geografia 

fue jmgata da Amerigo Vespucci CA'A'A' 

ducat i di oro di inarco. 



— Ho — 

D'après la forme des lettres qui la composent, cette seconde 
inscription doit remonter vers l'année 14S0. C'est du moins le 
sentiment d'un des paléographes les plus compétents en la ma- 
tière, M. Lecoy de la Marche, que j'ai consulté sur ce délicat sujet. 

Une dizaine d'années au moins avant son passage en Espa- 
gne, Vespuce portait donc bien le prénom d'Amerigo, accolé à 
son nom au verso de la carte de Valsequa, 

Fils d'un notaire de Florence, engagé avec son frère Giro- 
lamo dans d'importantes affaires commerciales, il était en me- 
sure de satisfaire largement sa passion naissante pour la géo- 
graphie. Il est vrai que plus tard il perdait tout le fruit de ses 
travaux, et se voyait contraint de se mettre au service des Mé- 
dicis. C'est peut-être alors qu'il se défit, avant de partir pour 
Cadix, de sa belle carte de Valsequa, retrouvée en Italie par le 
cardinal Despuig et rapportée par ce riche collectionneur à son 
point de départ, Palma de Mallorca. 

Quoi qu'il en soit, Vespuce avait possédé un certain temps 
ce document précieux, où il avait pu voir semées dans la mer 
Oceane de nombreuses terres d'une certaine étendue. C'était 
d'abord une ile de Brésil, Ylla de Brezill dans l'Ouest de l'Ir- 
lande. C'étaient plus bas les îles de la légende de St-Brandan, 
Insides fortunate santé Brandane^ l'ile des Oiseaux, Ylla de 
osels, par exemple, ou File de l'Enfer, Ylla de Vinferno^ et que 
Valsequa assimilait en partie aux Açores récemment rencontrées 
par Diego de Séville, pilote du roi de Portugal. 

Aquestas illes foran tro \ hades p Diego de Siiiilla, pelot del 
rey de Poirtogall an lay m cccc xxx vij. 

C'était enfin Tarchipel des Canaries, dessiné dans tous ses 
détails, en face du Maroc. 

Le spectacle continuel de toutes ces terres émergeant au 
Ponent de la mappemonde catalane, fut sans doute pour quel- 
que chose dans les résolutions qui portèrent Americ Vespuce à 
prendre part, dans les dernières années du siècle, aux voyages 
vers l'Ouest qui, par un ensemble de circonstances singulières, 
ont fait, comme l'on sait, du marchand florentin, devenu pilote, 
\q parrain du Nouveau Continent. 



— 116 



§111 



Vespuce s'appelait donc hien Amerigo, et le gymnase vosgien 
n'a fait que vulgariser, en lo07, une orthographe venue de Lis- 
bonne ' et quelque peu francisée sous la forme Atneric^, avant 
de devenir Amcricus dans la traduction latine du chanoine Jean 
Basin. Quatuor Americi Vespiitii namfjationcs^ etc. 

Martin Waltzemiiller ou Hylacomylus, qui imprimait en tête 
de cette édition des fameuses navigations le livret aujourd'hui 
si recherché, sous le titre de Cosmographiœ Introductio^ , adopte 
successivement la forme Amcrlge et celle à' America dans les 
deux passages où il propose de donner à la quatrième partie 
du monde le nom de celui qu'il regarde comme l'ayant le pre- 
mier découverte. 

« In sexto climate, Antarcticum versus, et pars extrema Africx 
nuper reperta^ et Zamzibar, Java ?ni?ior et Seula insulœ etquarta 
orbis pars [quam quia Amcricus invcnit Amerigen, quasi Ame- 
rici terram^ sive Américain nuncupare licei) sitse sunt^. » 

Et un peu plus loin : 

« Nunc vero et hœ partes {Enropa, Africa, Asia) sunt latins 
lustratm, et alla quarta pars per Amcricum Vesputium (ut in 

1 L'archcljpe de 1504 a pour litre : Lellcra di Amerigo Vcspucci. 

- La forme française la i)lus habituelle est Emeric, prcnoni rarement imposé 
de nos jours, mais dont est dérivé cet autre vocable Aimcry. Aimery est à 
Americus comme Amaury est à Amalricus, Aubry à Albericus, Olry à Alari- 
cus, etc. 

^ CosMOGi\APiti.K iNTRODUCTio cum qiiibusdam geometriœ ac astronomiœ princi- 
pis ad cam rem neccssariis. Insuper qiiator Americi Veapucii navùjaliones, etci 
— Cf. L. Wiescner, Amcric Vespuce et Christophe Colomb, La véritable origine 
du nom d'Amérique (lievve des Questions historiques, t.I, p. 22(5 et suiv., 1866); 
Martin Hylacomylus WaltzcmiHler, ses ouvrages et ses collaborateurs. Voyagé 
d'exploration et de découvertes à travers quelques épitres dédicatoireSy préfaces 
et opuscules en prose et en vers du commencement du AT/o siècle : notes, cause- 
ries et digressions bibliographiques et autres, par un géographe bibliophile (d'A- 
vezac). Paris, 1867, 1 Vol. in-8, p. 31 et suiv. 

♦ Cf. d'Avczac, p. 38; 



— 117 — 

sequoitibus audietiir) inventa est, qiiam non video cur quia jure 
velet ah Amcrico inventore, sagacis ingenii ciro Amer ig en quan 
Americi terrani^ sive Americam dicendam : cwn et Europa et 
Asia a mulieribus sua sortita si/it nomina... » 

Je reproduis à dessein en leur entier des textes qu'ont certai- 
nement perdu de vue les novateurs, dont je m'efforce de com- 
battre les fantaisies étymologiques. 

Ces deux phrases de Waltzemuller où le nom d'Amérique 
apparaît pour la première fois dans l'histoire comme celui de la 
quatrième partie du monde récemment découverte^ sont en effet 
d'une irrésistible clarté. « Je ne vois pas pourquoi, dit le géo- 
graphe de Saint-Dié, quelqu'un interdirait à bon droit de l'ap- 
peler de son inventeur Americ, homme d'un génie sagace, 
Amerige, c'est-à-dire terre d'Americ ou America », et il cite à 
l'appui de cette proposition les noms de l'Europe et de l'Asie, 
qui sont des noms de femme. 

Il aurait pu ajouter, en se plaçant à un autre point de vue, le 
nom d'Afrique ; je tiens, en effet, pour certain, que F harmonie 
de ces appellations, Afrique et Amérique , ïune ancienne et Vautre 
naissante, a eu une part énorme dans le foudroyant succès du 
terme géographique imaginé par Waltzemuller . 

On connaît dans tous ses détails l'histoire de l'expansion du 
TSiÇii America. Ilumboldt, Wiesener*, d'Avezac * et beaucoup 
d'autres en ont suivi les étapes à travers les livres et les cartes 
de la première moitié du seizième siècle, et M. L. Gallois re- 
produisait naguère dans sa thèse de doctorat " la première image 
de l'Amérique {^America), tracée par Waltzemuller en 1507 sur 
un petit globe en fuseaux, et bientôt contrefaite à Lyon par 
Louis Boulengier dAlbi, dont notre collègue, M. G. Marcel, a 
récemment reconstitué la physionomie fort complexe *. 

* Lac. cit., p. 235. 
' Op. cit. pass. 

' L. Gallois, Les géographes aUemands de la Renaissance, Paris, Leroux, 1890, 
in-8, pi. II et p. iS. 

* G, Marcel, LoMW Boulanger d'Albi, astronome, géomètre et géographe (Bull, 
de géogr. hisi^et descriptive, 1889, p. l()H-i72). 



— 118 — 

Le \i\re, Globus mundi declaratio sive descriptio mundiet totius 
orbis terrarum^^xûAiè en 1509 chez Griening-er, parle de l'Amé- 
rique découverte nouvellement, quatrième partie de la terre, et 
Pierre Apier enregistre, comme lïylacomylus, le nom à' America 
sur la mappemonde jointe à son édition de Solin de 1520. 

L'usurpation est dès lors complète dans les livres elles atlas, 
usurpation dont ne sont d'ailleurs coupables, on l'a nettement 
établi, que les cosmographes de Saint-Dié et do Strasbourg et 
leurs imitateurs. 

Puis une réaction se produisit, violente, dans la conscience 
publique, et Amoric Vespuce porta le poids d'une erreur qu'il 
n'avait pas provoquée, et condanmé sans jugement par une 
sorte de consentement universel, subit la triste célébrité de l'im- 
posture dévoilée*. 

Aujourd'hui l'opinion, mieux éclairée, le décharge de toute 
complicité dans l'aventure toponymique où Waltzemtiller l'a 
engagé, et il ne reste pour accuser injustement la mémoire de 
celui qui fut Yami de Coloinb, que les inventeurs de théories 
nouvelles, que repoussent unanimement tous ceux qui ont lu 
avec quelque soin les documents originaux relatifs à la découverte 
du Nouveau Monde. 



' Wiesener, loc, cit„ p. 2S2. 



AMEllRIOUES, AMERIGIIO VESPUCCI & AMÉRIOOE 

Par Joles MARGOU. 



Introduction. — Ce qui reste de la tribu des Indiens Amerri- 
ques, à présent très réduite, habite les montagnes appelées 
Sierra Amerrique, qui forment la cordillera entre le lac Nicara- 
gua et la côte de Mosquitie dans le département de Chontales, 
Nicaragua. 

Par un concours de circonstances, qui n'est pas rare dans tout 
ce qui se rapporte aux premières découvertes faites dans le 
Nouveau Monde, le nom à' Amerrique n'a pas été imprimé, ou 
peut-être même écrit, dans des documents jusqu'en 1872, date 
à laquelle feu le géologue anglais Thomas Belt, un naturaliste 
de génie, pendant un long séjour et une exploration des parties 
orientales de la république du Nicaragua, entendit le nom de 
la bouche des Indiens eux-mêmes de cette tribu, et l'employa 
dans son excellent et très remarquable ouvrage intitulé : « The 
Naturalist in Nicaragua», Londres, 1874. 

De Humboldt a dit avec justice : « Les pays découverts les 
premiers sont aujourd'hui oubliés et presque déserts » [Examen 
critique de l'histoire de la géographie du Nouveau Continent^ 
» vol. III, p. 381, Paris, 1839). 

Sierra Amerrique et les Amerriques. — levais donner tous les 
faits que j'ai pu réunir. 

« Immédiatement à l'Ouest du rancho (plantation) de Fair- 
bairn, à deux lieues de la ville minière de Libertad, départe- 
ment de Chontales, Nicaragua, s'élèvent les rochers abruptes de 
la chaîne des monts d' Amerrique, formée de grandes falaises 



— 420 — 

perpendiculaires et d'énormes rochers isolés en forme de pics 
ou aiguilles. Le nom de ces montagnes est une indication pré- 
cieuse sur la race des anciens habitants. Sur les hautes terres du 
Honduras, ainsi qu'il a été remarqué par Squier, la termi- 
naison en tiqiie ou rique se rencontre souvent dans les noms de 
lieux-dits, comme Chaparristique. Lepaterriqiie^ Llotique, Ajii- 
térique^ et autres. La race qui habitait cette région était les In- 
diens Lencas... Je pense que ces Indiens Lencas étaient les an- 
ciens habitants de Chontales... et qu'ils ont été en partie con- 
quis et ont eu leur territoire envahi par les indiens Chontales 
avant l'arrivée des Espagnols » {The Natiiralist in Nicaragua, 
p. 155). A présent les Indiens Chontales sont cantonnés dans la 
partie occidentale du département qui porte leur nom, à l'Ouest 
de la Cordillera d'Amerrique, tandis que toute la partie orientale 
aussi loin que la côte des Mosquitos (réserva Mosquita) est habi- 
tée par des Indiens peu civilisés, appelés Caribisi ou Caraïbes, 
et aussi Amerriques, Carcas et Ramas — Tribus de aborigènes no 
civilizados — comme ils sont désignés sur la « Mapa de la Re- 
pùblica de Nicaragua», de Paul Lévy, qui accompagne son livre 
important : « Notas geograficas y economicas sobre la Repu- 
blica de Nicaragua », Paris, 1873. 

Sur la plantation Fairbairn : « on trouve beaucoup de preuves 
qu'une grande population d'Indiens y ont vécu jadis ; et on a 
recueilli beaucoup de poteries ]et des fragments de pierres meu- 
lières, qui servirent à moudre le maïs, dans plusieurs tombes 
qui ont été ouvertes et fouillées... Il y a là une quantité de vieux 
tombeaux indiens, recouverts de monceaux de terres et de pierres 
(mounds) » {The Naturalist in Nicaragua, p. 154). A la p. 324 du ^ 
même ouvrage, Belt cite encore cette Cordillera en disant : «Au 
milieu du jour, nous sommes arrivés en vue des montagnes d'A- 
merriques, que j'ai reconnues immédiatement etqui m'ont mon- 
tré que j'avais atteint le district de Juigalpa. » 

Au sujet de l'or, Belt qui était l'ingénieur de la « Chontales 
Gold Mining Company» pendant les quatre années qu'il a habité 
le Nicaragua, était des mieux renseignés sur les gisements etlo- 



— 121 — 

calités des mines. Il nous dit que « l'exploitation de l'or à Santo 
Domingo est limitée entièrement à des filons de quartz aurifères, 
aucun dépôt d'alluvions n'ayant été trouvé assez riche pour 
payer les frais d'exploitation... L'or ne se rencontre pas 
pur, mais à l'état d'alliage naturel avec de l'argent, dans les 
proportions de trois parties d'or pour une d'argent... La petite 
ville deLibertad est le centre principal des mines de Chontales. 
On trotrve un grand nombre de mines en exploitation dans les 
environs » [The Naturalist in Nicaragua^ pages 86, 88 et 150). 

L'absence de placeres ou graviers alluviaux aurifères assez 
riches pour payer l'exploitation dans les vallées des rios Mico et 
Carca, les deux principaux affluents du rio Blewfîelds, montre 
que ces alluvions ont dû être exploités par les Indiens avant 
l'arrivée des Espagnols. 

De plus la composition du minerai d'or mélangé d'un quart 
d'argent le rend malléable et a permis de travailler ce métal avec 
facilité par des Indiens mal outillés ; ce qui explique l'existence 
des miroirs d'or trouvés par Gristophe Colomb et ses équipages 
en 1502, lorsqu'ils abordèrent sur cette côte. 

La lettre suivante de feu Belt, écrite peu de mois avant sa 
mort prématurée (1) est intéressante, parce qu'elle donne l'im- 
pression que lui a faite la lecture de mon premier mémoire «Sur 
l'origine du nom d'Amérique » publié dans le Bulletin de la So- 
ciété de Géographie, Paris, juin 1875, que je venais de lui en- 
voyer. 

« M. Jules Marcou, Londres, 8 avril, 1878. 

Salins, Jura, France. 

Mon cher Monsieur, 
Je vous suis très obligé pour votre aimable lettre et l'exem- 
plaire de votre très ingénieuse théorie sur l'origine du nom A jné- 
rique. 

* Thomas Belt, ne à Newcasllc-upon-Tyne (Angleterre) en 4832, est mort en 
passant dans un wagon de chemin de fer, à Kansas-City (États-Unis), le 21 sep- 
tembre 1878. 



— 122 — 

- La chaîne des monts Amerriques dans le Nicaragua m'est bien 
connue, et la curieuse coïncidence de son nom avec celui du 
continent m'a souvent frappé, mais seulement comme coïnci- 
dence. 

J'espère que votre sujétion recevra l'attention qu'elle mérite 
et que l'on fera des recherches approfondies sur l'origine du nom. 
Et s'il ressort de ces études que vous avez raison, vous aurez 
éclairci une question des plus intéressantes. 

. Je suis, cher Monsieur, votre très dévoué 

Thomas Belt. » 

Par suite de circonstances heureuses, j'ai pu communiquer en 
1887, avec le sénateur du Nicaragua don José D. Rodriguez, qui 
a habité pendant de nombreuses années le département de Chon- 
tales, et a été l'ami personnel et même l'employé de Thomas 
Belt, dans la mine d'or de Santo Domingo. 

Je donne des extraits de deux des lettres qu'il m'a adressées 
pendant un séjour qu'il faisait à Washington comme envoyé 
spécial du gouvernement du Nicaragua pour le canal interocéani- 
que à travers cette république. 

Washington, le 29 décembre 1887. 
Professeur Jules Marcou 

Cambridge, Massachusetts. 

Très cher Monsieur, 

...... Le nom Amerrique est prononcé par les Indiens de la 

tribu avec lesquelles j'ai eu de nombreuses conversations, 
comme M. Thomas Belt l'a écrit avec deux r. Ces Indiens ont 
été autrefois une puissante tribu. A quelque distance de la Sierra 
où ils habitent à présent, sur des terrains plats, il y a des sur- 
faces considérables qui étaient autrefois des cimetières et qui 
sans aucun doute possible appartenaient à ces Indiens. 

Il est vrai que plus au Sud, il y a d'autres tribus. 

Toutefois il m'a été facile d'apprendre d'eux que jadis à une 



-. 123 — 

dpoque très reculée, ils étaient en communication avec la côte de 
l'Atlantique, ayant des relations amicales avec les tribus des 
Moscos, qui tiennent tout le pays depuis à peu près la Lagune 
de Caratasca (Honduras) et le cap Gracias-â-Dios jusqu'un peu 
au sud de la Lagune de Perlas et le rio Blewfields. 

A présent les Amerriques ne comptent plus qu'un petit nom- 
bre de membres de leur tribu ; mais il mest impossible en ce 
moment, de donner des raisons plausibles de cette réduction de 
la tribu. On ne les moleste pas, et ils vivent à leur aise dans 
leurs montagnes ; mais il est évident qu'avant qu'il soit longtemps 
ils auront entièrement disparu, peut-être par suite d'absorption 
dans d'autres tribus indiennes... M. Thomas Belt a dû avoir des 
occasions de connaître les montagnes et les Indiens de ce nom, 
pendant un voyage qu'il a fait de l'autre côté de la Cordillera à 
Matagalpa et à Ségovie. J'ai servi sous les ordres de ce gentle- 
man dans les mines de Chontales, et j'ai eu le bonheur d'être 
honoré de son amitié et de sa confiance. 

Je suis avec respect votre obéissant serviteur. 

J. D. RODRIGUEZ. 

Washington, 12 janvier 1888. 
Seûor Profesor Jules Marcou 
Cambridge. 

Mon cher Monsieur 

Je puis vous assurer que la supposition de M. Peralta, à 

savoir que le nom Amerrique a été inventé par feu mon ami M. 
Thomas Belt, est entièrement gratuite et sans fondement. Les 
monts et la tribu des Amerriques ont existé au Nicaragua de- 
puis un nombre de siècles qu'il n'est au pouvoir de personne de 
désigner avec certitude, et ces faits peuvent être vérifiés par qui- 
conque le désire. D'ailleurs M. Belt était une personne sérieuse, 
qui n'aurait jamais fait une mystification, ou trompé qui que ce 
fût... 

J. D. RODRlGUEZ. » 



— 124 — 

Cette protestation du sénateur Rodriguez a été amenée par 
suite de la position prise par quelques critiques, qui prétendaient 
que parce que les géographes n'avaient pas inscrit le nom Amer- 
rique sur aucune des cartes connues jusqu'à présent, le nom 
Amerriquepour désigner une chaîne de montagnes du Nicaragua 
avait été inventé de toute pièce par M. Belt. Et la chose est allée 
si loin que don Manuel M. de Peralta, ministre plénipotentiaire 
de Costa-Rica à Washington (aujourd'hui à Paris), a écrit une 
lettre au président de la République du Nicaragua, Don Ad. 
Cârdenas, lui demandant si réellement il existait dans le dépar- 
tement de Chontales, une chaîne de montagnes connue sous le 
nom d'Amérique, Amerrique ou Améric. La réponse datée de 
Managua, le 22 mai 1886, non seulement a confirmé l'existence 
de la Sierra Amerrique de M. Belt, mais bien plus qu'il y avait 
dans ces montagnes une tribu d'Indiens du même nom « los 
Amerriques » d'une grande importance jadis, mais à présent 
fort réduite, et que l'orthographe du nom était bien comme M. 
Belt l'avait écrit dans son livre, Amerrique avec un double r *. 

De ces faits d'une authenticité indiscutable, il résulte que nous 
savons pertinemment qu'il existe encore les restes d'une tribu 
indienne qui se nomment eux-mêmes Amerriques^ qu'elle était 
jadis nombreuse et puissante, et qu'elle s'étendait sur de vastes 
espaces des pays compris entre le lac de Nicaragua et la côte de 
la mer des Caraïbes ou des Antilles. Les montagnes au milieu 
desquelles ils vivent à présent sont appelées Chaîne d'Aînerrique 
oti Sierra Amerrique^ et ils ont occupé depuis des temps immé- 
morables la région la plus riche en or de ce pays. Les mines 
d'or sont encore nombreuses et sont exploitées jusqu'à aujour- 
d'hui, sur une grande échelle, autour de La Libertad, Santo-Do- 
mingo et Juigalpa. 

1 La lettre de M. Peralta et la réponse du président Cârdenas ont été publiés 
en espagnol avec traduction en anglais; ainsi que trois lettres de Cârdenas et 
du sénateur Rodriguez, qui m'ont été adressées, aussi en espagnol avec traduc- 
tion anglaise, à la suite, dans le Bulletin of thc American geogvaphical Society, 
1886, no 4, p. 3lo-316,et 1888, no -2, p. 192-196; New-York. 



— 125 — 

Le nom de Juigalpa (Iluzgalpa) veut dire le pays de l'or, et le 
nom indien de la côte des Mosquitos est Tauzgalpa on Taguz- 
galpa, (jalpa veut dire montagne ou colline ; de sorte que le 
nom véritable du pays entre le cap Gracias-â-Dios, les rios Rama 
et San-Juan, à l'embouchure du canal interocéanique du Nica- 
ragua à la nouvelle ville à' America^ nommée en honneur des 
Indiens et des montagnes Amerriques^ au lieu d'être la côte des 
Mosquitos ou Mosquita, est, d'après les indigènes, Cùte-d' Argent. 

A présent, passons en revue les premières explorations faites 
par les navigateurs européens le long des côtes des parties cen- 
trales du Nouveau-Monde. 

Premier voyage de Yespucci. — Dès le début, nous nous trou- 
vons en présence du plus contesté des voyages de Vespucci, 
effectué de mai 1497 à octobre 1498. Las-(iasas, Ilerrera, Char- 
levoix, Robertson, Tiraboschi, Muùoz, Navarete et Washington- 
Irving ont tous déclaré que l'auteur des Quatuor Navigationes 
avait forgé son premier voyage. Alexandre de Ilumboldt, après 
l'avoir nommé sonprétendti premier voyage, essaie de présenter 
un alibi pour Vespucci, qui, d'après lui, devait être alors à 
Séville et à San-Lucar, occupé à diriger l'armement de la flotte 
de l'expédition de Cristoforo Colombo pour Haïti et la côte de 
Paria (le troisième voyage de Colombo), armement qui a dû 
occuper Vespucci depuis la mi- avril 1497 jusqu'au départ do 
Colombo, le 30 mai 1498 ; et, par éonséquent, rend impossible 
le premier voyage de Vespucci du 10 mai 1497 au 18 octobre 
1498. De Humboldt appelle « problématique ce voyage d'une 
date contestée' », qu'il refuse d'admettre dans la catégorie des 
voyages clandestins., et dont il n'hésite pas à regarder la date du 
10 ou du 20 mai 1497 comme fausse. 

Fi Ai de Varnhagen est le seul qui ait accepté et maintenu le 
premier voyage de Vespucci comme authentique, en se servant 
de preuves et d'arguments qu'il a tirés des trois historiens : Pierre 

i Exafnen critique, Vol. tV, p. 268 et 292. 



— 1^6 — 

Martyr d'Anghiera, Oviedo et Gomara. Après une étude atten- 
tive de toutes les objections, je suis arrivé à la même conclusion 
que Varnhagen, qui dit avec justice que « si le premier voyage 
n'est pas vrai, tout tombe », et aussi que « si nous admettons que 
si Vespucci est coupable de ne pas avoir dit la vérité à propos 
d'un voyage aussi important, alors il nous faut le traiter d'impos- 
teur et de faussaire, et ne rien accepter de ce qu'il dit dans ses 
quatre voyages* », En fait, si le premier voyage est faux, ou 
même seulement « problématique », selon l'expression de Hum- 
boldt, Vespucci est un fabuliste et un imposteur indigne de toute 
confiance. Mais je ne pense pas qu'il en soit ainsi. Vespucci, 
d'après ce qu'en a dit le grand amiral Cristoforo Colombo, était 
tout à fait un homme de bien (es rmtcho hombre de bien, lettre 
de l'amiral à son fils Diego, du o février loOo), à qui la fortune 
avait été contraire, mais qui était très anxieux d'avoir la réputa- 
tion de passer pour un grand découvreur et navigateur, ce que 
j'ai nommé auparavant a tan fino en italien {Nouvelles recherches 
sur V origine du nom d'Amérique, p. 80. Paris, 1888). 

D'après Varnhagen, les chefs de l'expédition étaient Vicente 
Yaûez Pinson et Juan Diaz de Solis [Le premier voyage d'Ame- 
rigo Vespucci définitivement expliqué dans ses détails, Vienne, 
1869) ; la première terre qu'ils ont aperçue a été dans le voisinage 
du cap Gracias-â-Dios, qu'ils ont ainsi nommé, après leur très 
longue navigation, depuis la Grande-Ganarie ; et, après avoir 
navigué pendant deux jours en suivant une côte de sable, ils 
sont entrés dans un petit port près de la Laguna-de-Caratasca, 
Honduras. A l'attérage du cap Gracias-â-Dios, Vespucci a vu 
des Indiens qui ont refusé de communiquer ; mais dans le petit 
port près du cap Cameron, Laguna-de-Caratasca, un grand nom- 
bre d'Indiens du type Caraïbe ont bien accueilli l'expédition. 
Quelques-uns de ces Indiens avaient des ornements en or qu'ils 
avaient pris à leurs voisins avec lesquels ils étaient en guerre. 

* Amerigo Vespucci; son caractère, ses écrits, sa vie et ses navigations, par 
F. A. de Varnhagen, p. 4 el 96. Lima, i86o. 



— 127 — 

Comme nous savons à présent par les Indiens Amerriques eux- 
mêmes que leur relation et échange avec les Caraïbes de la côte 
s'étendait jusqu'à la Laguna-de-Caratasca, nous avons là le pre- 
mier contact des Espagnols avec des Indiens de la côte ducentre 
du Nouveau-Monde, qui possédaient un peu d'or; et il est pos- 
sible, et des plus probables, que le nom Afnerrique a été pro- 
noncé, comme celui de la tribu et du pays d'où For provenait ; 
parce que l'or n'existe pas sur la côte même, et que la région 
des mines d'or de la Sierra-Amerrique est la plus rapprochée de 
cette partie de la côte de Honduras, et même la seule qui ait des 
mines d'or dans toute cette partie de l'Amérique centrale. Tout 
dernièrement des j'î/rtc^re* aurifères ont été trouvés sur les rives 
du rio Prinzawala au sud du cap Gracias-â-Dios. 

Le dermer voyage de CiOLOMBO. — Cristoforo Colombo, dans son 
quatrième et dernier voyage, atteignit, le 12 septembre 1502, le 
cap Gracias-à-Dios ; le 14 septembre il doublait le cap, et conti- 
nuant à longer les côtes des Mosquitos, il arriva le 25 septembre 
devant le village de Cariari, en face de la petite lie de la Huerta 
(le Jardin, Qiiiribiri, à présent l'ile Booby), à l'embouchure du 
rio Rama. Là il jeta l'ancre entre l'ile La lluerta et le continent, 
et il resta dix jours, depuis le 25 septembre jusqu'au 5 octobre, 
afin de réparer ses vaisseaux et de laisser reposer ses équipages 
très éprouvés par les grandes fatigues d'une navigation longue 
et pénible depuis qu'ils avaient quitté Cuba. 

Bien reçu par les Indiens de Cariai, il s'établit vite de nom- 
breuses relations et échanges entre les cent cinquante marins 
des équipages des quatre caravelles. Colombo, dans sa Lettera 
rarissima^ dit qu'à Cariai, il « entendit parler des mines d'or de 
la province de Ciamba, qui était l'objet de nos recherches. Je 
pris avec moi deux habitants de cette contrée qui me conduisirent 
à une autre terre appelée Carambaru, où les indigènes vont tou- 
jours nus et portent à leur cou un miroir d'or qu'ils ne veulent 
vendre ni troquer pour quoi que ce soit ; ils me nommèrent en 
leur langue plusieurs autres lieux situés sur la mer, où ils m'as- 



— 128 — 

suraient qu'il existait beaucoup de mines d'or ; le dernier de ces 
lieux était appelé le Veragua, éloigné d'où nous étions de vingt- 
cinq lieues. » 

Comme le dit de Ilumboldt, cette lettre n'est pas claire ; elle 
manque d'ordre et contient bien des obscurités, parce que lors- 
que Colombo l'a écrite, il était en proie à une profonde mélanco- 
lie, amenée par les nombreuses injustices, les mauvais traite- 
ments et les déceptions auxquelles il a été soumis à la fm de sa 
vie. Il était alors un vieillard, presque infirme, lorsqu'il a écrit 
cette lettre à la Jamaïque, le 7 juillet lo03, immédiatement 
après son retour de la riche contrée aurifère de Veragua. Ayant 
été très maltraité par le gouverneur Ovando, son état d'esprit 
était des plus affectés par suite de ses souffrances morales et phy- 
siques, et il n'est pas étonnant s'il n'a pas donné dans cette 
lettre tous les détails et tous les noms qu'il avait entendus des 
contrées riches en or, ainsi que des tribus indiennes avec les- 
quelles il avait été en rapport. 

Cependant il résulte de sa lettre, que l'on peut dire avec pres- 
que une certitude parfaite, que Cariai était à l'embouchure du 
Rio Rama ; que Colombo a entendu, pendant son séjour, que la 
tribu des Amerriques possédait une grande quantité d'or, dont 
les Espagnols avaient une si grande envie de s'emparer ; qu'il 
est allé avec deux Indiens comme guide à Carambaru, une autre 
terre comme il la nomme. Si l'on consulte une carte de la côte, 
Carambaru, selon toutes les probabilités, était placé près, ou à 
l'embouchure même, du Rio Blewfields ; et que, dans sa visite, 
Colombo a trouvé que les indigènes portaient au cou un miroir 
d'or, qu'ils n'ont voulu ni vendre, ni troquer contre quoique ce 
soit. 

Ces Indiens de Carambaru rie peuvent être que les Amér- 
iques qui habitaient la région aurifère de la province de Giamba, 
occupant alors tout le pays au pied de la Sierra Amerrique et 
qui exploitaient les jilaceres des Rios Mico et Carcas, les deux 
principaux affluents du Rio Blewfields. Pour que les Indiens 
aussi mal outillés aient pu façonner l'or en miroir, ils devaient 



— 429 — 

trouver des pépites assez grosses et assez malléables. L'alliage 
d'un quart d'argent avec les trois quarts d'or, des mines actuelles 
de cette région des environs de la Sierra Amerrique, explique 
la facilité de travail pour arriver à faire des miroirs d'or avec des 
instruments assez grossiers. 

N'ayant pas réussi dans son attente d'obtenir par achat ou en 
échange ces miroirs d'or, Colombo n'était pas bien disposé pour 
parler de ces Indiens, et il ne donne, dans son récit, ni leur nom, 
ni le nom du pays d'où ils extrayaient leur or, se contentant de 
citer la province de (aamba et le village de Carambaru, sans 
localiser la région aurifère de la Sierra Amerrique, comme il l'a 
fait pour Veragua. 

Mais parce que Colombo n'a pas écrit le nom Amerrique dans 
sa lettre au Roi et à la Reine d'Efepagne, il ne s'ensuit pas qu'il 
ne l'a pas entendu, ni qu'il n'en a pas parlé ; car ce serait contre 
tout ce que nous savons des découvreurs de pays aurifères, si le 
nom Amerrique n'avait pas été entendu et répété par Colombo 
et les cent cinquante matelots de ses équipages. 

Si Colombo est le seul qui ait écrit le narratif de ce remar- 
quable et difficile voyage, tous ses cent cinquante compagnons 
ont parlé à leur retour de ce qu'ils avaient vu et entendu pen- 
dant le cours du voyage ; et c'est à eux et aussi sans doute à 
Colombo lui-même que l'on doit d'avoir répandu parmi les gens 
des ports de mer le nom à! Amerrique comme un pays riche en 
or, et dont les indigènes, qui s'appelaient aussi Ainerriques, 
possédaient pour tout vêtement des miroirs d'or suspendus à leur 
cou. Le nom a passé de bouche en bouche, comme cela arrive 
pour tous les noms populaires, d'abord de marins à marins ; puis 
il a pénétré dans l'intérieur du continent, et si promptement 
même, que, dans moins de douze années, ce nom à' Amerrique 
était employé généralement pour désigner le Nouveau-Monde, 
d'après ce que nous en dit un contemporain, Jean Schœtier dé 
Bamberg, dans la hatite Franconie, presqu'au centre de l'Alle- 
magne. 

Que le nom est venu des masses du peuple et non pas de quel- 

9 



— 430 — 

ques érudits sachant le latin, est un fait généralement admis. 
Le nom officiel était « Las Lidias », le « Nouveau-Monde » et 
« Terra SanctcP-Crucis ». Jusqu'en 1520, nous ne connaissons 
pas une seule carte avec une date absolument certaine, avec le 
nom America écrit dessus ; et si réellement de telles cartes ont 
existé et ont été perdues ou détruites depuis, leur nombre a 
dû être très restreint, et on ne peut les citer comme ayant 
répandu le nom parmi le peuple, qui d'ailleurs alors ne savait 
pas lire, car il faut toujours se rappeler que cela se passait au 
commencement du seizième siècle, et que le nombre des per- 
sonnes qui savaient lire et écrire était alors extrêmement limité 
et qu'ils formaient une classe spéciale très supérieure aux gens 
du peuple, et qui avaient rarement des communications avec 
eux. 

Ainsi en résumé, Colombo et ses cent cinquante compagnons 
ont vu des Indiens sur la côte des Mosquitos, complètement nus, 
à l'exception des miroirs en or qu'ils portaient au cou ; ils ont 
eu avec eux de longues conversations au sujet des pays et des 
tribus d'indigènes de leur voisinage où il existait de l'or. Nous 
savons à présent que ces Indiens à miroirs d'or ne peuvent 
avoir été que la tribu des Amerriques, qui vivent encore dans 
la partie la plus productive en or de toute la région, et que la 
Sierra Amerrique est, d'après le voyageur Thomas Belt, l'obs- 
tacle et la barrière la plus remarquable et qui attire le plus les 
regards, entre le lac Nicaragua et la côte de l'Atlantique. Après 
le voyage de Colombo de 1503, le nom Amerrique s'est répandu 
si rapidement en Europe, parmi les matelots et les gens du 
peuple, qu'en 1515, il était déjà populaire, adopté et générale- 
ment employé pour désigner le Nouveau-Monde. Voilà des faits 
qui paraissent tous bien établis. 

A présent nous arrivons au singulier et assez mystérieux bap- 
tême du Nouveau-Monde, dans la petite ville de Saint-Dié dans 
les Vosges. 

- Co-NFL'siors DU piiÉiX'ôM DE ViiSpucci. ^ — Le prénom de Vespucci 



— 131 - 

est un exemple de confusion unique. Etant un Italien, on aurait 
dû s'attendre à ce que son nom serait donné exactement par ses 
concitoyens, tandis qu'au contraire ce sont eux qui sont les au- 
teurs de toutes les confusions. .A.ussi dans ces dernières années 
ont-ils essayé de donner toutes sortes d'explications pour en 
atténuer l'effet. 

Aussi loin que 1503 ou 1504, les Italiens Lorenzo-Pier-Fran- 
cisco di Medicis,de Florence — un ami d'enfance de Vespucci — 
et Giovanni del Giocondo, de Vérone, nomment Vespucci Albe- 
riens, un prénom bien connu. Et depuis lors, jusqu'à ces der- 
nières années, les Italiens, et plus spécialement les Florentins, 
ont'persisté à l'appeler Alberico et même Albertutio. J'ai fait des 
recherches nombreuses et minutieuses pour connaître exacte- 
ment quel était vraiment le prénom de Vespucci. Dans un pays 
comme la Toscane, et sa capitale Florence, où tant de docu- 
ments faux ont été fabriqués et donnés au monde comme réels 
sur Vespucci, depuis des voyages fabriqués de toutes pièces, des 
lettres prétendues manuscrites, des livres élogieux composés 
avec des documents douteux, jusqu'à une inscription gravée sur 
le marbre, disant que Vespucci a découvert le Nouveau-Monde, 
que j'ai été obligé de n'accepter aucun prénom sans des preuves 
absolument authentiques et indiscutables. Après avoir fait beau- 
coup de recherches, de 1874 à 1887, je n'ai rien trouvé de cer- 
tain jusqu'à la publication de la première lettre de Vespucci à 
Laurent-Pierre-François de Médicis, sous le nom de Albericiis 
Vespuiius, en 1504 ou 1505. 

Et dans mon second mémoire publié dans le Bulletin de la 
Société de géographie, « Nouvelles recherches sur l'origine du 
nom d'Amérique », p. 66, Paris, 1888, je dis : « Tant que le 
prénom de Vespucci n'aura pas été soumis à un contrôle des 
plus minutieux et d'une grande exactitude, il faudra rester dans 
le doute pour savoir lequel à' Alberico ou d'Amerigo est le véri- 
table. La question a une certaine importance.... sans toutefois 
que sa solution touche la partie vitale et importante de l'origine 
du nom d' America, qui flotte toujours entre la licence poétique. 



— 132 — 

dé Jean Basin et le nom de lieu du Nouveau-Monde, et j'ajou- 
terai dé tribu indienne, les Amerriques. Seulement cette solution 
impliquera plus ou moins l'appui que Vespucci a pu prêter, sans 
peut-être le savoir, au Laptôme de Saint -Dié. » 

Il est vrai que j'inclinais plutôt du côté d'Albcrico que d'Aîue- 
rigo pour le prénom de Yespucci; et, dans mon second mé- 
moire, j'ai exposé les raisons qui paraissaient soutenir cette 
opinion ; tout en disant cependant plusieurs fois, en parlant du 
nom à'A?7ie?'igo, que c'était ou son véritable prénom, ou seule- 
ment un surnom ou un sobriquet. 

Des recherches actives furent continuées pour arriver à savoir 
si Amerigo est vraiment un prénom employé en Italie, et avec 
d'autant plus de désir de trouver la vérité, qu'un de mes amis, 
Italien, à la tête d'une des plus importantes administrations et 
qui habitait alors à Florence, m'écrivait que le nom lui était tout 
à fait inconnu comme nom de baptême, même après la grande 
célébrité que lui a donné Vespucci, et que certainement ce nom 
n'était pas en usage en Italie. 

Hamericus dans les œuvhes du Dante kv AmErigo dans celles de 
MAcmAVELLi. — Mon fds, le D'" Philippe B. Marcou, a réussi, en 
1888, à trouver les noms Hamericus et Amcrigo, dans Dante 
Allighieri : « De vulgaris eloquentia », liber secundus, caput VI, 
et dans la « Comedia di Nicolo Machiavelli », dans ses Opère, 
vol. nono, Milano, 1805, où le premier personnage de la pièce 
est A?nerigo, vecchio Padrone, et le dernier />'«/e Alberigo\ en 
outre, Machiavelli, à la page 45 du même volume, dans Novella 
piacevolissima di Nicolo' Machiavelli^ cite un « figliuola d'Ame- 
rigo Donati » . 

Dans le livre du Dante, nous avons deux poètes provençaux 
du nom de Hamericus, épelé avec un H, donné comme un nom 
de famille, qui s'écrivait en provençal ou langue d'oc Aïmeric. A 
présent encore, le nom propre d'Emeric est un nom de famille 
assez commun en Provence. Le Dante avait habité la Provence 
pendant quelque temps, et il était l'ami des deux poètes fébriles^ 



— 133 — 

Emeric de Belinoi et Emeric de Péguilain. Mais de ce qu'il a tra- 
duit le nom de famille provençal Emeric par flamericus, qui est 
la forme latine de ce nom, il ne s'ensuit pas qu'il regardait le 
nom provençal Emeric comme étant l'équivalent et la traduction 
du prénom florentin Ameriglio ; et l'on ne peut vraiment pas 
citer le Dante comme ayant traduit en latin le nom Ameriglio ou 
Amerigo, par Ilamericus, et cela d'autant plus que le traducteur 
florentin des <( Quatuor navigationes » de Vespucci a traduit en 
français Amerigo par Ainerige et non par Emeric. 

Amerigo en Espagne, en 1493. — Peu après ces découvertes 
faites dans des ouvrages italiens de l'époque, j'ai reçu une lettre 
de Don Marcos J. de la Espada, le plus savant américaniste 
d'Espagne, et qui est le plus au courant des archives des Indes. 
La lettre datée de Madrid, le 22 mars 1889, dit : « Por cl consta 
que Amerigo Vespucci se llamaba Amerigo en los libros 
de cuentas y despaclios de armadas â Indias dcsdc el aùo de 
1493. » 

Avant cela, le plus ancien document connu du public en Espa- 
gne était un reçu daté, du 12 janvier 1496, avec le nom de 
Vespuche, sans prénom. La première fois que nous ayons eu 
d'Espagne le prénom de Vespucci, dans des documents absolu- 
ment authentiques, se trouvait dans les deux lettres de Cristoforo 
Colombo des 3 et 23 février 1305, écrites deux années après le 
retour de Colombo de son dernier voyage. A présent, depuis la 
découverte de Don Marcos de la Espada, nous avons le prénom 
Amerigo dès 1493 ; et par conséquent avant les voyages de Ves- 
pucci au Nouveau Monde, et aussi avant le quatrième et dernier 
voyage de Colombo au cap Gracias-à-Dios et Cariaï. Cette dé- 
couverte est d'une grande importance, parce que les Libros de 
gastos de Armadas des archives de la casa de contractacion à Sé- 
ville sont regardés, avec justice, comme des autorités excellen- 
tes pour tout ce qui se rapporte aux premiers voyages de décou- 
vertes dans le Nouveau Monde ou « Las Indias ». Les Espagnols, 
avec leur caractère chevaleresque et profondément honnête, 



— 134 — 

n'ayant jamais fourni de documents forgés, comme cela a eu 
lieu plusieurs fois à Florence. 

Amlhigho dans les archives de Mantoue, en 1492. — Dernière- 
ment j'ai reçu de Rome un mémoire intitulé : « Come veramente 
si chiamasse il Vespucci, e se dal nome di lui sia venuto quello 
del Nuovo Mondo, » nota del socio Gilberto Govi {Rendiconti 
délia R. Accademia dei Lmcei, vol. IV, pages 297-307, seduta 
del 18 nov. 1888, Roma). L'auteur a eu la bonne fortune de pu- 
blier la seule lettre vraiment authentique qui ait enfin été trou- 
vée, jusqu'à présent, en Italie. Cette lettre découverte par le 
signor Davari, conservateur des archives Gonzaga di Mantova, 
quoique très courte — seulement de sept lignes , et en plus l'adresse 
— est de la plus grande importance, parce qu'elle est écrite par 
Vespucci, qui, ainsi que j'ai eu l'occasion de le dire dans mon 
second mémoire de 1888, était un excellent calligraphe. La date 
est : « Sybilie die XXX decembris M''CCCG"LXXXXII » (Séville, 
le 30 décembre 1492), et par conséquent antérieurement au re- 
tour de Colomb de son premier voyage, La signature très dis- 
tincte est : 

« Ser. AmcrigJw Vespucci mer 
chante fiorentino foi' 
Sybilia. » 

J'ai reçu une photographie de cette lettre et de son adresse, 
que m'a envoyée un de mes amis d'Italie, et plus loin, à la fin de 
ce mémoire j'en donne \e fac-similé, ainsi que de l'adresse ; et 
je donne aussi, mais seulement le fac-similé, de la signature de 
la célèbre première lettre authentique de Vespucci, trouvée en 
Espagne et adressée au cardinal-archevêque de Tolède, en date 
de Séville, le 9 décembre 1508. Le gouvernement espagnol a eu 
l'heureuse idée de publier en fac-similé toute cette assez longue 
lettre dans le beau volume des Carias de Indias publicadas por 
primera vez, in-folio, Madrid, 1878. La comparaison de l'écriture 



~ m — 

de ces deux lettres de Mantoue et de Tolède, ne laisse aucun 
doute sur l'identité ; une même personne a écrit ces deux lettres ; 
et toutes celles qui ont été produites auparavant, et dont Fune a 
été imprimée en fac-similé par Varnhagen et par M. Justin Win- 
sor, sont fausses et ont été forgées, soit pour écrire des biogra- 
phies fantaisistes de Vespucci, soit pour satisfaire des collection- 
neurs de lettres autographes. 

Ces deux lettres sont jusqu'à présent les seules vraiment au- 
thentiques que nous possédions ; et les signatures sont trop im- 
portantes dans la question qui nous occupe sur l'origine du 
nom Amérique pour que nous ne les étudiions pas avec le plus 
grand soin. 

A présent nous avons dès 1492, le prénom de Vespucci écrit 
par lui-même Amerigho avec seulement un r et la lettre h dans 
la dernière syllabe ; et de plus nous avons le nom Amerigo^ avec 
seulement un r et sans A à la dernière syllabe dans les Libros de 
cuentas y despachos de armadas à Indias, écrit en 1495, par la 
personne officielle qui tenait ces livres du gouvernement espa- 
gnol. Et enfin à partir de décembre 1508, nous avons plusieurs 
fois le prénom de Vespucci, écrit par lui-même Amerrigo, avec 
deux r et sans h. 

Gilberto Govi * pense que c'est l'Italien Fra Giovanni 
Giocondo qui a traduit trop librement et changé Ameri^ 
gho en Alberico. Cela n'est qu'une opinion personnelle, sans 
aucune base, car l'original de la lettre de Vespucci à Me- 
dicis est resté inconnu jusqu'à présent. Généralement les tra- 
ducteurs ne se permettent pas d'altérer et de changer, du tout 
au tout, la signature d'un auteur ; et aussi longtemps qu'il n'y 
a pas de preuves positives contraires, nous devons dire que Ves- 
pucci a employé pour son prénom, en 1502 ou 1503, le nom 

* Govi est mort subitement à Rome, en 1889, peu de mois après sa communi- 
cation devant l'académie des Sincei.Il était un physicien de talent, dont l'éduca- 
tion s'était faite à Paris à l'école des Ponts-et-Chaussées, où il avait été envoyé 
comme élève externe, en 1847, par le gouvernement Sarde, en même temps que 
Quintino Sella et Felice Giordano les deux savants et célèbres géologues et ingé- 
nieurs des mines italiens. 



— 136 — 

à'Alberico ou à'Alberigo. Mais comme dans sa seconde lettre à 
Piedro Soderini, écrite en 1504, il signe Amerigo, il est évident 
qu'il n'a fait usage du nom d'Alberico que pendant un temps 
assez court. Toutefois il y a de grande probabilités de penser 
qu'il a dû s'en servir ; parce qu'enfin son ami Medicis, connais- 
sait bien son prénom d'Amerigho, sous lequel il l'avait connu à 
Florence et pour que Giovanni del Giocondo se soit écarté si 
fortement du prénom florentin, il faut supposer que Medicis a 
admis ce changement, d'après la lettre elle-même. D'ailleurs 
nous avons encore le témoignage d'un historien espagnol d'une 
grande réputation, Gomara^ qui dans son histoire générale des 
Indes de 1551, emploie les deux prénoms, disant : Ainerico ou 
Alberico Vespucci ; et montrant ainsi que le nom d'Alberico 
devait être bien connu en Espagne, comme s'appliquant à Ves- 
pucci, pendant la première moitié du seizième siècle, quoique ce 
prénom n'ait jamais été trouvé dans un seul des documents au- 
thentiques espagnols qui se rapportent à Vespucci. 

Quoiqu'il en soit, le prénom d'Alberico se trouve dans la pre- 
mière lettre imprimée de Vespucci ; lettre adressée à un flo- 
rentin, et traduite par un italien. 

CosMOGRAPHiJîiNTRGDUCTio. — Grâcc aux découvcrtcs et recher- 
ches d'Alexandre de Humboldt, d'Avezac et de quelques autres 
américanistes, nous connaissons beaucoup de détails sur cette 
plaquette Cosmographise Introductio du gymnase Vosgien de 
Saint-Dié, dans lequel on trouve pour la première fois le nom 
d'Amérique, comme nom du Nouveau Monde. 

Ceux que cela intéresse, trouveront toutes les descriptions, 
remarques, dissertations et conclusions, sur ce très célèbre petit 
volume in-quarto — (devenu, grâce à de Humboldt, d'une valeur 
si grande, que lorsque par hasard un exemplaire est à présent 
mis en vente, il s'enlève promptement, dans des prix qui varient 
entre deux et quatre mille francs) — dans YExamen critique 
de r histoire de la géographie du nouveau continent dans tes XV' 
et XV I" siècles, ^ViV AXexuTiàve de Humboldt, 5 volumes, Paris 



— 137 — 

1839 ; Martin Hylacomijlus Waltzeynùller , ses ouvrages et ses 
collaborateurs^ par un géographe bibliophile (Marie- Armand- 
Pascal de Castera Macaya d'Avezac)^ Paris, 1867 ; et Nouvelles 
recherches sur Vorigiiie du nom d^ Amérique, par Jules Marcou, 
dans le Bulletin de la Société de Géographie, Paris 1888. 

Dernièrement feu M. Ed. Meaume a prouvé l'existence d'une 
quatrième édition, ou plus exactement tirage de la Cosmogra- 
phiœ Introductio , qui jusqu'alors avait été regardée par d'Ave- 
zac et M. Henri Harrisse, comme une espèce de mélange résultant 
du rapprochement de parties prises dans les premier et troi- 
sième tirages (^ Recherches critiques et bibliographiques sur 
Americ Vespuce et ses voyages », par Ed. Meaume, chapitre 
III ; « La Cosmographiae Introductio » , étude bibliographique 
sur les quatre premières éditions, Saint-Dié, 1507, p. 83, dans 
les Mémoires de la Société d'archéologie Lorraine, 3" série, vol. 
XVI, Nancy, 1888). Meaume pense que cette quatrième réim- 
pression ou tirage a dû être faite en 1508, quoique datée, comme 
le troisième tirage « quarto (die ante) kalendas septembris » (le 
quatrième jour avant le 1" septembre accompli) c'est-à-dire le 
29 août 1507. Il est des plus probables que WaltzemûUer (Ilaco- 
mylus), a essayé une seconde fois de mettre subrepticement 
sur la plaquette son nom comme étant l'auteur, au lieu et place 
du nom collectif du gymnase Vosgien ; mais qu'il a été arrêté 
aussitôt qu'on s'en est aperçu, comme Gauthier Lud l'avait fait 
déjà auparavant, en arrêtant la distribution du premier tirage. 
Cela explique la grande rareté de ce quatrième tirage, dont 
seulement quatre exemplaires sont aujourd'hui connus; celui 
nommé l'exemplaire de Chartener de Metz_, à présent possédé par 
M. Langlard de Nancy ; un second exemplaire a été décrit par 
M. Harrisse, sous le numéro 47 dans sa Bibliotheca Americana 
vetustissimaei appartient à la bibliothèque Lenox de New-York; 
le troisième exemplaire se trouve à la bibliothèque Mazarine à 
Paris (incomplet, n'ayant que les premières trente-huit pages) ; 
enfin le quatrième est conservé dans la bibliothèque de la ville 
de Besançon, en Franche-Comté, ainsi que vient de me l'écrire 
le bibliothécaire M. A. Castan, en date du 29 mars 1890. 

/ 



~ 138 — 

Après avoir été empêché deux fois dans quatre mois de mettre 
son nom comme étant le seul auteur du livre de Saint-Dié, dont 
il n'avait été en réalité que le prote et le dessinateur, Waltze-^ 
mûller n'en voulant pas avoir le démenti, lit faire une édition 
spéciale en son nom seul, qu'il fit imprimer à Strasbourg en 
1509. Evidemment cette manière d'agir amena une dernière et 
finale rupture entre le prote Ilacomylus et le Gymnase Vosgien ; 
et nous avons là la raison principale et l'explication de l'arrêt 
de l'édition du Ptolémée de Gauthier Lud, commencé et repris à 
Saint-Dié, puis finalement transféré à Strasbourg en 1512, où il 
parut à la fin en 1513. 

Comme ce beau volume a été achevé avec les mêmes carac- 
tères d'imprimerie, nous devons en conclure que l'imprimerie 
ambulante de Saint-Dié a été ramenée à Strasbourg en 1511 ou 
1512, d'où, selon toutes les probabilités, elle venait. D'après les 
études ded'Avezac nous savons que le Ptolémée de Strasbourg 
de 1513 a été imprimé pour les deux premiers tiers à Saint-Dié, 
entre 1506 et 1510, sur deux espèces de papiers différents, et que 
le troisième et dernier tiers a été imprimé aussi sur une nouvelle 
espèce de papier à Strasbourg. De sorte qu'au lieu d'appeler 
cette édition de Ptolémée, l'édition de Strasbourg, ainsi qu'on a 
coutume de le faire, on devrait la nommer le Ptolémée du Gym- 
nase Vosgien, ou tout au moins le Ptolémée de Saint-Dié et 
Strasbourg. 

Le QUATTRO GiORNATE. — Après le succès de la publication de 
sa première lettre à Lorenzo Pier Francesco de Medicis, Ves- 
pucci prit soin de faire bien connaître, dans différentes parties 
de l'Europe, tous ses voyages. Dans sa lettre à Soderini, de 
1504, il parle d'un livre qu'il a écrit sous le titre : « Le Quattro 
Giornate » ; mais qui n'a jamais été publié, et dont le manuscrit 
a échappé à toutes les recherches que l'on a faitesjusqu'à présent. 
Mais il écrivit en même temps un résumé de ce livre, qu'il data 
de Lisbonne, le 4 septembre 1504 ; et Vespucci poussa ses 
précautions jusqu'à l'adresser, d'abord au roi d'Espagne, puis 



- 139 - 

une seconde copie à son ami le grand Gonfalonier (porte-éten-i 
dard) perpétuel de Florence, et enfin une troisième copie fut 
envoyée au roi René, duc de Lorraine. 

L'exemplaire adressé au roi Ferdinand d'Espagne n'a jamais 
été publié, et jusqu'à présent n'a pas été retrouvé dans les ar- 
chives d'Espagne. Probablement qu'il était écrit en espagnol, 
avec une dédicace au roi. 

L'exemplaire adressé à Soderini a été publié en 1506, à 
Pescia, près de Florence, par Piero Paccini, sous le titre : Let- 
tera di Amerigo Vespucci délie isole nuovamente trovatein quat- 
tro suoi viaggi, dans un italien assez incorrect, mélangé d'une 
quantité de mots et de phrases espagnols, comme on pouvait 
s'y attendre de la part d'un homme comme Vespucci, qui 
avait vécu au moins quatorze années en Espagne, ou avec des 
Espagnols. Cette plaquette est dédiée à sa Magnificence le sei- 
gneur Pietro Soderini, gonfalonier perpétuel de l'illustre Répu- 
blique de Florence, mais sans le nom du gonfalonier, employant 
seulement son titre de « Magnifiée Domine » et de « Vostra 
Mag. » 

La troisième copie a été adressée à René, roi de Sicile et de 
Jérusalem et duc de Lorraine. Elle a été publiée en 1507, à 
Saint-Dié, par le Gijmnaslum Vosageme, sow^Xq iiive àe Quattuor 
Americi Vesputii navigationes, en latin, d'après une traduction 
faite par le chanoine Jean Basin, sur une version française. Cette 
version française n'a jamais été publiée ; ou si elle l'a été, on 
n'en a jamais retrouvé aucun exemplaire ; et le manuscrit dont 
s'est servi Basin est inconnu, probablement à jamais perdu et 
détruit. La traduction latine est dédiée à F <( Illustrissimo Renato 
Jherusalem et Siciliœ Régis.... » et « T. M. » (tua majestas), 
remplace « Vostra Mag. », d'après le traducteur de l'italien en 
français qui en a fait « Votre Majesté ». On a pris l'habitude de 
dire que c'est Jean Basin qui a fait ce changement dans sa ver- 
sion latine, comme une espèce de licence poétique. Mais cette 
explication est bien douteuse, carie roi René a reçu le manus- 
crit français, et, selon toutes les probabilités, la personne qui l'a 



— 140 — 

envoyé, a écrit la dédicace, comme c'est l'habitude, lorsqu'on 
s'adresse à un roi. De plus René a donné le manuscrit à son se- 
crétaire Gaultier Lud, et finalement Lud l'a remis entre les 
mains de Jean Basin ; et c'est assumer une supposition bien 
forte que d'admettre que Jean Basin a pu prendre sur lui d'alté- 
rer à un point pareil et si essentiel, le manuscrit, sans amener 
de protestation de la part de Lud et surtout du bon et honnête 
roi René. 

Qui a envoyé le manuscrit au roi René? n'est pas connu avec 
certitude. Alexandre de Humboldt pense que c'était Vespucci 
lui-même ; et tout ce que nous connaissons est en faveur de 
cette opinion du grand géographe. Vespucci avait une grande 
envie de notoriété comme un grand voyageur et découvreur ; il 
avait adressé sa première lettre à un Médicis, après avoir remis 
la relation de son troisième voyage entre les mains de Don Ma- 
nuel de Portugal; et il a eu le soin d'en agir de même pour sa 
seconde lettre, l'adressant d'abord au roi Don Ferdinand d'Es- 
pagne, puis au gonfalonier perpétuel de Florence, au lieu de 
LorenzoPier Francesco de Médicis dont il connaissait la mort. 
Evidemment Vespucci recherchait la bonne opinion des grands 
de la terre, et il tenait beaucoup à bien faire savoir ce qu'il avait 
fait comme navigateur et découvreur. Ne sachant pas le fran- 
çais, il a fait traduire son manuscrit ; et le traducteur, tout en in- 
troduisant des variantes assez importantes, aura suivi le texte 
trop littéralement pour la dédicace. Par une inadvertance il a. 
substitué « Votre Majesté » à Vostra Mag. ». Il est bien proba- 
ble que Vespucci avait l'intention de faire des changements 
dans la dédicace dont il s'était servi pour Soderini ; mais que 
par suite d'erreurs et de malentendus, dûs surtout à son éloi- 
gnement du traducteur — si la traduction a été faite à Florence, 
ce qui est le cas*. — Vespucci n'a pu contrôler et s'assurer de 

1 La traduction française de cette lettre de Vespucci a été faite à Florence, 
par quelqu'un qui devait bien connaître la famille Vespucci, parce que le tra- 
ducteur a ajouté que Soderini et Amcrigo Vespucci avait été élèves ensemble à 
l'école tenue par un oncle de Vespucci ; fait qui ne se trouve pas consigné 
dans l'édition italienne de Pescia, 



— 141 — 

visu si la dédicace au roi René était faite comme il en avait l'in- 
tention. Jean Basin, l'élégant poète, comme le nomme Gaultier 
Lud, a traduit simplement la version française telle quelle, sans 
y faire d'altérations ou de changements, ignorant si Vespucci 
avait eu l'occasion de connaître le roi René dans sa jeunesse. 

On n'a trouvé aucune trace d'une correspondance entre Ves- 
pucci et le roi René. Nous sommes réduits à des conjectures. Ves- 
pucci devait désirer d'enrôler parmi ses patrons et admirateurs 
un personnage aussi important (jue le bon roi René, qui avait la 
réputation d'être un Mécène et un amateur de tout ce qu'il y 
avait de nouveau en géographie. On savait qu'il avait envoyé 
Ringman deux fois en Italie comme son agent pour y recher- 
cher et s'y procurer les meilleurs textes des géographies de Pto- 
lémée. On ne peut douter que Vespucci était très au courant de 
tout ce qui se passait dans le monde. Il a connu la mort de Lo- 
renzoPier Francesco de Médicis, ainsi que la publication à Paris, 
en latin, de sa première lettre ; et il était très désireux de voir 
sa seconde lettre publiée aussi en latin, quelque part dans le 
centre de l'Europe. 

Toutefois il est possible que le roi René ait reçu la traduction 
française des quatre voyages de Vespucci d'une autre source. 
Seulement alors il est très difficile d'expliquer la position prise 
par Jean Basin, et tous ses associés du Gymnase Vosgien, à 
savoir : que Vespucci était le découvreur du Nouveau Monde, 
une position qui n'a pas pu être prise à la légère et sans le con- 
sentement et l'approbation du roi René. Il était bien connu que 
Cristoforo Colombo était le découvreur ; et tous les membres 
du Gymnase Vosgien, ne pouvaient l'ignorer, parce que le nar- 
ratif du premier voyage de Colombo avait été publié non seule- 
ment à Paris, mais aussi à Strasbourg en 1497. Ringman, l'un 
d'eux, avait habité Paris et visité deux fois l'Italie, les rapports 
du Gymnase avec Strasbourg étaient nombreux et constants, 
ainsi que nous le prouvent amplement les publications de Saint- 
Dié et de Strasbourg ; et conséquemment le premier voyage 
de Colombo de 1492 était bien connu de tout le Gymnase Vos- 
gien et du roi René. 



— i4â — 

L'attribution de la découverte du Nouveau Monde à Vespucci, 
par tout le Gymnase Vosgien de Saint-Dié, avec l'approbation 
tacite du roi René, en 1507, est un acte très suspect, qui ne 
peut s'expliquer que par l'existence d'une conspiration, après la 
mort de Colombo, pour réduire et môme ravir, si possible, la 
grande célébrité attachée à sa mémoire, dans un double but de 
jalousie et de lucre. Vespucci a fait partie de cette conspiration, 
ou tout au moins l'a aidée en secret. Le roi Ren^ et les membres 
du Gymnase Vosg-ien, n'étaient pas en position de décider aussi 
crûnjent qu'ils l'ont fait, que Vespucci était le découvreur du 
Nouveau Monde ; et il est impossible d'expliquer la brusque po- 
sition qu'ils ont prise, sans admettre des influences occultes et 
une envie bien prononcée de créer un rival et un adversaire à 
Colombo. 

La seconde lettre de Vespucci est cauteleuse et fine, évitant 
soigneusement toute association de quelque nature possible avec 
aucun des autres navigateurs de l'époque. Il a fallu de sa part 
une grande volonté et un parti pris de ne pas nommer un seul 
des commandants ou chefs des expéditions dans lesquelles il 
s'est trouvé forcément en sous-ordre ; et toute personne qui n'est 
pas très au courant des premières navigations dans le Nouveau 
Monde, peut être facilement trompée et penser que Vespucci 
commandait lui-même. Comme je l'ai déjà dit, ses deux lettres 
sont l'œuvre d'un homme extrêmement habile, un tmi fino en 
italien. C'est un fait unique dans les récits des voyages mariti- 
mes, qu'un homme qui n'était qu'un subordonné, ne donne pas 
les noms des chefs de ses navigations. Qu'il ait pu oublier de 
donner un de ces noms, cela se comprendrait à la rigueur et 
pourrait passer pour un oubli de peu d'importance ; mais que 
tous les quatre soient passés sous silence, est un cas d'oubli vo- 
lontaire, et qui certes n'est pas à l'honneur de Vespucci. 

11 est certain que Vespucci a adressé les manuscrits de ses 
voyages aux rois d'Espagne et de Portugal, à un Médicis et au 
Gonfalonier perpétuel de Florence, et il est tout naturel et rai- 
sonnable de supposer qu'il les a envoyés aussi au roi René, duc 
de Lorraine. L'autre supposition que le roi René aurait reçu la 



— 143 — 

traduction française des quatre navigations de Vespucci d'une 
autre source ne pourrait être acceptée, que si nous avions des 
preuves, au moyen de documents et de faits authentiques ; ce qui 
n'est pas le cas. 

Humboldt a dit : « Vespucci était en correspondance avec 
René II, roi de Jérusalem et de Sicile, duc de Lorraine et comte 
de Provence » [Examen critique^ vol. 4, p. 107). Malheureuse- 
ment rien n'a encore été trouvé dans les archives de Lorraine, 
sur ce sujet ; et nous en sommes réduit aux inductions et proba- 
bilités, qui certes sont toutes favorables à l'opinion de Hum- 
boldt. 

Amkrige, Americus et America. — Mais, quoi qu'il en soit, le 
Gymnase vosgien a publié en avril 1507, une traduction latine 
du résumé des quatre voyages de Vespucci ; et dans l'introduc- 
tion (Cosmographiœ Introdiictio) se trouve le baptême du Nou- 
veau Monde, sous le nom à^Ainerica, en l'honneur d' Americus 
{Amerige) Vcsputius, qui l'a découvert. 

Il a fallu de nombreuses années de recherches et d'études 
pour démontrer que Vespucci n'était pas le découvreur de la 
ten^a /îrma du Nouveau Monde ; et que par conséquent il 
n'avait aucun droit à lui donner son nom. 

Jean Basin le traducteur du français en latin des « Quatuor 
navigationes » de Vespucci, au lieu de conserver le nom Amerige 
du manuscrit pour le prénom de Vespucci, l'a changé en Ame- 
ricus. Il savait très bien que c'était une traduction trop libre, et 
qui ne pouvait se comprendre, et être reçue, sans explication ; 
et en conséquence il a eu la précaution d'imprimer dans deux 
endroits différents de la plaquette, le nom Amerige bien en face 
d^AmericiiSf tout à fait en tire-l'œil, de manière à montrer que 
par Americus il voulait dire le prénom de Vespucci. Cette pré- 
caution et explication n'était pas inutile, car jusqu'alors il n'existe 
pas un seul exemple l)ien constaté et d'une authenticité parfaite 
de la traduction du mot Amerigho par Americus en latin. Et 
môme longtemps après, un italien Nicolini de Sabio, en 1535, 
dans l'édition de la Cosmographiœ Introductio qu'il a publiée à 



— 144 — 

Venise, se prononce contre la traduction du nom Amerige par 
Americus, disant que l'on aurait dû nommer le Nouveau Monde 
Amerige au lieu à' America. 

Le traducteur de l'original italien, en français, n'a pas traduit 
Amerigo par Americ, ou ■E?7ieric, ou Aïmcric, mais bien par 
Amerige. Ce n'est qu'en 1513, huit années plus tard, que dans la 
traduction française par Mathurin du Redouer, du troisième 
voyage de Vespucci publiée à Paris à l'enseigne de l'Ecu de 
France, que Amerigo est traduit par Emeric et non par Amerige ; 
et ce qu'il y a d'extraordinaire dans cette traduction du prénom 
de Vespucci, c'est que Redouer a fait sa traduction sur la célèbre 
collection de Vicence, qui porte le nom de Frac. daMontalboddo, 
dans laquelle le prénom de Vespucci est Alberico. Cela nous dé- 
montre bien quelle confusion Vespucci et ses amis avaient réussi 
déjà à créer en faisant usage tantôt du nom d'Amerigo, tantôt 
de celui d'Alberico, deux prénoms très diflérents à Florence 
même, où Machiavelli dans sa « Comedia >) les emploie tous 
les deux pour des personnages entièrement différents, à savoir : 
« Amerigo, vecchio Padrone » et « frate Alberigo ». 

Triple ERiŒUR dans le baptême deSaint-Dié. — D'abord le Gym- 
nase vosgien a attribué à Vespucci, en 1507, la découverte du 
Nouveau Monde, deux années après la mort de Colombo, et pen- 
dant la vie de Vespucci, qui n'est mort qu'en 1512, Vespucci 
n'a pas corrigé l'erreur, et rien n'existe qui montre qu'il ait cher- 
ché à désavouer cette « dangereuse gloire », ainsi que la nomme 
de Humboldt. Cette absence de toute protestation de sa part, 
tend à confirmer l'idée que ce fut lui-même, qui a suggéré au 
roi René et au Gymnase vosgien qu'il était le découvreur du 
Nouveau Monde ; car il est impossible de maintenir que René 
et le Gymnase vosgien ignoraient la grande découverte de 
Christoforo Colombo, de 1492, qui s'était si vite répandue dans 
toute l'Europe ; et la seule excuse que l'on puisse invoquer en 
leur faveur, est que Vespucci réclamait comme sienne la décou- 
verte de la terra firma, Coloml)o n'ayaiit découvert que des lies, 



- 145 — 

et qu'il a réussi à imposer cette grosse erreur à ces Lorrains 
perdus dans leurs montagnes. Nous savons avec quelle persis- 
tance Vespucci savait atteindre les grands de la terre, pour leur 
raconter ses vovages ; et s'il avait voulu vraiment rectifier l'er- 
reur, qu'il était le découvreur du Nouveau monde, il en avait 
le moyen et tout 1^ temps, puisqu'il a survécu de cinq années 
au baptême de Saint-Dié. 

Quant à nommer le nouveau Monde America en honneur d'A- 
mericus Vesputius, le Gymnase vosgien a agi contre toutes les 
règles, non seulement en donnant à une vaste contrée le prénom 
d'un navigateur, mais aussi en changeant complètement l'ortho- 
graphe dUAmerigo ou Amerige, qu'il a transformé en Americ. 

C'est un fait bien connu et auquel tout le monde se conforme, 
comme à une règle absolue, que les noms que l'on donne à de 
grands pays nouvellement découverts, sont ou des noms de fa- 
mille, si cela est en honneur du découvreur, ou le prénom de 
quelques membres des familles royales régnantes. Nous citerons : 
le détroit de Magellan, la baie d'Hudson, l'ile de Vancouver, l'ile 
de Jean Fernandez, la Colombie espagnole et la Colombie bri- 
tannique, l'Etat de Washington, Tas manie ou Terre de Van Die- 
men, les détroits de Cook, de Lapérouse, de Torres et de Davis, 
la baie de Baffin, les îles Parry,les lies de Kerguelen, de Ileard 
et de Crozet, l'ile Tristan da Cunha, Kermadec, Bougainville, 
Lord Ilowe, Fernando do Noromha, la terre de Grinnel, celle 
de Wilke, etc., etc. D'un autre côté nous avons : les Carolines, le 
Maryland, la Virginie, Géorgie, Victoria, les iles Philippines, les 
iles de la Reine Charlotte, Charlestown, la rivière Charles, le 
cap Charles, Jamestown, la rivière James, l'ile Isabelle, le port 
Adélaïde, les terres Louis Philippe et François-Joseph, les lacs 
Victoria et Albert, etc., etc. 

Si l'on accepte l'explication donnée par le Gymnase vosgien, la 
seule exception à cette règle se trouve être un continent,qui cou- 
vre tout un hémisphère, c'est-à-dire le plus grand fait géogra- 
phique qui existe sur notre planète ; et cela en opposition du fait 
admis par tout le monde, y compris même le Gymnase vosgien, 

10 



— 146 — 

qui a rectifié son erreur de 1507, clans son Ptolémée de 1512, que 
Christoforo Colombo a découvert le Nouveau Monde. 11 y a là 
une contradiction inexplicable, si l'on ne tient pas compte de 
l'existence du nom indigène Amerrique. 

Les noms Amerigho, ou Amerigo, ou Amerige qui sont les 
trois variations orthographiques connues jusqft'en 1507, auraient 
donné en latin : Ame7ngo?iius, Amerïghius Amerigo ou même 
Amei'ige, mais \)aiS Amei'icus, Lorsque Jean Basin a fait un pa- 
reil lapsus linguœ, il a dû être influencé et entièrement dirigé 
par le nom indigène A?nerrique — prononcé en irançms Amérique 
— qui avait été apporté en Europe quatre années auparavant, et 
qui avait eu le temps de se répandre, comme un nom d'un pays 
et d'une tribu indienne riche en or ; car en 1503, Colombo et ses 
cent cinquante marins étaient revenus de CariaïetdeCarambaru, où 
ils avaient vu les indiens avec leurs miroirs d'or suspendus à leurs 
cols. Etant assuré des découvertes de Vespucci par quelqu'un, 
peut-être directement par Vespucci lui même, ou indirectement 
par Laurent Phrisius (Pries) de Metz, un attaché au service du 
duc de Lorraine, le chanoine Jean Basin — un enthousiaste 
comme le sont tous les poètes et un maître reconnu dans l'art de 
bien parler et de bien écrire — voyant une certaine analogie 
entre le prénom de Vespucci : A merigho et plus spécialement A me- 
rige, et le nom assez populaire déjà d'Amérique^ Basin, dis-je, 
pensa qu'une partie du Nouveau Monde était déjà appelée d'après 
le prénom de Vespucci, et au lieu de proposer nommer le Nou- 
veau Monde Vespuccia ou Vespulia, comme il aurait dû le faire, 
il l'a appelé America. Une création poétique, due à une imagina- 
tion trop vive. Ainsi, en outre de la grave erreur de l'attribution 
de la découverte du Nouveau Monde à Vespucci, Basin a com- 
mis une autre grande erreur en pensant que le nom Amérique 
devait venir à' Amerige., créant ainsi une confusion incompré- 
hensible, jusqu'à ce que nous ayons connu l'existence d'une tribu 
indienne appelée Amerriques, qui habitait un pays riche en or, 
et portaient autour de leurs cols des miroirs d'or, à l'époque de 
la visite de Colombo et de ses marins en 1502. Le Gymnase vos- 



- 147 — 

gien est responsable de ce singulier baptême ; mais il est bien 
certain à présent que tous les imprimés de l'époque ont été étu- 
diés avec le plus grand soin, qu'aucun autre de ses membres, ex- 
cepté Basin, n'avait pour lui d'enthousiasme, ou même de sym- 
pathies ; car aucun d'entre eux n'emploie le nom d' America dans 
leurs diverses publications. Le prote (Castigator) Martin Hyla- 
comylus (WaltzemûUer) que l'on a regardé à tort comme le par- 
rain du Nouveau Monde, n'était pas un partisan du nom America, 
car il ne l'emploie dans aucune de ses publications, pas même 
dans sa carte du Nouveau Monde du Ptolémée de 1513, qu'il 
nomme seulement Terre Nove, sans le nom America nulle part. 
Le chanoine Gauthier Lud, secrétaire du duc de Lorraine, et 
l'àme du Gymnase vosgien ne l'emploie pas dans son : Speculi 
orbis declaralio, etc., de 1507; et Ringman, le poète vosgien et le 
professeur bien connu de géographie de Saint-Dié et plus tard 
de Bâle, ne le cite jamais. 

La seule publication dans laquelle on trouve le nom à'A77ie- 
rica, après la proposition du Gymnase Vosgien, de 1507, est la 
très rare plaquette du Globiis mtmdi, etc., 1509, Strasbourg, 
sans nom d'auteur, mais qu'on a toutes les raisons pour l'attri- 
buer à Jean Basin, le traducteur des « Quatuor navigationes » 
et le parrain véritable du Nouveau Monde ; et même là, on ne le 
trouve qu'une .seule fois dans le chapitre « De Descriptione 
Terra? ». 

Dès 1515 LE NOM America est déjà populaire. — Jean Schoener 
de Bamberg dans son : Luculentissima qusedam terrse totius 
descripiio, etc., publié en 1515, fait la remarque très impor- 
tante et d'une grande valeur dans la question d'origine, que le 
nom iVmerica était déjà généralement employé et populaire. 
Gomment ce nom aurait-il pu être populaire en 1515, quand 
jusqu'à présent on n'a pu le trouver imprimé sur une seule 
carte, et dans aucun autre livre, que dans les deux petites et 
très rares plaquettes de la Cosmographie Introductio et du Glo- 
bus mtindi ? Il est vrai que des cartes avec le nom d' America 



— 148 — 

ont pu exister alors ; mais aucune ne nous est parvenue : toutes 
ont été détruites ; car il faut bien se représenter à l'esprit que 
les cartes sont beaucoup plus difficiles à conserver que les pla- 
quettes, surtout les cartes à grandes échelles. Toutefois pendant 
la première moitié du seizième siècle, toutes les cartes imprimées 
étaient de petites dimensions, à cause des difficultés matérielles 
dans la gravure et l'écriture des noms, et leur conservation a 
été facilitée par leurs publications dans l'intérieur des livres, 
comme par exemple dans les atlas de Ptolémée. Il existait alors 
certainement des cartes à grandes échelles et de grandes dimen- 
sions à l'état de manuscrits ; et en dehors de la carte de Juan de 
la Cosa de 1500, de celle de Sébastien Cabot de 1544, et de beau- 
coup d'autres qui sont conservées actuellement dans les archives 
et les bibliothèques d'Europe et d'Amérique ; nous savons perti- 
nemment que beaucoup de ces cartes ont été détruites ou perdues, 
entre autres, toutes les cartes de Vespucci et la première carte 
de Sébastien Cabot. 

La seule carte datée, avec le nom Aynerica inscrit dessus, que 
nous possédions aujourd'hui est celle d'Apianus (Pierre Biene- 
witz) insérée dans le Polijhistor de Solinus, 1520. Le Ptolémée 
de 1522 de Strasbourg donne la même carte, avec le nom Ame- 
rica. Laurent Frisius ou Phrisius de Metz est l'éditeur de ce 
Ptolémée, et au revers de la feuille marquée 100, il nomme Mar- 
tin Ilacomylus (Waltzemûller) comme l'auteur de cette carte et 
môme de toutes les cartes de cette édition. Mais Ilacomylus était 
mort depuis quelque temps déjà, et il est presque certain que 
le nom America n'a pas dû être mis là par lui, mais bien plutôt 
par Laurent Phrisius lui-même, qui, selon beaucoup de probabi- 
lités, a servi d'intermédiaire entre Vespucci, Pierre Martyr 
d'Angliiera et le duc de Lorraine. 

Il est de toute évidence que le nom America n'a pu être popu^ 
laire en 1515 ; que s'il s'est propagé de bouche en bouche 
parmi les gens du peuple, tous illettrés, comme les masses po- 
pulaires l'étaient alors. Schœner était un contemporain très au 
courant de tout ce qui se rapportait aux découvertes géographi- 



— 149 - 

ques du Nouveau-Monde ; et il n'est pas possible d'admettre l'i- 
dée que la popularité du nom d'Amérique en 1515, est due à 
une erreur de sa part. 

Yesputia et Cabotia. — Quelques suppositions démontreront 
l'impossibilité absolue de rapporter l'origine du nom d'Améri- 
que au prénom de Vespucci, qui du reste durant toute sa vie 
ne s'est jamais appelé ni Americo, ni Americ. Si l'on avait suivi 
la règle de donner le nom de famille du découvreur à un nou- 
veau pays — quoique Vespucci n'était pas le découvreur — Jean 
Basin et le Gymnase Vosgien auraient dû appeler le Nouveau- 
Monde Vesputia (Vesputie ou Vespuccie). Est-il possible de sup- 
poser un seul instant l'idée qu'une pareille proposition du Gym- 
nase Vosgien aurait eu la chance d'être acceptée, ou même 
l'objet d'une discussion quelconque, ou d'une polémique? 

La proposition de nommer la partie Nord du Nouveau-Monde 
Cabotia (Cabotie) en l'honneur de Cabot, quoique soutenue par 
le fait bien prouvé que Sébastian Cabot a découvert le premier 
l'Amérique du Nord — du moins scientifiquement pour les géo- 
graphes, car il est bien certain que les Normands [Norsemen) 
ont anticipé cette découverte de plusieurs siècles — n'a jamais 
été acceptée, ni même discutée. 

Ameiugia et Albeiucia. — En supposant que le Gymnase Vos- 
gien et surtout Jean Basin, dans leur baptême du Nouveau- 
Monde, pouvaient penser qu'ils avaient le droit de ne pas em- 
ployer le nom de famille, et qu'il était mieux de se servir du 
prénom — quoique cela fût unique et sans précédent même dans 
l'antiquité — pourquoi ont-ils choisi un nom qui diffère tant 
du prénom véritable de Vespucci? car s'ils avaient suivi l'ortho- 
graphe du prénom qu'ils possédaient, ils auraient dû appeler le 
Nouveau-Monde i4wîer«^m (Amérigie pour Amerige), Ainerigonia 
(Amérigonie pour Amérigo) ou Albericia (Albericie pour Albe- 
ric). Il suffit d'écrire ces noms, puis de les prononcer à haute 
voix, pour se convaincre qu'ils n'avaient aucune chance d'être 



— 150 - 

jamais employés par toutes les personnes, telles que : mar- 
chands, marins, aventuriers, colonistes, hommes d'Etat ou mis- 
sionnaires, qui s'occupaient du nouveau continent. 

Licence poétique de Jean Basin. — L'assimilation du prénom 
de Vespucci, Amerige ou Amerigho avec celui des Indiens 
Amerriques à miroirs d'or, ou avec leur pays la Sierra Amerri- 
que, est simplement une fiction de la part de Jean Basin,. qui a 
cru pouvoir prendre le nom d'une tribu Indienne et d'un pays 
du Nouveau-Monde, et d'en affubler Vespucci, soit par une li- 
cence poétique, soit comme une espèce de farce sans consé- 
quence. 

Malheureusement sa proposition a été prise très au sérieux ; 
probablement beaucoup plus qu'il ne se l'était imaginé ; car les 
membres du Gymnase Vosgien ont accepté tranquillement et 
sans conteste l'importante correction que Vespucci n'était pas le 
découvreur ; et évidemment ils étaient tout prêts à se soumettre 
de môme au sujet de leur dénomination d'America en l'honneur 
d'Amerigho Vespucci. Seulement l'affaire a dû paraître de trop 
peu d'importance à ceux que cela intéressait, comme le fils de 
Colombo, pour demander une correction. Du moment que l'on 
attribuait la découverte à Crisfoforo Colombo, cela était suffi- 
sant ; puisque le nom populaire d'Amerrique n'avait rien à faire 
avec Vespucci, il n'y avait pas à s'occuper de rectifier la boutade 
fantaisiste d'un poète vosgien. 

Le nom d'Amérique a continué d'être employé par les gens 
du peuple, exactement comme les noms de Chryré, d'El Dorado, 
de Quivira, etc., et les cartographes ont écrit le nom America où 
cela leur plaisait, tantôt sur un point, tantôt sur l'autre, sans sui- 
vre en rien la proposition du Gymnase Vosgien de s'en servir 
pour tout le Nouveau-Monde, proposition mise de côté et absolu- 
ment dans l'oubli, jusqu'à ce qu'elle ait été retrouvée, plus de 
trois siècles après, par Alexandre de Ilumboldt. Si les géogra- 
phes qui dressaient les cartes pendant le seizième siècle avaient 
pensé que le nom du Nouveau-Monde était vraiment dérivé du 



— 151 — 

prénom de Vespucci, comme ce prénom variait suivant les dif- 
férentes éditions de son troisième voyage et de son « Quatuor 
navigationes », et qu'ils avaient sous les yeux : Alberico, Ame- 
rigo, Almerigio, Almerigo, Albertutio, Damerigho, Armenico, 
Morigo ; quelques-uns d'entr'eux se seraient certainement servi 
des noms : Albericia, Amerigia, Amerigonia, Amergia, Alber- 
tutia, Armenica, Morigia. Mais toujours le nom est America, 
« ne varietur », sans une seule exception dans l'orthographe du 
mot, montrant bien par là que le nom Amerrique était générale- 
ment répandu, et qu'ils s'en servaient d'une manière incons- 
ciente, sans beaucoup penser si c'était en l'honneur de Vespucci 
ou non. Le mot était dans l'air, comme tous les noms popu- 
laires ; et toutes les variations, si nombreuses du prénom de 
Vespucci, n'ont pas eu la plus légère influence sur ce beau nom 
indigène d'Amérique. 

Peu à peu, le nom aborigène Amerrique et son dérivé Ajne- 
rica ont pris possession d'abord des cartes et après cela de toutes 
les chancelleries et ministères des affaires étrangères de toute 
l'Europe, l'Espagne comprise, malgré sa longue résistance, sans 
que l'on pensa beaucoup à l'injustice que l'on commettait envers 
Colombo, ou que l'on désira en rien vouloir élever Vespucci au- 
dessus de sa position réelle d'un navigateur de troisième rang. 
Tout cela s'est fait par une espèce de procédé d'infiltration, venu 
des masses populaires, qu'ils l'ont lancé sans en avoir cons- 
cience ; tout à fait en dehors de quelques latinistes enfoncés et 
perdus dans leurs livres et manuscrits ; et, petit à petit, le nom 
est arrivé à couvrir la moitié de la surface émergée de notre 
globe, emportant pêle-mêle, partisans et adversaires de Co- 
lombo et de Vespucci, certain qu'à la fin la vérité se ferait jour, 
malgré toutes les fausses attributions, les prétentions patrioti- 
ques, les obscurités et les erreurs. 

Après tout, l'erreur de rapporter le nom du Nouveau-Monde à 
Amerigho Vespucci n'a duré que moins de quatre siècles, beau- 
coup moins que l'oubli de la découverte des Normands Bjarni 
et Leif Ericksen à la fin du dixième siècle. En somme, un petit 



— 152 — 

nombre d'années, quand on les compare à l'histoire de l'huma- 
nité et à son immense futur. L'anniversaire du quatrième cente- 
naire du plus grand événement pour les races humaines, sera 
célébré sans que l'on ait à penser que le nom du Nouveau- 
Monde soit dérivé d'un navigateur de troisième ordre, sans au- 
cun droit à un tel honneur et au détriment et contrairement à 
toute justice, du découvreur, le grand amiral Colombo; mais, 
bien que son origine soit simplement venue d'une tribu d'Indiens 
et d'une chaîne de montagnes du Nouveau-Monde môme. Le 
nom Amerrique peut être comparé avec avantage et avec autant 
de beauté poétique, à tous ces grands noms aborigènes de l'hé- 
misphère occidental, tels que : Niagara, Ontario, Canada, Mo- 
nongahela, Mississipi, Missouri, Arkansas, Alabama, Taconic, 
Dakota, Mexico, Nicaragua, Guatemala, Cuba, Panama, Chim- 
borazo, Peru, Venezuela, Orizaba, etc., etc. 

Vespucci change l'outhographe dk son prénom. — Lorsque 
Vespucci a reçu un exemplaire de la « Cosmographiae Introduc- 
tio », à la fin de 1507, il a dû être comblé de joie, parce que non 
seulement il y est qualifié du titre de découvreur du Nouveau- 
Monde, ce qu'il désirait par dessus tout, mais bien plus le nom 
d' Amerrique lui était attribué, quoi qu'il n'eut signé son prénom 
jusqu'alors qu'Amerigho ; et pour comble de bonheur, ce nom 
était étendu à toutes les nouvelles contrées. Il est rare que les 
désirs d'un ambitieux aient été si complètement réalisés. 

Si Vespucci avait été réellement « es mucho hombre de bien » , 
comme Colombo l'avait pensé, il aurait pris des mesures pour 
corriger cette grande erreur commise par le Gymnase vosgien, 
et rapporté à Cristoforo Colombo le mérite d'être vraiment le 
découvreur du Nouveau-Monde. Non seulement il n'a rien fait 
de pareil, quoique Vespucci ait survécu encore cinq années 
après, mais bien au contraire, nous voyons qu'il a fait ce^qu'il 
pouvait pour endosser et maintenir la proposition de nommer 
le Nouveau-Monde d'après lui, en altérant l'orthographe de son 
prénom. 



— 153 — 

Jusqu'alors, il a écrit Amerigho^ ainsi que nous en avons la 
preuve par sa lettre de 1492, qui est la plus ancienne pièce au- 
tographe authentique que nous possédions de lui ; tandis qu'a- 
près le baptême de saint Dié, dans son autre lettre, également 
d'une authenticité indiscutable, adressée à l'archevêque de To- 
lède, en date du 9 décembre 1508, il se signe Amerrigo avec un 
double r et la suppression de \h. Ce changement de la manière 
d'orthographier son prénon est e le bout de l'oreille qui perce » ; 
car il n'existe pas un seul autre exemple de l'orthographe du 
nom Amerigo ou Araerigho,avec un double r, et cela aussi bien 
en Italie qu'en Espagne. D'ailleurs, tout le monde sait combien 
les r sont fortement prononcés en espagnol ; et pour que Ves- 
pucci en soit arrivé à doubler 1'?*, il lui a fallu une raison bien 
puissante. Voyant l'analogie d'Amerigho avec Amerrique, il a 
fait tout ce qu'il pouvait raisonnablement faire pour amener son 
nom à se rapprocher, autant que possible, du nom aborigène, 
sans toutefois l'identifier entièrement avec, parce qu'une com- 
plète identification aurait pu se reconnaître de suite par ceux 
des cent cinquante marins, compagnons de voyage de Colombo, 
qui vivaient encore alors; et avec une grande finesse et beau- 
coup d'astuce, il s'est signé Amerrigo, avec un parafe superbe, 
très voyant, à vraie tire-l'œil ; et dès lors, jusqu'à sa mort, arri- 
vée en 1512, il a employé ce prénom modifié dans toutes les si- 
gnatures qu'on a trouvées de lui dans la « Casa de contractacion » 
de Séville ; trois ou quatre, avec le même paraphe, très élaboré, 
et la précaution de placer bien en évidence surtout son prénom 
d' Amerrigo, toujours épelé avec un double r et la suppression 
de \h. 

L'historien espagnol J. B. Muiïoz est le premier qui se soit 
aperçu de l'existence de ce double r dans les signatures authen- 
tiques qu'il avait trouvées dans les archives de l'Espagne. Cette 
manière extraordinaire et unique d'orthographier son prénom 
avait attiré son attention, sans qu'il lui fût possible d'en trouver 
la raison. Muîioz, ainsi que le dit de Humboldt, était intimement 
convaincu « d'une falsification intentionnelle des dates dans les 



— 134 — 

voyages de Vespucci^ » ; et aussi bien que l'autre historien, 
M. F. de Navarrete, il a « cru voir des preuves de la fraude du 
Florentin » dans les documents qu'il avait sous les yeux. 

Alexandre de Humboldt, ne sachant que faire de ce double r, 
a eu la singulière idée de la regarder comme une « preuve d'é- 
rudition » de la part de Yespucci ; citant à l'appui de sa manière 
de voir l'opinion du professeur M. von der Hag'en, un célèbre 
philologiste de Berlin, que, « lorsqu'en italien Vespucci emploie 
le double r en signant Amerrigo, c'est par assimilation de deux 
consonnes rapprochées ; c'est Amerrigo pour Amelrigo, ou 
Amelrico (nom d'un évoque de Côme en 865) ^ m La principale 
objection et grande difficulté pour accepter une pareille explica- 
tion, est que Vespucci ne l'a pas employé lorsqu'il écrivait en 
italien et à des Italiens, ainsi que le prouve sa lettre conservée 
dans les archives de Mantoue, mais seulement lorsqu'il écrivait 
eh espagnol et à des Espagnols. Après toutes les recherches les 
plus minutieuses dans les archives, dans les livres et documents, 
il est positif que l'épellation d'xA.merigo avec le doublement de 
l'r est postérieure au baptême de Saint Dié de lo07. C'est la dé- 
couverte de la plus forte charge contre Vespucci, qui ne peut 
être expliquée d'aucune autre manière, excepté qu'il a voulu 
rapprocher, autant que possible, son prénom du nom indien 
dUAmerrique, 

ScHŒNER VERSUS Vespucci. — Par une étrange occurrence, qui 
cependant n'est pas rare dans les premières découvertes des 
terres et des habitants du Nouveau-Monde, le nom de la tribu 
indienne des Amerriques et de leurs montagnes n'a pas été im- 
primé dans une seule brochure ou livre, ou inscrit sur aucune 
carte que nous sachions. Il a échappé aux recherches de tous les 
américanistes, même à Alexandre de Humboldt. Et on peut dire 
que tout a conspiré pour rendre valable la triple erreur de Jean 

* Examen critique, etc., vol. 4, p. 88. 

* Examen critique, etc., vol. 4, p. 54. 



— 155 - 

Basin, acceptée, ptut-otre inspirée, mais certainement consoli- 
dée par Vespucci, autant qu'il lui a été possible de le faire, sans 
en avoir l'air. 

Il est possible que Vespucci ait écrit sur des cartes manus- 
crites J'ierra di Amen'iqiiei^, et qu'on ait lu Tierra di Amerigo, 
comme Schœner l'a accusé de l'avoir fait en 1535. Jean Schœ- 
ner, né en 1477 à Carlstadt, Basse-Franconie, en Bavière, est 
mort à Nuremberg en 1547. Il était un excellent géographe et 
très au courant de toutes les découvertes faites à cette époque, 
ainsi qu'il est prouvé amplement par le D"" Franz VViezer dans 
son livre fort important intitulé : Magalhàes-strasse imd Aus- 
tral-conthient auf den globen des Johannes Schœner, Innsbruck 
(Tyrol), 1881. 

On ne peut pas certainement compter Schœner parmi les dé- 
tracteurs de Vespucci. Il parait au contraire avoir agi avec une 
grande honnêteté, disant seulement la vérité comme il l'enten- 
dait proclamer autour de lui. Ainsi, en 1515, dans son Luciden- 
iissima, etc., il se monte très amical envers Vespucci, en disant 
que c'est lui qui a découvert le Nouveau -Monde en 1497 et que 
le nom America était généralement accepté et communément 
employé. Mais lorsqu'il a été convaincu de la grande injustice 
commise envers le véritable découvreur Cristoforo Colombo, il 
n'a pas hésité de dire qu'il savait que Vespucci avait inscrit son 
nom sur des cartes. 

Qu'à cette époque il existait des cartes dressées par Vespucci, 
cela est certain ; car nous le savons par ce qu'en ont dit ses 
contemporains Pierre Martyr d'Anghiera et son propre neveu 
en même temps qu'héritier, Juan Vespucci. Seulement, ainsi que 
je l'ai déjà dit, il est possible qu'au lieu d'avoir écrit Tierra di 
Amerigo, il ait inscrit Tierra di Amerrigties, et que ce soit Jean 
Basin et d'autres qui ont commis l'erreur qui a poussé Schœner 
à faire l'accusation. 

Il n'y a guère possibilité de douter qu'il y a eu alors des ma- 
nœuvres occultes et très adroites, dans toute cette affaire, de 
l'attribution de la découverte du Nouveau-Monde à Vespucci et 



— 156 — 

dans le maintien et l'usage du nom d'Americ comme son pré- 
nom, tandis qu'il s'appelait Amerigho. Sans aller aussi loin que 
de regarder Vespucci comme un imposteur, il est difficile do ne 
pas admettre qu'il était un grand diplomate, ce que nous appe- 
lons aujourd'hui un rusé politicien, un tanfino en italien, et qu'il 
y a des raisons suffisantes de le regarder comme une espèce de 
mystificateur. 

Colombo et Vespuccf. — Cristoforo Colombo avait l'honnêteté 
et la simplicité, en même temps que la ténacité, d'un marin qui 
avait passé la plus grande partie de sa vie sur le pont d'un na- 
vire ; croyant facilement que d'autres étaient des « hombre de 
bien », s'ils avaient la réputation d'être des marchands hon- 
nêtes. 

Amerigho Vespucci a été pendant la plus grande partie de 
sa vie un « fiorentino merchante », comme il se nomme lui- 
même, élevé pour le commerce à Florence et habitué à tous les 
petits moyens détournés et occultes des trafiquants. Il était con- 
sidéré à Séville comme un « hombre de bien » dans les affaires, 
et son manque de réussite comme marchand le confirme jusqu'à 
un certain point. 

Malheureux dans ses spéculations commerciales, il s'est alors 
lancé, vers la fin de sa carrière, dans la marine ; comme astro- 
nome, constructeur de cartes marines, capitaine et pilote, et à la 
fin, il a été nommé pilote major. Toutefois, il n'a jamais com- 
mandé une seule expédition ; et après tout, il n'était qu'un 
homme de second ordre en Espagne et en Portugal, où il y avait 
alors des navigateurs aussi célèbres que : Colombo, Vasco de 
Gama, Pinson, delà Cosa, Hojeda, Pedro de Ledesma, de Solis, 
Juan et Sebastiano Caboto, Diego de Lepe, les Cortereal, Ca- 
brai, de Bastidos, Vergara, Coelho, etc., etc. 

Mais il est évident que l'ambition d'être connu comme un 
grand découvreur et un navigateur renommé s'est emparée de 
Vespucci aussitôt qu'il est devenu un marin, adressant les récits 
de ses voyages au roi d'Espagne, au roi de Portugal, à un Médi- 



- 157 — 

cis à Paris, au gonfalonier perpétuel de Florence, et finalement 
au bon roi René, duc de Lorraine. Le slylc de Vespucci est diffus 
et prétentieux ; (( il vise à l'ellet », suivant de Ilumboldt. Tou- 
jours, il est disposé à exagérer, et il se vante d'avoir reçu des 
lettres patentes du roi de Portugal. Les recherches les plus mi- 
nutieuses dans les registres — tous conservés dans les archives 
de la ïorre do Tombo de Lisbonne — qui contiennent les copies 
de toutes les lettres patentes délivrées par les rois de Portugal, 
n'en ont pu trouver aucune trace, et bien plus, le nom de Ves- 
pucci n'a jamais été trouvé dans un seul document en Portu- 
gal. Ce serait même à douter s'il y ait jamais été, excepté que 
ses deux lettres à Médicis et à Soderini sont datées de Lisbonne. 
D'ailleurs, pourquoi aurait-il reçu des lettres patentes, puis- 
qu'il n'a jamais exercé de commandement en chef d'une expé- 
dition ? 

Tout ce qui touche à Vespucci, comme voyageur et naviga- 
teur, ne peut être accepté qu'avec hésitation, parce que cela est 
ou très exagéré, ou même faux. Il faut toujours se rappeler que 
Vespucci était un Florentin, un ami d'un Médecis et de Sode- 
rini, un marchand jusqu'à l'âge de quarante-huit ans ; qu'il vi- 
vait dans un temps et à une époque où il était possible d'être 
un tricheur et en même temps d'être regardé comme un « hom- 
bre de bien. » C'était une période que nous avons de la peine à 
comprendre aujourd'hui, parce que les sociétés du quinzième 
siècle vivaient au milieu de troubles de toutes espèces, qui for- 
cément influençaient toutes les idées et les relations des contem- 
porains, et l'honnêteté des hommes d'alors ne peut se comparer 
avec nos idées actuelles. Il faut se reporter aux mœurs et aux 
idées du temps pour les comprendre avec notre éducation de fin 
du dix- neuvième siècle. 

Avec Cristoforo Colombo, tout est clair et s'explique facile- 
ment ; il n'y a pas de dessous, ou du moins ils sont tous expli- 
qués aisément; quand, au contraire, avec Amerigho Vespucci, 
tout est obscur, et même plus souvent les faits sont contradic- 
toires, et tout le temps ses défenseurs et admirateurs sont obli- 



— 158 — 

gés d'avoir recours à des suppositions sans bases solides, ou 
bien de rejeter le blâme sur d'autres sans la moindre preuve à 
l'appui et même à Tencontre de faits positifs. C'est aller trop 
loin de dire, avec de Humboldt, que Vespucci était « la victime 
innocente d'un concours de circonstances fortuites,, d'événements 
en grande partie inexplicables, de confusions, d'altérations fan- 
taisistes » et des « exagérations d'amis maladroits et dange- 
reux » ; car il est évident que Vespucci lui-même a fait tout ce 
qu'il a pu pour créer ces circonstances, et jusqu'à la fin de sa 
vie, il n'a rien fait pour corriger ses « maladroits et dangereux 
amis » de Saint- Dié, Strasbourg et Metz. 

Un nom d'un continent, qui occupe à lui seul tout un hémis- 
phère, ne peut pas avoir poussé comme une génération sponta- 
née, car, comme le dit Pasteur, les générations spontamées 
n'existent pas dans la nature, et elles n'existent pas d'avantage 
en philologie. 11 y a toujours une source et une base, et jusqu'à 
ce qu'on eut découvert à nouveau, qu'il existe une tribu d'indiens 
qui se nomment eux-mêmes Amerriques, jadis très puissante, 
qui a toujours vécu dans un pays très riche en or et tout près de 
la côte de la mer des Caraïbes, explorée d'abord par Colombo, 
puis plus tard par Vespucci, il était impossible de donner une 
explication rationnelle et satisfaisante du baptême du Nouveau- 
Monde. Comme l'a dit un auteur avec beaucoup de sagacité, 
« l'attribution du nom d'Amérique à Vespucci a été respec- 
tée surtout parce que l'on manquait d'une solution à lui op- 
poser. » 

Après que près de quatre siècles se sont écoulés, il est maté- 
riellement impossible que chaque fait soit expliqué avec des 
documents authentiques et indiscutables à l'appui. La plupart 
des archives ont été détruites, et nous en sommes réduits le plus 
souvent — trop souvent même — à des probabilités et à des 
suppositions fondées sur des faits qui peuvent admettre des ex- 
plications diverses. Que la publication de la Cosmographiœ In- 
troductio de Saint-l)ié a été dirigée contre la réputation de Cris- 
toforo Colombo, est un fait qui ne peut se nier, et qu'il y a là- 
dessous un secret, est évident. 



"159 — 

Rien n'est vraiment connu de la manière dont le m'anuserit 
français est arrivé entre les mains du roi René, ni de la part 
qu'a pu y prendre Vespucci. Nous en sommes réduits à des sup- 
positions probables, en partant du fait bien connu que Vespucci 
a envoyé ses récits de voyages dans toutes les directions et tou- 
jours à des rois ou de grands personnages Ses admirateurs et 
partisans sont obligés de faire beaucoup plus de suppositions, 
avec bien moins de probabilités en leur faveur que ses adver- 
saires ; et l'habitude qu'ils ont prise de rejetter sur d'autres toutes 
les erreurs manifestes et indéniables, dans le but d'éviter tous 
les blâmes à Vespucci, est seulement un « dessein coupable d'a- 
grandir artificiellement le mérite de Vespucci * », aux dépens 
de la véracité et des connaissances de plusieurs de ses contem- 
porains. 

Le nom n'a pas été « accidentellement inventé dans les Vos- 
ges^ », comme de liumboldt le pensait; mais l'application erro- 
née du nom aborigène Amerrique à Vespucci a été faite là. Le 
nom n'est pas une création ou invention du Gymnase vosgien, 
mais bien seulement une assimilation erronée au prénom d'un 
homme qui en avait un ayant certaines ressemblances ; et cela 
contre toutes les règles de priorité de découvertes, et de donner 
à une vaste contrée le prénom d'un pilote au lieu de son nom 
de famille, ainsi qu'en étant obligé de faire une entorse à ce 
prénom. Une fois -les erreurs commises, Vespucci a pris soin de 
les rendre valables, altérant l'orthographe de son prénom et 
changeant sa signature de 1492 à'Amerigho en Amerrigo après 
1507 et jusqu'à sa mort. 

Toutes les discussions entre américanistes viennent de leur 
ignorance de l'existence d'une trilîu d'indiens qui s'appellent 
eux-mêmes .4 memç-w^s, habitant de temps immémorial la Sierra 
Amerrique et le pays riche en mines d'or, qui s'étend entre le 
lac de Nicaragua et la côte des Mosquitos. 

Ils se sont trouvés en présence de telles difficultés, que cela 

' Examen crilique, etc., vol. o, p. 187. 
* Examen critique, elc, vol. o, p. 173. 



— 160 — 

est un véritable chaos de dates, de noms, de prétentions de toutes 
espèces, de rivalités patriotiques et d'explications futiles indignes 
des caractères et de la science profonde de plusieurs d'entre 
eux. 

Si Varnhagen et d'Avezac, et plus particulièrement le grand 
géographe de Humboldt, avaient connu l'existence des Amerri- 
ques, de la Sierra Amerrique et de la région aurifère des envi- 
rons de Cariaï et de Carambaru de la Lettera Rarissima de Co- 
lombo, ils auraient donné une explication bien différente ; et au 
lieu de présenter des raisons aussi faibles et si peu vraisembla- 
bles que celles qu'ils ont données, ils auraient jeté une bien plus 
vive lumière sur toute la question que je nai pu le faire ; car je 
n'ai pas la prétention d'être un américaniste, et encore moins un 
érudit, étant seulement un géologue voyageur qui, en faisant 
des recherches pour construire les diverses éditions de mon 
essai d'une « Carte géologique de la Terre », suis tombé acci- 
dentellement sur le nom de lieu Amerrique, puis sur le nom des 
indiens Amerriques. 

Résumé. — Nous avons les faits suivants bien authentiques : 
1° Le 30 décembre 1492, Vespucci écrit de Séville une lettre 
conservée à Mantoue,dans les archives Gonzaga, signée « Ameri- 
gho Vespucci, merchante fiorentino in Sybilia. » 

2° Pendant son dernier voyage au Nouveau-Monde, Cristoforo 
Colombo est resté avec ses caravelles et ses cent cinquante ma- 
rins à Cariaï (Rio Rama) et à Carambaru (Rio Blewfields), vivant 
en rapports continuels et amicaux avec des indiens qui portaient 
pour tout costume des miroirs d'or suspendus à leurs cols. Ces 
localités des embouchures des Rios Rama et Blewfields sont si 
rapprochées du pays actuellement habité par les restes de la 
tribu des indiens Amerriques et de la Sierra Amerrique ; et de 
plus la preuve de l'existence dans ce même pays de^ riches 
mines d'or ; tout tend à prouver que Colombo et ses cent cin- 
quante compagnons ont entendu le nom Amerrique, et s'en sont 
servi à leur tour, dans leurs récits, pour désigner quelques-unes 



— 161 — 

des populations nouvelles, ainsi qu'un des pays aurifères qu'ils 
avaient vus. 

3° Première lettre de Yespucci à Lorenzo Pierfrancisco de 
Médicis, publiée à Paris en 1504 ou loOo sous le nom d'Alberi' 
eus Vespucci. 

4° Seconde lettre de Vespucci à Pietro Soderini, publiée à 
Pescia, près de Florence, en 1506, sous le nom à'Amerigo Ves- 
pucci. 

5° Jean Basin de Saint -Dié emploie les noms à'Amerigo et 
à'Americus dans sa traduction du français en latin de la seconde 
lettre de Vespucci, intitulée : « Quatuor navigationes » ; et le 
Gymnase vosgien propose, en 1507, d'appeler le Nouveau- 
Monde America^ en l'honneur de son découvreur, Amerige 
Vespuce. 

6° Le 9 décembre 1508, Vespucci écrit une lettre à l'archevê- 
que de Tolède, qui a été publiée dernièrement en fac-similc par 
le gouvernement espagnol, qui est signée Amcrrigo Vespucci, 
piloto mor (major). 

7° De 1508 jusqu'en 1512, date de sa mort, trois ou quatre 
signatures de Vespucci ont été retrouvées dans les archives de 
l'Espagne, et toutes sont épelées avec le double r et sans la lettre 
h, Amerrigo au lieu à'Amerigho de 1402, montrant une altéra- 
tion voulue dans l'orthographe de son prénom, aussitôt après le 
baptême du Nouveau-Monde, fait en son honneur, à Saint-Dié, 
en 1507. 

8° En 1515, Schœner déclare que le nom America est généra- 
lement employé pour désigner le Nouveau-Monde. 

9° La première carte, avec une date authentique et indiscuta- 
ble, où se trouve le nom America^ est celle d'Apianus, publiée 
dans le « Polyhistor » de Solinus, en 1520. 

10° En 1533, vingt et une année après la mort de Vespucci, 
Schœner, un astronome et géographe, jouissant d'une position 
dans la science justement acquise par de nombreux travaux, 
accusa Vespucci d'avoir inscrit son nom sur des cartes, mais il 
ne dit pas comment le nom était épelé. L'américaniste M. Henri 

11 



— 162 — 

Barrisse pense que Schœner « a attaché à la mémoire de Ves- 
pucci la charge odieuse d'avoir inséré artificieusement les mots 
de Terra di Arnerigo sur des cartes qu'il avait d'ailleurs alté- 
rées *. » 

Vespucci a bien pu inscrire Teira di Amerriques^ une dénomi- 
nation absolument vraie et exacte, très semblable à la nouvelle 
manière d'épeler de son prénom Amerrigo, ce qui aura conduit 
Schœner à faire son accusation. Les expressions employées par 
Schœner sont : « Americus Vesputius maritima loca Indiœ su- 
perioris ex Hispaniis navigio ad occidentem perlustrans, eam 
parte m quœ superioris Indiae est, credidit esse Insulam quam a 
suo nomine vocari instituit » (Dans : Joanis Schœnerîs Carolosta- 
dii opusculwn geographiciim ex Diversorum libris, etc. Norica, 
novembris XXXIIl). 

On n'a pas retrouvé une seule carte de Vespucci, quoique nous 
soyons certains qu'il en ait dressé. 

11 y a un fait indiscutable à présent, c'est que Vespucci n'a 
pas découvert le Nouveau-Monde. Et un autre fait absolument 
certain, c'est que Amerrique est un nom indigène du Nouveau- 
Monde. Depuis la partie centrale du continent, à peu près juste 
au milieu, le nom Amerrique ou Amérique^ America en latin, 
s'est étendu d'abord vers le sud, puis ensuite vers le nord, jus- 
qu'à ce que l'on ait fini par avoir les trois Amériques : Améri- 
que centrale, Amérique méridionale et Amérique septentrio- 
nale. 

Géographiquement, le nom Amerrique n'a jamais varié, les 
noms America en latin et Amérique en français, ont toujours été 
épelés sans aucun changement dans les lettres,sur toutes les cartes 
publiées dès 1520 jusqu'à nos jours ; tandis qu'au contraire le 
prénom de Vespucci a varié depuis Amerigho à Amerrigo sui- 
vant ses propres signatures, et a pris toutes les formes et combi- 
naisons imaginables entre les extrêmes Albericus et Morigo. 

Pour terminer, je donnerai une citation prise dans la vie de 

1 Bibliotheca Arncricana Vetustissma, p. 304. 



- 163 - 

mon vieil ami Louis Pasteur, qui s'adapte complètement à ce 
cas : « Toute découverte nouvelle provoque dans les idées gé- 
nérales un chansrement que les uns acceptent avec joie, auquel 
les autres résistent, dérangés qu'ils sont dans leurs habitudes de 
pensées et de raisonnements » (M. Pasteur, Histoire d'un savant^ 
par René Valery-Radot, p. 311, Paris, 1883). Presque tous les 
Américains et tous les Espagnols ont accepté avec joie l'idée que 
le Nouveau-Monde n'a pas été nommé à cause de Vespucci_, qui 
n'a absolument aucun titre à un pareil honneur ; mais que ce 
beau nom à' Amerrique appartient à une tribu indienne et à une 
chaîne de montagnes de la région centrale du continent, partie 
découverte et explorée pour la première fois par Cristoforo Co- 
lombo. Que quelques américanistes dérangés dans leurs habi- 
tudes de dire et d'imprimer dans des livres, des mémoires et 
des discours, que le nom du continent vient d'Amerigho Ves- 
pucci, ne soient pas satisfait de voir que tout ce qu'ils ont pu- 
bliés ou dit soit remplacé par quelque chose de plus rationnel 
et naturel, dont ils n'avaient pas le moindre soupçon et la plus 
faible idée, cela se comprend et explique bien leurs résistances 
et leurs critiques souvent un peu passionnées. Je m'y attendais 
dès le jour que j'ai écris mon premier mémoire « sur l'origine 
du nom d'Amérique », publié en 1875 dans le Bullelin de la 
Société de géographie de Paris ; et rien de ce qui a été dit par 
quelques critiques en Italie, en Allemagne et aux Etats-Unis ne 
m'a surpris et n'a amoindri l'importance de ma découverte. Le 
temps montrera quia raison; et je me fie entièrement au bon 
sens de tous ceux qui étudieront la question sans parti pris et 
sans idées préconçues. C'est à eux et pour eux que j'ai écris et 
adressé ce dernier mémoire. 



Cambridge, Massachusetts, Étals-Unis, septembre 1890. 



— 164 — 
Lettre de Vespucci, du 30 décembre 1492. 

Y. h. s. 

Reverendissime in Cliristo Pater ac Domine. 

Dopo le del)ite rachomandationi etc"^ E sapra V. R™* S. Come 
di qui parti circa di VIII giorni sono il magnifico Messer Anto- 
nio Salimbeni Imbasciadore dcllo lU""" signore di Mantoa per 
agranata, et perche molto mincharico che io dessi bono richa- 
pito aile interchiuse ho fatto questi pochi uersi a V. R. S. per 
farle intendere come hauete a dare di porto per le presenti al 
chorriere dua charlini de quali ve ne uarrete dal prefato Messer 
Antonio Salimbeni che tanto mi lascio in commissione a sua 
partita. Rachomandomi a V. R. S. la quale dio felice et imper- 
petuo conserui. 

Sybilie die XXX decembris M»CGCC°LXXXXII. 

E. V. R"*" D'* Ser. Amerigho Vespucci 

merchante fiorentino in Sybilia. 

Adresse de la lettre de Vespucci du 30 décembre 1492. 

Reverendissimo in Christo Patri Domino Domino Comissario 
Duchali Janue dignissimo Domino suo observandissimo, etc. 

In Giknova. 
Paghate diporto al présente latore dua charlini. 



— 165 — 



Fac simile do la signature de Vespucci dans sa IcUre au cardinal-arclicvt^que 
de Tolède, datée de Séville, le 9 décembre 1508. 



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Fac-similé de l'adresse de la lettre de 1492 des archives Gonzague de Cordoue. 







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— 167 — 

PosT-scRTPTUM. — Jusqu'à présent on a beaucoup appuyé sur 
l'absence du nom Amerrique sur les cartes. Deux globes, attri- 
bués à Scliœner, donnent une terre insulaire sous la latitude et à 
la place de Nicaragua, avec le nom riqua. Le plus ancien de ces 
globes, paru avant 1515, se trouve à la bibliothèque nationale 
de Paris. Dans son livre intéressant : <( Les géographes allemands 
de la Renaissance ». Paris, 1890, M. L. Gallois donne, planche III, 
une figure de l'hémisphère correspondante à l'Amérique de ce 
petit globe; et il dit, p. 87, que « le nom d'Amérique est inscrit 
à cinq endroits différents » . 

D'abord America est inscrit sur une grande lie représentant 
une partie de l'Amérique du nord actuelle ; puis une seconde fois 
sur une large pointe de terre, s'étendant le long de la côte du 
Yucatan jusqu'au Honduras. Une troisième inscription du nom 
America se trouve dans la région actuelle de la Colombie. Puis 
au milieu de ce qui est aujourd'hui l'Amérique du Sud, on a une 
quatrième fois le nom America, avec l'indication significative 
ab inventore nu?iciipaia (à cette époque Schœner croyait encore 
que le continent du Nouveau Monde avait été découvert par 
Vespucci). Enfin le cinquième endroit où le nom est inscrit, pré- 
sente cette très singulière particularité, qu'au lieu d'être écrit 
comme les autres quatre noms America, il est épelé Ameriqua 
et qu'il n'a de visible que la moitié du mot riquà. Amer a été 
soit effacé par le temps, soit supprimé ; on ne sait lequel des 
deux. 

Cette terminaison de riqua pour une terre insulaire dans la 
mer des Caraïbes, est répétée dans son globe de 1515 de la bi- 
bliothèque de Francfort. Puis elle disparaît de son autre globe 
de 1520, tout en y conservant cette terre. 

Cette lie n'existe pas, et on ne peut regarder son inscription 
dans la mer des Caraïbes, à la latitude du cerro Amerrique et 
du pays des Indiens Amerriques, que comme une indication 
que certains navigateurs avaient signalé une terre dans cette 
latitude et qu'on la nommait Amer-rique. 



— 168 — 

Schœner, dans sa position éloignée des ports de mer à Nu- 
remberg, prenait des renseignements de toutes mains. Le nom 
d'Amerrique était non seulement parvenu jusqu'à lui, mais il 
avait le soin de dire, en 1515, que ce nom était généralement 
employé et populaire. Plus tard, détrompé sur les prétentions 
absolument fantaisistes des découvertes du Nouveau Monde, par 
Vespucci, il n'hésita pas en 1535, à accuser Vespucci d'avoir 
inscrit son prénom sur des cartes manuscrites. Schœner a reçu 
des cartes d'Espagne, cela est certain, puisqu'il dit avoir eu en- 
tre les mains une carte envoyée d'Espagne à un homme « d'une 
haute situation ». 

Tout cela tend à prouver que le nom Amerrique ou Amerri- 
qua a été inscrit, bien vraiment sur des cartes datant des vingt 
premières années du seizième siècle ; et que la similarité du son 
du prénom Amerigho, transformé après le baptême de St-Dié, 
de 1507, en Amerrigo, a amené une confusion, habilement ex- 
ploitée par ceux qui voulaient priver l'amiral Gristoforo Colombo 
de la gloire de la découverte du Nouveau-Monde, en lui susci- 
tant un compétiteur parmi les navigateurs de son époque. Que 
Vespucci ait prêté la main à cette confusion, il n'y a guère à en 
douter ; l'honneur qu'il en retirait le flattait trop pour résister à la 
tentation ; et une fois la plaquette de St-Dié imprimée, il a aidé 
la supercherie, autant qu'il le pouvait, sans aller jamais jusqu'à 
û^wev Americo pour son prénom, s'arrêtant à Amerrigo^ ce qui 
était déjà une transformation bien accentuée pour l'époque. 
Après sa mort, ses amis et partisans ont franchi le pas, et ne 
l'ont appelé qn' Americo ou Americ, un véritable sobriquet, 
puisqu'il a été impossible de trouver un seul exemple que Ves- 
pucci s'en soit jamais servi. 

Suivant M. Elisée Reclus, en géographie « les coïncidences de 
son fournissent toujours aux ignorants les explications des cau- 
ses » ; et c'est ainsi que les membres du gymnase vosgien de 
St-Dié, qui ignoraient à peu près tout du Nouveau-Monde, se 
sont lancés dans des confusions des plus blâmables et qui ont 
résisté si longtemps aux recherches des géographes. 



— 469 — 

Additions et réponses a quelques objections. — Le géologue et 
minéralogiste officiel de la République de Nicaragua, M. J. 
Crawford, dans ses explorations de 1889, a vécu pendant plu- 
sieurs mois au milieu des indiens Amerriques, et voici les infor- 
mations qu'il me communique. Il estime que leur nombre n'est 
plus à présent que de 273 à 300 âmes , et quoique bien bâtis, 
grands et bien portants, ils disparaissent si rapidement, qu'avant 
un petit nombre d'années, il n'en existera plus. 

De touttemps ils ont visité toute la côte des Mosquitos, depuis le 
cap Gracias- à-Dios jusqu'à la rivière Bluefields. Alliés aux deux 
autres tribus, les Mosquitos et les Teucos, ils ont conservé une 
légende commune aux trois tribus, sur l'arrivée des Européens 
à la côte de la mer des Caraïbes. Voici cette tradition : « Ils 
avaient dans des temps très éloignés de nous, un grand pro- 
phète ou cacique, qui a fait son apparition soudainement dans le 
territoire des Amerriques, sans toutefois appartenir à cette 
tribu ; après de nombreuses guerres et victoires remportées sur 
terre, le long des rivières et sur la mer, il se rendit maître de 
tout le pays ; toutes les tribus reconnaissent sa suprématie. Un 
jour, entouré d'un grand nombre de ses gens, il a rencontré sur 
les bords de la mer (des Caraïbes) beaucoup d'hommes, qui 
avaient le corps blanc et la figure rouge, grands, et qui leur sont 
apparus comme sortant du fond blanc de la mer (ce fond est 
couvert de coraux blancs). Les Amerriques et leur cacique ont 
eu de nombreuses conversations et ont échangé beaucoup de 
présents avec ces hommes sortis de la mer. » Si cette tradition 
n'est pas un mythe, nous avons là le souvenir de la découverte de la 
côte des Mosquitos par Christophe Colomb, et des échanges et rela- 
tions qui s'en sont suivis, dans son atterrissage à Cariaï et sa visite à 
Carambaru, du 25 septembre au 5 octobre 1502. Et on peut dire 
avec des probabilités presque certaines, que c'est alors que Co- 
lomb et ses 150 marins ont entendu le nom d'Amerrique. Les in- 
diens Amerriques n'ont jamais été conquis par les Espagnols, qui 
se sont contentés, après les avoir défaits, de les refouler vers leurs 
montagnes et dans leurs forêts de l'Est. 



— 170 — 

On a découvert clans les environs de la Libertad, quelques 
pépites d'or pesant de une à deux onces, avec des trous percés, 
comme si l'on s'en était servi comme ornement, avant l'arrivée 
des Espagnols. Un de ces morceaux d'or natif percé, a été 
trouvé au pied même du cerro Amerrique. 

En outre du cerro Amerrique, il y a, à cinq milles à l'ouest 
du pueblo de la Libertad, un ruisseau ou torrent de montagnes, 
nommé « Quebrada Amerrique » ; et une longue ligne de mon- 
tagnes dirigées vers le nord-ouest, sur une longueur de plus de 
trente milles « montana Amerrique. » Les Espagnols ont donné 
différents noms aux montagnes qui séparent les lacs du Nicara- 
gua des côtes de la mer des Caraïbes, en se servant des noms de la 
bourgade ou ville la plus voisine, comme : cerro de Juigalpa, 
etc. Mais les indiens ne se servent pour toutes les montagnes 
qui s'étendent depuis la Pointe des Singes et Cariari, jusqu'à 
Matagalpa que de deux noms, le plus commun étant toujours 
et invariablement Amerrique. 

Les indiens habitants de la côte nomment aujourd'hui la ri- 
vière qui se décharge dans la mer, un peu au sud de la Pointe 
des Singes ou « Punta Mico, » le rio Cariari (écrit comme il est 
prononcé) ; qui est si voisin du nom du village Cariaï, donné par 
Christophe Colomb dans sa lettera rarissima. 

Plusieurs objections ont été faites, qui demandent quelques 
mots de réponse ; puisque n'ayant pu assister aux séances du 
Congrès de Paris et qu'il n'y avait personne là pour soutenir 
mes vues et réfuter les observations présentées par mes adver- 
saires. 

1° D'abord l'épellation du nom Amerrique. Dans une lettre 
de l'ancien président de la République du Nicaragua, M. Adam 
Cardenas, adressée à M. Manuel M. de Peralta, et quia été publiée 
en 1880, le nom est écrit Amerrisque avec un * ; et l'on est parti 
de là pour déclarer* que le nom de ces Indiens ne rentrerait dans 
la catégorie des noms indigènes qui se terminent en iqup si com- 
muns dans toute l'Amérique centrale. Le président Cardenas, 
dans une lettre qu'il m'a écrite en 1883, et qui a été publiée en 



— 171 — 

1888, corrige cette épellatioii, en disant qu'elle n'est qu'une cor- 
ruption 2)ar des gens du pays. Le sénateur J.-D. Rodriguez, 
l'ami et l'associé de Thomas Belt, confirme cette vue en disant, 
que les indiens eux-mêmes prononcent Amerrique sans un s. 
Enfin dans une lettre toute récente, MM. Rodriguez et Crawford 
revenant sur la question, disent que la prononciation au Nicara- 
gua est Amerrique, et que les Nicaraguens l'épellent Amerris- 
que, parce qu'ils prononcent Ys si doucement qu'on ne l'entend 
pas. Ainsi, ils donnent comme autre exemple, le nom « Mosca » 
qui se prononce généralement par ces gens «Moca». Du reste 
les indiens delà tribu sont les meilleurs juges, et ils prononcent 
tous très distinctement Amerrique. sans la lettre 6", qui s'est glis- 
sée là, par corruption des habitants d'origine espagnole. Du 
reste les Espagnols ont fait la même chose pour un autre nom 
indien de la même région, qu'ils écrivent indifTéremment Cor- 
lantique ou Corlantisque (Salvador). 

2° On a avancé l'opinion que lors de la découverte par Colomb 
de la côte du cap Gracias-à-Dios à Veragua, « les indigènes de 
cette région étaient les Aztèques, chez qui n'existe pas le son de la 
lettre r, en sorte qu'il ne pouvait y avoir un nom comme Amerri- 
que.» Une réponse bien simple est que Christophe Colomb, dans 
sa leltera rarissima., où il décrit son voyage, ne donne que 
quatre noms indigènes, dont trois sont écrits, comme il les a 
entendu prononcer avec des r, savoir : Cariaï, Carambaru et 
Veragua, montrant bien que le son de l'r existait dans la lan- 
gue employée par ces indigènes. Du reste, les indigènes de ces 
régions, lors de la découverte, n'étaient pas les Aztèques. Mais 
il y a plus, c'est que dans les pays habités parles Aztèques, il y 
a beaucoup de noms de lieux et de tribus ayant l'r, comme : 
Orizaba, Cuernavaca, Churubusco, Irritila, Cacari, Ocoroni, 
Chicorato, Baturoque,Teparantana, Piro, Nayarita, Seri,Triqui, 
etc. Du reste, l'évoque de Yucatan, Don Crescencio Carrillo y 
Ancona, a parfaitement expliqué comment, dans la langue 
maya, la lettre / se convertit en lettre r (voir : Estudio filologico 
sobre el nombre de America, etc., p. 28, Merida de Yucatan, 
1890) ; 



/ 



- 172 — 

3" Enfin plusieurs savants américanistes disent que les noms 
Americo et Americ sont italiens, et que le nom du continent 
occidental Amérique ou Ainerica est florentin et non un nom in- 
digène au Nouveau-Monde. Il est prouvé par tous les docu- 
ments d'une authenticité absolue que Vespucci ne s'est pas ap- 
pelé dans son vivant m Americo, m. Americ, mais hien Ameri- 
gho, Amerige, Albericits, et finalement après 1507, il se sert du 
double r, abandonne le h et signe Amerrigo. Le nom Americo 
est un surnom ou sobriquet employé d'abord en Espagne, con- 
trairement à l'appellation florentine Ameriglio ; et même au- 
jourd'hui, malgré la célébrité attachée à ce nom, on ne trouve 
jamais en Italie, pas même à Florence, le nom Americo employé 
comme prénom. Tandis que le nom Amerrique est indigène au 
Nouveau-Monde, comme nom d'une tribu indienne autrefois 
nombreuse et puissante, et de tout un système de montagnes du 
Nicaragua. 

Cette question d'origine véritable du nom d'Amérique, très 
simple au fond, a été obscurcie au commencement du seizième 
siècle par des intrigues de quelques personnes intéressées à di- 
minuer la gloire du grand amiral Cristoforo Colombo, aidées 
dans leur coupable projet par la complicité naïve du Gymnase 
vosgien ; et depuis ce temps par la légende, qui n'est trop sou- 
vent, en histoire, que la dupe posthume de l'intrigue. Il fallait 
pour tirer la vérité au clair, le hasard heureux de la publication 
d'un savant naturaliste hors ligne,Thomas Belt, habitué à l'exac- 
titude des observations, et l'application avec patience et beau- 
coup de clairvoyance de la méthode scientifique, qui ne livre 
rien au hasard^ ni aux explications sans bases solides. L'ancienne 
explication est absolument une énigme devant la certitude que 
nous avons à présent que Vespucci n'a pas découvert le Nou- 
veau Monde, et que son prénom est Amerigho, et que la seule 
autorité du baptême de Saint-Dié ne repose que sur des erreurs 
si monstrueuses et voulues, que l'on est en droit de répéter ce 
vieux proverbe des bords du Rhin : « Mentir comme un im- 
primé. » 



— 173 — 



SUR LE NOM AMERRISQUE 



Par M. Désihé PEGTOR 



J'avoue avoir un certain temps, avec l'honorable M. Jules 
Marcou et les principaux savants du pays dont j'ai l'honneur 
d'être un des représentants à Paris, donné au nom America pour 
origine le mot Amérique ou Amerrique tiré du nom d'une 
chaîne de montagnes du versant atlantique du Nicaragua. Mais 
ces conclusions ont perdu pour moi de leur valeur devant les 
allégations et preuves de nos savants collègues, MM. Marcos 
Jimenez de la Espada et D" E. T. ïlamy, ainsi que devant diverses 
autres considérations. Aussi, quoiqu'il m'en ait coûté, ai-je dû 
me tourner du côté où pour moi se trouve la vérité. 

Trois raisons m'ont confirmé encore davantage dans la nou - 
velle opinion que j'ai adoptée : 

1" Le nom des montagnes cité par M. Marcou ne serait ni 
Amérique ni Amerrique, mais bien Amerrisque, comme il 
appert du reste de l'extrait ci-joint du « Diario-Nicaragiiense », 
journal de Granada (Nicaragua), daté 20 août 1885. 

C'est un avis juridique émanant du propriétaire même des 
terrains de Amerrisque (prononcez Amerrisque), revendiquant 
hautement ses droits de possession. Il y a des chances pour que 



— 174 — 

ce Monsieur, mieux que tout autre, connaisse l'orthographe du 
nom de sa propriété. 

Que todo trabajo 
d mejorai que los 
Sres. RamdnMoli' 
na y Dolores Cas* 
tîlla hagan d ten- 
gati eu los terrenos 
de éSmerrisque de 
lapropîedad de mis 
Iiermanos ydelque 
suscribe^ proteste 
no reeonocërselos, 
y les hfàvé respon- 
sables de los per- 
juicios que ocasîo- 
nefi en nuestrosin- 
tereses. ^'^>^.^/- 

JU GALPA, 11 DE AGOSTODE 1885. 

; RAMÔN MORALES 

2° Le savant géologue de Cambridge dit que ce nom d'Amé- 
rique n'a rien d'étonnant, puisqu'on retrouve le suffixe tqiie 
dans maints autres noms de localités de l'Amérique centrale et 
que, par contre, le suffixe isque n'existe nulle part. — A cela je 
dirai que le suffixe ique, certainement, se retrouve dans plu- 
sieurs noms de localités centre-américaines, mais que le suffixe 



- 175 — - 

isque, quoique plus rare, existe aussi et que par conséquent le 

nom Amerri.vque a sa raison d'être. Je citerai les quelques noms 

suivants de localités avec suffixe en isçue : 

Cunimisque^ village {aldea) du Honduras (département de Teg- 
ucigalpa, municipe de Curarén). 

Quiquisgiie, village et bourgade (aldea et caserio) du Guate- 
mala (départements de Jutiapa et Sacatepequez ; — 
ce nom s'écrit aussi Quequesque, Quequesquez, Qui- 
quexque). 

Tempisque. Trois localités de ce nom {valle, port et sitio) se 
trouvent au Nicaragua (départements de Chinan- 
dega, Matagalpa et Rivas). 

— hameau [valle] et rio de la province de Libéria (Costa- 

Rica). 

— hameau du département de Cabanas (Salvador). 

— village (aldea) du département de Jutiapa, juridiction 

d'Agua-Blanca (Guatemala). 

L'historien espagnol Oviedo dit que ce nom de Tempisque 
venait du nom indigène tembixque, sorte d'arbre. 

3° L'accent n'est pas placé sur la môme syllabe dans les mots 
America et Amerr?sque. le premier l'ayant sur la deuxième et le 
second sur la troisième ; aussi la prononciation de ces deux mots 
est-elle complètement différente. 

Je crois pouvoir aussi émettre sans crainte l'hypothèse que la 
forme primitive probable de la localité en question du Nicara- 
gua doit avoir été plutôt Amerrixque, d'origine linguistique 
lenca, mot défiguré plus tard par les Espagnols, comme tant 
d'autres, lors de la conquête, en Amerrisqiie et voire même quel- 
ques rares fois en Amerri que par contraction. 

Ces considévations me confirment dans la conclusion que le 
nom d' America ne vient pas du nom de la localité Amerrisque 
existant encore actuellement au Nicaragua. Cette opinion ne 
m'empêche pas de trouver fort originales et curieuses les 
raisons données par M. J. Marcou et d'admirer la grande érudi- 
tion avec laquelle il nous a fait entrevoir dans ses mémoires 
certains traits peu connus de l'histoire des découvertes de 
l'Amérique au XVF siècle. 

/ 



— 176 



EL NOMBRE DE AMERICA 

por 
Don JULIO CALCANO 



M. Jules Marcou, y otros escritores, creen que el nombre de 
America puede ser indigena del Nuevo Mundo, y alegan para tal 
suposicién el existir en Nicaragua una cadena de montaîias 
llamada Amerricn^ Americ 6 Aynerric, y el no encontrar en 
Diccionario italiano ni en ningiïn calendario europeo el nombre 
de Américo ; de donde suponen que Vespucci ô Vespucio debié 
de llamarse Alberigo, Amerrigo à de otro semejante modo. 
Paréce me que taies escritores padecen graves errores. 

Aun suponiendo que el término Amerrica^ que no pertenece 
al nahuatl por carecer este idioma de r y de rr, perteneciese al 
chorotega^ al niquirana 6 â algùn dialecto de estos, su existencia 
nada significaria, porque es ahora cuando viene â conocersele, 
y no consta en ningûn autor ni en carta geogrâfica ninguna. 

Los calendarios no son mas que santorales^ como taies conten- 
tivos solo de los nombres que han Uevado los individuos cano- 
nizados ; y si es cierto que el Diccionario de la Crusca, el de 
Barberi, el de Manuzzi, y otros, no lo tienen, si lo traen algunos. 
Por ejemplo, el Dizionario Universale de Nicola de Jacobis, 
impreso en Nâpoles el aâo de 1843, trae el siguiente articule, â 
saber : 

« i4mereco, n. p. m. sin. Amerigo, Americhetto, Americotto, 
Amoretto, Amorotto, Aimerico, Ëmerico, Emerigo. » 

Distante estoy de créer con el Jacobis que el diminutivo de 
Amore^ Amoretto, tenga relaciôn alguna con el nombre dé 



- 177 — 

Americo, pero si que este data de la invasion de los barbares y 
es congénère de Eme?^ico, Ërlco^ Gtmderico, Alarico, Slgerico, 
Ardcrlco, A maloiHco y oiros mâs : de Erlco, Emerico y Ame- 
rico, conio de Alarico, Amalarico. Y sobre todas estas razones 
esta la de que todos los historiadores de la Conquista escriben 
Américo, 6 Amérigo. 

Por igual modo que M. Marcou y los que han querido aceptar 
y desarrollar sus ideas, y con mayores visos de acierto que ellos, 
bien pudiera cualquier etimologo aventurado sostener que la 
palabra America se derivaba de Méxija, forma femenina en 
nahuatl de Mexicatl, y ambos derivados de Mexico, al cual se 
di6 nombre del dios Mcxitli, que otros dieen Mexi, Messi, Mexite 
y Ocite. Para dar carâcter de verdad à semejante aserto bastaria 
sostener que existiô 6 pudô existir en nahuatl la forma America, 
de igual manera que uno de los genitivos de los pronombres 
personales de tal idioma, moca, toma la forma anwca; y luégo, 
llamar la atenciôn sobre que Mexico era el emporio de la civili-. 
zaciôn americana y su descubrimiento habia causado honda 
conmocién en el viejo mundo. Pero esto, serîa simplemente 
ingenioso, y no mâs ; porque todos sabemos que en materia de 
etimologia nada significa por si sola la semejanza de las voces, 
y que las suposiciones arriesgadas y los violentos cambios de 
letras sin sujeciôn à las leyes eufônicas y sin pruebas histôricas 
que los realcen, solo sirven para llevar de abismo en abismo al 
investigador. 

La historia comprueba que el nombre de America tuvo origen 
en el de Américo Vespucci à Vespucio, compaûero de Ojeda y 
amigo de Colon. 

No existe prueba ninguna para acusar de usurpaciôn â Amé- 
rico Vespucci, como que en sus cartas geogrâficas no puso su 
nombre â los paises descubiertos, segiin el testimonio de insignes 
autoridades. Col6n fue el descubridor de la America y el que 
primero descubriô à Venezuela el 31 de julio de 1498 ; pero es 
también cierto qile Ojeda y Vespucci fueron los primeros que 

en 1499 recorrieron toda la costa de Venezuela 6 tierra firme, y 

42 



— 178 — 

el mismo cronista Herrera dice que « Ojeda, à quien acom 
paùaba Vespiicio, fue quien puso noml)re al Cabo de la Vêla. » 

Cristôbal Colon, en carta à su liijo Diego, dice de Vespucci : 
« Siempre tuvo deseo de me hacer placer : es mucho hombre 
de bien ; la fortuna le ha sido contraria como â otros muchos ; 
sus trabajos no le han aprovechado tanto como la razôn re- 
quière. El va por mio y en mucho deseo de hacer cosa que 
redonde â mi bien, si â sus manos esta. » 

Y robusteciendo este testimonio del mismo Colon, acerca del 
carâcter y servicios de Américo Vespucci, esta el de todos sus 
contemporàneos, ninguno de los cuales le acusa de usurpador, 
i^i el mismo Fernando Colon, tan celoso del nombre de su glo- 
rioso padre, como observa César Cantii. 

El nombre de America se generalizô después de la muerte de 
Vespucci, acaecida, â lo que parece, en 1512, y tuvo origen en 
la Cosmografia publicada en Lorena el afio de 1509 por Wald- 
seemiiller, el cual fue quien por primera vez à\6 à las tierras 
descubiertas aquel nombre, indudablemente en honra de Amé- 
rico, que, en 1507, très anos antes, publicô en Vicence su diario 
y sus cartas geogràficas ; porque si Vespucci no fué el descubri- 
dor de la America, gloria que nadie puede arrebatar al inmortal 
genovés, si fue elprimero que di6 â luz pormenores del descu- 
brimiento, mapas y observaciones cientificas, como que recorriô 
la Costa firme y era, aunque mal narrador, varôn de inteligencia 
y saber, segiin afirman no pocos historiadores. 

De estos, los primeros que le han acusado de supercheria y 
usurpaciôn han sido Fray Bartolomé de Las Casas, que escribiô 
medio siglo después su « Historia de las Indias Occidentales », 
publicada ùltimamente de 1875 à 1876 ; el coronista Antonio de 
Herrera en la (( Descripcién de las Indias Occidentales » y en la 
« Historia de las Indias Occidentales » de 1596 â 1601 ; y Fray 
Pedro Simon en la « Primera Parte de las noticias historiales », 
de 1626 k 1627 ; y ellos, y los que posteriormente han seguido 
su parecer, escribicron acaso impresionados al ver la gloria de 
Colon menoscabada. 



— 479 ~ 

Ha sido después de 1830 cuando hau aparecido docuinentos 
bastantes para comprobar la iuocencia de Américo Vespucci, 
por lo cual va el Baron Alejandro de Humboldt, con el gran 
talento que le dislingue, le disculpa en aquella obra admirable 
que, segi'm sus propias palabras, ocupo su pensamicnto durante 
medio siglo. 

Si la America no Ueva como debiera llevar el nombre glorioso 
de Colon, débese l'micamente â la desgracia que en vida y en 
muerte le ha perseguido, y â la fortuna, que no usurpacién ni 
supercheria, de Américo Vespucci. 

l Pero â que extranar la desgracia de los grandes hombres, ni 
las injurias dirigidas â los varones probos, ni los juicios contra- 
dictorios y temerarios, ni las suposiciones gratuitas^ ni las in- 
vestigaciones audaces ? La vibora de la envidia ha contaminado 
siempre el corazôn de la humanidad, enferma ya de corrupciôn 
hasta la médula de los huesos ; y por esto, hoy, del mismo modo 
que en los tiempos del paganismo, casi perdida la fe en una vida 
inmortal, mezquinas ambiciones imperan en el h»mbre, y la 
envidia, sobreponiéndose â todo noble impulso del anima, se 
ha transformado en uno como dios fatal. Por donde acontece 
que no haya virtud, grandeza ni mérito ninguno que se vea 
libre del ataque injusto de las pasiones humanas, las cuales ni 
reconocenjerarquias ni cejan en el empeiio de ponerlo todo al 
nivel de su propia pequeilez. 



— 180 - 



DISCUSSION 



M. LAMniiiM' DK Saim-Bius défend l'origine indigène du mot 
Amérique. Il rappelle qu'IIojeda, en compagnie duquel Amcric 
Yespuce naviguait, trouva le port de Mar(}ca~])a.n que Raleigh 
appelle .4 wmoc« -pana, ainsi que vallée d' America , et Hum- 
boklt Amaraca-iianai. 

Or, comme la découverte de l'Amiral Colomb date de 1498 
et le voyage d'IIojeda et Vespuce de 1499, on voit que le mot d'A- 
mérique, sous diverses formes imposées par l'orthographe pho- 
nétique du moyen âge, était connu huit ans avant la proposition 
de Ilylacomylus, de dénommer les terres nouvelles d'après le 
navigateur florentin. 

M. de Saint-Bris fait remarquer que le mot « pan » ou a pa7ia », 
ajouté aux noms précédents, signifie terre ou pays, selon Bras- 
seur de Bourbourg', Del Canto, etc. Ainsi Ameriocajiana veut 
dire : terre de l'Amerioca, ou America, selon Torlhographe du 
moyen âge. Du reste, ce mot est un suffixe général que les indi- 
gènes appliquent aux noms de leurs villes, tels que Empare- 
pan^ Curiay;a;i, Aioripan, Copan, les Mayas de Mayaj»«;i, etc. 

D'après Humboldt, le nom d'Amaracapan, qui désigna la 
première colonie espagnole sur la terre ferme, s'étendit peu à 
peu à toute la côte, entre le cap Paria et le cap de la Vêla (c'est- 
à-dire la côte entière de la République de Venezuela), puis à 
une vaste province qui en comprenait plusieurs autres, nous dit 
le frère historien Pedro Simon du seizième siècle. 

Le nom de la province d'America se voit sur le g-lobe vert de 
1513 à la Bibliothèque Nationale, puis sur l'atlas d'Apiane en 
1520 et s'applique bientôt sur les cartes postérieures au Conti- 
nent du Sud, puis au Continent tout entier formant notre qua- 
trième partie du monde. 

Tels sont dans leurs lignes principales les renseignements 
dont nous renvoyons pour les détails à la Revue Sud-Américaine 



— 181 — 

qui a reproduit les principaux travaux de ce savant investi- 
gateur. 

En résumé , Tindigénat du nom de l'Amérique parait à 
nombre de grands savants sortir avec évidence de la discussion. 
Le florentin Vespuce y perd son auréole de parrain de baptême 
du nouveau continent, mais il est lavé de l'accusation d'avoir 
voulu usurper en cela les droits du grand découvreur, l'Amiral 
Christophe Colomb ; d'autre part, les historiens comme les géo- 
graphes auront moins à regretter qu'on n'ait pas appliqué le 
nom de Colombia à cette partie du monde, puisque celui à' Ame- 
rica lui appartenait de fait avant sa découverte par les Euro- 
péens. 

M. Hamy. — Maraca signifie calebasse et s'applique par exten- 
sion au hochet des plages de Terre Ferme fait d'une calebasse 
emmanchée, qu'on a, au préalable, remplie de petits cailloux. 
Maracapana, Maracœibo^ etc., tirent leur nom du mot maraca ; 
on n'y peut pas voir autre chose. 

M. L. DE Saint- Buis répond qu'Amarica était le nom d'un 
Dieu des Brésiliens, qui était représenté en effet par une cale- 
basse. On emplissait la calebasse de pierres, on l'agitait et l'on 
disait que le Dieu avait parlé. 

M. DE Sémallé. — Etant à Saint-Malo il y a une trentaine d'an- 
nées, j'entendis parler du passage d'une certaine dame ou 
demoiselle appelée Améric Vespuce, arrivée par le paquebot de 
Jersey vers 1840 et qui était retournée à bord plutôt que de 
laisser visiter ses bagages. 

Voici ce que j'ai lu dans les lettres du vicomte de Launay 
(M'' Emile de Girardin. Lettre n*" 1, 20 décembre 1839) : 

« Pendant que M"" d'Angeville franchissait le Mont-Blanc, la 
belle et spirituelle Améric Vespuce parcourait le Nouveau 
Monde, entourée d'hommages et de respect. Des souscriptions 
s'organisent déjà dans les principales villes des P^tats-Unis, afin 
de donnera la petite fille d' Améric Vespuce les moyens d'ac- 
quérir des terres dans cette partie du monde que son aïeul a 
nommée. — Les Américains généreux ont senti le besoin de 



- 182 — 

reconnaître enfin les grands services que cette ancienne famille 
a rendus et qui n'ont jamais été récompensés. 

On nous dépeint toujours les habitants des rives du Mississipi 
et de rOhio comme des sauvages, ou bien comme des négo- 
ciants avides, vous voyez qu'ils sont artistes comme nous, puis- 
qu'ils se laissent séduire comme nous par le talent et la beauté. » 

M. Mestre y Amabile. — J'ai entendu le mot Maraca dans toute 
l'Amérique. Dans le pays même où je suis né, à Cuba, il dé- 
signe une petite guitare. 

M. LE Président. — La discussion est close. 

Après les communications si concluantes de MM. Jimenez de 
la Espada et Hamy, la question du nom « America » est tran- 
chée pour toujours, et j'espère qu'on ne la fera plus jamais 
figurer sur les programmes des congrès futurs. 

Permettez-moi encore de faire une petite remarque, ou plutôt 
de poser une question. Je possède un petit livre français, rare 
et curieux, qui contient un passage énigmatique pour moi sur le 
nom America. C'est la Paraphrase de V Astrolabe, de Focart, 
dont la première édition a paru à Lyon en 1346. La seconde a 
paru neuf ans plus tard, à Lyon également. Dans le dernier 
chapitre, après avoir décrit la terre connue de Ptolémée, l'auteur 
conclut sa description de Vimago rnundi par l'Amérique et il dit 
finalement : « Telle est la description de l'Amérique [laquelle 
est appelée aussi Amec). » 

Plusieurs Membres estiment que c'est une abréviation. 

M'^' Lecoq. — Je crois pouvoir donner une explication. Il 
existe dans plusieurs parties de l'Amérique du Nord des langues 
qui n'ont ni l'r ni 1'/. Très souvent aussi il y a des interversions 
entre l'r et le g d'une part et le b et 1'/ d'autre part. Enfin, il se 
peut que les pêcheurs bretons, qui fréquentaient la côte de 
l'Amérique du Nord aient donné un nom à celle-ci, comme il 
est établi aussi que les relations existaient entre l'Amérique du 
Nord et l'Amérique du Sud. 



- 183 — 



HISTOIRE DE DECOUVERTES 



PREMIERS DÉCOUVREURS DE L'AMÉRIQUE 

M. DE Saint-Bris aborde la question de savoir laquelle des 
nations qui ont entrepris avant Christophe Colomb des voyages 
vers l'Amérique peut revendiquer l'honneur de la première dé- 
couverte. L'orateur mentionne le fait que S. M. Dom Pedro pos- 
sède à Newport dans l'Etat de Rhode-Island un moulin qui est 
une relique Scandinave. Voilà, dit-il, une découverte de l'Amé- 
rique. 

S. M. Dom Pedro. Quelle est la plus ancienne? 

M. DE SAiNT-Bi\is. Celle des Chinois. 

S. M. Dom Pedro. Ou des Japonais? 

M. DE Saint-Bris. J'ai été au Japon ; il y a des familles qui re- 
montent à trois siècles avant Jésus-Christ. 

S. M. Dom Pedro. Quelle est la date la plus ancienne de la 
connaissance de l'Amérique que vous ayez pu préciser ? 

M. de Saint-Bris. Avant le 3* siècle, en Chine. 

S. M. Dom Pedro. C'est alors l'époque de Confucius. Les Chi- 
nois ont une tendance à y faire tout remonter. 

M. de Saint-Bris. Mais pour nous, la seule question est de sa- 
voir à qui nous devons la découverte de l'Amérique. C'est à des 
Européens. Nous avons le voyage de Corte Real en 1464. 

M. Gaffarel. Il n'a jamais eu lieu. 

M. DE Saint-Bris. Je n'ai pas trouvé que Corte Real soit rentré 
de son voyage. 

Mais parmi ceux qui ont été en Amérique avant Colomb, il 



— 184 — 

faut citer Sanchez de Huelva^ qui a découvert l'ile de Saint-Do- 
mingue. Sanchez a vu une image dans un cabaret de Huelva et 
en a donné connaissance à Colomb avant de mourir. D'autre 
part, le manuscrit de 1487, qui se trouve à Nuremberg et qui 
porte des notes originales de Martin Behaim, donne des rensei- 
gnements sur l'Amérique ; or, Behaim n'avait pas voyagé en 
Amérique, mais en Afrique. Du reste, on peut facilement se 
tromper, puisque, sur un document postérieur, il est dit qu'A- 
méric avait trouvé le Brésil, « dans le sud de l'Afrique. » Il y a 
à mentionner le voyage de Cousin de Dieppe en 1498, mais il 
manque de preuves. Nous avons la carte de Cabot. 

S. M. DoM Pedro. Lequel des deux? 

M. DE Saint-Bris. Cabot avait trouvé le continent en 1494, 
mais Louis Cabot lui-même nous dit que le premier voyage a 
eu lieu en 1497. 

S. M. DoM Pedro. A quel Cabot rapportez-vous ce voyage ? 

M. DE Saint-Bris. A Sébastien. 

A la Cour d'Angleterre, on ne parlait que de Colomb et de 
ses découvertes. Cabot était tellement enflammé qu'il avait 
voulu partir avec six navires un an plus tôt que Colomb. Ce 
dernier était la cause, et Cabot l'effet, car Cabot est parti sur les 
données de Colomb. 

Maintenant, j'en viens au voyage imaginaire d'Améric Ves- 
puce. 

M. BoRSARi. Pas imaginaire du tout. 

M. DE Saint-Bris. Le voyage de 1497 est imaginaire, et je vais 
le prouver : Vespucci est parti le 20 mai 1497 et il est de re- 
tour au mois d'octobre 1498, mais M. Muùoz prouve que Ves- 
pucci a touché de l'argent entre avril 1497 et mai 1498. Com- 
ment aurait-il pu accomplir son voyage pendant cet inter- 
valle ? 

M. CoRDiER. Au point de vue chinois, la question, sous le nom 
de Fou-Sang, a été traitée ad nmiseam. Nous connaissons cela. 
Le fameux hiéroglyphe qu'on invoque n'est pas plus chinois 
que moi (L'orateur montre, au tableau, le caractère de la mère, 



— 183 - 

tel qu'il est et tel que ceux qui invoquent l'opinion esquissée par 
M. de Saint-Bris le représentent) . 

Les documents relatifs aux voyages des Chinois en Amérique 
sont censés remonter au voyage de Hoei-Chin au V® siècle de 
l'ère chrétienne. 

Quant à la cartographie de M. Saint-Bris, elle est faite avec les 
documents des Portugais, qui avaient coutume de donner ' aux 
lieux géographiques qu'ils ne reconnaissaient pas des positions 
fantaisistes. Toutes les conclusions qu'on en veut tirer dans l'es- 
pèce sont de la fantaisie pure. 

M. Gaffarel. m. de Saint Bris confond entre la tradition et 
l'histoire. A la légende appartient le voyage de Corte-Real en 
1464. On s'appuie sur la donation faite au nom du roi de Portu- 
gal, par sa veuve, de l'ile de Terceira ; mais cette donation n'a eu 
lieu qu'en lolo. Est-il probable, est-il possible, d'autre part, 
que le Portugal, s'il avait eu d'autres découvertes à son actif 
que celles que lui reconnaissait la bulle d'Alexandre VI, n'aurait 
pas protesté ? Ce qui est réel, c'est le voyage du fils de Corte- 
Real, Gaspar, mais il a eu lieu après la découverte par Colomb. 

Les prétendues découvertes de Sanchez de Huelva ne repo- 
sent absolument que sur la tradition. Sanchez a pu faire part 
d'une supposition à Colomb, c'est tout. 

Enfin, quant au manuscrit de Nuremberg, je le connais. Il 
n'est nullement fait mention, comme on le prétend, de l'Améri- 
que sur le globe de Béhaim. On y voit bien l'Ile d'Antilla, mais 
ce nom était déjà connu des anciens. 

M. BoRSARi. Les dernières recherches ont mis au jour des 
documents qui contredisent absolument les assertions de M. de 
Saint-Bris. 

M. DE QuATREFAGES, président. Je crois que la discussion doit 
être considérée comme close. 



APERÇU DES TRAVAUX 

SUR LES COMMUNICATIONS PRÉHISTORIQUES ENTRE l'aNCIEN MONDE 

ET l' AMÉRIQUE 

Par M. Hyde Glarke. 

Mes explorations philologiques et anthropologiques m'ont 
conduit à des découvertes sur plusieurs terrains scientifiques. 
Pour arriver à comprendre la nature des communications éta- 
blies avec le nouveau monde à une époque reculée, il fallait 
faire des études approfondies des peuplades d'Europe qui pour- 
raient avoir entretenu de telles relations dans l'antiquité. 

Dans ces reconnaissances on ne pourrait négliger les anciennes 
traditions et fables, et surtout le récit du Timxus de Platon dans 
les dialogues sur l'Atlantis. La narration de l'Atlantis a été re- 
jetée en principe, pour la raison que Platon y parle des éléphants 
et des chevaux du royaume d'Atlantis. 

C'est ici qu'une clé s'offre à nous. Dans un mémoire de feu 
professeur Gabb de Philadelphie, sur les Bribri, etc., du Costa 
Rica, dont a aussi traité notre secrétaire^ M. Désiré Pector, j'ai 
reconnu une forte identité avec des langues de l'Afrique Occi- 
dentale. Un trait remarquable dans cette solidarité des noms 
animaux est que le tapir, dans ces dialectes Bribri, porte le nom 
de trois racines qui fournissent les appellations pour l'éléphant 
en Afrique. Les Hamas, les pacas, etc., les bêtes de somme, 
portent des noms alliés aux dénominations pour le cheval. Il 
parait que le texte de Platon s'est basé sur des faits méconnais- 
sables. Ce sont ses explications et commentaires qui sont 
inexacts. Ses chevaux par exemple portèrent des fardeaux, mais 
pas des guerriers. 



— 187 — 

Il se peut qu'en Amérique il existe des caractères de très an- 
cienne date, comme sur les rochers de la Guyane et du Pérou. 

Les symboles de l'ancien monde ont pénétré en Atlantis, car 
j'en ai reconnu plusieurs. Il existe même des symboles tra- 
ditionnels conservés chez les indiens d'Amérique d'aujourd'hui. 

Il parait très probable que les inscriptions et écritures- mayas 
de Yucatan et Guatemala, seront enfin illustrées par leurs 
affinités avec les monuments de l'antiquité, quoique les restes, 
que nous possédons, ne soient pas une reproduction exacte des 
systèmes de notre continent. Chez nous, la culture préhistorique 
et protohistorique a touché à son terme il y a bien des siècles, 
et d'autres systèmes y ont succédé. En Amérique, après la rup- 
ture du commerce et des communications, bien des siècles se sont 
écoulés, mais sous des conditions bien différentes. De sorte que, 
quoiqu'il y ait des traditions conservées, l'idée originale se 
trouve perdue, et la connexion est rompue. Nous pouvons nous 
figurer ce qui sest passé en Amérique par le souvenir de ce qui 
est arrivé ici pour les écritures cunéiformes et les hiéroglyphes 
d'Egypte, oubliés pendant des siècles, et retrouvés de notre 
temps. 

Les évidences des communications sont assez claires, pour que 
beaucoup d'écrivains reconnaissent le fait, mais ils ne s'accordent 
nullement sur les moyens. Il y a une école qui demande une 
voie matérielle à travers l'Atlantique, laquelle a été détruite par 
quelque catastrophe. 

L'Atlantide de M. Ignace Donnelly (Atlantis, the Antediluvian 
World) rassemble tous les faits. Les géologues s'opposent néan- 
moins solidement à la possibilité de cette jonction. 

D'autres, partisans de l'extrême antiquité de la Chine, sont 
d'avis que la population et culture du nouveau continent sont 
venues de ce pays à travers l'océan Pacifique ; mais on n'a pu, en 
présence des faits, assembler assez de témoignages à l'appui de 
cette théorie. 

Il reste à confronter le passage par l'Atlantique, tout aussi 
possible pour des vaisseaux primitifs et rudes, que le passage de 



— 188 — 

l'océan Pacifique a été trouvé par Cook, pour les navires poly- 
nésiens. 

Nous pouvons accepter le récit de Platon, en général, et la 
cause qu'il désigne pour l'arrêt de la communication. Il dit que 
c'est après la victoire des forces d'Orient sur le roi d'Atlantis 
dans un combat naval sur la Méditerranée. Pour maintenir la 
communication, et profiter des vents et courants d'aller et de 
retour, il aurait fallu que le roi d'Atlantis se fût maintenu sur les 
côtes occidentales des îles de Bretagne, d'Espagne et de Mauri- 
tanie. Expulsé de ces pays, comme il le fut, il ne put plus rece- 
voir ni hommes ni secours en Amérique, et son empire aurait 
été envahi par des races barbares^ comme les empires dont nous 
savons le sort. 

La nomenclature topographique est très liée avec les témoi- 
gnages numismatiques.Les noms des cités et des îles se trouvent 
en série. On peut les reconnaître conformes dans l'Inde, dans 
l'Asie Occidentale, en Syrie, en Grèce, en Italie, en Espagne et 
en Gaule. 

J'ai publié des listes très détaillées, et j'en ai donné encore 
d'autres pour l'Amérique méridionale, en comparaison avec l'an- 
cien monde, dans Prehisloric comparative Philology. 

Il en résulte que c'est d'une souche que dérivent les noms 
géographiques, et c'est une preuve, non seulement de la confor- 
mité, mais aussi de l'unité. 

Un témoignage indirect ou, comme on peut le dire, une chroni- 
que, se trouve consigné dans la doctrine des quatre mondes du 
globe de l'école de Pergame de mon voyage en Asie Mineure. 
Cette école a enseigné qu'il y avait quatre mondes, sur le globe. 
Ce sont le monde a eux connu, l'Asie, l'Europe et l'Afrique ou 
Libye ; un monde austral pour le balancer ; un monde corres- 
pondant sur l'autre côté du globe; et le monde austral. 

Ces mondes se trouvaient divisés par des bandes de mer ou 
océans, un océan passant de pôle à pôle, et un autre équatorial 
au milieu du globe. 

C'est une représentation grossière de la distribution des conti- 



— 189 — 

nents. Elle nous donne notre continent ; le continent d'Australie ; 
le contaient de rAniérique du nord; le continent de l'Amérique 
du sud. 

Ses défauts sont que l'Afrique ne se termine pas à l'Equateur, 
comme pendant tant de siècles on l'a cru : L'Australie est séparée 
de l'Asie par l'océan, il est vrai. L'autre défaut est qu'il n'y a pas 
de mer entre les continents de l'Amérique. Il est néanmoins 
possible de passer avec des canots d'un côté à l'autre. 

Comme cela arrive dans les traditions, nous y trouvons des 
allégations contradictoires imposées par les narrateurs. x-Vinsi 
il est dit que les quatre mondes furent habités, mais que les 
océans y sont là pour empêcher les habitants d'un monde de 
communiquer avec les autres. On n'a pas pensé que s'il n'y 
avait pas de communication, il n'était pas possible de savoir 
qu'il y a quatre mondes, et que chaque monde a ses ha- 
bitants. 

La doctrine de quatre mondes a survécu jusqu'au temps de 
Christophe Colomb, et apparemment l'a guidé à sa détermina- 
tion il y a quatre siècles. La doctrine est devenue suspecte à 
l'Eglise pour des raisons théologiques, et a été interdite aux 
fidèles. 



THE MISSING RECORDS OF THE NORSE DISCOVERY 

OF AMERICA 

By Mrs Marie A. SHIPLEY, née BROWN. 



The fact tliat America was discovered by the Norsemen, A. 
D. 1000, is now generally conceded, but the ahnost invariable 
conclusion is reached by savants and historians that no results 
were produced by thèse voyages, inasmuch as the Norsemen 
failed to effect a permanent settlement, established no inter- 
course with Europe and failed to make their discoveries known, 
outside of Scandinavia. It is thèse, to my mind, unfounded con- 
clusions, that I hâve for several years strenuously oppOsed,for 
reasons that can be demonstrated to be sound and convincing. 
Résides m y self, there is a single class of persons who also 
express the firm belief that the Norsemen, on the contrary, did 
effect a permanent settlement, or at least one of several cen- 
turies duration in Yinland, that they sustained constant inter- 
course with Europe during that period, and made their disco- 
veries known in ail parts of the world where their journeys 
extended, — thèse persons are the theologians and historical 
writers of the Roman Catholic Church. ^\^ith thèse I am not in 
the slightest sympathy ; I only note the fact that they, by one 
road, and 1, by quite another, hâve arrived at the same conclu- 
sion. I am also warranted in saying that the Roman Catliolics 
are the only persons of ail who hâve made this historical ques- 
tion a study, who are qualified to express a judgment upon 
it. The scholars and historians of other religions faiths believe 
that they hâve made an exhaustive study of the sul)ject by me- 
rely poring over the Icelandic Sagor, whereas the Romanish 



— 191 — 

know that the entire chronicles of the Viuland colonies hâve 
been written or compilée! by Ihemsctves^ by their own priests, 
monks and bishops, and that their boast is well-founded when 
they déclare that (heir monks accompanied Bjarni and Lief on 
those first voyages, that theirs was the first mission, a Roman 
Catholic one,in what is now New England, that the first Ameri- 
can pilgrimag'e to Rome was that of Gudrid from Vinland, that 
Snorre, her son, was the first child of European parentage, bap- 
tized there into the Catholic failli, and much more of the same 
sort. A prominent Jesuit, in Washington, [U. S. A.], Rev. W™ 
J. Ciarke, said in the Centennial discourse that he delivered 
in Philadelphia on the l"' of July, 187G, that « there was a little 
catholic republic on that continent seven Imndred, perhaps eight 
hundred years ago, » and he quoted Rient's statement that the 
crusades were preached in America in 1276. 

Few Roman Catholic authors, lecturers or editors, hesitate 
now to say tliat Colurabus derived information in Rome that 
confîrmed bis belief in the existence of a Western continent. 
Father Bodfîsh made a very plain statement of this nature be- 
fore the Bostonian Society, in Boston. After calUng attention 
to the fact that it was the duty of a bishop placed at a distance, 
as was Bishop Erile, who had gone to Vinland in 1121, 
« to report from time to time to the Pope, not only on ecclesias- 
tical matters, but of the geography of the country and character 
ofthe peoplc, » lie added that it was probable that « Columbus 
had the benefit of the knowledge possessed at Rome thus de- 
rived. » D"" Richard H. Ciarke, of New-York, the brother of 
the Jesuit priest in Washington, in an erudite article in the 
American Catholic Quarterli/ Review, for April, 1888, entitled : 
« America discovered and christianized by the Northmen, » as- 
serted that Columbus never divulged to the public the extent 
of his knowledge of facts pointing to lands in the Western 
océan. At Rome also Columbus must hâve heard of the Norse 
expéditions to Groenland and Vinland. » Like statements hâve 
even found their way into the catholic newspapers, on évidence 



— 192 — 

that Columbus bas not only lost saintship, but even the popular 
favor of the great body of adhérents who once extoUed him to 
the skies. Tlie « New-York Catholic News, » of september 9^**, 
quotes a paragraph from one of its contemporaries : The sett- 
1ers remained in Rhode Island for three years. They then re- 
turned to Greenland and Iceland. A record of their discoveries 
and observations whas made. Gudrid went to Rome and visited 
the lioly father, the pontifï John XVII. The Norsemen were too 
severely pressed with other work to make any permanent sett- 
lements in Yinland. Rutwritten accounts of their discoveries 
were preserved in Iceland, and were collected by Adam von 
Bremen in 1076, and were actually published in Copenhagen, 
Denmark, in 1379. Of course, therefore, Columbus was not the 
discoverer of America. Ile did not disclose this land to awa- 
kening Europe. » The comment of the « Catholic News » is in 
the same strain : « Hère is the distinct admission, » it says, 
« that the Norsemen were Catholics and that reports of their 
discovery were made to the Pope. » Would the Church of 
Rome be so willing to drop Colombus, if it had not a better 
discoverer to fall back upon, in Leif Erikson ? But why this 
sudden change of base ? What a sharp contrast between the 
Catholic writers of the o\à i^egiine, Shotorno, Navarrete,Muîioz, 
De Lorgnes, and thèse modem writers who so cooUy consign 
Columbus to his true level? But the leading American histo- 
riens, George Bancroft, Washington Irving, Prescott, hâve 
failed to educate the American nation one whit beyond the 
Navarrete standpoint, and in that spirit they are undertaking 
to carry eut the AVorld's Columbian Pair programme, in 
1893. 

The Dublin Revieiv, for November, 1841, also contains a re- 
markable statement, which goes to confirm the position I hold, 
namely, that the Roman Catholics hâve written the bulk of the 
history of the Norse discovery of America, but for some reason 
or other hâve not allowed the fuU records to come before the 
world. This is the passage referred to : « Now the main part of 



- 193 — 

this évidence, so consistent, yet so diversified, was extant in the 
âge of Çolumbus, a most keen and scrutinizing inquirer into geo- 
graphical questions. Indeed, we hâve reason to believe that 
some évidences of American discoveries existed in that day, 
among his fellow-countrymen, which are now lost. » Moosmûl- 
1er, too, a Bénédictine monk, who has ardently devoted himself 
to this subject, points out that « the knowledge of the existence 
of Western lands, and consequently of America, was in no wise 
confined to Iceland, » and adds : « For tlie elucidation of thèse 
voyages to iinknown lands in those remote times,there is placed 
at the disposai of the historian a proportionately rich source of 
material. A séries of parchment manuscripts remains extant in 
which more or less mention of America occurs, evidently under 
the names used by the Icelanders. Also a quantity of paper ma- 
nuscripts, which, however, mostly contain only accounts from 
old parchment documents at présent lost, should not remain 
unregarded. » 

The bare fact of the Norse discovery of America rests mainly 
on the évidence contained in the Codex Flatoiensis, which is com- 
monly asserted to hâve been committed to writing between the 
years 1387 and 1395. But by whom? By two Roman Catholic 
priests, natives of Iceland presumably, Ion Thordarson and 
Magnus Thorhallsson ; but according to Rafn, « vve are princi- 
pally indebted to the learned Bishop Thorlak Runolfson for the 
oldest ecclesiastical code of Iceland, published in the year 1123, 
and it is also probable that the accounts of thèse voyages were 
originally compiled by him. » It is a significant fact, too, that 
the Codex Flatoiensis was found in a mojiastenj , on the island 
of Flatô. Moosmiiller shows that the Bénédictines foUowed the 
émigration from Norway to Iceland (just as they subsequently 
foUowed that from Iceland to Greenland and Vinland), and that 
they had in Iceland nine establishments, seven for men and 
two for women, mostly founded during the twelfth century. 
The monks from the abbey of Thingeyri, Cunlog, Odde, and 
others, were writers. The monks of the monastery of Helgafeli, 

13 



— 194 - 

he affirms, <( were from its very foundation acquainted with the 
discovery of America. » The nunnery of Glaumboe was founded 
in the year 1015. It was hère that Gudrid retired afterthe death 
of her husband, Thorfiun, and after her pilgrimag'e to Rome. 
In the very nature of things there must hâve been detailed ac- 
counts of this eventful pilgrimag-e in both Rome and Iceland. 
Abbot Magnus of Helg-afell, afterwards Bishop of Skalholt, was 
the person with whom Columbus conferred when in Iceland, in 
1477. MoosmûUer concludes that several members of the order 
occupied the episcopal chair of Holum, in the northern part of 
Iceland. There was also the Bénédictine monastery of Modrnvalle 
and the nunnery in the town of Reinisnes. From this may be 
reaUzed the power exercised by the Church of Rome in Iceland 
at the time Greenland and Vinland were being settled ; and to 
thèse new colonies the power was rapidly extended. Who then 
coidd bave recorded events so vitally affecting- the growth of 
the Church, save its own functionaries and chosen scribes ? The 
only mystery, as yet unsolved, is,whatbecame of thèse records? 
Are they still in existence? For it is plain that only the fragments 
were left in Iceland, or transferred to the libraries of Co- 
penhagen. 

The author of the « Landnama-bok, » AreUum Frode, was 
also a priest. This work of bis, as Wheaton says, <' is to be con- 
sidered rather as a chronicle of the Christian Middle Ages than 
a childof the Northern muse. » Paul Riant, who pursued scien- 
tific researches in Stockholm, Upsala and Copenhagen with the 
object of tracing out and reveaUng to the world the connection 
of the Scandinavian kingdoms with the Holy Land at the time of 
the Crusades, testifies that the most important of thèse new sour- 
ces of history were the chronicles or Sagor which were trans- 
cribed in Iceland during the Middle Ages, and for the most 
part by Bénédictines ; the oldest document of this kind dated 
from 1117. He names another historié source, Iceland's Year- 
books, which were composed at varions times and in several 
pbbeys or churches on the island. Besides thèse, a large number 



— 195 — 

of old codices, he affirms, g-ive one a knowledge of the eventsin 
the eleventli and twclffch centuries, while « first in the list stand 
the collections of Norway'sand Iceland's civil and religions laws, 
which are of varions âges, but of which the oldest dates from 
the middle of the twelfth century. » He affirms, with good rea- 
son, that « the Norse colonies in Iceland and America were thus, 
at the founding^ of the bishoprics of Garda in Greenland, Holar 
and Skalholt in Iceland, closely bound to the national Church.» 
What then could bave been more proper and consistent than 
for Adam of Bremen, a canon of the Church, to incorporate his 
mention of the new discovery, Vinland, in his ecclesiastical 
history of the north of Europe, and for another contemporary 
historian, Ordericus Vitalis, an Englishman, who became the 
Bishop of Rouen, in Normandy, to do the same in his ecclesias- 
tical history ? A parallel to this is found in the announcement 
of the modej'n Roman Catholic writer before referred to, Dr. 
Richard H. Clarke, that he intends to write the ecclesiastical 
history of Vinland; in fact he styles the wholesubject « an attrac- 
tive and important branch of ecclesiastical history. » He is right; 
ecclesiastical history it is ! 

But where does Dr. Clarke propose to get his materials for 
his history of the (( Norse Church » on the American continent? 
Let hirri tell us in his own words : « We must also turn to the 
Roman Archives, to the treasures of the Vatican, now so gene- 
rously made accessible to the world by Pope Léo XllI, for the 
détails of the ecclesiastical history of the Northmen in America 
so far as the same may be contained in Papal buUs, briefs and 
letters, and in the reports and relations of the bishops and 
missionaries who took part in the conversion of the baxbarians 
of the north of Europe, and in forming their missions, churches 
and episcopal sees. There is one subject more especially, he 
continues, « now most imperfectly explored and involved 
in doubt and confusion, which is the Episcopate of the western 
hémisphère, involving the exact names of the seventeen or 
eighteen bishops, the dates of their appointments, the exact 



— 496 — 

order of succession, their history and services in the cause of 
Christianity, what reports they raade to Rome, when and where 
and by whom consecrated, their deatlis and burials, and tlie 
churches which they founded... The Roman archives would 
certainly go far to clear up our doubts and to supply the defi- 
ciencies in our earliest ecclesiastical history. » 

Yes, he certainly pursues his aim with an unerring instinct, 
knows exactly what to seek and where to seek it; the reports 
that those Greenland bishops made to Rome, if they could be 
unearthed, would clear up ail the mystery that bas settled so 
impenetrably upon this subject. But in this instance we bave the 
spectacle before us of a man doing, in the cause of superstition 
and mediaevalism, what the non-sectarian savaJits and histo- 
rians of the world, of advanced Europe as well as of untrained, 
ignorant America, bave stubbornly refused to do in the cause of 
science and truth ! There is much said now-a-days about the duty 
of treating history by scientific methods and purging it of le- 
gend and tradition. Is not the Norse discovery and colonization 
of America a good subject to begin with ? Nay, is it not impera- 
tive that an era of historié accuracy be inaugurated before the 
proposed célébration in Chicago, in 1893, implicates ali histo- 
rians in that huge international sham ? 

It may pertinently be asked, how did it happen that the re- 
cording of Norse events, the writingof the history of the Norse 
race in America, fell so completelyinto Romish hands, and why 
this discovery and colonization undertaking of theirsshould differ 
so essentially from their achievements in Gt. Britain, Normandy, 
Iceland, Russia, Switzerland, scoring for them their 07ie failure 
in a national career of transcendent brilliancy and power? 

The answer is not hard to find. The discovery of America by 
Leif Elrikson occurred at the transition point, when the Viking 
Age ceased and mediaevalism began. The very year that might 
hâve given the Norse race a new world and an empire compa- 
red with which ail their other conquests were as nothing, and 
this, too, without the necessity of doing battle with the armed 



— i97 - 

forces of civilized nations, the very date that might hâve made 
them the suprême race on earth, the year 1000, marked their 
subjugation under the only master to which they had ever suc- 
cumbed, the Roman Catholic Ghurch. Consequently it was not 
the Vikings, the proud, défiant, independent, freedom-loving 
Norsemen, who planted those colonies in Greenland and Vin- 
land, but the submissive vassals of the Pope, whose spirits were 
completely broken. Their former grand aims were relinquished, 
their ambition quenched ; their new selves looked with supers- 
titious contempt and condemnation upon their former selves, 
and thenceforth they had nothing to do but obey the mandates 
of the Pope. Leif Erikson, who might hâve stood forth in his- 
tory as the peer of Rolf and ïlastings, and Ragnar Lodbrok, or 
of the three Swedish brothers who founded the Empire of Rus- 
sia, became instead a missionary, on a par with the meanest 
and most ignorant drudges who force distasteful doctrines upon 
the lielpless, and forfeited the honors which a grateful posterity 
would hâve heeped upon him. 

He seems to hâve turned ont a better missionary than disco- 
verer and explorer, for it is related that soon ail the inhabitants 
of the Greenland colonies were converted. Gudrid, too, who pos- 
sessed traits that might hâve made her a heroine of the grand 
old Norse type, a second Aslôg, simply made a pilgrimage to 
Rome, as her crowning act, and then buried herself in an Ice- 
landic nunnery. 

If we read the account of the Greenland colonies written by 
a contemporary, Ivar Bardsen, a Greenlander, who was for ma- 
ny years procurator of Garda, the episcopal see of Greenland, 
and speaks of everything he describes as an eye-witness, we 
findno reproduction on Greenland soilofthe intellectual, splen- 
did and heroic life led by the people of Iceland ; the colonies 
were a Roman Catholic mission pure and simple, and the colo- 
nists had changed ail their habits and occupations as well as 
way of thinking. They were no longer law-makers, cultivating 
Ihose peaceful arts that had enabled them to build up many a 



— 198 — 

commonwealth, nortillers of the soil, nor even hunters, for the 
Church had appropriated ail the large domains, the best islands 
and fjords, and the hunting-grounds ; one conldnot even engage 
in whale-fishery or hunt reindeer without the consent of the 
bishop. Ivar Bardsen's account is little more than a description 
of Church property and the conséquent restrictions of tlie peo- 
ple's privilèges. A few extracts will sliow the cliaracter of the 
whole : « Near this » (Ketilsfjord) « is a Churcli, called the 
Church of Arôs, dedicated to the Iloly Cross. Tliis church owns 
everything on the outside as far as Uerjulfsnaos, islands and 
socks, and vvhatever the sea throws up, and on the inside eve- 
rything as far as Petersvig. At Petersvig is a large inhabited dis- 
trict, called Vatsdal, near which is a large lake, two nautical 
miles broad, abounding in fish. Petersvig church owns tlie whole 
district of Vatsdal... The church of Dyrnaes owns everything as 
far as Midfjord. Midfjord stretches out froni Eriksfjord due 
northwest. Further inside of Eriksfjord is the church of Solfjall, 
which owns ail Midfjord ; still farther inward of the fjord is the 
church of Leide, which owns ail up to the end of tlie fjord, as 
well as on the opposite side as far as Burfjall. Ail beyond Bur- 
fjall belongs to the cathedral church. » 

The reports of the bishops, if they could be found, including 
thatof Bishop Erik of Vinland and the various priests and mis- 
sionaries who were eitlier stationed tliere or travelled back and 
forth between Greenland and this newer colony, vvould proba- 
bly not dififer materially from Ivar Bardsen's account, inasmuch 
as they would only describe Church work and Cliurch gains, 
but dry and duU as such détails would be, they are indispensa- 
ble to the fuU knowledge of the Vinland colony, and would fix 
beyond a doubt its location, extent and period of existence. The 
state of things depicted by Ivar Bardsen and which must hâve 
been partially at least true of Vinland also, gives grounds for 
the exultant boasts of the Roman Catholic writers, of which the 
following passage, by John Gilmary Shea, is a good spécimen : 
« The Catliolic Cliurch », lie affirms, « is the oldest organiza- 



~ 199 — 

tion in the United States, and the only one that has retained the 
same life and polity and forms through each succeeding âge. 
Her history is interwoven in the whoie fabric of the country's 
annals... In this she has no parallel. No other institution in the 
land can trace back an origin in ail the nationalities that once 
controlled the portions of North America now subject to the laws 
of the republic. Ail others are récent, local and variable. She 
alone can everywhere claim to rank as the oldest. » 

Ail this is undeniably true, and would be cause for deep 
sorrow among ail liberal-minded nations, were it not for the one 
fact that the power of Rome thus early established in Vinland 
was broken, through the failure of the then Catholic mother 
country, Norway, to sustain the Vinland and Greenland colo- 
nies. Her commerce and navigation with them gradually cea- 
sed, about the year 1406, after the crown had secured the mono- 
poly of their trade, and they were left, at the last, even without 
the necessaries of life. Norway, in short, abandoned thèse colo- 
nies ! Worsaa, Egede, Rafn, and Finn Magnusen, ail testify to 
this fact. In « Grônlands Historislia Mindesmaerke » there is a 
transcript made by Finn Magnusen from an old Latin manuscript 
that he fouiid in Iceland, « which may perhaps throw some light 
on the cause of Norway's désertion of her colonies. It runs thus : 
« In 1342 the inhabitants of Greenland fell away of their own ac- 
cord from the true faith and the Christian religion, and having 
cast offallgood ways and true virtues, turned to the people of 
America. » Grantz mentions that with the exception of Thorwald 
and his brother Leif, « the rest of the Greenlanders, the Icelan- 
ders, and especially the Norwegians, that resorted from time to 
time to Wineland, were probably still heathens, who would ra- 
ther live in a strange land than embrace the Christian religion, 
which Olaus Tryggveson propagated with impetuousity in Nor- 
way. » It is not unlikely that when persécution and the rough 
devices of proselytism failed, désertion followed and the non- 
Catholic colonies in the new world were left to their fate ! 

It is maintained by ail supporters of the claim of Golumbus as 



— 200 — 

the discoverer of America, that the discovery of that land by the 
Norsemen produced no results, wliile, on the contrary, this dis- 
covery is valuable solely for its results^ for the voyages of Leif 
Erikson and his followers, and their colonies, which must hâve 
lasted, at the most moderato computation, for several centuries, 
certainly until 1342, the time of the gênerai défection from the 
« true faith,» led, by a direct and comparatively swiftprocess to 
the re-discovery of that same Atlantic coast by John and Sébas- 
tian Cabot, and its subséquent colonization during the reign of 
Queen Elisabeth, that is to say under the auspices of a Protes- 
tant government. 

The Catholic Church, however, loth to acknowledge itself 
foiled, and ever seeking to regain its ancient supremacy over 
the North American continent, is not likely to hâve lost or des- 
troyed the records, the briefs, papal Bulls, reports of bishops, 
etc., which comprise the liistory of its rule in Greenland and 
Vinland. They are undoubtedly still in existence, avvaiting the 
search of the scientists and historians of Europe. 



MIGRATION DES GAELS EN AMÉRIQUE AU MOYEN-AQE 
Par M. E. Beauvois. 

L'auteur développe ses idées sur les migrations d'Européens 
en Amérique pendant le moyen-àge, et spécialement des migra- 
tions des Gaôls. Des prêtres irlandais nommés papas seraient 
venus à deux reprises en Amérique : une première fois au hui- 
tième siècle de l'ère chrétienne, et une deuxième fois au quator- 
zième siècle. 

Ces prêtres auraient fait connaître la religion chrétienne aux 
peuplades américaines; c'est ainsi que s'expliquent les nom- 
breuses analogies que les premiers conquérants espagnols du 
seizième siècle ont constatées entre les religions indigènes et le 



- 201 — 

christianisme. La preuve la plus curieuse de cette influence des 
prêtres catholiques serait l'existence dûment constatée d'un cru- 
cifix auquel les indigènes rendaient un culte Un de ces crucifix 
existe encore aujourd'hui à Mérida dans le Yucatan, où, depuis 
le temps de Cortez, il est l'objet d'une véritable idolâtrie. 

[Le comité de publication du compte-rendu regrette vivement 
que M. E. Beauvois n'ait pas voulu lui laisser son important 
manuscrit.] 



SITUATION GÉOGRAPHIQUE DES ANCIENNES COLONIES SCANDINAVES 

Par le professeur Valdemau Schmidt. 

M. Valdemar Schmidt. Messieurs, vous me permettrez de reve- 
nir sur une question qui a déjà été traitée ce matin par un de 
mes compatriotes, M. d'Irgens-Bergh, à savoir la situation géo- 
graphique des anciennes colonies Scandinaves, et notamment de 
la colonie la plus importante du Groenland, la colonie Est. Cette 
question est à présent vidée depuis les voyages d'exploration 
que le capitaine Holm a entrepris au Groenland et la publica- 
tion de ses relations de voyage. A l'occasion du congrès de Co- 
penhague, il y a sept ans, où M. Steenstrup vous a lu un mé- 
moire très intéressant sur les anciennes colonies Scandinaves au 
Groenland, cet explorateur vous a décrit toutes les ruines de ce 
pays, et notamment les plus importantes, celles de la côte oc- 
cidentale à l'extrémité de la presqu'île; il a ajouté une notice 
sur l'histoire des relations du Danemark avec ces colonies pen- 
dant des siècles. Vous savez qu'au moyen-âge les Scandinaves 
sont allés fréquemment au Groenland et qu'ils ont laissé des 
descriptions du pays. Pour eux, ce n'était pas une île, mais seu- 
lement une côte entrecoupée par de nombreux fjords qui en- 
trent profondément dans l'intérieur. Sur la côte occidentale se 
trouvaient les deux colonies, la colonie est et la colonie ouest. 



— 202 — 

Ce n'est qu'au dix-septième siècle que Von découvrit que le 
Groenland n'était pas une côte, mais une ile assez pointue, avec 
une côte est et une côte ouest. 

Maintenant, il faut se demander où étaient les anciennes colo- 
nies Scandinaves. On pense que les deux dénominations étaient 
mal choisies, car, si les deux colonies ont été sur la même côte, 
les savants qui auparavant s'étaient occupés de la question ont 
placé la colonie est sur la côte est, une côte dont on connaissait à 
peine l'existence. M. Steenstrapa recherché les cartes anciennes 
et les manuscrits déposés dans les bibliothèques du Danemark 
et de l'Angleterre ; dans ce dernier pays il existe des cartes ma- 
nuscrites du Groenland, laissées par des compagnons des an- 
ciens explorateurs et, en partie aussi, par des savants qui avaient 
eu des relations avec des marins retour du Groenland. Les cartes 
manuscrites étaient inédites jusqu'à présent, mais M. Steenstrup 
vient de les publier en fac-similé en même temps que d'autres 
cartes. Dans un ouvrage publié par la commission royale du 
Danemark et dont il a paru jusqu'ici 13 volumes, vous trouverez 
un article, accompagné de cartes, sur la situation de la plus im- 
portante dos anciennes colonies Scandinaves. M. Steenstrup a 
pu constater qu'après les premières relations écrites sur la dé- 
couverte du Groenland, on continuait longtemps encore à placer 
avec raison, les deux colonies sur la côte ouest. Plus tard seule- 
ment, un savant islandais a le premier placé les colonies de 
l'autre côté de la côte ; la plupart ont adopté cette réforme géo- 
graphique, qui n'a pas été une amélioration pourtant. Il s'est 
manifesté de temps en temps de l'opposition, et au siècle der- 
nier, un savant publia un mémoire tendant à prouver que les 
deux colonies se trouvaient bien sur la côte occidentale. Le ca- 
pitaine Holm a cherché en tous les endroits qu'il a pu explorer 
à découvrir des ruines remontant à l'époque Scandinave. Il était 
en opposition avec les premiers explorateurs de cette côte, avec 
le capitaine Graah, qui, comme vous savez, a exploré le pre- 
mier, de 1828 à 1830, la côte est. Le capitaine Graah était sur, 
en se basant sur les travaux d'Egede, le savant missionnaire du 



— 208 — 

siècle dernier, qu'aucune colonie ne se trouvait sur la côte est. 
Il n a donc pas recherché avec beaucoup de soin les ruines qui 
peuvent se trouver sur cette côte. Par contre, M. Holm a mis du 
soin à ses recherches sur la côte est, parce qu'il avait eu l'idée 
que la colonie est pouvait bien y avoir été, et peu de temps 
après 1881 et le passage de l'expédition allemande, il découvrit 
assez près de l'extrémité de la pointe du Groenland quelques 
ruines à peu près Scandinaves, dans le voisinage de la côte est. 
Depuis les recherches et les explorations très exactes du capitaine 
Holm et ses compagnons, aucune autre ruine n'a été découverte 
jusqu'au point où il a pénétré, c'est-à-dire assez loin vers le 
nord, mais une partie de la côte n'a pas encore été explorée. 

On pourrait supposer que la colonie est était située plus au 
nord. Cependant, c'est impossible, parce que la littérature is- 
landaise du moyen-Age nous a légué plusieurs notices par les 
voyages à faire et qu'en suivant les conseils contenus dans ces 
notices on ne saurait placer la colonie est dans cette direction. 
La question est donc vidée. Les colonies Scandinaves étaient 
placées, malgré leurs dénominations, toutes deux sur la côte oc- 
cidentale, à savoir, la colonie est plus au midi, là où il n'y a que 
peu de ruines, et la colonie ouest plus au nordj là où il y a les 
ruines les plus importantes ; c'est-à-dire là où se trouvait l'église 
de Gardar, pendant plus de quatre siècles le siège de Tévêque 
du Groenland. 

Je profiterai de l'occasion pour vous parler encore de quel- 
ques publications récentes de mes compatriotes relativement au 
Groenland. M. Ring, qui a passé une grande partie de sa vie au 
Groenland et s'est occupé de nos travaux au congrès de Co- 
penhague, a publié un mémoire de philologie comparée de la 
langue esquimaude ; en étudiant le plus de dialectes possible 
de cette langue, il a pu mener à bout ce travail qui figure dans 
les annales du congrès de Copenhague. J'ai l'honneur de vous 
en offrir un volume, qui contient également le mémoire de 
M. Steenstrup. 

Tout récemment, M. Ring s'est occupé d'une étude compara- 



— 204 -- 

tive des outils, des armes et des chiens de chasse des diverses 
tribus esquimaudes. Ses recherches ont fait l'objet d'une com- 
munication dans les comptes-rendus de la Société des antiquaires 
du nord. Elles sont divisées en cinq groupes, en suivant l'ordre 
d'importance des objets au point de vue des Esquimaux mêmes : 
1° les noms des bateaux et de leurs parties ; 2° les noms des 
armes et des outils les plus importants ; 3" ceux des animaux ; 
4» ceux des oiseaux, et enfin 5" un certain nombre de mots 
ethnographiques et géographiques M. Ring a pu constater que 
la plupart de ces noms se ressemblent dans tout le domaine de 
la race esquimaude, sans exclure les tribus les plus éloignées et 
même celles qui ignorent rexistence d'autres tribus. Voilà des 
matériaux très utiles qu'a réunis. M. Ring au profit de ceux qui 
voudront en tirer des conclusions. En tout cas, l'unité de la race 
esquimaude parait démontrée. Les ancêtres ont dû demeurer 
sur la côte de la « Grande Mer » , à peu de distance de l'embou- 
chure de quelque rivière. Où était-ce ? On pense généralement 
que la race esquimaude a émigré d'Asie en traversant le détroit 
de Behring. M. Ring admet que cela soit possible, mais il pense 
plutôt que les Esquimaux sont sortis des régions centrales de 
l'Amérique, peut être vers la côte ouest. Une observation de 
Ring se rapporte à la rame. Vous savez que les Groenlandais se 
servent de la rame double, avec feuille des deux côtés. Cette 
rame existe chez la plupart des tribus esquimaudes, mais elle est 
moins connue à l'ouest, où la rame simple est plus généralement 
en usage, surtout dans la partie centrale. Au Groenland, le type 
de l'habitation correspond d'ailleurs au type de Hiabitation des 
Indiens. Il parait donc, à plusieurs points de vue, qu'il y a eu un 
contact primitif entre les Indiens et les ancêtres des Esquimaux. 
M. Ring est même d'avis que la patrie primitive des Esquimaux 
pourrait bien être l'Alaska. 

En touchant cette question, je dois encore citer une bibliogra- 
phie groenlandaise embrassant tous les ouvrages anciens et mo- 
dernes sur cette terre. C'est un travail assez volumineux, très 
bien fait, qui se recommande à tous ceux qui s'occupent du 
Groenland et de la race esquimaude. 



— 205 — 

M. J. Girard de Rialle présente ensuite les photographies de 
la dernière page des trois traités passés en 1666 par le gouver- 
neur du Canada, pour Louis XIV, avec les ambassadeurs de 
quatre ou cinq nations de la ligue Troquoise,Onondaga, Oneida, 
Cayaga et Seneca. L'intérêt de ce document, conservé aux ar- 
chives du ministère des affaires étrangères, consiste dans les 
dessins de leurs totems ou marques distinctives de leurs familles 
ou tribus, que ces chefs iroquois ont tracés au crayon en guise 
de signature au bas de ces traités. 

M. Altamirano fait circuler un manuscrit contenant la traduc- 
tion faite par lui, de l'anglais en espagnol, de l'ouvrage écrit et 
publié aux États-Unis par le savant américaniste M. Ad. F. Ban- 
delier, sous le titre : « L'art de la guerre chez les anciens Mexi- 
cains ». Ce livre contient une étude critique remarquable sur 
l'organisation politique et militaire des anciennes populations 
mexicaines. 

Cette étude, d'après le traducteur, a le mérite rare de présen- 
ter sous un jour nouveau l'histoire du Mexique, si défigurée jus- 
qu'ici par les chroniqueurs espagnols du XVP siècle et par les 
écrivains qui l'ont copiée servilement, sans soumettre leurs 
affirmations à un examen attentif, M. Bandelier a entrepris la 
reconstitution critique de cette œuvre, en l'appuyant sur les bases 
les plus solides. Il a pu arriver à donner des notions plus cer- 
taines sur l'organisation du gouvernement des anciens Mexi- 
cains. Il prouve, par exemple, qu'ils n'avaient nullement constitué 
une monarchie, mais bien une démocratie militaire. 

Le traducteur, à son tour, a ajouté à cet ouvrage quelques 
notes historiques. Il doit faire mention, entre autres, de celle 
qui a trait aux fonctions politiques et militaires du « Cihua 
cohuatl » compagnon inséparable du « tlacatecuhtli ». Les chro- 
niqueurs espagnols, sans comprendre assurément le caractère de 
ce personnage, l'appelèrent empereur ou roi, tandis qu'il 
était simplement le chef de la république avec des pouvoirs 
très hmités : le cihua cohuatl partageait avec lui le commande- 
ment. 



— Î06 — 

M. Altamirano fait ensuite observer que sa traduction espa- 
gnole a été illustrée par lui de figures coloriées représentant des 
guerriers mexicains et des armes anciennes. Cette traduction et 
ces illustrations ont mérité l'approbation de M. Bandelier, Comme 
M. Altamirano se propose de publier cet ouvrage à ses frais, il 
s'est contenté de l'annoncer au congrès. 



DÉCOUVERTES DES PORTUGAIS EN AMÉRIQUE 

AU TEMPS DE CHRISTOPHE COLOMB . 



PAR 



MM. Paul GAFFAREL et Charles GARIOD 



Les espagnols ne furent pas les seuls qui se lancèrent sur les 
traces de Colomb, et cherchèrent, non pas à lui ravir l'honneur 
de ses découvertes, mais à en profiter pour exploiter à leur aise 
les richesses des contrées où les aurait portés leur audace servie 
par le hasard. Les Portugais, leurs rivaux de gloire et leurs voi- 
sins immédiats, furent les premiers à chercher ainsi fortune sur 
l'Atlantique, mais, comme s'ils redoutaient d'engager une lutte 
économique qui ne tournerait sans doute pas à leur avantage, ils 
concentrèrent leurs efforts dans une autre direction, celle du nord- 
ouest. C'est à une famille Portugaise, probablement d'origine 
française \ celle des Corte Real, que revient l'honneur principal 
de ces explorations. Si môme on ajoute foi à une tradition, qui 
d'ailleurs ne repose sur aucun document authentique, un des 
membres de cette famille, Joa Vaz Corte Real, aurait été le pré- 

' D'après Barrisse {Les Corte Real, 1, 9, Paris, E. Leroux, 1883) les de la 
Coste seraient venus^en Portugal dès Hi7 avec la maison de Bourgogne. En 
1384 l'un d'entre eux, Vasqueanes, aurait mérité le nom de Corte-Real pour 
avoir affronté deux chevaliers français ou allemands, qui étaient venus défier 
les Portugais. Il devint alcade de Tavira, gouverneur des places frontières de 
TAlgarve, se distingua au siège de Ceuta en 1413, et obtint du roi Jean l la 
permission d'ajouter à ses armes un bras armç d'une lance d'or saisie d'un 
pennon flottant. 



_ 208 — 

curseur immédiat de Colomb, et, dès 1464, aurait abordé le con- 
tinent américain. 

Joao Vaz Corte Real*, huissier major (porteiro môr) de Fer- 
nand, duc de Viseu, frère du roi Alphonse V", devint le 2 avril 
1474 capitaine donataire de la partie méridionnale de Terceira, 
fut confirmé dans cette possession le 6 avril 1488, épousa Marie 
de Habarca et mourut à Angra dans l'Ile de Terceira, le 2 juillet 
1496. Ce sont les seuls actes de sa vie prouvés par des documents 
incontestables. On lui attribue encore un voyage important 
qu'il aurait fait dès Tannée 1464 ^ Un de ses amis, Alvaro Mar- 
tins Homen et lui, envoyés à la découverte par le roi du Portu- 
gal, auraient, dans la direction du nord, trouvé l'ile des morues. 
A leur retour ils abordèrent à Terceira, et, comme la capitainerie 
de cette île était vacante parla mort de Jacomo de Bruges, ils vin- 
rent la demander à l'infante Doiia Brites, veuve de l'infant Don 
Fernand, et tutrice de l'infant Don Diego, qui la leur accorde en 
récompense de leurs services, mais à condition qu'ils la parta- 
geraient entre eux. Remarquons tout d'abord que Doiia Brites ' 
ne perdit son mari que le le 18 septembre 1470, et que, par con- 
séquent, elle ne pouvait, dès l'année 1464, agir en qualité de 
veuve , et de tutrice de son fils. En second lieu, aucun des histo- 
riens d'Aphonse V et de Jean II, ni Garcia de Resende, ni An- 

1 EtLRRissE, Corte Real, appendices II, III, IV, VI, XXIII. 

* CoHSKuio, Historiai72Sidana, p. 230, 3il. « Estando pois vaga a capitania 
de Terceira pela falia do primeiro capitaô Jacomo de Bruges, succedeu apor- 
tarem a Terceira dos fidalgos que vinham da Terra dos Bacalhaus que por 
mandado del Rey de Portugal tinham ido descobrir ; hum se charaava Joào 
Vas Corte-Real e ooulro Alvaro Martins Homen, e informando se da terra 
Ihes contenton tanto que em chegando a Portugal a pedirao de merce por 
seus servicios. . . . Alvaro Martins Homen nào ero de inenos qualidade e 
fidalguia que seu companheiro Joào Vaz Corte Real pois egualmente a ambos 
tinha el rey mandado a descobi'ir a terra dos Bascalhaus » Cf. récit de Fkuc- 
Tvoso, Saudades da Terra. (Edition Azevedo, 1873), liv. VI, §9. 

^ La donation de D. Brites existe; elle est datée d'Évora, mais seulement 
du 2 avril 1464, et il n'y est i'aitallusion qu'à ses fonctions etnullementà ses 
découvertes. « En considerando os servicios que Joào Vas Corte Real, fidalgo 
da casa do dito Senhor meu lilho, tem feito ao infante meu senhor; seu 
padre, que dem haja, de pois, a mime e a ella... » 



— 209 — 

tonio Galvam, ni Damian de Go(^s n'a fait allusion à un fait pour- 
tant si honorable pour le Portugal, et des deux seuls écrivains 
qui en ont parlé, l'un, Fructuoso, manque de critique et écrivait 
cent vingt ans après le voyage en question, l'autre, Cordeiro, a 
composé son livre plus tard encore, seulement en 1717, et en 
grande partie d'après les traditions locales. Enfin et surtout, si 
le voyage de 1464 était authentique, est-il probable que le Por- 
tugal n'aurait élevé aucune réclamation contre les bulles ponti- 
ficales qui attribuèrent aux Espagnols des terres découvertes par 
les Portugais ? Est-il possible que Martin Behaim qui vécut à 
Fayal, de 148G à 1490, qui était allié à la famille des Gorte Real, 
et qui enregistra si soigneusement toutes les découvertes récentes, 
n'ait pas indiqué sur son fameux globe la prétendue terre entre- 
vue par Joao Vaz Gorte Real ? Notons encore que, lorsque le roi 
de Portugal voudra récompenser les services de Gaspard, le fils 
de Joao Vaz, il ne sera même pas fait mention, dans l'acte de 
donation, des découvertes de son père. G'est que ces découvertes 
n'ont pas eu lieu ! Sans doute elles auraient pu se faire, et Joao 
Vaz fut un de ces marins, comme le Portugal en a tant compté, 
qui ne craignaient pas de se risquer sur des mers inconnues et 
étaient parfaitement capables de découvrir des terres nouvelles, 
mais ce n'est pas à lui, c'est à son fils Gaspard que revient l'hon- 
neur d'avoir entrevu le continent Américain. 

Gaspard Gorte Real était le plus jeune des trois fils issus du ma- 
riage de Joao Vaz et de Maria de Abarca. Il était né vers 14o0. 
Nous le trouvons en 1497 établi àAngra. Il administrait cette 
capitainerie, en qualité de lieutenant d'abord de son père, puis 
de son frère aine Vasqueanes \ La nouvelle des succès obtenus 
par ses compatriotes dans leurs aventureuses expéditions sur 
l'Océan semble lui avoir inspiré une salutaire émulation. Il vou- 
lut lui aussi, comme il n'avait rien à espérer de rhéritage pater- 
nel, se tailler des principautés dans ces terres vierges, dont il ne 
s'agissait que de prendre possession, et, à diverses reprises, aidé 

* Barrisse^ les Gorte Real, p. 39. 

U 



— âio — 

par de hardis compag-nons, se lança sur l'Atlantique. Ces expé- 
ditions ne réussirent pas, autrement il eût été fait mention de 
ses découvertes dans les lettres patentes * qui lui furent plus tard 
délivrées par le roi Mànofil (12 mai 1500); mais Gaspard ne se 
découragea pas et organisa de nouvelles entreprises. Trouvant 
avec raison qu'on avait tort de négliger les régions septentrio- 
nales, il se proposa, soit de trouver dans cette direction des terres 
nouvelles, soit de découvrir un passage ^ qui conduirait aux 
Indes. Muni de lettres royales, par lesquelles le roi ManoGl lui 
accordait la donation des lies ou de la terre ferme qu'il décou- 
vrirait, il partit avec un navire de Lisbonne au commencement 
de l'été de l'année 1500, relâcha à Terceira, où il prit deux autres 
navires, et arriva jusqu'au 50° de lattitude nord, où il trouva 
une terre très froide, mais couverte d'arbres ^ Il lui donna le 
nom de Terra Verde. C'est ainsi que l'islandais Eric Rauda, cinq 
siècles auparavant, avait dénommé la terre qu'il rencontra. Gas- 
pard Corte Real venait pourtant de découvrir non pas le Groen- 
land, mais plutôt Terre Neuve, ou le Labrador. Comme les cara- 
velles de l'époque ne pouvaient emporter de vivres que pour 
trois ou quatre mois au plus, et que le ravitaillement était diffi- 
cile dans ces régions déshéritées, Gaspard se contenta d'un exa- 
men superficiel, et rentra en toute hâte à Lisbonne, pour annon- 
cer sa découverte et préparer une expédition plus sérieuse. 

* Ces lettres patentes enregistrent seulement les voyages entrepris. <( Por 
quanto Gaspar Cortereal, fidalguo da nossa casa, os dias pasados se trabal- 
hon per sj e a sua custa, con navjos e homes, de buscar e descubrir e achar 
con muyto seu trabalho e despesa de sua fazenda e peryguo de sua pesoa al- 
gunas ilhas e terra firma. » 

' Damiano de (jOEs.ChronicadoSerem'ssimoRey D.Emmanuel (1566), §LXVII 
« Pelo que propos de ir descobrir terras pera banda do Norte, porque pera 
do Sul tinhamja outros descuberto muytas. » — Osorio. De rébus Emma- 
«ueiis r<?^/s (lo71). « Et quia videbat omnia ferme litora, quœ ad Austrum 
spectabant, esse jam nostrorum navigationibusexplorationecognita, aniraum 
ad ea perlustranda, quic ad seplentrionem pertincbant, applicuit ». 

' Damiano de Goos, ouv, cité « Nesta viagemdcscobrio pera quella banda do 
Norle, huma terra que por ser muilo fresca c de grandes arvoredos, como 
sào todas as que jazcm pera aquella banda lie pos name terra verde. » 



- âil - 

Les rois de Portugal avaient été durement punis de ne pas avoir 
accepté les offres de Colomb. Désirant réparer le temps perdu, ils 
ne repoussaient d'ordinaire aucune des propositions que leur 
adressaient leurs sujets, et, dans la mesure du possible, hâtaient 
les préparatifs des expéditions projetées. Ainsi s'explique la rapi- 
dité avec laquelle Gaspard organisa un nouveau voyage *. Non 
seulement ses frères l'aidèrent de leur bourse, à condition que la 
moitié des profits et des découvertes leur serait acquise, mais 
encore le roi intervint directement pour faciliter le départ de 
l'explorateur. On a conservé un ordre donné par le roi Manoël, 
à la date du 15 avril loOl, au directeur de la manutention, de 
remettre à Gaspard tous les biscuits qu'on pourrait fabriquer avec 
dix muids de blé. Six jours après, Gaspard accusait réception des 
dits biscuits ^ On a conservé ce reçu. C'est môme le seul docu- 
ment écrit et signé par lui que l'on connaisse. Quelques jours 
plus tard, le 15 mai, il partait de Lisbonne avec trois navires 
et s'enfonçait dans la direction du nord-ouest '. 

Le 8 octobre 1501 un des trois navires rentrait à Lisbonne et 
apportait les premières nouvelles de l'expédition. L'ambassadeur 
de Venise à la Cour du Portugal était alors un certain Pedro 
Pasqualigo. Comprenant l'importance de la découverte, il inter- 
rogea le capitaine et les matelots du navire qui venaient de ren- 
trer à Lisbonne, et, suivant l'usage des diplomates ses compa- 
triotes, s'empressa d'adresser, sous forme de lettre, un rapport 
détaillé à la Seigneurie. Ce rapport, daté du 18 octobre 1501, 
nous est parvenu. Nous le donnons tout entier *, non seu- 

* Harrisse. Gaspard Corte Real, la date exacte de sa dernière expédition au 
Nouveau Monde (Paris, E. Leroux, 1883). 

2 Voici le reçu de Gaspard : « He verdade quereceby do almoxarife lacomo 
Dias setenta e dous quintaes e meio (de bizcoito) por dez inoyos de triguo 
do campo que de mym recebeo. Feilo a xxj dias d'abrill de loOl. Gaspar 
Corte Real ». 

^ D'après Goës ; « No anno de MDJ partio de Lisboa ahoz XV dias do mes 
de Maio. 

♦ Cette lettre de Pasqualigo, publiée dans les Diarii de Mauino Sancto 
(Venise 80, 81, T. IV, p. 200, 201), a été de nouveau éditée par Harrisse 



— 212 — 

lement à cause de l'intérêt qu'il présente, mais parce qu'il est le 
premier document authentique relatif aux découvertes Portu- 
gaises dans l'Amérique du Nord. « Le 8 de ce mois est arrivée 
ici une des deux (sic) caravelles que ce roi Sérénissime envoya 
l'année dernière, sous le commandement du capitaine Gaspard 
CorteReal, à la découverte d'une autre terre vers la tramontane. 
On rapporte qu'ils ont trouvé à deux mille milles d'ici, entre 
le nord-ouest et l'ouest, un pays, jusqu'alors complètement in- 
connu. Ils ont parcouru six à sept cent milles de la côte de cette 
terre, sans en trouver la fin, ce qui les porte à croire que c'est 
la terre ferme. Cette terre fait suite à l'autre terre découverte 
Tannée passée au septentrion. Les caravelles n'ont pu arriver 
jusque-là à cause de la mer qui était gelée et de la grande quan- 
tité de neige. Leur opinion sur l'existence d'un grand continent 
se trouve confirmée par la multitude de grands fleuves qu'ils y ont 
trouvés, car, assurément, une île ne saurait en contenir un nom- 
bre aussi considérable et de si importants. Ils disent que ce pays 
est très peuplé et que les maisons des habitants, construites en 
bois, sont de grande dimension, et recouvertes en dehors de 
peaux de poissons. On a amené ici sept indigènes, hommes, 
femmes et enfants. L'autre caravelle que l'on attend d'heure en 
heure doit en amener cinquante autres. Ils sont tous de même 
couleur, de même figure, de même taille et de même aspect, très 
semblables à des tziganes et vêtus de peaux de différents ani- 
maux, surtout de loutres, dont ils portent le poil en dehors l'été 
et en dedans l'hiver. Ces peaux ne sont ni cousues ensemble, ni 
tannées, mais telles qu'elles sont détachées de Tanimal. Ils s'en 
couvrent les épaules et les bras. Ils se lient les parties hon- 
teuses avec des cordes faites de forts nerfs de poissons, et res- 

(Les Cortc Ilenl appendice XVII) et ti'aduito par lui (p. TiO). Pasqualigo, le 23 
t)cto})rel!501, adressa une seconde lettre à ses frères sur le môme sujet. Elle 
a élé publiée dans la fameuse collection du Pacsi novamenlc ritrovati (Vicence 
1507), et reproduit la première lettre en termes à peu prés identiques. Dès 
•U)08 la lettre de Pasqualigo était traduite en latin par Arcangelo Madrigano, 
en allemand par Jost RUchamer, et vers 4515 en français par Martin de 
Rfedouei". 



— 213 — 

semblent ainsi <\ des hommes sauvages. Ils sont très craintifs et 
doux. Ils ont les bras, les jambes et les épaules remarquable- 
ment bien conformés. Leur visage est peint à la manière des 
Indiens, quelques-uns avec six signes, d'autres avec huit au 
moins. Ils parlent, mais personne ne les comprend, quoiqu'on 
leur ait, à ce que je crois, adressé la parole dans toutes les lan- 
gues possibles. Leur pays ne contient pas de fer, mais ils fabri- 
quent des couteaux et des pointes de flèches avec certaines 
pierres. Ils ont aussi apporté un tronçon d'épée dorée qui parait 
avoir été fabriqué en Italie. Un des enfants portait aux oreilles 
deux petits disques d'argent confectionnés certainement à, Ve- 
nise. Ceci me porte à croire qu'il s'agit d'une terre ferme, car 
il n'est pas probable qu'un navire soit jamais parvenu jusque-là 
sans qu'on en ait eu connaissance. Ils ont une très grande quan- 
tité de saumons, de harengs, de morues et autres poissons sem- 
blables. Ils ont aussi beaucoup de bois, des hêtres, et surtout 
des pins, bons à faire des mâts et des vergues pour les navires. 
Il résulte de tout cela que le roi sérénissime espère tirer beau- 
coup de profit de ce pays, soit à cause des bois pour les navires 
dont il a besoin, soit pour les hommes qui sont d'excellents ma- 
nœuvres et les meilleurs esclaves qu'on ait jamais eus. J'ai cru 
très utile de vous informer de tout cela, et je ferai de môme si, 
à l'arrivée de la caravelle capitaine, j'apprends quelque chose 
de nouveau. » 

Ce ne fut pas la caravelle capitaine, mais le second navire qui 
rentra à Lisbonne trois jours plus tard, le 11 octobre. Pasqua- 
ligo n'informa pas son gouvernement de cette arrivée, ou du 
moins, s'il rédigea un rapport à cette occasion, ce rapport n*a 
pas été conservé : mais un de ces négociants italiens, dont la 
présence à Lisbonne a souvent été constatée, Alberto Cantino, 
homme d'affaires d'Hercule d'Esté, duc de Ferrare, sempressa 
de faire part à son illustre correspondant du résultat et des in - 
cidents de cette traversée. Voici sa lettre \ au moins aussi cu- 

' Cette lettre, conservée aux archives d'iîtat àModène (Dispacci délia Spa- 
gna), a été publiée en appendice et traduite par H.\i\mssi:, ouv. cité, p. 
204-'>np. 



- 214 — 

rieuse que la lettre de Pasqualigo : « Neuf mois se sont déjà 
écoulés depuis que ce roi Sérénissime envoya vers le nord deux 
navires bien équipés, dans le but de chercher s'il était possible 
qu'on découvrit dans ces lieux des terres ou des lies, et mainte- 
nant, 11 de ce mois, un de ces navires est de retour sain et sauf 
et avec un chargement. Il rapporte des gens et des nouvelles que 
je n'ai pas cru devoir laisser passer sans en informer votre ex- 
cellence, et ainsi j'écris exactement et distinctement ci-dessus 
tout ce que le capitaine ' a exposé au roi en ma présence. 
D'abord ils racontent que, lorsqu'ils eurent quitté le port de 
Lisbonne, ils naviguèrent pendant quatre mois de suite dans la 
même direction et vers le pôle, et dans le cinquième mois, vou- 
lant toujours avancer, ils dirent qu'ils trouvèrent des masses dé- 
mesurées de neiges congelées surnageant sur la mer et s'avan- 
çant sous l'impulsion des vagues. Du sommet de ces blocs cou- 
lait une eau douce et limpide produite par la chaleur du soleil, 
laquelle descendait à travers les petits canaux qu'elle se creu- 
sait elle-même. Les navires ayant déjà besoin d'eau, ils s'appro- 
chèrent avec les canots et en prirent pour leurs besoins. Craignant 
de demeurer en ce lieu à cause de l'imminence du danger, ils 
pensèrent à s'en retourner, mais, soutenus par l'espoir, ils réso- 
lurent de pousser dans la même direction pendant quelques 
jours encore autant que possible, et ils rencontrèrent la mer ge- 
lée, et, forcés de renoncer à l'entreprise, ils se tournèrent vers 
le nord-ouest et l'ouest. Ils voyagèrent pendant trois mois dans 
cette direction, toujours favorisés parle beau temps. Le premier 
jour du quatrième mois, ils aperçurent, entre ces deux directions, 
un très beau pays dont ils s'approchèrent avec joie, et plusieurs 
grands fleuves d'eau douce coulant de ce pays vers la mer. Ils 
remontèrent un de ces fleuves pendant environ une lieue, et, 
étant descendus à terre, il trouvèrent une grande quantité de 
fruits excellents et variés, des arbres et des pins d'une telle di- 

* Ce détail semble prouver que Cantino jouissait d'un certain crédit, puis- 
qu'il était présent lorsque le capitaine de la seconde caravelle rendit compte 
au roi des incidents du voyage. 



— 218 - 

mension en grosseur et en hauteur qu'ils seraient trop grands 
pour servir de mâts au plus grand navire qui soit en mer. Au- 
cune espèce de blé ne pousse dans ce pays, et les indigènes affir- 
ment ne vivre que de pêche et de chasse aux animaux, qui sont 
en grande quantité dans le pays, tels que cerfs très grands cou- 
verts d'un poil très long. Ils se servent de leurs peaux pour s'ha- 
biller et pour construire des habitations et des bateaux. Il y a des 
loups, des renards, des tigres, des zibelines. Ils assurent qu'il 
s'y trouve, chose miraculeuse à mon avis, autant de faucons 
voyageurs que de moineaux chez nous. J'en ai vu et ils sont 
très beaux. Ils se sont emparés d'environ cinquante de ces indi- 
gènes, hommes et femmes, et les ont menés au roi. Je les ai vus, 
touchés, observés, et, commençant par leur taille, je dirai qu'ils 
sont un peu plus grands que nous, avec des membres bien pro- 
portionnés et bien formés. Les cheveux des mâles sont longs se- 
lon notre usage, et flottants en boucles. Ils ont le visage peint de 
gros dessins à la façon des Indiens. Leurs yeux, de couleur pres- 
que verte, donnent à leur physionomie, quand ils vous regar- 
dent, un air de grande fierté. Leur langage ne se comprend pas, 
cependant il n'a aucune âpreté. Au contraire il est plutôt hu- 
main. Leurs façons et leurs gestes sont très doux ; ils rient beau- 
coup et montrent grand plaisir. Voilà pour les hommes. Les 
femmes ont les seins petits, une très petite taille, et leur visage 
est fort gentil. Leur couleur est plus blanche. Les mâles au con- 
traire sont beaucoup plus foncés. En résumé, sauf le terrible 
regard de l'homme, ils nous ressemblent, selon moi, tout â fait 
et en toute chose. Ils sont tout à fait nus, sauf dans les parties 
honteuses qu'ils cachent sous une peau des cerfs susdits. Ils n'ont 
point d'armes ni de feu : ainsi tout ce qu'ils travaillent et ce 
qu'ils font, c'est avec des pierres pointues très résistantes, dont 
ils se servent pour tailler toutes choses, môme les plus dures. 

Ce navire a fait le voyage de retour ici en un mois, et l'on as- 
sure qu'il y a 2.800 milles de distance. L'autre navire a résolu 
de longer cette côte en naviguant jusqu'à ce qu'il réussisse à éta- 
blir s'il s'agit d'une ile ou d'un continent. Le roi les attend lui 



— 216 — 

et les antres avec impatience. Quand ils seront arrivés, s'ils rap- 
portent quelque chose digne de Votre Excellence, je l'en avertirai 
immédiatement. » 

Gaspard Corte Real et ses compagnons ne devaient jamais ren- 
trer à Lisbonne '. Soit qu'ils aient fait naufrage, soit qu'ils n'aient 
pu revenir en Europe, on n'entendit plus parler d'eux, et les 
seuls renseignements authentiques sur ladécouverte portugaise, 
nous les devons aux documents italiens que nous venons de re- 
produire. \ 

De ces documents quelle conclusion avons-nous le droit de 
tirer? Gaspard Corte Real s'est avancé dans les mers du nord jus- 
qu'au point où il a rencontré, soit des icebergs, soit des côtes 
bordées de glaciers, c'est-à-dire dans les régions de l'Atlantique 
que l'on a désignées depuis sous le nom de détroits ou de mers 
de Baffîn, de Davis etd'Hudson. Ces côtes, remarquables par les 
arbres gigantesques qui les bordaient, sont probablement celles 
du Labrador. Quant aux habitants, leur description répond assez 
à celles qu'ont données plus tard Cartier et Champlain des Ca- 
nadiens ; mais il est impossible de déterminer avec plus de pré- 
cision la région découverte ou les indigènes avec lesquels les 
Portugais entrèrent en relation. On aura pourtant remarqué 
qu'ils connaissaient déjà les Européens, puisqu'ils avaient entre 
les mains des objets de fabrication européenne, et spécialement 
vénitienne : mais quels étaient ces Européens ? Etaient-ce les 
Vénitiens et les Frislandais des Zeni, ou simplement les Anglais 
de GabottOj ici encore nous avouerons notre ignorance. Certes il 
serait facile d'avancer des hypothèses plus ou moins plausibles, 
mais n'est-il pas préférable de reconnaître que, dans l'état actuel 
de nos connaissances, on ne peut rien affirmer, sinon la réalité 

* GoMARA {Historia gene?'alde las Fndias. Ed. Vedia, 177) est l'écrivain le 
plus ancien qui parle des Corte Real, et sa seule autorité est la traduction la- 
tine delà lettre de Pasqualigo. Rxmvsio (Racolta III, p. 417) se contente de re- 
produire les renseignements donnés par Pasqualigo. Les historiens portugais, 
Galvam ou Goës, ne sont pas mieux informés. Osorio en sait encore moins 
que Goës : < Sed quid illi accident aut quo fato absumptus fuerit nunquam 
sciri potuit. » 



— 217 — 

de ce double voyage entrepris par les l'ortugais et Gaspard 
Corte Real dans rAmériquc du Nord ' ? 

La catastrophe qui anéantissait brusquement tant d'espérances, 
eut un grand retentissement dans tout le Portugal *. Miguel Cor- 
te Real le second des fils de Joao Vaz, ne voulut pas croire à la 
disparition de son frère, et partit à sa recherche. Divers docu- 
ments attestent qu'il remplissait à la cour de Lisbonne d'impor- 
tantes fonctions. En 1495 le roi Jean II lui accordait une pen- 
sion pour le récompenser de ses services. En 1301 le roi Manoël 
l'avait auprès de lui en qualité de porteiro môr. Miguel profita 
du crédit dont il jouissait et de l'impression causée par la mort 
de son frère pour obtenir l'autorisation de partir. 

Les historiens ont prétendu que Miguel avait entrepris deux 
voyages ' à la recherche de son frère. Le premier voyage aurait 
eu lieu en mai 1501 ; mais tout était étrange dans les détails de 
cette expédition. Ainsi les trois navires, Figa^ Santa-Barbara et 
Sania-Crtiz, en quittant Lisbonne avaient relâché à Malaga, ce 
qui est au moins singulier pour des explorateurs qui songent à 
parcourir le nord de l'Atlantique. En outre l'équipage était bien 
nombreux, et on ne s'expliquait pas la présence à bord d'un 
mandataire spécial du roi, Fernao d'Alcacova : mais on sait 
aujourd'hui que ces trois navires faisaient partie de l'escadre en- 
voyée par le roi Manoël contre les Turcs au secours de Venise *. 



* Harrisse. Les Corte Real, appendice XIV et XIX. 

' Colomb avait été en rapport avec les Corte Real et il s'intéressait à leur 
sort. Voir Las Casas, Historia de las Indias,!, XIII: Y anidio maïs{Golon)que 
habia visto dos hijos del capitan que descubrio la dicba isla Terceira, que se 
llamaban Miguel y Gaspar Corte Real, ir en diversos tiempos a buscar aquella 
tierra, y que se perdieron en la demanda, el uno en pos del otro, sin que su- 
piese cosadellos. » 

3 Les documents relatifs à cette expédition sont les suivants: 1° Demande 
à l'écuyer du roi Gristovam Lopez de deux pipes de vin et d'un bœuf (6 août 
-1581) ; 2o Reçu de Michel Corte Real (7 août 4501) ; 3o Reçu de deux douzaines 
de merlans pour approvisionnements de la Figa (7 août) ; 4° Reçu du capitaine 
Jào Leite de la Santa Barbara; 5» Reçu du capitaine Diego d'Alcaçover de la 
Santa-Cruz. 

* Damiano de Goës, ouv. cité, § 48, 51, 52, 92. 



— 218 — 

C'était Joao de Menezes qui avait le commandement général 
de la flotte, mais comme les Turcs n'attaquèrent pas, les Portu- 
gais rentrèrent à Lisbonne. Ils étaient de retour en novembre 
1501 et le roi récompensait Miguel en lui accordant une pension 
de 300.000 reis pour ses services passés et à venir *. 

Ce fut alors seulement que Miguel Corte Real organisa une 
expédition à la recherche de son frère. Il fit valoir auprès 
du roi les conventions intervenues entre la couronne et Gas- 
pard Corte Real, et, par lettres patentes du 15 janvier 1502 ', 
obtint la confirmation de tous les privilèges accordés à son frère, 
et notamment la propriété de la moitié des terres à découvrir. 
Le 10 mai 1502 deux ou trois navires ', on n'est pas bien fixé sur 
ce nombre, partaient de Lisbonne et prenaient la direction du 
nord. Lorsque Miguel arriva à la côte que son frère avait décou- 
verte, à la terre Verte, et qu'il reconnut un grand nombre d'es- 
tuaires et de ports, afin de faciliter les recherches, il divisa la 
besogne. Chacun des navires dut explorer une région déterminée. 
On fixa un rendez-vous commun pour le 20 août. Deux navires 
seulement arrivèrent k la date fixée. Le vaisseau que montait Mi- 
guel ne reparut jamais. On l'attendit longtemps, mais, lorsqu'on 
comprit que tout espoir était perdu, on se décida à reprendre 
le chemin de Lisbonne. Dès lors on n'entendit jamais plus par- 
ler de Miguel. Il continuait le funèbre martyrologe, qu'avait 
commencé son frère, des victimes de ces mers dangereuses. 

Le roi se montra très affecté de la mort de Miguel *, et expé- 

* « E aos que ao deamte délie esperamios receber ». 

* Harrisse, les Corte Real, appendice XX. 

' D'après Damiano de Goës il n'y avait que deux navires. Antonio Galvam 
en compte trois. Voici le récit de Galvam : « Ghega dos a quella costa, como 
virào muitos bocas de rlos, e abras, entron cada hum pela sua, com regimento 
que se ajuntassen todos ate vinte dias do mez Dagosto : os dous navios assi 
fizerao. E vendo que nào vinha Miguel Cortereal aoprazo, nem despois al- 
gum tempo, se tomarao a este Uevno, sem nunca mais délie se saber nova, 
nem ficar outra memoria, se nùo charmase esta terra dos Corles Reaies ainda 
agora. » 

* Damiano de Goes, § 6o. « Que pello grande amor q. tinho a seu irmao de- 
terminon de ho ir buscar. » 



- 219 — 

dia aussitôt deu : navires à sa recherche, mais ils revinrent sans 
avoir rien trouvé. Soit qu'il ait renoncé à lutter contre l'impos- 
sible, soit qu'il ait été distrait par d'autres aliaires, le roi ne vou- 
lut plus autoriser de nouveaux voyages à la recherche des frères 
Corte Real. Lorsque l'ainé de la famille, le capitaine d'Angra, 
Vasqueanes, demanda l'autorisation de partir sur des navires 
équipés à ses frais, le roi, tout en rendant justice à son zèle, lui 
défendit de tenter une entreprise qui paraissait désespérée : mais 
il le confirma, par lettres patentes du 17 septembre 1506 \ dans 
la capitainerie des terres nouvelles accordées à ses frères. Il 
n'avait donc pas entièrement abandonné l'idée d'un voyage d'ex- 
ploration dans les mers septentrionales, mais il se réservait de 
choisir le moment qui lui semblerait opportun. 

Aussi bien ce fut comme une tradition, ou plutôt comme un 
héritage de famille chez les descendants des frères Corte Real que 
de songera explorer les mers du nord. Le 12 juillet 1374 ^ le 
roi Sébastien, et le 26 mai 1579 le roi Henri confirmaient 
les privilèges accordés à la famille Corte Real, et en 1574 Vas- 
queanes Corte Real envoyait à la découverte du passage nord- 
ouest un navire qui se crut un moment à l'entrée du détroit. Ce 
n'était qu'une illusion. D'ailleurs le manque de vivres força les 
matelots à rebrousser chemin. Cette fois encore la tentati\e 
avait échoué. Au moins devions-nous la mentionner à l'honneur 
de cette race héroïque, qui ne s'est jamais laissé arrêter parle 
malheur ni par l'insuccès, et qui, résolument, a porté le pavillon 
Portugais dans des régions qui auraient mérité de rester Portu- 
gaises. 

L'exemple donné par les Corte Real ne fut pas stérile. De nom- 

1 D. DK Goës. Id. « Movido de seu real a piadoso moto, no anno seguinte de 
MDIIl mandon duas naos armadas a su cusla buscalos, mas nem de hum, ne 
do outi'o se pode nunco saber onde, nem quomo se perdcram, pelo que se 
pos aquella provincia de Terra Verde onde se cré que estes dous irmaos perde 
rào, a lerra dos Corte Reaes ». 

* Harrisse. Appendice XXTII. 

' Haruisse. Appendices XXXVII et XLI. Voir Ferdinand Denis. Biographie gé- 
nérale Hoefer. 



— 220 — 

breux Portugais s'engagèrent dans la voie tracée par eux, et la 
région de la Terre- Verte, de la Terre des Corte Real, ainsi que la 
désignaient presque toutes les cartes du xvf siècle, fut longtemps 
parcourue et exploitée surtout par les Portugais. Ce fut dans 
les parages de Terre-Neuve, attirés sans doute parles profits de 
la pêche, qu'ils se rendaient de préférence. En 1500 ou loOl 
une véritable colonie composée d'habitants de Vianna, d'Aveiro, 
de Terceira, alla môme s'établir à poste fixe dans File, et il 
parait que leurs opérations réussirent, car, dès l'année 1506, le 
roi de Portugal ordonnait à ses représentants, et spécialement à 
un certain Diogo Brandeo, de faire percevoir dans les ports de 
la province de Minho une dime sur les produits de la pêche à 
Terre-Neuve*. Seulement comme ce n'étaient pas des gentils- 
hommes, tels que l'avaient été les Cortereal, qui se livraient à 
ces fructueuses entreprises, on n'en a plus conservé le souvenir 
que par la tradition. Elles avaient pourtant excité la curiosité 
d'un savant Portugais, Francosco de Souza, qui avait composé 
un livre sur cet intéressant sujet. Ce livre existait encore à Lis- 
bonne, lors du tremblement de terre de 1755, mais il disparut 
alors avec bien d'autres trésors. En voici le titre^ qui seul a été 
conservé : « Tradado das ilhas novas e descobrimentos délias et 
outras cousas... et dos Portugueses que firao de Vianna, et das 
ilhas dos Açores a povoar a terra nova de Bacalliao vae en 70 
anos, deque suceden o que adiante se trata. Anno de Senhor 
1570 ». On sait aussi, par divers documents anglais, qu'en 1501 % 
le 19 mars, Henri VII Tudor octroyait des lettres patentes à des 
marchands de Bristol associés à Joao Fernandez, Francesco Fer- 
nandez', et à Joao Gonzalès, gentilshommes des Açores. En 
1502, le 9 décembre^ d'autres lettres étaient accordées à d'au- 
tres négociants anglais, et aux mêmes Joao Gonzalès et Fran- 

' BûTELHO DE Lackiida. Sobre a decadencia das pescarias de Portugal (Mé- 
moires de l'Académie de Lisbonne), vol. VIII, p. 338. 

* BiDDLE, Memoir of Cabot, p. 312-328. 

' Armigeris in insulis de Surry (.sic) sub obediencia régis Porlugaliae 
oriundis. 

* Rwirn, Fœdera, T. V, p. 186. 



— 221 — 

cisco Fernandez. Dans l'un et l'antre cas il s'agissait de voyages 
à entreprendre dans les parages de Terre-Neuve*. En 1506 nou- 
velle expédition Anglo-Portugaise et toujours dans les « Terres 
Neuves » , ainsi que le démontre la gratification accordée par le roi 
Henry VIP à des Portugais qui lui avaient rapporté « of nevvfound 
Island » des piverts et des chats sauvages. Mentionnons encore le 
voyage d'un gentilhomme Portugais, Joao Alvares Fagundes, tel 
qu'il résulte d'une charte de donation du roi Manoël en date 
du 13 mars 1321' , dans laquelle il est fait allusion à des décou- 
vertes antérieures. Le roi, pour le récompenser, lui accorde « la 
terre dite ferme à partir de la ligne de démarcation qui sé- 
pare les possessions de la couronne de Castille, du coté du sud, 
jusqu'à la terre découverte par les Corte Real, en plus la baie 
d'Angoada, sur la côte nord-est et sud-est les iles auxquelles 
Fagundes a donné son nom.» 

La meilleure preuve de la fréquence et de la continuité de ces 
expéditions Portugaises dans l'Amérique septentrionale nous 
est donnée par les cartes du temps. La plupart d'entre elles, pour 
toute la région du nord-ouest, portent en effet des dénomina- 
tions Portugaises. La terre dite de Corte Real désigne d'ordi- 
naire les contrées connues aujourd'hui sous le nom de Domi- 
nion. Les noms des ports, des rivières, des caps depuis le La- 
brador jusqu'à la côte actuelle des Etats-Unis sont tous Portu- 
gais. Le plus singulier c'est que, même dans les cartes dressées 
notoirement soit par des Espanols, soit par des Français ou Ita- 
liens, dans la première moitié du XVP siècle, les appellations 
portugaises ont été soigneusement conservées : preuve évidente 
des voyages entrepris et des découvertes faites par des Portugais 

• C'est sans doute à cette expédition que se rapporte rémargemcnt suivant. 
« 1503, sept. 30. To tlie nierchants of Bristoll that hâve bene in the Newe- 
founde Lannde, L. 20 ». (Hakluyt, Principal navig., I, 219). 

' Excerpta kistorica. Privy purse expenses of Henry VU, p. 133 (Io09, sept. 
2o). To Portyngales that brought popyngais and cattsof themountaignewilh 
othoi* stuf to the Kingés grâce, L. 3 ». 

3 Bettencourt, Descobrimenlos,guerras et conquistas dos Povtuguezes em teV' 
ras do Ultramar nos sèculos xv et xvi (1881) T. I. p. 132-135. 



_ ââ2 — 

dans ces parages du nord-ouest. Telle est la mappemonde d'Al- 
berto Cantino*, l'auteur de la lettre au duc Hercule d'F]ste sur le 
voyage de Gaspar (^orte Real ; la mappemonde de Io03-lo04 attri- 
buée à Salvat de Palestrina ^ ; la carte de Pedro Reinel de 1305* ; 
la mappemonde de Johannes Ruysch de 1308 * ; le portulan 
du vicomte de Maggiolo dressé en 1311 % où l'on distingue au 
sud de la terre de Lavorador de rey de Portugall une terre plus 
grande encore, dénommée terra de Corte Real de rey de Por- 
tugall, suivie de la légende Terra de Pescaria. Dans la carte Por- 
tugaise anonyme de 1320 \ la contrée do Lavador porte la lé- 
gende suivante : Terram istam Portugalenses viderunt, tamen 
non intraverunt, et dans le pays de Bacalnao {sic) placé paralle- 
ment à l'ile de Terre Neuve, encore soudée au continent, se trou- 
vent mentionnés les voyages de Corte Real \ Qu'est-il besoin 
de poursuivre plus loin cette énumération qui risquerait de deve- 
nir fastidieuse ? N'en avons-nous pas assez dit pour établir que 
les Portugais découvrirent et explorèrent ces régions, et qu'ils 
s'y attribuèrent pendant de nombreuses années le monopole du 
commerce ? 

Les Portugais, en dehors de l'Amérique Centrale réservée aux 
Espagnols, se sont également établis de bonne heure dans le con- 
tinent méridional. Si môme on ajoute foi à un curieux document', 

* Celte carte a été reproduite par Harrisse en appendice à son ouvrage sur les 
Corte Real. C'est le monument le plus important pour l'histoire des premières 
navigations transatlantiques. Il fut dressé de ioOt à 1303. 

' KuNTSMANN, Dic Eîitdeckung Americas, p. 129. 

' Id. Atlas zur Entdeckungen Geschickte Americas pi. I. 

♦ Edition de Ptolemée par Ruysch, fac simile par Nordenskiold. 
" D'AvEZAC. Atlas hydrographique de loti (1871). 

• KuNTSMANN. ouv. cité p. 129-13rj. 

' t Terram istam Gaspar Corterealis Portugalensis primo invenit et secum iulit 
homines silvestres et ursos alhos. In ca est maxima mullitudo animalium et aviuni 
nec non et pescium. Qui anno soquenti naufragium perpessus nunquam rediit. 
Sic et fratris ejus Micaele anno sequenti contigit. » 

* Ce document est emprunté à un manuscrit daté de Santos, 3 juillet 1784, et 
conservé dans les archives du monastère de St-Benoit dans la ville de Saint-Paul. 
Le docteur Manoel do Aniaral Gurgcl en a pris une copie (jui a été puhliée par 
le docteur F. Gaspar da madhe de DEus,dans le Jornql de Inst, hùt. e geog, Bra- 
sileiro, T. II. p. 427. 



— 223 — 

ils y seraient venus avant même que (iolomb eût fait sa décou- 
verte. Voici ce document, autour duquel on a bAti des théories 
bien hasardées, et que nous ne reproduisons que sous toutes 
réserves. 

Lorsque Martins Afîonso Souza *, conquérant et premier gou- 
verneur de la capitainerie de St- Vincent, plus tard appelée de 
Saint-Paul, s'établit dans ce pays, dans les premiers mois de 
1532, il reçut un accueil empressé de la part du maître de la ré- 
gion, un certain Tibereça, ou Taybéreça, le chef le plus puissant 
de latribu des Guaynazes,quipossédaitles plaines de Piratiningua. 
Les Portugais avaient jeté les fondements d'une citadelle dans la 
petite lie de Guaïba, ainsi nommée d'un arbre qui y croit en 
abondance, mais toutes les tribus voisines s'étaient d'abord liguées 
contre eux, et se disposaient à jeter à la mer ces étrangers, dont elles 
redoutaient le voisinage. Ce fut sur les instances d'un Portugais 
depuis longtemps établi dans la région et qui même était devenu 
le gendre de Taybéreça, que ce dernier se déclara le protecteur 
des nouveaux venus, et, par son exemple, entraîna les autres 
tribus. Bientôt une alliance perpétuelle fut conclue entre Brési- 
liens et Portugais, et la colonie fit de rapides progrès. Le prin- 
cipal et, à vrai dire l'unique intermédiaire de cette négociation se 
nommait Joào Ramalho. Or ^ le testament authentique de ce 
Ramalho existe. Il fut rédigé le 3 mai 1580, à San Paolo, par le 
notaire Lourenzo Vaz, en présence du juge ordinaire, Pedro 
Dias et de quatre témoins. Dans ce testament il est dit à deux 
reprises que Ramalho résidait au Brésil depuis quatre-vingt-dix 
ans, ce qui nous reporte à la date de 1490, par conséquent à 
deux ans avant la découverte de Colomb. Aucun des témoins ne 

* L. CoRDEiRO. L'Amérique et les Portugais p. 49. 

* CoRDEiRO, ouv. cité p. 60. « En tcnho una copia do testamento original de 
Joao Ramalho, escrito nas notas (la villa de S. Paulo pelo Tabelliao Lourcnço 
Vaz, aos de maio de lo80. A factura do dito testamento, alem do reterdo tabel- 
liao, assistiram o juiz ordinario Pedro Dias e quatro testemunhas, os quacs to- 
dos ouvirao as disposiçùes do testador. Elle duas vezes repetin quetinha alguns 
noventa annos de assistcncia ncsta terra sem que alguns dos circumstantes Ihe 
advertisse que se enganava, o que certamente fariam se ovelho por caduco er- 
rase o conta. » 



— 224 — 

s'est inscrit en faux contre cette assertion de Ramalhô, d'où il 
résulte, que, quelques années avant l'époque officiellement fixée 
par la découverte du Brésil, quelques Portugais s'étaient établis 
au Brésil. Jetés par la tempête, ou venus de plein gré, mais par 
contrebande, sur cette côte, ils s'y seraient fixés, et môme au- 
raient contracté alliance avec les indigènes, ainsi que le feront 
au seizième siècle quelques interprètes normands *, qui s'éta- 
blirent au milieu des Tupinambas. On a môme conservé le nom 
d'un des compagnons de Ramalho, un certain Antonio Rodriguez', 
qui aurait épousé la fille de Piquirobi, cacique du village des 
Hururay. Si plus tard, lorsque se firent à grand bruit les voya- 
ges de découvertes, Ramalho et ses amis ne revendiquèrent ja- 
mais pour eux l'honneur de la première découverte, c'est sans 
doute qu'ils ne voulaient pas s'exposer aux vengeances rétros- 
pectives de leur souverain, pour avoir tenté sans son autorisa- 
tion une expédition de ce genre, ou bien encore préférèrent-ils 
tout simplement la tranquillité à la gloire. Bien plus, ils paraissent 
avoir resserré les liens qui les unissaient aux indigènes, et n'a- 
voir consenti à se rapprocher de leurs compatriotes que qua- 
rante-trois ans après leur arrivée. 

Tout en reconnaissant que la seule preuve du voyage de Ra- 
malho est un simple document qu'il est facile d'altérer ou de 
mal interpréter, et rien qu'une date peu vraisemblable qui attri- 
buerait à ce Portugais plus d'un siècle d'existence, au moins 
sommes-nous en ^roit de penser que des expéditions analogues 

* Lery. Histoire (Vun voyage fait au Brésil, édition Gaffarel § 7. « Surquoy, 
à mon grand regret, je suis oblige de reciter ici que quelques truchemens dé 
Normandie qui avoicnt demeuré huit à neuf ans dans ce pays-là pour s'accomo* 
der à eux, menans une vie d'athéiste, ne se polluoyenl pas seulement en toutes 
sortes de paillardises et vilenies parmi les femmes et les filles, etc. » Lery. (§ 
18) a même conservé le nom d'un de ces interprètes, Goset, qui devint chef de 
la tribu qui l'avait adopté, 

* CoRDsmo, ouv. cité p. tîO. « Résulta que no Brazil assistirao Poi^tugueses^ 
8 annos pouco mais ou menos, antes de se saber na Europa que existia o mundo 
liovo : digo Portugueses no plural porque das memorias doPadre Jorge Moreira, 
escriptas no meio do seculo passado, consta que com Joao Ramalho veio Anto- 
nio Rodrignes, o quai casara com una filha do Piquirobi, cacique dû Aldea de 
Hururav.» 



— 225 — 

se sont sans doute accomplies. L'histoire ne se compose pas seu- 
lement des faits enregistrés et reconnus, mais aussi des faits 
probables bien qu'ignorés. Nous n'avons conservé ni le nom ni 
le souvenir de ces prédécesseurs anonymes de Colomb, mais 
n'est-ce pas assez d'avoir établi qu'ils ont pu exister ? 

Aussi bien la meilleure preuve que nous puissions alléguer 
de leur existence probable, c'est que la découverte officielle du 
Brésil, en l'an loOO, est le fait du hasard, et que si Colomb, huit 
ans auparavant, n'avait pas abordé à Guanahani, l'honneur d'a- 
voir le premier foulé le sol du continent reviendrait au Portugais 
Alvarès Cabrai, jeté par la tempête sur le littoral Brésilien. On 
sait que les navigateurs Portugais avaient eu l'heureuse chance 
de doubler le cap de Bonne Espérance et d'arriver aux Indes en 
faisant le tour de l'Afrique. Le roi Manoël le Fortuné conçut aus- 
sitôt le projet de conquérir les Indes Orientales, et, malgré l'é- 
puisement des finances, malgré les dangers et les dépenses de 
ces lointaines expéditions, les Portugais se présentèrent en foule 
pour aider leur souverain à réajiser ses rêves ambitieux. En mars 
1500 une flotte de treize vaisseaux, montée, sans parler des équi- 
pages, par quinzç cents hommes de troupe, était déjà équipée et 
prête à partir. Le roi en avait confié le commandement à un des 
premiers seigneurs du Portugal, don Pedro Alvarès Cabrai *, 
gouverneur de la province de Beira et alcade major de Belmonte. 
On ne sait ni le lieu ni la date de la naissance de Cabrai. On 
sait seulement qu'il était allié à l'une des plus nobles familles 
du royaume, et qu'il avait épousé dona Isabella de Castro, pre- 
mière dame de l'infante dona Maria, fille du Jean III. L'histoire 
a perdu le souvenir des services qu'il avait rendus pour mériter 
l'honneur de diriger cette flotte ; mais Vasco de Gama faisait 
grand cas de lui, et l'avait spécialement recommandé au roi 
comme le plus capable de recueillir les fruits de son mémorable 
voyage. Rien ne fut négligé pour la réussite de cette vaste en- 

* OsoRio, ouv. cilé. — J. DE uARROS, Decadu priineira daindia, I. 30. — faria 
Y souzA,/lsia Portugueza, I, § S — Roc\ pitt\. Amerïca Portugueza — solor- 
EANo, de jure Indiarum, I. 3. 400-31, 3i2, 33. 



treprise. Des marins déjà célèbres, et dont plusieurs auraient 
mérité de commander en chef, furent donnés comme auxiliaires 
à Cabrai : Sanchez de Tlioar, un Espagnol intrépide jusqu'à la 
témérité, et qui ne reculait jamais devant le danger, Nicolas 
Coelho, qui s'était déjà distingué lors du premier voyage de 
Vasco de Gama, surtout Barthélémy Dias, le fameux pilote, ce- 
lui dont Fexpérience consommée valait une escadre. Deux négo- 
ciants^ ou plutôt deux administrateurs distingués, Ayres Bar- 
bosa et Pero Vas de Caminha lui avaient été adjoints pour ré- 
gler toutes les affaires commerciales, et pour fonder des facto- 
reries sur la côte du Malabar. Maître Joâo, le physicien, ou, si 
l'on préfère, le médecin du roi, avait aussi demandé à faire par- 
tie de l'expédition. A bord des navires avaient été entassés de 
magnifiques présents, destinés à faire oublier par leur somptuo- 
sité ceux que Gama avait naguère offerts au rajah de Calicut et 
dont la mesquinerie avait failli compromettre le succès de l'ex- 
pédition. 

Le 8 mars, tous les préparatifs étant achevés, et la flotte étant 
mouillée au Rastello, devant la plage où l'on creusait les fon- 
dations du couvent de Belem, le roiManoël, qui voulait signaler 
par une grande solennité le départ de son escadre, rassembla le 
peuple dans la cathédrale de Lisbonne. L'évêque de Ceuta of- 
ficia pontificalement, bénit l'étendard aux armes du Portugal 
qui avait été déposé sur l'autel pendant la cérémonie, et le donna 
au roi qui le remit à Cabrai, en même temps qu'il lui couvrait 
la tête d'un chapeau béni par le pape. La bannière fut alors 
élevée et portée en grande pompe au rivage, où le roi en per- 
sonne voulut être témoin de l'embarquement de Cabrai. Le 
Tage était alors couvert de bateaux remplis de spectateurs. 
« Toutes ces chaloupes, lisons-nous dans le récit d'un témoin 
oculaire, l'historien Barros, étaient chamarrées de livrées, de 
banderoles, d'armoiries, et donnaient au fleuve l'aspect d'un jar- 
din orné de fleurs diverses dans un des plus beaux jours de prin- 
temps. Mais ce qui exaltait le plus les esprits, c'était le bruit so- 
nore et harmonieux des flûtes, des tambourins, des hautbois, des 



trompettes, auquel s'unissait le son plus doUx de l'agreste cha- 
lumeau, qui jusque-là n'avait retenti que dans les prairies et 
les vallons, et qui, pour la première fois, se faisait entendre sur 
les eaux salées de notre Océan. » 

Cabrai mit à la voile le 9 mars et arriva en treize jours aux 
lies du Cap Vert. Jusqu'alors aucun accident n'avait troublé sa 
navigation. Il s'aperçut à ce moment qu'un vaisseau lui manquait, 
celui que commandait Vasco d'Athayde.On ne l'attendit que peu 
de temps, et les douze autres navires continuèrent leur route après 
avoir perdu l'espérance de le rallier. Afin d'éviter les calmes de 
la côte de Guinée, et conformément à une tradition Portugaise 
en vertu de laquelle, pour doubler l'Afrique, il fallait s'élever très 
au large. Cabrai ordonna de prendre la direction du sud- ouest. 
On a prétendu que, battu par une tempête, il se laissa pousser 
vent arrière, et arriva tout à fait par hasard en vue d'une terre 
inconnue, qui n'était autre que le Brésil. Nous avons pourtant 
peine à croire que cette belle découverte soit l'elFet d'un pur ha- 
sard. On connaissait à Lisbonne les découvertes de Colomb, et 
bien des Portugais non seulement avaient déjà demandé à être 
investis des iles ou des terres qu'ils découvriraient dans l'océan, 
mais encore plusieurs d'entre eux étaient déjà partis à la décou- 
verte. Il se peut donc qu'Alvarès Cabrai, lorsqu'il se dirigeait 
invariablement vers le sud-ouest, ait été poussé soit par une 
louable curiosité, soit par la légitime espérance de faire à son 
tour quelque importante découverte. 

Entraîné par les vents, ou poussé volontairement dans cette 
direction, Alvarès Cabrai arriva le 22 avril, mercredi de l'oc- 
tave de Pâques, en vue d'une montagne de forme arrondie, à 
laquelle il imposa le nom de Monte Pascoal. Bientôt on décou- 
vrit une côte dont la merveilleuse fertilité frappa de surprise 
ceux qui ne connaissaient que les plages africaines ou les terres 
basses du Malabar \ Ce fut seulement le 23 avril que Nicolas 

' La relation de Pedro Vas de Caininlin,longfoni]»s ronlerinée dans les archives 
de la Torre de Tombo à Lisbonne, fut signalée en 1790 par Munoz. Le p. manoel 
AYUEs DE CAZAL la publia en 1817 dans le premier volume de la Corographia Bra- 



— 228 — 

Coëllio fut chargé d'explorer le rivage. Il aperçut quelques sau- 
vages au teint cuivré, entièrement nus, et qui, armés d'arcs et 
de flèches, s'approchèrent des Portugais, mais sans démons- 
tration hostile. Deux d'entre eux surpris dans leur canot furent 
amenés devant Cahral. « Les naturels de ce pays, lisons-nous 
dans la relation de Pedro Vas de Caminha, sont généralement 
d'un brun foncé tirant sur le rouge ; leur figure n'est pas désa- 
gréable, et ils sont pour la plupart dune taille assez avanta- 
geuse. Ils ont la coutume d'aller toujours nus et ne paraissent 
éprouver aucune confusion de cette étrange habitude. Leur lè- 
vre inférieure est percée de part en part, et garnie d'un morceau 
d'os d'un diamètre assez considérable.... L'un des deux que 
nous conduisions à bord portait une espèce de perruque de plu- 
mes jaunes, qui lui couvrait le derrière de la tête, et qui était 
attachée plume à plume aux cheveux avec une composition 
blanche qui ressemblait à de la cire. Il ne fallait faire autre 
chose pour l'enlever que se laver la tête. Lorsqu'ils arrivèrent, 
l'amiral se plaça sur un fauteuil. Il était vêtu avec magnificence 
et portait au cou une superbe chaîne d'or. Sanchez de Thoar, 
Simam de Miranda, Nicolas Coëlho, Ayrès Correa et ceux qui 
comme moi étaient à bord de son navire s'assirent par terre sur 
un tapis qui était placé au pied de son fauteuil. Les Indiens al- 
lumèrent des torches *, entrèrent et ne firent aucune salutation, 
pas môme au commandant à qu'ils n'adressèrent point non plus 
la parole. L'un deux cependant jeta les yeux sur la chaîne qu'il 
portait au cou. Il la toucha et posa la main en terre, indiquant 
probablement par ce geste que le sol contenait de l'or. Ils firent 
la même chose en apercevant un flambeau d'argent. On leur 
montra un perroquet, et ils donnèrent à entendre que cet animal 
était connu dans leur pays. Ils ne parurent faire aucune atten- 

st/cira,FEnDiNAND dénis l'a traduite en français en 18:21, d'olkers en allemand en 
1828. Elle a été reproduite dans le Journal des voyages de verneui\ et dans la 
Colleccâo de noticias para la historia et geografia dcos nacoes oullramarinas. 

' Sans doute les calumets que les Brésiliens fabri(|uaient avec la feuille roulée 
du palmier et dans laquel ils introduisaient du pétun. Voir dans les illustra- 
lions des Singularitez de la France Antarctique par Thevet ces énormes cigares. 



— 229 — 

tion à un mouton qu'on leur présenta ensuite, mais, en aperce- 
vant une poule, ils furent saisis de crainte, et ne voulurent pas 
consentir à la toucher. On leur servit du pain, du poisson, des 
confitures, des raisins secs et des figues. Ils parurent éprouver 
beaucoup de répugnance à goûter de ces aliments, et ils ne les 
avaient pas plutôt portés à leurs lèvres qu'ils les rejetaient à 
l'instant. Ils ne purent pas non plus se décider à boire du vin, et 
ils avalèrent même quelques gorgées d'eau fraîche pour se rin- 
cer la bouche après y avoir goûté. » 

On aura remarqué que ces indigènes ne regardaient pas les 
Européens comme des êtres d'une nature supérieure. Ils ne s'in- 
clinaient pas devant eux comme devant des dieux, ainsi que le 
firent les insulaires des Antilles ou même les peuples civilisés 
du Mexique. Ils semblaient appartenir à une race plus forte et 
plus fière. Quelques heures après leur première entrevue, ayant 
éprouvé le besoin du sommeil, ils s'étendirent sans plus de fa- 
çon sur te tillac et s'endormirent au milieu de ces étrangers, 
n'ayant d'autre souci que de ne pas endommager leur coiffure 
de plumes. Les Portugais de leur côté traitèrent avec ménage- 
ment leurs futurs sujets. Cabrai ne voulut à aucun prix que 
les indigènes emportassent un mauvais souvenir de leur pre- 
mière entrevue avec les Européens. Il les combla de présents, 
bracelets de laiton, clochettes, miroirs, et décida que, dès le 
lendemain, on les reconduirait à terre. 

La mer était grosse, et on n'avançait qu'avec précaution sur 
cette côte inconnue. Ce ne fut que le samedi 25 avril que les 
Portugais arrivèrent, par 16° 30' de latitude australe, à un havre 
qui leur parut très sûr. Ils le nommèrent Porto Seguro. Deux 
officiers furent envoyés à terre afin de remettre les deux indigè- 
nes à leurs compatriotes, qui, du rivage, suivaient tous les mou- 
vements de la flotte. En même temps furent débarqués deux 
jeunes gens, condamnés au bannissement pour leurs crimes. Ils 
appartenaient à la classe de ceux qu'on nommait les degradados 
et avaient obtenu de se fixer en qualité d'interprètes au milieu 
des premiers sauvages qu'on rencontrerait. De leur zèle et de 



— 230 — 

leur exactitude à donner toutes sortes de renseignements sur les 
ressources de la région dépendrait leur sort futur. L'un de ces 
degradados, Alfonso Ribeiro, devait rendre de grands services 
aux Portugais et devenir un agent intelligent et précieux de la 
colonisation. Il fut pourtant accueilli tout d'abord avec défiance 
parles Tupiniquins. tel était le nom des indigènes que l'on venait 
de découvrir, mais il ne se rebuta pas, pénétra jusqu'à leurs 
villages, et, quand il eut montré les brillantes bagatelles dont 
il était porteur, se joua l'éternelle comédie des premières rela- 
tions entre civilisés et barbares, les uns exploitant les autres, 
et ceux-ci charmés d'être pris pour dupes. 

Le jour suivant, c'était le dimanche de Pâques, Cabrai des- 
cendit à terre avec ses principaux officiers et une partie de ses 
équipages. On célébra la messe dans un ilôt de l'anse, qui fut 
désigné sous le nom de CoroaVermelha. Un moine, qui plus tard 
devint évéque de Ceuta, Fr. Henrique de Coïmbre, prêcha de- 
vant les Portugais et devant les Indiens, dont l'attitude fut pleine 
de convenance. Ils suivaient avec exactitude tous les signes 
d'adoration ou d'humilité du prêtre et des assistants, se jetant à 
genoux ou se relevant, se frappant la poitrine, imitant en un mot 
les Portugais dans tous leurs gestes. Quelques jours plus tard, le 
1" mai, Cabrai prit solennellement possession du pays au nom de 
la couronne du Portugal. Il fit dresser une croix en pierre, planter 
unpoteau aux armes du roi Manoël et distribuer aux indigènes de 
nombreux cadeaux. Il donna à la contrée le nom de terre de Santa 
Cruz, qu'elle a en effet porté quelques années, mais qui depuis 
a été remplacé par le nom d'une des principales productions du 
pays, le bois de teinture depuis longtemps nommé Brésil. Voici 
comment un témoin oculaire, Vaz de Caminha, rendait compte 
à son maître de cet acte important, qui allait assurer un empire 
à la dynastie régnante : « Aujourd'hui vendredi, 1" mai, nous 
sommes allés à terre dès le inatin, avec notre bannière et nous 
avons débarqué au dessus du fleuve dans le partie sud, où il 
nous a paru plus convenable de placer la croix, parce qu'elle 
doit y être plus en vue que dans aucun autre endroit. Le com- 



— 231 — 

mandant, après avoir désigné la place où l'on devait creuser 
une fosse, est retourné vers renil)ouchure du fleuve où était 
cette croix. Nous l'avons trouvée environnée des religieux et des 
prêtres de l'expédition qui y disaient des prières. Il y avait déjà 
soixante ou quatre-vingts Indiens rassemblés, et, quand ils nous 
virent dans l'intention de l'enlever de l'endroit où elle était, ils 
vinrent nous aider à la transporter vers l'emplacement qu'elle 
devait occuper. Durant le trajet que nous fûmes obligés de faire, 
leur nombre s'accrut jusqu'à plus de deax cents. La croix a 
été placée avec les armes et la devise de votre Altesse ; on a éle- 
vé au pied un autel, et le P. Henrique y a célébré la messe 
assisté de tous les religieux. Il y avait environ soixante sauva- 
ges à genoux. Ils semblaient prêter l'attention la plus vive à ce 
que l'on faisait. Lorsqu'on vint à dire l'Evangile, et que nous 
nous levâmes tous en élevant les mains, ils nous imitèrent et at- 
tendirent pour se remettre à genoux que nous eussions repris 
cette position. Je puis assurer à Votre Altesse qu'ils nous ont 

édifiés par la manière dont ils se sont comportés Il nous a 

paru à tous qu'il ne fallait, pour que ces gens devinssent chré- 
tiens, que la facilité de nous entendre, parce qu'ils exécutaient 
absolument ce qu'ils nous voyaient faire, ce qui semble prouver 
qu'ils n'ont adopté aucun genre d'idolâtrie. » 

Jusqu'au jour du départ de Cabrai, et grâce à ses ordres aussi 
remplis d'humanité que d'intelligence, il n'y eut entre Portugais 
et Tupiniquins que de cordiales relations. .Tantôt les Indiens, 
réunis aux sons de la janubia, exécutent autour de l'autel des 
danses sacrées, tantôt l'almochérif de l'expédition, Diego Dias, 
« homme d'un caractère gai », raconte le choniqueur Caminha, 
prie un joueur de guitare de venir avec lui au milieu des Indiens, 
danse à son tour devant eux, et organise des rondes. « Nous re- 
marquâmes qu'ils suivaient parfaitement la mesure de l'instru- 
ment. Diego Dias leur fit ensuite sur le sable une foule de tours, 
et entre autres le saut royal, ce qu'ils ne virent pas sans témoi- 
gner le plus vive admiration. » 

Avant de repartir pour les Indes, et de poursuivre sa mission, 



— 232 — 

Cabrai résolut de profiter de ces bonnes dispositions des natu- 
rels pour étudier les ressources du pays. Il voulait surtout s'in- 
former des ressources métallurgiques que récelait le sol, mais le 
temps lui manqua pour obtenir des renseignements sérieux Au 
moins chargea-t-il les degradados, qui devaient rester au Brésil, 
de prendre toutes les informations nécessaires. D'après la tradi- 
tion, un prêtre serait resté volontairement avec les déportés, et 
deux mousses (grumetes), séduits par l'attrait de la vie sauvage, 
disparurent au moment de l'embarquement, mais les relations 
contemporaines gardent le silence à ce sujet. Quand la flotte 
s'éloigna, les deux exilés, versant des larmes amères, s'aban- 
donnèrent à leur désespoir, mais leurs nouveaux amis se pressè- 
rent autour d'eux et essayèrent de les consoler. 

Cabrai avait eu soin d'expédier en Portugal, pour y porter la 
bonne nouvelle de la découverte, un de ses vaisseaux commandé 
par Gaspard de Lemos. Il lui avait donné, sans parler de ses 
rapports officiels, deux documents d'une grande valeur, une 
sorte de chronique de la découverte, rédigée avec un grand charme 
d'expression par le second secrétaire de la factorerie de Ca- 
licut, Pedro Vaz de Caminha, et une note astronomique compo- 
sée par le physicien ou médecin Joâo. Il n'aurait pas mieux de- 
mandé que de joindre à ses rapports, suivant l'usage des navi- 
gateurs de l'époque, un ou deux indigènes qui auraient été 
comme la preuve vivante de la découverte, mais, par un scrupule 
qui l'honore, bien accueilli par les indigènes, il défendit qu'on 
s'emparât par surprise de quelques-uns d'entre eux. Il ne voulait 
pas que la lettre qui devait apprendre au roi Manoël une heu- 
reuse nouvelle lui annonçât en même temps la violation de l'hos- 
pitalité. Lemos fut moins humain. Lors de son voyage de re- 
tour, il ravit deux Indiens sur une autre partie de la côte et pré- 
senta à son souverain les deux premiers Brésiliens qui aient mis 
le pied en Europe. 

Nous n'avons pas à suivre Cabrai dans la fin de son voyage. 
Rappelons seulement qu'il doubla le cap de Bonne Espérance, 
noua des relations avec les souverains Hindous de la côte du Ma- 



— 233 — 

labar, mêlant avec habileté les négociations aux combats, et 
qu'il eût l'heureuse chance de rentrer à Lisbonne le 23 juillet 
loOl. Dans les mers d'Afrique, à Benézégue, non loin du Cap 
Vert, il rencontra même une flotille Portugaise, dont la vue lui 
prouva qu'on se hâtait de mettre à profit l'avis qu'il avait donné 
avec tant de prévoyance, et qui faisait tomber entre les mains 
de son roi une des plus riches provinces de ce nouveau monde 
que Colomb avait vainement proposé à Jean II. Un heureux con- 
cours de circonstances accordait ainsi au roi Manoël ce qu'avait 
refusé le génie le plus pénétrant. Aussi bien les Portugais com- 
prirent tout de suite l'importance de la découverte. Le roi se 
hâta d'en prévenir les souverains d'Espagne, afin d'éviter toute 
contestation possible, et de bien établir ses droits de premier 
occupant. Yoici même la lettre * quïl leur écrivit à ce sujet, de 
Santarem, le 29 juillet loOl. « Alvares Cabrai, capitaine à mon 
service, est parti de Lisbonne avec treize navires le 9 mars de 
l'an passé. A l'octave de la Pâques suivante, il a débarqué sur 
une terre qu'il venait de découvrir, et à laquelle il a donné le 
nom de Santa Cruz. Il y a trouvé des peuplades sans vêtements, 
comme au temps de la primitive innocence. Elles sont douces 
et pacifiques. Il semble que c'est par un miracle que notre Sei- 
gneur a bien voulu qu'il fit cette découverte, car cette terre con- 
vient admirablement et même est nécessaire à la navigation 
des Indes. On peut y réparer ses navires et renouveler ses pro- 
visions d'eau. Comme Cabrai avait un grand chemin à faire pour 
arriver aux Indes, il n'est pas resté longtemps pour s'informer 
des productions de cette terre, il s'est contenté de m'expédier un 
navire et de me notifier sa découverte. » 

C'était un grand événement que cette découverte du Brésil, 
pourtant il passa à peu près inaperçu dans le fracas des expédi- 
tions portugaises aux Indes orientales. Les Portugais ne parais- 
sent pas tout d'abord s'être doutés de Timportance de leur nou- 

* Navarrete m, 9o La cual parecc que nucstro senor milogrosamente 

quiso que se hallase, porque es muy convcniente y necessaria para la navegacion 
de la India, porque alli reparo sos navios e tomo agua, etc » 



— 234 — 

velle acquisition. Ils la nég-ligent presque et se contentent d'y 
envoyer de loin au loin quelques vaisseaux, plutôt pour affirmer 
leur droit de possession que pour s'établir à titre définitif dans 
le pays. Tel parait avoir été le voyage entrepris dès lôOl par Cris- 
tovam Jacques, et encore ce voyage n'est-il pas bien authenti- 
que. On l'a peut être confondu avec l'expédition, très réelle, con- 
duite en 1523 par le môme Cristovam Jacques contre les éta- 
blissements fondés par les Français au Brésil. Nous parlerons 
avec la même réserve de l'expédition dont le souvenir a été con- 
servé par un opuscule conservé à la bibliothèque de Dresde * et 
intitulé : Copia des Neiven Zeytiing aitss Pressilig Land. C'est 
la version allemande, d'après un original qui parait Portugais, 
d'un fragment de lettre relatif à un navire arrivé du Brésil le 12 
octobre précédent. Comme la Copia des Zeitung ne porte ni dési- 
gnation de date, ni nom d'auteur, il est impossible de préciser 
l'année à laquelle eut lieu le voyage. On sait seulement, d'après 
l'interprétation de certains passages, qu'il se fit dans les pre- 
mières années du XVI"> siècle. 

A vrai dire il n'y a de bien prouvés, pour ces commencements 
de la découverte du Brésil, que les deux voyages auxquels prit 
part Amerigo Vespucci et dont il a composé la relation. Vespucci 
n'était plus au service de l'Espagne. Voici comment * il rend 
compte lui-même de sa nouvelle détermination : « J'étais à Sé- 
ville. Je m'y reposai un peu des nombreuses fatigues des travaux 
que j'avais supportés dans mes précédents voyages. J'avais pris 
la résolution de retourner à la terre des Perles \ lorsque la For- 
tune, qui trouva que je n'avais pas assez fait, inspira, je ne sais 
pourquoi, au Seigneur Manoêl, roi du Portugal, la pensée de 
m'envoyer jiar un message spécial des lettres royales m'enjoi- 



* HuMboldt dans son Histoire de la géographie du nouveau continent (T. V. 
p. 23. g. 2.^j8) et Ternaux CoMPANs dans les Nouvelles annales des Voyages 
(1840. T. II. p. 306-309) en ont donné la traduction fran^^iise. L'original est 
cité par Varnhagen (Historia gérai do Brasil, I. 433). 

* Amerigo Vespucci. Quatuor navigationes- 

* C'est-àrdire à la côte de Paria et aux îles qui la bordent. 



— 235 — 

gnant de le rejoindre au plus vite à Lisbonne. Il me promettait de 
nombreux avantages. ÎMa délibération ne fut pas longue à ce 
sujet. Je lui répondis parle môme message que je n'étais pas bien 
disposé, et que ma santé était mauvaise, que néanmoins, si 
quelque jour je revenais à la santé, et s'il plaisait à son iVltesse 
d'user de mes services, je me mettais entièrement à sa disposi- 
tion. Le roi comprenant que, pour le moment, je ne voulais pas 
me rendre auprès de lui, m'envoya Julien Barthélémy del Gio- 
condo, qui se trouvait alors à Lisbonne, avec mission de me ra- 
mener atout prix. Ledit Julien arriva donc à Séville. Sa venue 
et ses prières m'imposèrent la nécessité de le suivre. Tous ceux 
qui me connaissaient désapprouvaient ce départ. C'est ainsi que 
je quittai la Castille où j'avais été accueilli avec beaucoup de 
faveur, et dont le souverain m'avait en haute estime. Ce qu'il y 
a de pire c'est que je partis sans aller rendre mes devoirs à mon 
hôte. Bientôt je me présentai en personne au roi Manoël. Ce 
prince parut très joyeux de mon arrivée. Il eut avec moi plu- 
sieurs entretiens et me pressa de m'embarquer sur un des trois 
navires qui étaient en partance et équipés pour la découverte des 
terres nouvelles. Comme les prières des rois sont des ordres, 
je me rendis à ses vœux. » 

L'escadre ' en armement dans le port de Lisbonne était des- 
tinée à la terre de Santa Cruz. Elle se composait de trois navi- 
res. On ne sait pas quel en était le commandant. Ce n'était pas 
à coup sûr Vespucci, car il l'aurait dit dans sa relation et il ne 
s'en est jamais Vanté. Partis de Lisbonne le 10 ^ ouïe 14 mai 
1501, les Portugais, après avoir passé en vue de l'archipel des 
Canaries, s'arrêtèrent au port de Bezenegue ou Bezelica, au 
sud-est du Cap-Vert, non loin de Gorée. Ils y restèrent onze jours 

* Amerigo Vespucci a composé trois relations de ce troisième voyage. La pre- 
mière est insérée dans les Quatuor navigationes, la seconde fut écrite sous 
forme de lettre à Sodérini, gonfalonier de la République de Florence, et la troi- 
sième seus forme de lettre à Lorenzo Pietro de Médicis. Elles ne différent que 
par les détails. 

^ Les deux dates sont en effet données, mais rien n'est moins certain que la 
chronologie de Vespucci. 



— 236 — 

et renouvelèrent leurs provisions de bois et d'eau, puis ils pri- 
rent la direction du sud-ouest. La traversée fat longue et péni- 
ble. « Pour tout dire en un mot, vous saurez que, pendant nos 
soixante-sept jours de navigation continue, nous en avons eu 
quarante -quatre avec de la pluie, du tonnerre et des éclairs. L'obs- 
curité était telle que, pendant le jour, nous ne vimes jamais le 
soleil, ni pendant la nuit la clarté des étoiles. Aussi une telle 
frayeur nous avait-elle envahis que nous avions perdu presque 
tout espoir de vivre. » Vespucci en effet traversait alors cette ré- 
gion de l'Atlantique à laquelle nos marins donnent un nom fa- 
milier, le Pot au Noir. C'est le Doldrums des Anglais, le Cloud 
Ring de Maury, autrement dit l'anneau nébuleux de notre pla- 
nète, oscillant au gré des saisons entre le nord et le sud. C'est la 
région des calmes équatoriaux, des poissons volants et du scor- 
but. Au moment où les Portugais désespéraient de voir la terre, 
le 16 août 1501 *, elle leur apparut enfin. Ils se hâtèrent d'en 
prendre possession au nom de leur souverain, et comprirent 
aussitôt qu'ils se trouvaient sur un continent et non pas sur une 
ile, car « les rivages s'étendaient au loin sans faire le tour de 
cette terre et elle était fort peuplée. » Les Portugais lui donnè- 
rent le nom qu'elle a depuis conservée, cap Saint-Roch. 

Les indigènes n'avaient osé se montrer que de loin, mais ils 
indiquaient par signes aux étrangers qu'ils n'avaient qu'à s'en- 
foncer avec eux au milieu des terres. Deux Portugais demandè- 
rent la permission de débarquer. On la leur donna, mais à con- 
dition qu'ils ne prolongeraient pas leur exploration au delà de 
cinq jours. Comme ils ne revinrent pas, un autre Portugais de- 
manda à les rejoindre. A peine était-il sur la plage que les fem- 
mes l'entourèrent, et l'une d'elle l'assomma par derrière d'un 
grand coup d'épieu. Aussitôt ses compagnes le prirent par les 
pieds et le traînèrent dans la montagne, pendant que les hom- 
mes, sortant de la forêt, coururent au rivage en lançant leurs 

' On trouve également la date du 7 août : la date du 16 août est bien plus 
probable, puisque les Portugais donnèrent le nom de Roch au cap qu'ils décou- 
vrirent et que la fête de saint tombe justement le 16 août. 



— 237 — 

flèches. Les Portugais étaient tellement épouvantés qu'ils ne 
songèrent pas à faire usage de leurs armes, et ne se dégagèrent 
que lorsque les caravelles eurent déchargé leurs bombardes. 
Au bruit de l'explosion ils s'enfuirent tous dans la montagne *. 
« Les femmes avaient déjà mis en pièces notre compatriote, et 
le faisaient rôtir à un grand feu qu'elles avaient allumé à portée 
de notre vue. Elles montraient de loin les lambeaux de sa chair 
et les dévoraient, pendant que les hommes nous faisaient com- 
prendre par leurs gestes qu'ils avaient tué et mangé nos deux 
autres compagnons. » 

Les Portugais voulaient tirer une vengeance éclatante de cet 
odieux guet-apens. Plus de quarante d'entre eux demandaient à 
débarquer, mais « le chef " de la flotte ne voulut jamais y con- 
sentir, et nous restâmes sous le coup de cet outrage )).De fait cette 
prudence n'était que sagesse. La traversée avait été pénible, les 
provisions étaient presque épuisées, et ce n'était pas en massa- 
crant quelques indigènes qu'on pouvait explorer le pays et rem- 
plir les instructions du roi Manoël. Les Portugais continuèrent 
donc à longer la côte. Ils en suivirent les détours et les sinuosités, 
mais sans jamais rencontrer aucune peuplade qui ait consenti à 
entrer en relations avec eux. Ils arrivèrent bientôt à un cap situé 
à cent cinquante lieues au sud du précédent et qu'ils nommèrent 
Saint- Vincent ou Saint- Augustin. Ce dernier nom a été conservé. 
Dans ce difficile voyage, le long d'un rivage inconnu, Vespucci 
rendit à ses compagnons de grands services. Il s'en vante dans 
sa relation, car la modestie n'était pas sa qualité dominante. 
« Aucun de nos pilotes et de nos capitaines, a-t-il écrit, n'était 

• Amerioo Vespucci. Quatuor navigationes. « mulieres juvenom nostrum quem 
trucidaverunt, nobis videntibus, in frusla secabant, nec non frusia ipsa nobis 
osten tantes, ad ingcntcm quem succcnderant igncm tenebant, et post liaec man- 
ducabant. Viri quoque ipsi signa nobis sinliliter facientes gominos cristicolas 
nostros alios se pariformiterperemisse manducasseque insinuabant. » 

* Id. « Sed hoc Ipsum nobis navium praetor nonpermisit, elitatam magnam, 
ac tam gravem injuriam passi, cum malevolo animo et grandi opprobrio nostro 
iitipunilis illis abscessimuâ. » 



capable, à cent lieues près, de déterminer notre position. Nous 
errions au hasard sur les flots, et nos instruments ne pouvaient 

nous indiquer que grossièrement la hauteur des astres mais 

quand j'eus prouvé à mes compagnons que, grâce à la connais- 
sance des cartes marines, j'étais plus avancé dans l'art de la 
navigation que tous les pilotes de l'univers, ils me comblèrent 
d'honneurs. » Lorsque, à partir du cap Saint-Augustin, les Por- 
tugais virent la côte continuer dans la direction du midi, d'un 
commun accord ils prirent la résolution de la suivre encore, et 
d'étudier les régions qu'ils rencontreraient. Bien que les rensei- 
gnements de la relation manquent de précision, il est probable 
qu'ils découvrirent alors Bahia, le cap Saint-Thomas, la baie de 
Rio de Janeiro, l'île Saint- Sébastien et la rivière Saint- Vincent. De 
temps à autre ils descendaient à terre, et entraient en relations 
avec les naturels qui se montraient bien plus traitables que ceux 
de Saint-Roch ou de Saint- Augustin. Dans une de ces stations, 
près d'un excellent port que l'on croit être celui de Bahia, les 
Portugais réussirent à se faire des amis. Trois indigènes se déci- 
dèrent en effet de bonne volonté à les suivre en Portugal. Les 
stations se prolongeaient parfois jusqu'à quinze et vingt jours, et 
alors les Portugais se hasardaient dans l'intérieur des terres. 
Vespucci faisait volontiers partie de ces reconnaissances. Il en 
profitait pour étudier les mœurs extraordinaires et les usages 
singuliers des naturels. [1 examinait aussi les productions du pays 
et prenait beaucoup de notes qui lui servirent plus tard à rédi- 
ger ses relations. Aussi bien ce qui assura plus tard le succès 
de ses relations et contribua à répandre dans le grand public le 
nom de leur auteur, ce sont justement ces peintures de mœurs 
étranges, parfois licencieuses, ces descriptions d'oiseaux et de 
plantes, en un mot ces renseignements curieux et véridiques, 
donnés par un témoin oculaire, sur les pays nouveaux dont tout 
le monde parlait. Les écrits de Vespucci frappèrent d'autant 
plus les imaginations déjà surexcitées que les explorations du 
narrateur avaient embrassé d'immenses espaces dans les latitu- 
des australes. En outre ils furent traduits dans toutes les langues. 



Aussi la popularité s*attacha-t-elle rapidement à son nom. he^ 
traductions de la relation, propaai-ées dans les pays savants de 
l'Europe, lui donnèrent le relief de l'homme qui avait parcouru 
la plus grande partie des terres nouvelles, e't, pour ainsi dire, 
prédisposèrent l'opinion à lui faire les honneurs de la découverte. 

Le voyage durait depuis dix mois. Les Portugais étaient arri- 
vés dans un autre hémisphère, dont les constellations étaient 
par eux étudiées avec un soin extrême : mais ils n'avaient, malgré 
leurs recherches, trouvé ni or ni métaux précieux, et ils com- 
mençaient à se fatiguer de leurs courses toujours renouvelées. 
Le retour fut décidé. Au lieu de revenir sur leurs pas, et de sui- 
vre de nouveau les sinuosités de la côte qu'ils venaient de recon- 
naître, ils résolurent de se lancer en pleine mer , et de se frayer 
à travers l'Atlantique et vers l'Europe un chemin tout nouveau. 
C'était pour l'époque une décision bien hardie, mais Vespucci, 
dont l'autorité n'avait cessé de grandir, leur avait promis de les 
guider sûrement à travers ces océans inconnus. Ils le crurent, et, 
sous sa direction, reprirent le chemin du Portugal. 

Le départ eut lieu le 13 février 1502. Au 3 avril on était déjà 
à plus de cinq cent lieues du dernier port qui les avait abrités lors- 
que se déchaîna une furieuse tempête, « Ce jour-là *, s'éleva une tem- 
pête si violente que nous fumes obligés de larguer toutes nos voi- 
les et de ne naviguer rien qu'avec l'aide de nos mâts. Le vent qui souf- 
flait avec tant de force était celui du sud-est. Il soulevait les flots 
et les éléments étaient comme en convulsion. La violence irré- 
sistible de ce trouble atmosphérique épouvanta nos courages. » 
Le 2 avril apparut une terre âpre et inculte. Elle était inhabitée. 
« Nous étions ^ alors exposés à un si grand danger et le déplora- 
ble état de l'atmosphèr-e nous accablait tellement que c'est à 

* Amerigo VESPUCCI. Quatuor navigationes. « Qua die tempestas ac procella in 
mari tain vehemens exorta est, ut vêla nostra omnia colligere, et cum solo malo 
remigare coinpellcremur, pcrflante vehemcntissime lebeccio, ac mari intumes- 
cente, et aère turbulentissimo extante. Propter quem turliinis violentissimum 
inipelum nostrates omnes non modico atïccti t'uerunt stupore. » 

* \n. « Porro in kanto periculo, in lantaque lempestatis inoporlunitate nosmet 
lune reperimus, ut vix alteri alteros prae grandi turbine videremus. » 



— 240 — 

grand peine si nous parvenions à nous voir à cause des tourbil- 
lons de grêle. » Les Portugais ne s'arrêtèrent pas longtemps 
dansleur nouvelle découverte, et bien firent-ils, car la tempête 
dura cinq jours, sans qu'ils pussent se servir d'une seule de 
leurs voiles, et ils étaient perdus s'ils avaient essayé de prendre 
terre. Bougain ville a cru que le pays alors entr'aperçu par les 
Portugais correspondait à l'archipel des Malouines. Navarrete se 
demandait si ce n'était pas plutôt le groupe de Tristan d'Acunha. 
Humboldt se prononçait pour la côte patagonique. Nous croyons 
avec Duperrey et Varnhagen que Vespucci venait de découvrir 
la Nouvelle Géorgie ou Géorgie du Sud.Cook,qui crut le premier 
avoir visité cette terre de désolation, en janvier 1775 en donne 
une description qui rappelle celle de Vespucci : « L'intérieur du 
pays n'était ni moins sauvage, ni moins affreux ; on ne voyait 
pas un arbre. Il n'y avait pas le plus petit arbrisseau. L'aspect 
de la terre est à peu près le même partout. Le temps clair fut 
de courte durée : bientôt la brume fut aussi épaisse que jamais 
et accompagnée de pluie. Nous passâmes ainsi notre temps, 
enveloppés dans un épais brouillard continuel et entourés de 
rochers dangereux. ». 

Quand ils arrivèrent sous la ligne, les Portugais retrouvèrent 
le beau temps. Le 10 mai l'Afrique était en vue. Ils débarquèrent 
à Sierra-Leone, où ils firent une première halte de quinze jours, 
passèrent de là aux Açores, où ils arrivèrent à la fm de juillet, 
et se reposèrent une seconde fois, puis, le 7 septembre 1502, 
rentrèrent à Lisbonne. Us n'avaient plus que deux navires. Le 
troisième était en si mauvais état qu'il avait été abandonné et 
brûlé à Sierra-Leone. 

Dans ce long voyage de seize mois, de mai loOl à septembre 
1502, Vespucci et ses compagnons avaient découvert quantité de 
terres nouvelles. Du cap Saint Roch à la rivière Saint- Vincent, 
ils avaient reconnu toute la côte, et établi des relations avec 
les indigènes. Ils avaient signalé la richesse en bois de teinture 
des forêts du littoral et ainsi ouvert à leurs compatriotes de nou- 
velles sources de richesses. Ils avaient admiré les coiistélla- 



-'244 -- 

tions australes, et s'étaient les premiers, lors de leur voyage dé 
retour, lancé dans des mers inexplorées. « J'ai tenu un journal 
des événements dignes d'être notés, écrivait Vespucci, afin de 
rassembler ces singularités et ces merveilles, si quelque jour 
je pouvais jouir du repos, et de composer un ouvrage géogra- 
phique ou cosmographique. Je désire en effet transmettre mon 
souvenir à la postérité et faire connaître cette œuvre immense 
de notre souverain maître que les anciens ignoraient en partie, 
et qui nous a été révélée. » A défaut du livre qu'il comptait 
écrire, Vespucci n'a composé que la relation de son voyage. Au 
moins son vœu a-t-ilété exaucé. Son nom a passé à la postérité, 
et il méritait d'être conservé, car ses découvertes furent considé- 
rables, et il faut lui savoir gré de l'énergie qu'il a déployée, delà 
science très réelle dont il a donné tant de preuves, et aussi de 
l'heureuse réussite de ses explorations. 

Amerigo Vespucci allait bientôt reprendre la mer. Au mo- 
ment où il composait pour ses amis Lorenzo Medicis et Sode- 
rini la relation de son troisième voyage, le roi Manoël organi- 
sait une nouvelle expédition, dont il devait faire partie. « Je 
songe à effectuer un quatrième voyage, écrivait Vespucci, et je 
m'y prépare. On m'a déjà promis deux navires tout équipés. Je 
me dispose à visiter les pays nouveaux situés vers le midi, mais 
dans la direction de l'Orient. J'y serai poussé par le vent que 
nous appelons Africus. En ce voyage j'espère accomplir beau- 
coup de choses à la louange de Dieu, à l'utilité de ce royaume, et 
à l'honneur de ma vieillesse. Je n'attends plus que le consente- 
ment du roi Sérénissime.» Manoël songeait en effet à utiliser l'ex- 
périence du pilote Florentin, mais en l'envoyant cette fois non pas 
à la terre de Santa Gruz mais aux Indes Orientales. C'était en 
effet vers l'Asie, vers ses trésors et ses nations civilisées que se 
concentrait alors toute l'attention du gouvernement Portugais. 
On commençait à comprendre que les épices et les métaux pré- 
cieux de l'Orient venaient d'un pays dont on trouverait facile- 
ment la route en faisant le tour du monde par l'Occident, pen- 
sée primitive de Colomb, que mettra bientôt en œuvre Fernand 

16 



— 242 — 

de Magellan. Le roi de Portugal avait formé le projet d'envo- 
yer une flotte à Melcha, c'est-à-dire Malacca, dont on vantait 
beaucoup l'importance et l'heureuse situation. Six vaisseaux fu- 
rent équipés. On en confia le commandement à un capitaine dont 
Vespucci parait n'avoir goûté ni les connaissances théoriques ni 
surtout le caractère. Il se nommait Gonzalo Coelho. C'est à lui 
qu'il faut attribuer en partie la non réussite de l'expédition. 

Vespucci comptait pourtant sur le succès. Sil est vrai que le' 
roi de Portugal ait voulu découvrir un passage aux Indes par le 
sud du Brésil, comme Vespucci s'était avancé précédemment 
très au sud dans l'hémisphère austral, il aurait fort bien pu trou- 
ver le passage et par conséquent donner son nom à la découverte 
qui devait bientôt immortaliser Magellan. Mais le résultat 
trompa les espérances des navigateurs. Ils quittèrent Lisbonne 
le 10 mai 1503, se ravitaillèrent suivant l'usage aux îles du Cap 
Vert, et, malgré l'opinion de Vespucci, cherchèrent à s'appro- 
cher de la côte de Sierra-Leone. La terre était déjà en vue lors- 
que s'éleva une tempête qui les rejeta en pleine mer. Poussés par 
le vent du sud-est, ils se trouvèrent tout à coup et à leur grande 
surprise en vue d'une ile de médiocre grandeur, contre les ro- 
chers de laquelle Coelho perdit le meilleur de ses navires. Ves- 
pucci fut envoyé pour prendre possession de File, qui parait cor- 
respondre à celle que l'on nomma plus tard Fernando de No- 
ronha. Cette ile était déserte mais boisée et fréquentée par une 
multitude d'oiseaux, si familiers qu'ils se laissaient prendre à la 
main. On y trouvait aussi de très grands rats, des lézards et quel- 
ques serpents. Tous ces détails ont été depuis confirmés par les 
navigateurs * qui ont visité Fernando de Noronha, Vespucci 
attendithuit jours que le capitaine Coelho vint le relever de 
son poste. Il s'y croyait abandonné, et ill'était presque, car un 

* GONNEviiJ.E. Campagne de navire l'Espoir, édilion d'Avezac. « Sept à huit 
jours après le débarquement virent un islct inliabité, couvert de bois verdoyant, 
d'où sortaient des milliasses d'oiseaux, si tant qu'aucuns se vinrent à jucher 
sur les mats et cordages et s'y laissoient prendre. » Cf. lery. Histoire d'un 
voyage fait au Brésil, Edition Gaffarel, T. II. p. iul. 



— 243 — 

seul navire le rejoignit, et on n'avait plus aucune nouvelle des 
autres. 

Fidèle aux instructions qu'il avait reçues et sans plus se 
soucier du commandant dont l'incapacité avait causé ce désastre, 
Vespucci prit sur lui de continuer sa route vers le pays qu'il 
avait déjà parcouru dans son précédent voyage. En dix-sept 
jours il arriva à un port qu'il nomma baie de Tous les Saints, 
mais que l'on croit correspondre au port de Bahia : « Bien * que 
nous ayons séjourné dans ce port deux mois et quatre jours pour 
y attendre le chef de l'escadre, nous n'avons vu ni lui ni personne 
de ses compagnons. Voyant que personne ne venait, et après 
cette longue halte, le souci de nos intérêts particuliers nous fit 
prendre la résolution unanime d'avancer plus loin, en conti- 
nuant de suivre la côte. » A deux cents soixante lieues de l'endroit 
où ils avaient fait leur première halte, et non loin d'un cap que 
l'on croit être le cap Frio, Vespucci résolut de s'arrêter de nou- 
veau. L'emplacement en effet lui paraissait favorable pour 
construire et un fort et une factorerie. Il y laissa vingt- quatre 
hommes qui faisaient partie de l'équipage du navire naufragé 
de Coelho. Cet établissement du cap Frio était le premier que 
tentaient les Portugais sur la côte Brésilienne. Il dura quelque 
temps, car les nombreux navires français " qui, dans les premières 
années du XVP siècle, allèrent chercher en contrebande des bois 
de teinture sur le littoral, avaient grand soin d'éviter le cap Frio. 
Vespucci du reste avait pris toutes ses précautions pour que l'é- 
tablissement prospérât, car il resta cinq mois au cap Frio, con- 
tracta des alliances avec les indigènes, et, à plusieurs reprises 



* Amerigo Vespucci. Quatuornavigaliones. « In quo quidcm portu nec praefc- 
clum nostrum nec quemquam de turba alium rcpcrimus, ctsi tamen in illo men- 
sibus duobus et diebuâ quatuor exspdctaverimus; quibus cffluxis, viso quod illuc 
nemo venict, conservantia noslra tune et ego concordavimus, ut secundum la- 
ïus longius progredereniur. » 

' GAFFAREL, Histoivc du Brésil Français au XVl° Siècle. D'après la relation du 
voyage de Duarte Fernandez, le navire la Bretonne, commandé par Ghristo- 
vam Pires, était allé en iol5 diargef du bois de teinture à ce port. 



— 244 — 

pénétra très avant dans l'intérieur. Il ne se décida à retourner en 
Portugal que lorsqu'il eût perdu tout espoir d'être rallié par 
Coelho. 

Le voyage de retour ne fut signalé par aucun incident. Le 28 
juin 1504 les Portugais rentraient à Lisbonne où on les reçut avec 
des honneurs extraordinaires, car on les croyait tous perdus. 
Vespucci affirme dans sa relation * que tous ceux qui étaient res- 
tés avec Coelho ne reparurent plus, car « c'est ainsi que Dieu, 
juste appréciateur du mérite, punit toujours l'orgueil. » Il se 
pourrait cependant que Gonzalo Coelho ait continué son voya- 
ge, et même qu'il ait découvert le Rio de la Plata, croyant en- 
trer dans le détroit qui le conduirait à Malacca. Il se serait' 
même avancé jusqu'à la baie de Saint-Mathias et y aurait planté 
une borne aux armes du Portugal. Il aurait aussi longtemps sé- 
journé dans la baie de Rio de Janeiro qui, en effet, figure quelque 
tempssur les cartes, par exemple sur le globe deSchôner de 1513 
avec cette désignation : G° Coelho detectio. Les deux navires dont 
il est question dans la Copia desneuwen Zeitung^ que nous avons 
déjà citée, pourraient bien être les deux navires égarés à Fernan- 
do de Noronha, et que Vespucci avait attendus avec tant d'im- 
patience, d'abord à Bahia, puis au cap Frio : mais ce n'est ici 
qu'une hypothèse que nous avançons, et sous toutes réserves. 

Quoi qu'il en soit, dès l'année 1503, et grâce aux naviga- 
teurs portugais, grâce surtout à Corte Real, à Cabrai et à Ves- 
pucci, dont il serait injuste de rabaisser le mérite, une énorme 
étendue de côtes avait été reconnue dans le continent méridio- 
nal. On était entré partout en relations avec les indigènes. On 
avait même fondé un établissement sur la côte. Assurément la 
gloire de Colomb n'est en rien obscurcie par ces découvertes por- 
tugaises, mais ce sont des découvertes réelles, très authenti- 
ques, et nous aurions vraiment mauvaise grâce à les passer sous 
silence. 

' Amerigo vespucci. Quatuor navigntiones. « Quo superbiam mode justus 
omnium censor dcus ronipcnsat. » 

* VAHNHAOEN. ^'ou^'eUes recherches sur les de>-niers voyages d'Americ Ves' 
puce p. H. 



— 245 — 



DISCVSSIOIV 



M. A. PiNART mentionne les tribus des Giietares du Costa- 
Rica dans son mémoire sur « Les limites des civilisations de 
l'isthme américain ». 

[Le Comité de publication regrette de ne pouvoir reproduire 
ici ce travail, déjà autographié et distribué lors de la session]. 

M. DE Peralta fait remarquer que, d'après les anciennes rela- 
tions, les Gûetares occupaient le territoire compris derrière la 
sierra de Herradura, dans le golfe de Nicaragua, et qu'ils étaient 
différents des Changuinas. 

M. PiNART, — J'ai laissé de côté certaines divisions, parce 
qu'on faisait des nations d'après les Caciques ; mais il ne s'agit 
que de petits villages. 

M. DE Peralta. — Les Espagnols ne connaissaient pas les Chan- 
guinas. On a agrandi énormément l'étendue de la vallée des 
Guaymies. Les Ghanguinas pouvaient passer pour Guaymies. Il 
faudrait chercher à l'Ouest du fleuve Sicsola. 

M. DE Peralta développe ses raisons pour prouver que Vasco 
Nuûez de Balboa n'a pas été décapité en 1517, comme on le 
croit généralement, mais seulement le 12 janvier 1519, et prie 
le Congrès de prendre note de cette date. 



OBSERVATIONS 
SUR L'HISTOIRE DU BANANIER EN AMÉRIQUE 

Par le D-^ A. ERNST 

La question de rorigine de la culture du bananier à grands 
fruits [Musa paradisiaca L.) dans les régions tropicales de l'A- 
mérique, où il est depuis longtemps une des plantes les plus 
communes et les plus utiles, est un problème que personne n'a 
résolu jusqu'à présent d'une manière concluante La plupart 
des auteurs qui s'en sont occupé pensent cependant que l'es- 
pèce a été introduite de l'Ancien Monde, comme l'a été le ba- 
nanier à petits fruits [Musa sapientutn L.). Quant à ce dernier, 
nous avons le témoignage d'Oviedo, qui raconte que le Père 
Thomas de Berlanga l'apporta en 1516 de la Grande-Canarie à 
nie de Saint-Domingue, et les noms de guineo et hanana de S. 
Thomé, pour une des variétés les plus estimées, confirment cette 
origine africaine. 

Mais il est impossible que le bananier à grands fruits, que 
les Espagnols nomment plùtano^ soit venu de l'archipel Cana- 
rien, parce que cette espècie n'y croit plus, faute de chaleur suf- 
fisante. Elle est par contre très commune, comme plante cul- 
tivée, dans la Guinée et sur toute la côte tropicale de l'Afrique 
occidentale ; de là, elle a pu être facilement transportée en 
Amérique lorsque, après la découverte du Brésil, de nombreux 
navires portugais trafiquaient constamment entre les deux con" 
tinents. 

M. A. de Humboldt cependant, en s'appuyant sur deux pas- 
sages du Père José Acosta et de Garcilaso de la Vega, a soutenu 
l'hypothèse que le Musa paradisiaca existait déjà dans l'Améri- 
que précolombienne. M. Alphonse DecandoUe a donné un ré- 
sumé très détaillé de l'état de la discussion sur ce point [Géogr. 



— 247 — ■ 

botan.^ p. 921 à 926; Origine des plantes cultivées, p. 2i2 à 
248), et quoiqu'il déclare que les expressions d'Acosta le con- 
duisent plutôt â une opinion différente de celle de Ilumboldt, il 
est moins affîrmatif sur l'interprétation des paroles de Garcilaso 
de la Vega, qui sont le seul témoignage historique de quelque 
poids qu'on ait invoqué en faveur de l'existence du bananier 
dans l'Amérique avant la découverte par les Européens. 

Il vaut donc la peine d'examiner à fond si ce passage est en 
réalité d'une importance prépondérante pour le problème en 
question. 

Garcilaso termine le 6* chapitre du VHP livre de ses Comen- 
tarios Heales par ces mots : « Y porque andamos ya cerca de los 
tiempos, en que los Espaûoles fueron â ganar aquel imperio, 
sera bien decir en el capitulo siguiente las cosas que habia en 
aquella sierra para el sustento humano : y adelante, despues 
de la vida y hechos del Gran Iluayna Capac, diremos las cosas 
que no habia, que despues acà han Uevado los Espaîioles, para 
que no se confundan las unas con las otras. » 

Il parle en effet dans les sept chapitres suivants de plusieurs 
végétaux du Pérou : maïs, quinoa, haricots, pommes de terre, 
oca, bâtâtes, calebasses, arachide, goyaves, pacay (espèce 
à'Inga), aguacates, Lucuma, Schinus molle, Capsicum, Agave, 
ananas, coca, tabac ; il en donne les anciens noms dans la lan- 
gue des Incas et décrit les différents usages que les Indiens en 
faisaient. Dans le chapitre 14°, il fait mention du plâtano, et 
voici ce qu'il en dit : 

« El primer lugar se debe dar al àrbol, y â su fruto, que los 
Espaûoles llaman Plâtano : seméjase â la palma en el talle, y en 
tener las hojas en le alto, las cuales son muy anchas y muy ver- 
des ; estos ârboles se crian de suyo, quieren tierra muy Uoviosa, 
como son los Antis, dan su fruto en racimos tan grandes, que 
ha habido algunos (como dice* el P. Acosta, lib. 4. cap. 21) que 
le han contado trecientos plàtanos. Criase dentro de una câs- 
cara, que ni es hollejo, ni corteza, facil de quitar, son de una 
cuarta, poco mas ô menos, en largo, y como très dedos en 
grueso. 



« El P. Blas Valera, que tambien escribia dellos, dice, que 
les cortan los racimos cuando empiezan â madurar, porque con 
el peso no derriben el ârbol, que es fofo y tierno, inùtil para 
madera, y aun para el fuego, Maduran los racimos en tinajas, 
ciibrenlos con cierta yerba, que les ayuda â madurar. La médula 
es tierna, suave y dulce, pasada al sol parece conserva, cômenla 
cruda, y asada, cocida y guisado en potages, y de todas maneras 
sabe bien. Con poca miel ô azucar (que ha menester poca) ha- 
cen del plâtano diversas conservas : los racimos que maduran 
en el ârbol, son mas dulces y mas sabrosos : los ârboles son de 
dos varas en alto, unos mas, y otros menos. Hay otros plâtanos 
menores, que â diferencia de los mayores les Uaman Domini- 
cos ; porque aquella câscara cuando nace el racimo esta blanca, 
y cuando la fruta esta sazonada, participa de blanco y negro â 
remiendos, son la mitad menores que los otros, y en todo le ha- 
cen mucha ventaja, y por ende no hay cantidad destos, como 
de aquellos » [Comentarios Reaies, édit. de 1723, p. 282). 

On voit que Garcilaso ne donne pas les noms indigènes des 
deux variétés mentionnées, et il paraît en général qu'il en parle 
moins de sa propre expérience, que selon ce qu'il en a lu dans 
les auteurs qu'il cite*. Aussi emploie t-il dans son récit toujours 
le temps présent et jamais le passé, de sorte que ses paroles, si 
je ne me trompe, sont bien loin d'avoir la force d'un argument 
irréfutable dans la question qui nous occupe. Il est vrai qu'il est 
dit : « Estes ârboles se crian de suyo » ; cependant, je ne pense 
pas que cette expression signifie qu'ils croissent spontanément, 
mais qu'elle se rapporte plutôt à la grande facilité qu'a la 
plante cultivée de se reproduire par rejetons et sans les soins 
de l'homme. 

En résumé, je crois que Garcilaso a fait une erreur en énu- 
mérant le plàtano parmi les végétaux cultivés au Pérou avant 
l'arrivée des Espagnols, erreur qui' est due peut-être en grande 

* Le P. Blas Yalera a laissé un manuscrit, « De los Indios del Peru, sus cos- 
tumbres y su pacificacion », cité dans la Bibl. Imp. nova d'Antonio, Madrid, 
1783, I, 230. 11 n'a jamais été publié, que je sache. 



partie à l'aspect éminemment tropical de cette plante, surtout 
en comparaison avec les autres végétaux introduits par les 
Européens. 

Il est bien certain que déjà, avant 1550, il y avait au 
Pérou de grandes jAdintations de plàtanos (o\\ platanares), selon 
Pedro Cieza de Léon, qui en parle dans plusieurs lieux de sa 
« Crônica del Periï » (chap. 27, 46, 80, 95), mais toujours 
comme d'objets de culture dans les établissements ruraux des 
Espagnols. Seulement, dans le 2" chapitre, en décrivant les en- 
virons de la ville de Panama, il dit : « Hay otras frutas de la 
tierra, que son piûas olorosas y jplàtanos^ muchos y buenos 
guayabas, caimitos, aguacates, y otras frutas de las que suele 
haber de la misma tierra » (Edit. de Rivadeneyra, Madrid, 1853, 
p. 355). Il me paraît cependant que cette associatian ànplàtano 
avec des plantes certainement indigènes du sol américain, est 
de peu d'importance pour l'objet de notre investigation. Cieza de 
Léon n'avait que 13 ans lorsqu'il arriva en Amérique (en 1531), 
où il resta 17 ans. C'est un homme sans érudition, qui décrit 
tout simplement ce qu'il y avait vu, et il est assez naturel qu'il 
prit pour frutas de la tierra tous les produits végétaux qui 
étaient nouveaux pour lui. Du reste, il n'est pas étonnant qu'il 
y eût déjà de son temps des platanares dans les environs de 
Panama. L'isthme était alors le grand chemin par où se diri- 
geait tout ce courant d'aventuriers qui allaient chercher au 
Pérou des gloires et surtout des richesses, et Panama ne tarda 
pas à devenir une ville florissante, où toutes les expéditions qui 
partaient vers le Sud devaient s'approvisionner le mieux possi- 
ble. On comprend donc sans peine que la culture d'une plante, 
qui se multiplie avec tant de facilité et qui donne des récoltes 
si abondantes, devait y faire de rapides progrès dès les premiers 
jours de son introduction. 

On a prétendu que le nom Banana da Terra ^ qu'on donne au 
Brésil au Musa paradisiaca^ est une preuve de ce que cette 
plante doit y être indigène. Mais ces noms vulgaires sont sou- 
vent absolument faux ; il suffira de rappeler le blé de Tur- 



— 250 — 

quie, le baume du Pérou, la rose de Jéricho, le jasmin du 
Cap, etc. 

Il me reste à mentionner les trouvailles de feuilles et de 
fruits du bananier qu'on doit avoir faites dans quelques tom- 
beaux anciens du Pérou. Prescott parle d'une feuille, sans citer 
son autorité ; M. A. T. de Rochebrune a reconnu un fruit dans la 
collection de MM. de Gessac et Sanatier; M. Wittmaack cepen- 
dant n'a vu rien de semblable parmi le grand nombre d'objets 
tirés par MM. Reiss et Stubel des tombeaux de la nécropole 
d'Ancon. Admettons volontiers que les trouvailles mentionnées 
soient authentiques et interprétées correctement ; mais est-il 
bien prouvé que ces tombeaux étaient de l'époque précolom- 
bienne, et ne serait-il pas possible que les Péruviens eussent 
pratiqué, encore sous la dominatoin espagnole, parfois l'an- 
cienne coutume d'ensevelir avec les cadavres quelques objets 
ayant une relation avec l'état ou l'occupation des défunts ? En 
tout cas, il y a lieu de douter jusqu'à nouvel ordre. 

J'espère avoir démontré le peu de validité ou l'insuffisance de 
ce qu'on dit jusqu'à nos jours en faveur de l'existence du bana- 
nier à grands fruits dans l'Amérique précolombienne. Je n'ai 
pas de doute qu'il a été introduit des côtes de l'Afrique, et je 
crois que des recherches dans les archives du Portugal, où re- 
posent sans doute beaucoup d'anciens journaux de vaisseaux, 
datant de la première trentaine du XVP siècle, pourraient éta- 
blir définitivement la vérité historique de cette introduction. 

J'ajouterai encore quelques observations linguistiques sur le 
mot espagnol jo/a^ano et les noms de notre plante dans quelques 
langues de l'Amérique méridionale. 

L'identité phonétique du nom plàtano avec celui d'un arbre 
tout différent [Platamis orientalis) avait déjà excité la curiosité 
du vieux chroniqueur Oviedo, qui déploie toute son érudition 
classique pour prouver que la plante américaine et l'arbre de 
l'Asie Mineure ne sont pas la même chose. On sait que les Es- 
pagnols donnaient souvent les noms de plantes européennes aux 
végétaux nouveaux qu'ils trouvaient dans le Nouveau-Monde, 



- 251 -- 

s'il y avait quelque ressemblance extérieure entre les unes et les 
autres. Mais dans le cas du platano^ il est absolument impossi- 
ble de penser à une transmission semblable. M'étant occupé 
longtemps de découvrir une explication satisfaisante de l'ori- 
gine de ce nom du Musa paradisiaca, je crois en avoir trouvé 
enfin une qui me semble assez acceptable ; je me permets de la 
présenter en ce qui suit comme une remarque additionnelle au 
sujet de ma communication. 

Il est évident que le bananier ne pouvait porter un nom en 
espagnol avant d'être connu des Castillans. Eh bien ! c'est dans 
la célèbre expédition de Magalhaens, et peu après dans les 
voyages qui précédèrent la conquête des iles Philippines, que 
ceux-ci ont dû connaître cette plante, qui à ce temps-là était 
déjà cultivée depuis longtemps aux Indes orientales. Selon 
Rumphius, une des variétés les plus communes s'appelait Pisang 
ou Bala7i Tando à Amboïna, ïernate et d'autres îles, et c'est 
dans ce dernier nom, qui facilement pouvait perdre la voyelle 
de la première syllable, que je vois l'origine du m.oi plat ano, 
ou plutôt plantano, comme on dit encore parfois aux îles Phi- 
lippines (Blumentritt), et de cette forme plus ancienne les 
Français et les Anglais ont tiré leur plantanier ou plantain. Je 
regrette de ne pouvoir appuyer cette étymologie par des cita- 
tions de vieux textes, qui peut-être se trouvent dans la relation 
de Pigafetta et dans les anciennes chroniques espagnoles des 
Philippines ; mais aucun de ces ouvrages ne m'est accessi- 
ble ici. 

Le mot balan ou palan est évidemment le même que pala^ 
que nous a transmis Pline dans le passage connu du 12° livre 
de son Histoire naturelle^ et il paraît être aussi la source du nom 
banana. Ces deux mots [platano et banana) ont été en Améri- 
que d'une fécondité surprenante, car c'est à eux que se rappor- 
tent les noms des espèces cultivées de Musa dans un grand nom- 
bre de langues indigènes. Il y en a sans doute plusieurs dans 
lesquelles les noms sont entièrement différents ; ceci, du reste, 
n'est pas une preuve contre l'origine étrangère de ces plantes. 



— 252 — 

eu égard au caractère essentiellement descriptif des langues 
américaines, d'où devaient naître maintes variations dans la no- 
menclature des produits naturels, selon les diverses propriétés 
qui frappaient de préférence Fattention des Indiens. 

Les noms du bananier dans les langues de la famille caribe 
{baluru, paluru, balulu^ paruru, etc.), ont été dérivés par 
M. K. von der Steinen (Durch C entrai- Brasilien, Leipzig, 1886, 
chap. XXII) du m.oi pai^û, qui signifie eaii ou rivière dans la lan- 
gue des Bakaïris, laquelle serait, selon lui, la plus rapprochée 
de l'ancien parler des Caribes. Il appuie son assertion sur ce 
passage de Gilij : « Un champ couvert de bananes, traversé 
par un ruisseau qui maintient les plantes toujours fraîches, pré 
sente une vue vraiment magnifique », et il ajoute plus loin qu'on 
ne pourra objecter rien contre cette étymologie, si l'on consi- 
dère que le nom giiineo dans la langue des goajiros, où gViin 
signifie eau, est une répétition exacte du même procédé de for- 
mation, de manière que la banane serait le fruit de rivières, le 
fruit d'eau. Je ne puis nullement partager cette opinion, car 
d'abord je ne vois pas que les paroles de Gilij aient la moindre 
relation avec l'étymologie du mot en question, et ensuite les goa- 
jiros ne disent pas gilineo (avec tréma), mais ^z^zweo (sans tréma), 
ce qui est toute autre chose et simplement le nom espagnol cité 
plus haut et dérivé de Guinea. 

« Mais c'est le nom du Musa sapientum; le M. paradisiaca est 
appelé prana ou purana par les guajiros (l'w de la première 
syllabe est presque muet), mot qui vient sans doute de ha- 
nana. » 

Mais d'où vient alors la forme caribe pariirii avec toutes ses 
variantes ? J'incline à croire que ce n'est, qu'une corruption 
phonétique du mot ganana, quoique je n'en sois pas du tout ab- 
solument certain. A première vue, la différence, il est vrai, pa- 
rait très grande ; mais je rappelle les formes intermédiaires ba- 
nala, banara, panara, banaura (citées par Martius, Beitrâge, II, 
423, 424), et il y en aura probablement d'autres qui complètent 
la chaîne des analogies. 



— 2S3 - 

M. VQn deii Steinen rapporte le mot pacoba des Brésiliens au 
portugais bago qui, selon lui, signifie baie^ grappe. Je ne con- 
nais pas le mot dans cette forme ; aussi me parait-il que Téty- 
mologie proposée par le célèbre voyageur est assez mal établie. 
J'ai déjà remarqué (Comptes-rendus de la Soc. d'Anthrop. de 
Berlin, 1886, p. 372) que M. Almeida Nogueira traduit le mot 
guarani pacob par «■ folha de se-extender ou de envolar », en 
ajoutant « nome generico dus musaceas » (Vocab. guarani, Rio- 
de-Janeiro, 1879, p. 3o8). Pacoba serait donc une désignation 
générale pour toutes les musacées à grandes feuilles, appliquée 
plus tard spécialement au bananier, qui sans doute devait frap- 
per la vue des indigènes par les dimensions extraordinaires de 
ses feuilles. 



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EXISTE-T-IL DN PORTRAIT ADrHENTIQUE DE CHRISTOPHE COLOMB ? 
Par M. J. SiLVEuio Jorrin 

On compte par dizaines les images apocryphes du grand Ita- 
lien ; mais il y en a quelques-unes dont on doit conserver le 
souvenir, à cause de certaines circonstances caractéristiques. 

Celle qui a été gravée à Francfort-sur-le-Mein, par Théodore 
De Bry, en 1590, se trouve dans ce cas. C'est une figure ronde 
réellement Hollandaise, d'une expression joviale, avec des che- 
veux arrangés en grosses boucles, la tête coiffée d'un tricorne 
et le buste enveloppé dans un riche surtout. Ses traits n'offrent 
pas la moindre ressemblance avec la description que nous ont 
laissée du visage de Colomb, son fils Ferdinand, Oviedo, Frivi- 
gnano et Bartolomé de Las Casas. — Or, malgré ces défauts es- 
sentiels, cette gravure a joui d'une telle faveur,que Venise en fit 
une belle copie à demi-colossale en mosaïque, et l'envoya en ca- 
deau au conseil municipal de Gênes, lors des premières explosions 
d'enthousiasme populaire, produites par l'unification de Fltalie. 
D'un autre côté, le gouvernement de Victor-Emmanuel se trouva 
à cette époque 'dans la nécessité d'émettre plusieurs millions en 
papier-monnaie, pour faire face aux dépenses exigées par la 
transformation de son royaume ■ et les billets de cinq lire qui 
étaient les plus nombreux, ont familiarisé les Italiens avec la 
fausse physionomie que le capricieux burin de De Bry a bien 
voulu donner à Colomb. 

La Havane possède déti^ bustes de l'amiral. L'un a été placé 



— 255 — 

sur l'endroit de la ville où l'on a dit la première messe en 1314. 
L'autre fut ciselé en bas-relief sur la table en marbre qui couvre 
les restes du grand marin, déposés dans notre cathédrale. Ces 
effigies sont apocrij plies ; car elles portent des favoris et des 
moustaches, et parce qu'elles ont autour du cou une fraise sy- 
métriquement pliée, comme on en voit dans les portraits de 




Porlrait de Chrislophc Colomb., 

Cervantes. On sait du reste que ces usages-là ne furent intro- 
duits en Espagne, que trois quarts de siècle après la découverte 
de l'Amérique ; mais nos deux bustes reproduisirent, sur l'auto- 
rité de Don Juan Bautista Mufioz, la gravure qu'il mit en tête de 
son « Histoire du Nouveau-Monde », imprimée à Madrid en 
1793. 

La Havane conserve aussi dans son palais municipal une toile 
très intéressante à cause de son origine. Le duc de Veragua la 
lui donna en 1796, pour qu'elle fût placée près de l'urne funé- 



— 256 — 

raire de son illustre ascendant, qu'on venait de transporter de 
Saint-Domingue à la capitale de Cuba. Le personnage peint à 
l'huile appuie sa main droite sur un globe terrestre, et l'histo- 
rique devise Por Castilla y por Léon Nueco Mimdo hallô Colon 
reluit dans la partie supérieure du tableau ; mais la figure re- 
présentée a le visage rond et non pas ovale, et les yeux et che- 
veux qui devraient être respectivement bleus et gris, sont par- 
faitement noirs. Il faut conclure de toute ces observations, qu'à 
la fin du dix-huitième siècle, la critique ne s'était point adonnée 
en Espagne à cette sorte d'études. 



La municipalité de Gênes décida en 1847 de bâtir un monu- 
ment en l'honneur du plus grand de ses enfants ; et pour mieux 
réussir dans l'exécution de son entreprise, elle demanda au gou- 
vernement espagnol des informations sur le portrait et le cos- 
tume du héros. Le ministre d'État à Madrid envoya la pétition 
à l'Académie Royale d'Histoire ; et la commission nommée par 
celle-ci fit naitre une série de patientes recherches, dont je viens 
résumer à la hâte les résultats. 

MM. Carderera, Feuillet de Gonches et le marquis Girolamo 
d'Adda, qui se sont sérieusement livrés à la solution de cette 
énigme, commencèrent leurs travaux par l'examen de toutes les 
estampes et peintures qui prétendaient en Europe refléter le visage 
de Golomb ; et après les avoir confrontées avec les esquisses qui 
nous ont été léguées de la face de l'amiral par les écrivains qui 
le connurent de visu^ ils tombèrent d'accord sur les conclusions 
suivantes : 

1° Que le plus ancien portrait ^my^du fameux Génois, est 
une copie de la peinture conservée à Gôme, dans le Musée Vanlo 
Giovio, évoque de Nocera. 

2° Que le typographe Perna imprima à Bâle, en 1378, l'ou- 



— 257 — 

vrage de Giovio, intitulé Elogia Virorum bellica virtiUe lllits^ 
iriiim ; et qu'il y inséra le portrait gravé, clans lequel Colomb 
parait avoir pour costume l'habit d'un moine franciscain. 

3° Que parmi les portraits peints de l'amiral il existe dans la 
galerie publique de Florence, une ancienne copie de celui du 
Musée de Côme que Cristofano deirAltissimo fît par ordre de 
Côme de Medicis. 

4° Qu'AUprando Capriolo reproduisit cette dernière image 
dans le livre Cento Capitani Illustri, publié à Rome en 1306. 

3° Qu'on trouve parvenus en France et en Allemagne, de 
môme qu'en Espagne et en Italie, bon nombre de portraits du 
navigateur italien, ressemblant plus ou moins à celui de Flo- 
rence, mais qui révèlent par leur évident air de famille, leur 
provenance d'un type unique. 

6" Que l'Académie Espagnole de l'Histoire conseille aux pein- 
tres et aux sculpteurs qui voudraient dorénavant représenter le 
révélateur du continent nouveau, de s'inspirer de ce type-là. 
Le conseil a été religieusement suivi par l'auteur de la belle sta- 
tue qui orne une des cours du ministère des colonies et par les 
artistes qui ont taillé celles qui couronnent les colonnes triom- 
phales, récemment érigées à Barcelone et à Madrid, pour la 
glorification de l'immortel Génois. 



IL 



La solution donnée à ce problème esthétique ne reçut pas la 
moindre atteinte pendant vingt-cinq ans, c'est-à-dire, de 1832 
à 1877. Mais à cette dernière date, M. Angel de los Rios, 
membre correspondant de l'Académie d'Histoire, développa 
dans un mémoire une thèse qui embrassait les points suivants : 
Que l'habit de moine franciscain qu'on croyait voir dans l'es- 
tampe de Perna, était le tabardo des anciens marins espagnols 

et de nos Ordres militaires du nloyen-àge ; vêtement qui est en- 

17 



— 258 — 

eore en usage, aujourd'hui chez les riverains du golfe de Gas- 
cogne. Et comme le tahardo n'est autre chose qu'un sarrau ter- 
miné par un capuchon pour se couvrir la tête à volonté , il est 
très possible que Colomb portait ce costume la mémorable nuit 
du 11 au 12 octobre 1492, quand il aperçut la petite lumière 
qui annonçait enfin la terre tant désirée. M. Rios ajouta que les 
portraits de Bàle et de Rome se rapportaient à une image uni- 
que, avec la seule différence du costume et de quelques acces- 
soires et qu'à son avis, jamais le Musée de Côme n'avait eu 
deux portraits de l'amiral. 

" Carderera répondit aux observations précédentes : que, puis- 
que nous n'avons pas un chef-d'œuvre qui soit le reflet du vi- 
sage de l'amiral, il faut se contenter de la peinture de Florence 
et des deux estampes de Bàle et de Rome qui se rapportent toutes 
les trois à un type unique ; qu'il croyait avec M. Rios que la 
gravure publiée par Perna en 1578, dans les Eloges, éteiit le por- 
trait authentique de Colomb, car il est le plus ancien, et parce 
qile la singularité du costume implique l'existence d'une autre 
image prise ad vivimi] que les petites dimensions et la rudesse 
de l'estampe de Bâle ont empoché de bien déterminer les traits 
du visage, et que pour cette raison on doit préférer celle de Ca- 
priolo, dans laquelle tout est plus nettement fixé : qu'il ne re- 
poussait plus l'indication faite par M. Rios à propos du costume 
qu'on remarque dans la gravure de Perna ; car il se peut bien 
que ce soit le sarrau en usage chez les marins espagnols du 
16» siècle et non l'habit du tiers ordre de Saint-François. 



III. 



Carderera compléta les services qu'il avait rendus à la vie de 
Colomb au point de vue iconographique en insinuant que le 
portrait de la bibliothèque nationale de Madrid avait tout l'air 
d'un palimpseste en ce sens, qu'en dessous du manteau garni de 
fourrures dans lequel le^ustQ de l'amiral était enveloppé, il y 
avait un autre portrait. 



— 259 — 

Cette Conjecture s'accomplit clé tout point. Une fois enlevée 
des tableaux la couche de peinture qu'un maladroit restaurateur 
y avait mise, on parvint à découvrir un personnage imberbe, 
selon la mode espag-nole du temps d'Isabelle la Catholique, 
avec une physionomie grave et reposée, le nez aquilin, l'ovale- 
facial prolongé, et dont Fenseiiible rappelait la peinture de 
Florence. 

L'Académie d'Histoire fit graver par l'habile artiste, M. Gai- 
van, le nouveau portrait et l'exposa au ptiblic dans un magnifi- 
que cadre doré, pendant la quatrième session, celle de Madrid^ 
dû Congrès international des Américahistes en 1881. En des- 
sous de Tinscription moderne de ce tableau, on trouva l'an- 
qiénne : Colomb. Lygur. Nom orbi^. Reptôr: 

Ce portrait pôurtaiit provient de l'Italie ; car, non" seulement,; 
il est peint sur une planche d'aune, espèce de bois qu'on n'a ja- 
çiais employé en Espagne pour cette sorte d'ouvrages, mai^ 
encore parce que, d'après l'avis des experts, le stylé du dessin 
et dû coloris n'appartient à aucune des écoles d'Espagne, mais 
bien à celle "de Florence. " 

■ Je dois ajouter que diflérénts journaux viennent de publier; 
que Gênes, à l'instar de rEs|iagne, va célébrer en 1892 le 
quatrième centenaire de la découverte du nouveau monde. Ces 
mêmes journaux disent qiie, parmi les curiosités qu'on a, déjà 
réunies pour la circonstance, on a trouvé un portrait de Colomb 
peint par Lorenzo Lotto, quand il alla à Madrid en ,1501, en 
qualité d'ambassadeur de la République de Venise. 



IV. 



Personne ne s'est adressé jusqu'à présent à la source ppiûiôr- 
diale de' ces recherches. Personne n'a inspecté le musée de 
l'évêqué de Nocera, ce sphynx dont tout le monde parlé, sans 
avoir encore essayé d'en expliquer le secret. Or, l'auteur de ce 
mémoire a eu le bonheur de le découvrir d'une façon très simple. 



— 260 — 

Mais avant de nous engager dans ce dernier épisode, arrôtons- 
nous un moment pour dire sur quels fondements est assise l'im- 
portance attribuée à la collection de Côme. 

Paulo Giovio fut un véritable contemporain de l'amiral, puis- 
qu'il avait vingt-quatre ans à la mort de celui-ci. Giovio a pu du 
reste connaître personnellement Ferdinand Colomb, qui a beau- 
coup voyagé en Italie et qui résida quelque temps à Rome. 
D'un autre côté, l'auteur du livre des Eloges fut grandement 
protégé par le pape Léon X, qui l'emmena à Bologne lors de 
son entrevue avec Charles V, dans cette ville. Après cet événe- 
ment, l'Empereur accorda au disert humaniste son amitié et alla 
même jusqu'à lui oiîrir de visiter son célèbre musée. 

Une fois ces antécédents établis, peut-on croire que Giovio, 
qui comptait de puissants protecteurs, qui avait mis de lon- 
gues années à réunir le plus grand nombre possible de por- 
traits des célébrités anciennes et modernes, qui, avant 1378, 
comme le démontra l'édition publiée par Perna, possédait les 
portraits de Gonzalo de Cordova, de Pedro Navarro et d'An- 
tonio de Nebrixa, tous espagnols et tous contemporains de Chris- 
tophe-Colomb, peut-on croire que l'image de celui-ci manquât 
dans le musée ? La négative la plus absolue s'impose comme ré- 
ponse à cette question. 

Revenons donc à notre récit. Une circonstance fortuite et heu- 
reuse m'offrit l'occasion dans un de mes voyages à travers la 
péninsule italique de faire la connaissance de M. le comte Gio- 
vanni Giovio, seul descendant de l'évêque de Nocéra qui porte 
aujourd'hui ce nom historique. Instruit de mes désirs, il soutint 
avec moi depuis le 15 mars 1879 jusqu'au G avril 1880 une cor- 
respondance épistolaire entre Milan et Paris, que je conserve 
parmi mes papiers. Les résultats de toutes ces démarches les 
voici : 

Les anciens tableaux du musée se trouvent encore à Côme, 
dans la primitive résidence de son fondateur nommée aedes 
Jovîae. 

Les premiers héritiers de ces peintures étaient divisés en deux 



— 261 - 

branches ; la première s'adjugea les portraits dos guerriers illus- 
tres, la seconde, ceux des littérateurs fameux; mais cette classi- 
fication ne fut pas rigoureusement maintenue par les ayant- 
droit subséquents. 

La première branche est aujourd'hui représentée par M. le 
marquis George Raimondi, la noble famille De Orchi et M. Pie- 
tro Novelli. 

La branche cadette, refondue il y a peu de temps avec le 
comte Francesco Giovio, oncle du gentilhomme qui m'a fourni 
ces renseignements, se compose à présent de trois cousines de 
ce dernier. 

La famille De Orchi a vendu au prince Jérôme Napoléon le 
portrait de Cosme de Médicis dû au pinceau de Bronzino. 

La même famille est aujourd'hui propriétaire du portrait de 
Christophe-Colomb, dont j'ai la bonne fortune de pouvoir donner 
ici une reproduction photogravée. Cette peinture qui a dans sa 
partie supérieure l'inscription Colomb. Log. inv. novi orbis se 
trouve détériorée à tel point qu'on n'a pu en tirer d'épreuve 
photographique. 

Pour cette raison, M. Giovanni Giovio chargea M. Nessî, ar- 
tiste milanais, d'en faire une copie exacte au crayon, réduite de 
moitié, que je conserve et dont l'exemplaire ci-joint est une 
reproduction en petite échelle. 

Permettez-moi, M. le Président, de caresser l'espoir, que les 
faits consignés dans ce court écrit serviront de stimulant aux 
Américanistes livrés à ce genre de recherches, pour conduire 
celles-ci à leur complet et définitif éclaircissement. Le conseil 
municipal havanais vient de prier à ma requête celui de Gênes 
de vouloir bien user de son influence auprès des possesseurs 
de ce dernier portrait de Colomb, afin d'en obtenir une copie 
peinte à l'huile et de la grandeur du modèle. 

Le congrès ne croit-il pas, que si nous ne sommes pas encore 
arrivés à la pleine démonstration de la vérité, ici poursuivie, 
nous nous trouvons déjà dans sa glorieuse pénombre? 



SOBRE EL LUGAR CIERTO 

EN QUE REPOSAN LAS CENIZAS DE C. COLON 

^ :■:'■::: Por el D<" FRANCISCO JÏENRIQUE? Y CAKVAJAL 

, Desde qiie en 20 de diçiembre de 1795.se procedi6*â la exhu- 
macion de los restos mortales d.el.l!"" Almirante de las,Indias 
Occidentales, que se. sabian yacentes en él suelo de la Capilla 
mayordela Catedral de Santo Domingo^y por ôrdené ingerencia 
del Teniente General de la Armada espaîlola, Don Gabriel 
Aristizabal fueron, en su propia flota, trasladados a la Habana, 
â consecuencia de que por el tpatado de Basilea la parte espa- 
îlola de la îsla dëbia ser incorporada â los dominios franceses ; â 
nadie le pasaba por la mente dudar de la verkcîdad de aquel 
hechjD y tôdo el mundo estuvô siempre acorde en que los 
restos del jlustre njarino reposaban en là ciudad adonde el celb 
patriôtico de otro marino lôs condujô. Se ha dicho que en Santo 
Domingo existia una vaga tradicîon de que los restos exhuma- 
dos en 1795 no e.ran los verdaderos de Colon; pero esta tradicion 
np ha podido ser nunca demostrada. Es muy probable que 
entre los que asistieron â dicha exhumacion, k alguno le habia 
de haber chocado en extremo ver que se tomaran por restos 
del 1" Almirante los que aparecieron en una béveda 6 sepul- 
tura sobre la cual faltaba tocla inscripcion lapidaria, asi comô 
tambien faltaba en los restos de planchas de plomo que dentro 
de la bôveda se ericontraron y que debian pertenecer â la caja 
en que se habian depositado los huesos, va desmoronados, que 
alli se recojieron ; pero nadie podria demostrar que de tal ob- 
servacion, que es solo probable, se originarâ una tradicion. 
El caso es que de 1795 â 1877 ninguna reparacion habia sido 



-— 263 — 

efectuada en el suelo del presbiterio en la catedral de Santo 
Domingo. En osa ûltima feclia se emprendieron, bajo la direc- 
cion del Pbro, F. II, Billini, varias reparaciones que consis- 
tieron sobre todo en arreglo del piso de la Iglesia. El presbi- 
terio debia sufrir igual suerte, y para hacerlo, hubo que remo-- 
ver su suelo. Se encontraron los restos del Brigadier Juan San- 
cliez Ramirez, muerto en 1811 : ninguna pena costô reconocer 
los restos de un personaje cuya inhumacion solo de 66 aûos da- 
taba. Luego se reconociô que el primitivo presbiterio de la Ca- 
pilla mayor habia sido ya agrandado, pues se encontraron toda- 
via las gradas de aquel recubiertas por el mat^rial del que 
actualmente se reparaba. 

Prosiguiendo los traljajos sobre el antiguo presbiterio, se en- 
contre, el 14 de may'o y del lado de la epîstola, una urna de 
piedra de donde se extrajô una caja de plomo conteniendo 
restos humanos y con la sola inscripicion de 

D. Luis Colon 

Duque de Veragua y Marques de... (el resto ilejible). 

El hecho de haber encontrado los restos de un nieto del 1" 
Almirante, hizo natural mente pensaf que podrian encontrarse 
en ese mismo recinto los restos de otros Colones. El 8 de setiem- 
bre del mismo aùo de 1877, se encontre del lado del evangelio, 
es decir del lado derecho de la capilla, otra urna 6 tumba vacia, 
sin restos, sin ninguna inscripcion, ni ningun objeto fiinebre. Al 
siguiente dia no se trabajô por que era domingo. El limes 10, 
prosiguiendo las exploraciones del lado derecho, se descubriô 
otra bôveda y dentro de ella una caja de plomo conteniendo 
restos humanos. 

Cuân grande no fué el asombro de los que leyeron sobre la 
tapa de la caja la inscripcion : 

D. de la A. ?«' A'». 
Cristôval Colon ! 



— 264 — 

Grande fué tambien el recojimiento de los que alli, mudos 
de respeto, contemplaban aquellos despojos pertenecientes â 
tan grande hombre, hoy convertidos casi todos enpolvo ! Grande 
fué luego el entusiasmo popular que sucediô â las primeras 
emociones, se desbordô ese dia en aclamaciones de Victoria y 
de alabanza en honra del insigne descubridor! Présente aquf 
copia de las inscripciones que contiene la caja : son la repro- 
duccion de los fac-similés que figuran en las obras del concien- 
zudo escritor dominicano, E. Tejera, quien, se puede decir, ha 
agotado el asunto. 

En la cara interior de la tapa, se lee la inscripcion : 

Don Crisïôval Colon. 

Y en una lamina de plata que estuvo sujeta por dos tornillos 
de hierro â la caja, en su parte interna, se lee, de un lado : 

U* p** de los r*"' 
DE D. Cî^iSTovAL Colon D' 
y del otro 

Cristoval Colon 

Al anunciarse al extrangero el hallazgo de los restos de Colon 
en Santo Domingo, cuando por todas partes se ténia sabido y se 
enseûaba que desde 1795 aquellos reposaban en la ciudad de 
la Habana, natural era esperar el rumor de duda y la voz de 
incredulidad de los que se hallaban léjos del teatro de los acon- 
tecimientos asi como el clàmoreo apasionado de los que se 
creian poseedores y en perfecto derecho de poseer las veneran- 
das cenizas del grande hombre. Tal fué el origen de las discusio- 
nes que desde aquella época se han empefiado entre la prensa 
dominicana y la prensa peninsular y colonial espafiola. 

Despues de un informe desfavorable a los dominicanos, pre- 
sentado al Capitan Gral. de Cuba por el Sr. Lopez Prieto, la 
Real Academia de la Historia de Madrid, por la elocuente voz de 



— 265 — 

su miembro de numéro el Sr. Colmeiro, declarô que cl hallazgo 
del 10 de setiembrc de 1877, solo era una supercheria de los 
dominicanos. A éstos tocô, pues, y desde luego, probar lo que 
de por sf era évidente : se trataba de un hecho y la demostra- 
cion mas sencilla hubiera sido siempre comprobar el hecho 
mîsmo por la sola inspeccion. 

Sin embarg-o, la prueba histôrica, aunque penosa, era igual- 
mente posible, y se ha dado de la manera mas satisfactoria. 

Colon muriô el 20 de mayo de 1506, en Valladolid. Su cuerpo 
permanecio en un convento de esa ciudad hasta 1S09, aûo en 
que, segun el testamento de 6 de marzo del mismo aîlo de su 
hijo Don Diego, este lo mandô depositar en el monasterio de las 
Cuevas de Se villa {Harrisse, Les sépultures de C. Colomb), 

Su hijo Don Diego muri6 el 23 de febrero de 1525 en Montal- 
ban, y sus restos fueron mas tarde traidos al mismo monasterio 
de Se villa y colocados al lado de los de su padre. 

Dlcese generalmente que en 1536 los restos de ambos fueron 
entregados para su traslacion â Santo-Domingo ; pero esto no es 
exacto, pues el 2 de junio de 1537 concedi6 Carlos V â Doua 
Maria de Toledo, viuda de Don Diego, la capilla mayor de la ca- 
tedral de aquella ciudad, para enterramiento de los Colones, y 
para tal época los restos del 1" Almirante y los de su mencio- 
nado hijo reposaban en las Cuevas de Se villa. 

El 5 de noviembre de 1540, Carlos V dirije una sobre-carta, 
entônces â Don Luis Colon, hijo de Diego, nieto del l"" Almirante, 
por la cual el emperador déclara reservarse la parte alta del 
presbiterio para colocar sus armas. Dicha catedral fué comen- 
zada en 1514 y se diô por concluida en 1540. Hasta 1543 gober- 
n6 Don Luis Colon la isla Espaùola. Es pues probable que del 
41 al 43 del mismo siglo fueron enterrados los restos de su padre 
y de su abuelo del lado principal del presbiterio, es decir, del 
lado del evangelio ; pero nada nos indica en donde permanecie- 
ron de 1537 â 1541 6 43. 

Luis Colon muri<3 en Oran en 3 de febrero de 1572. De alli sus 
restos fueron trasladados â las Cuevas de Sevilla. Ygnoramos en 



— 266 -^ 

que fecha fueron Uevados â Sto Doming'o ; pero ya en el slno-' 
do cèlebrado alli en 1683, se habla de él y se dice que yacia del 
lado de la epistola. 

" Segun esta relacion, se ve que solo liubo très Colones enterra- 
dos en el suelo del presbiterio de la Catedral de Sto-Domingo, 
A nadie mas se enterré alli hasta fines del sîglo pasado y prin^: 
cipios de este, fechas en las cuales fueron sepultados en la parte 
nueva y delantera del presbiterio, en 1785, Don Ysidoro Peralta 
capitan gênerai, y Juan Sanchez Ramirez, brigadier, en 1811. 
El derecho exclusivo acordado à la viuda de Don Diego para 
depositar en aquel sitio los restos del 1" Alniirante y los de su 
esposo, asi como para que sirviera de enterrainiento â los des- 
cendientes de éstos, préservé aquel recinto privilejiado de las 
pretension€s de otros personajes 6 familias ; y solo dos siglos y 
medio despues de otorgadas las Cédulas de Carlos V, cuando 
ya la colonia habia pasado por las vicisitudes mas penosas y va-^ 
riadàs, y cuando el influjo y dominio de los Colones en ella se 
hàbian convertido en reminiscencias histôricas, fué que el cadà' 
ver del primer gobernante de la colonia mereciô los honorés de 
la capilla mayor. \ .- ' . 

Sabemos, pues, que los restes de très Colones han yacido en 
el suelo del presbiterio antiguo : del lado del Evangelib, los del 
l'' Almirante y los. de su hijo Don Diego, porque asi lo détermi- 
né este en sus testamentos. 

Un siglo despues del sinodo, es decir en 1783, D. Isidoro ô 
Isidro Peralta, gobernante principal de la parte espaîlola de 
de la isla, contestaba una carta, el 29 de marzo de dicho aûo, 
al teniente de navio D. José Solano, quien se habia dirijido à 
aquel, para complacer à M. Moreau de Saint-Méry,pidiéndole in- 
formes seguros acerca de la sepultura de Cristobal Colon. 
Segun esta carta, dos meses ântes de su fecha, « trabajândose 
en la Iglesia catedral se derribô im pedazo de un grueso muro, 
y este acontecimiento fortuito fué causa de que se encontrara 
la caja de que he hablado (la que contenia los restos del 1" Almi- 
rante) la cual, aunque sin inscripcion, se sabla por une tradi- 



- 267 -^ 

cîon constante é invariable que contenia los restes de Colon ». 
En dicha carta se afirma, ademâs, que del lado de la epistola 
descansaban los restos de D. Bartolomé Colon ; afirmacion 
sin fundamento y complctamente errada que pone en claras 
la ignorancia en que por aquella época se vivia relativamente 
à este asunto. 

En obsequio del mismo S' Teniénte Solano y por requerimiento 
de Peralta, se expidieron algunos dias mas tarde, en 20 
y 26 de abril del mismo aîlo que la aludida carta, très certifica- 
ciones firmadas por el Dean, Maestrescuela y Tesorero de la 
Catedral. En todas ellas se asevera que con motivo de las re- 
paraciones que se hacian al altar mayor, se habia encontre do 
del làdo del evangelio una urna de piedra conteniendo otra de 
plomo, en la cual se habian visto restos humanos ; los cua- 
les, segun la tradicion de los antiguos y im capitula del siiiodo, 
debian ser los del 1' Almirante ; mientras que la urna situada 
del lado de la epistola, debia contener, segun uno de los très 
firmantes (Pedro de Galvez), los restos de Bartolomé Colon ; 
segun los otros dos firmantes (Nufiez de Càceres y Manuel San- 
chezy, 6 los del mismo Bartolomé 6 los de Diego, hijo del 
1' Almirante. 

Esto pasaba en 1783 : doce aîios mas tarde se procedié â la 
exhumacion de los restos del Gran Descubridor, sin que nuevas 
investigaciones hubieran precedido la décision oficiàl. Ninguiia 
razon liay para créer que en 1795 se conociera mejor el asunto 
y la tradicion de los antiguos de la isla dejara de ser el unico 
guia en la exploracion que se iba â acometer. El 20 de diciem- 
bre de 1793 no se hizô mas que seguir la vaga tradicion, y las 
consecuencias pudieron en taies circunstancias haber sido las 
que efectivamente han sido : un error. El acta levantada por el 
«scribano D. José F. Hidalgo en aquel solemne dia en que ni 
la buena voluntad ni la buena fé pudieron evitar el error â que 
conducia la parcial inexactitud de la tradicion, proclama que 
se encontraron en la sepultura descubierta aunque del' evan- 
gelio, pla7ichas de plomo sin inscripcion, algunos huesos y caniî- 



— 268 — 

las, restas de algnn difanto, El acta fué escrita como debia, 
propia para esclarecer la verdad el dia que por los fueros de 
ella se vuelve. 





■) 



J 



ro 



Presbiterio do la Catedral en 1S40. 



LEYENDA 



Boveda de D. Cristobal Colon. 
Id abierta en 1795. 
Id de D. Luis Colon. 
Angulo de la pcana del altar 
mayor. 
Escaleritas. 
Pared remate del presbiterio. 



— Parle de la Capilla no ocupada 

por el presbiterio, 

— Puertaqueconduciaâlasacrislia. 

— Id de la Sala Capitular. 

— Termino de la Capilla. 

— Tribuna del Evangclio. 

— Id de la Epistola. 



Notadlo bien : en la tradicion relativa à los restes de Colon 
en Santo Domingo, que tiene como jalones varias fechas, solo 
bay un elemento que no varia, por que es el fundamental : 
que el l'"" Almiranto reposa en el suelo de la Capilla mayor de 
la Catedral y que es del lado del evangelio ; todos los de- 
mas se alteran. El sinodo de 1683 llamo k Don Luis hennano de 
su abuelo; de aqui probablemente que un siglo despuos 



269 — 



Peralta y Pedro Galvez afirmen que del lado de la epistola se 
encuentra Don Barlolomé, que es el efectivo hcrmano ; pero 
como por otro lado no habria podido ménos que ser conocido 




^ 



Presbitcrios de 1793 v 1877 



1. — Bôveda C. Colon. 

2. — Id abierta en 1795. 

3. — Id de Luis Colon, 

4. — Angulo dcl altar mayor. 

5. — Puertaque conducia àla sacrisUa. 
0. — Id il la sala capilular, 
7. — Terminode la Capilla. 



LEGf':NDA 

8. — Tribuna del Evangelio. 

9. — Id de la Epistola. 

10. — Escaleras, 

11. — Tumba de J. Sanchez Raïuirez 
donde tambien imtes estuvô 
Dn. J. Peralta. 



en tiempos anteriores el querer de Diego, hijo del Descubridor, 
de que sus restos reposaran al lado de los de su padre, proba- 
blemente esto influyô en el ânimo de los otros miembros del Cabil- 
do de aquella iglesia, quienes no se atrevieron en sus certifica- 
ciones â decidir si era Bartolomé, hermano, à Diego, hijo del 
1' Almirante, cuyos restos ocupal)an la urna situada del lado la 
de epistola. Quiere decir, que si en 1683 habla el sinodo de Don 



— â70 — 

Luii^,el iiieto,tal vez por el hecho mismo de calificarlo herriiano," 
se borrô su nombre de la memoria de todos sustituido por 
otros nombres ; y puede creerse que tanto en 179o corao hasta 
1877, se ignoraba completamente que sus restos reposasea en 
el precitado lugar. 

El enig-ma se descifra claramente en 1877. Tan ignorantes 
los Dominicanos actuales como los colonos de 1793 de que exis- 
tieran taies restos del nieto del 1' Colon en el suelo de la Capilla 
mayor de la catedral y del lado de la epistola, solo un 
hecho excepcional podia hacerlos posesores de estos primeros 
despojos humanos. Porque se hacian reparaciones del sue- 
lo de la iglesia y se modificaba el presbiterio de la principal 
capilla, tal fué la causa por la cual se encontrô el 14 de mayo 
la caja de plomo que contenia los restos de Don Luis, con ins- 
cripciones bastante claras. De ahi, sin duda, cierta curiosidad 
por averiguar sir habia en aquel recinto otros Colones ; pero 
se comprenderâ fâcilmente que dicha curiosidad no fué tan 
grande, pues que solo cuatro meses despues, en setiembre, 
se descubre otra tumba, conteniendo otra caja de plomo que 
lie va las inscripciones cuya copia os presento, y las cuales 
atestiguan que los restos humanos contenidos en ella son los 
del insigne navegante. 

^ Yentonces, se dira, los restos exhumados del siglo pasado, â 
quien pertenecen ? Otra bôvedà 6 urna existia, de donde se 
habiân extraido despojos humanos durante la exhumacion de 
1795. En efectô, la exploracion continuada en el mismo suelo 
del presbiterio, despues del descubrimiento de la urna de Don 
Luis, demostrô la existencia de otra urna à bôveda vacia que 
esta contigua â la ûltima descubierta. ^ Cuales restos debiô esta 
contener ? Es facil deducirlo : dos sepulturas eontigiias, tan 
pegadas como estân la una de la otra,corresponden fiélmente âla 
Voluntad testamentaria de Diego Colon, quien queria que su 
cuerpo 6 cadàver ô despojos fuesen colocados al lado de 1<')S de 
su seùor padre. 

Es pues de una probabiliàad que es casi evidencia, que los 



— 27i — 

restos Uevados â la Habana en 1795 sou, no los de Cristobal 
Colon, sino los de su hijo Don Diego. Asi se realizarâ por miste-. 
rioso acaso, que la voluntaddel ilustre Descubridor que queria 
que sus restos reposasen en su amada Espailola, se cumplirâ de 
por si sobreponiendose al designio de los que, sin duda por 
motivos muy honrosos, decidieron llevar sus despojos â la veci- 
na Antilla. 

Este acontecimiento histcSrico ha dado origen â largas- discusi- 
ones en que la burla y la calurnnia ban brillado como armas 
ofensivas contra los que no ban becho mas que relatar al mundo 
lascosas como ellas son. Este es un asuntosencillo,claro de por 
si, en que el amor propio esta fuera de lugai*. Es un becho y. 
nada mas. Résulta en esto como en las ciencias naturales : 
èon un becho bien conocido se corrige la mala interpretacion de 
un becho anélogo. Colon no es un ente mitolôgico : para admi-, 
rarlo y guàrdarle la gratitud que a, los grandes hombres debé la 
humanidad, no es necesario disputarse suscenizas. 

En este asunto ban tomado parte muchas personas notables, 
y el voto favorable de ellas, como de varias sociedades litera- 
rias y cientificas de Europa y de America, ha venido â robus-; 
tecer en su opinion â los que creen que el error de 1795 no ppdrâ 
Seguir largo tiempo prevaleciehdo sobre el becho sencillo, çla- 
ro y évidente de 1877. 



DISCUSSIO]^ 



M. DE LA Rada y Delgado. La question traitée par M. Henri^ 
quez y Carbajal a préoccupé longtemps l'Académie royale d'his- 
toire de Madrid. Ce n'est pas le moment d'entrer dans le fond 
de l'étude approfondie à laquelle elle s'est livrée. Je prends la 
parole seulement pour répondre à une affirmation de M. Henri- 
quez parce que je la crois inexacte. La plupart des paléogra- 



— 272 — 

phes reconnaissent que l'inscription qui se trouve sur l'un des 
sarcophages de St-Domingue et indiquerait que ce sarcophage 
contient les restes de Colomb, n'appartient pas du tout au XVI" 
siècle. Je puis affirmer hautement qu'ils ont raison. L'inscription 
est de notre époque et constitue une falsification que je repousse 
de toutes mes forces. 

M. DE Sï-Bris. Il existe à ce sujet une lettre d'un ministre 
que le roi d'Espagne avait envoyé à St-Domingue pour étudier 
la question. 

S. M. DoM Pedro. Lisez cette lettre et jugez. 

M. Henriquez y Carvajal. Je ne suis pas paléographe, je n'ai 
fait que citer les témoignages de paléographes italiens qui sont 
contenus dans l'ouvrage de Roque Cocchia. Certaines académies, 
celles de Philadelphie et de Gênes, sont de l'avis que je défends ; 
ce sont elles alors qui ont commis l'erreur. 

S. M. DoM Pedro. Nous connaissons cette question d'amour- 
propre des Cubains. 

(On fait circuler une planche qui reproduit l'inscription en 
question pendant que M. Henriquez continue de parler. Plu- 
sieurs membres de l'assemblée disent reconnaître la falsifica- 
tion). 

M. Henriquez y Carvajal. Les deux caveaux se touchent ; sur 
l'un se trouve l'inscription que les restes de Cristophe Colomb 
ont été conduits à la Havane et ont été extraits d'une caisse de 
planches. 

M. DE LA Rada y Delgado. H ne faut pas faire de tout cela 
une question d'amour-propre. Au-dessus de l'amour-propre, je 
place le souci de la vérité. Si j'avais trouvé quelqu'un qui m'eût 
convaincu de l'exactitude de ce qu'a avancé M. Henriquez y Car- 
vajal, j'en aurais convenu avec toute la noblesse de caractère 
de mon pays. Mais quand on présente un document paléogra- 
phique qui n'a pas de caractère d'authenticité, je ne puis le 
recevoir comme une raison et adopter la conclusion qu'on en 
tire. Le document que vous présentez est tout à fait faux, car ce 



— 273 - 

ne sont pas là les caractères du XVP siècle, ce sont des carac- 
tères tout à fait modernes. 

M. BoRSARi. L'Académie d'Histoire de Gênes ne s'est jamais 
prononcée sur la question. C'est M. Rimone seul, qui a émis 
quelques doutes. 

M. Henriquez y Carvajal. m. Roque Cocchia cite un compte- 
rendu d'une séance de cette société dans laquelle la question a 
été traitée. Le rapporteur — ou le président — a exprimé quel- 
ques réserves, mais la majorité a émis un vote favorable à notre 
thèse. 

M. Borsari. La Société Ligure d'Istoria Patria ne s'est jamais 
prononcée. On ne peut pas citer l'Académie de Gênes; elle a 
entendu des avis divers ; mais elle ne s'était pas prononcée. 



IS 



CARTOGRAPHIE 



ON SOME POINTS ON THE EARLY CARTOGRAPHY 
OF NORTII AMERICA 

By Mr JohnB. SHLPLEV. 

The first portion of the paper which lias been handed in for 
publication in the printed proceedings of the Congress, deals in 
a new way with the very puzzling question of the authenticity 
and origin of the map of the northern seas of Europe, with por- 
tions of the continent of America, published in Venice in 1558 
to illustrate the travels, 150 years earlier, of Nicolo Zeno and 
his brother Antonio. The results obtained can only be very 
slightly indicatedat the présent tirae, especially as they differ 
materially from those of previous writers on the subject. The 
map published in 1558 is believed to hâve been intended toem- 
body the best cartographical knowledge of that time, parts of it 
being taken from maps only published in that same year, while 
other portions are much older, owing to want of récent informa- 
tion as to the more northern countries delineated. The map is 
therefore a compound one, being founded upon various sources, 
to which hâve been added the names mentioned in the text of 
the narrative, which were placed upon it in accordance with the 
notions of the compiler. Thèse names must therefore be removed 
before proceeding to examine those which must liave been in- 
serted on independent authority. The names on Greenland we 
find are ail referable to a map of 1467, brought to light by pro- 
fesser Baron Nordenskjôld, and although they occur also on 



— 275 — 

the map of Donio, of 1482, y et the form of Greenland shows 
that the former rather than the latter has been the model. Some 
of the naines on Iceland (Islanda) are referable to the same map, 
while others, and those in the north of Norway, are tobe refer- 
red to the map of Olaus Magnus, of 1539. This last identification 
has been made by D"" 0. Brenner, who also notices that thefloa- 
ting masses of amberon the map of 1539 correspond to a curions 
unintelligible marking on the Zeno map. This latter was proba- 
bly copied from a map which combined the information of the 
two older maps, and in which the amber-marking may hâve 
been less definite than on that of Olaus Magnus. 

D' Bi'enner refers to an anonymus Italian mapof 1562 as pro- 
bably fouuded on that of 0. Magnus. The author of this paper 
finds that it was a rough copy of a very carefuUy engraved map 
published at Venice in 1558, from the plates of Michael Irame- 
zinus. This last map contains outlines of Denmark and southern 
Scandinavia which almost exactly correspond with those on the 
Zeno map, and the names also correspond almost precisely. 
There need be no doubt whatever that either this map or an im- 
médiate predecessor fornied the model for the map of Zeno, as 
far as thèse countries are concerned, and as far north as «Stopel» . 
The joining of the two sets of maps has been very defective, and 
six degrees of latitude bave been altogether omitted between 
this point and the north of Norway. 

The Shetland Isles (Estlanda) bave been taken probably from 
a map founded on Olaus Magnus, and the north point ofScotland 
is marked twice over, once as mainland and again on a smaller 
scale as an island. 

In addition tothe représentation of Iceland in nearlyits proper 
place relatively to Greenland, a second and more correct outline 
of the same island has been pressed into the service and made 
to do duty as Irisland, its southern border being placed in the 
correct latitude of the island of Suderoe in the Faroe group, or 
61 1/2 degrees north latitude. The names mentioned in the text, 
and those on Olaus Magnus's map, which apply to this group, 



— 276 — 

hâve been placed on this island. There are also other names, 
many of which are to be found, though in difFerent positions, 
yet in the same relative order, on the north and west coasts of 
the Iceland of Mercator. * 

In short, Islanda on the map is a compound of the delineations 
of that island on the maps of 1467 and 1539, while Irisland is a 
later drawin§- of Iceland, with différent names, to which hâve 
been added the names of the Faroe group on the map cf Olaus 
Magnus, and others taken from the text of the narrative of the 
brothers Zeni. 

The British Muséum lias an enlarged copy, by Petrus de Nobi- 
libus, of the Irisland of the Zeno map, on which the names can 
be read very distinctly : Lut whether thèse readings are more 
correct than we can obtain from the original map, may be 
doubted. This enlargement is conjecturally dated at 1560. 

It is intended to follow out thèse dues in every possible di- 
rection, and it is hoped that ultimately the authority may be 
found for every name and outline on this celebrated cartogra- 
phical enigma. 

II. THË COASTS OF NEW FIJAKCE AND NEW ENGLAND< 

Since the last Congrès des Américanistes, professor Horsford, 
of Cambridge, Massachussets, lias published the results ofrese- 
archesinto the discovery of America by the Northmen, and lias 
also built a lofty tovver on the site of a fort which lie believes that 
theyfounded, and marking the discoverj by him of the long- 
lost city and fort of Norumbega. Ile also makes use of many old 
maps and new arguments to prove that LeifErikson, Cabot, Cor- 
tereal, Verrazzano, and John Rut, ail landed at or near the pré- 
sent Boston or Cape Cod, and that the whole east coast of 
north America as laid down on ancient maps is intended to re- 
present some few miles of sliore line in the immédiate neigh- 
bourhood of Boston Bay. 

Time does not now serve to examine ail thèse crowded iden- 



_ 277 — 

tifications, but it may be mentioned that, as set forth more at 
length in the full paper, the researches of Rev. D' B. J. Da Costa 
go far to prove that the San Germano of Verrazzano's map was 
New-York's llarbour, and that the peculiar isthmus shown on 
the same map miist hâve been, in the opinion of the présent 
writer, the banks to the south of Cape Ilatteras. Cabot's first sight 
of land must bave been the north of Newfoimdland ; his name 
and the date 1497 on the map of Lokhave no other signifleance 
than the words Prima Vista on the map by Cabot himself of 1544. 
A large portion of the coast westward of Cape Breton was intended 
to represent NovaScotia : the large opening in the coast dénotes 
varions localitics on the différent m.nps. Sometimes it is the 
Strait of Canso, sometimes the Bay of l^indy, but more often 
the river Penobscot. The latter idenlification may be suffîciently 
established by comparing Ihe earlier maps given by Prof. liors- 
ford witli his copies of the later ones l)y Smith and Montanus. 
The city of Norumbega is with great unanimity located on this 
river, the Penobscot, and the country of Norumbega is indi- 
cated sometimes on both sides and sometimes to the east only of 
that river. Nev^' France, identified by professor Horsford with 
Norumbega, is in the early maps used as a name for the whole 
of. north America: later ones confine it to the north of the mouth 
of the Kennebec. 

The identifications whicli professor Horsford so laboriously 
collects around Boston, are thus scattercd to their various sta- 
tions along the coast, while the « centre of culture » is left ail 
alone in lier glory, with the half clad statue of Leif Erikson,and 
a tower modelled on a windmill of the colonial period ! 

III. MANUSClUPr MAPS OF THK 1 G''* CI'LNTUIIY. 

The professor Gaffarel, of the University of Dijon, bas re- 
cently donc good service to cartography by his description of 
the early portulan in the library of the Comte de Malartic, 
which he attributes to Baptista Agnese, and dates at 1534. On 



— 278 — 

comparing his description with two portulans by Agnese in the 
British Muséum, it appears that one of thèse, dated Î536 gives 
fewer détails of the coast of California than that described by 
M. Gaffarel. The island of Rhodes is marked with a cross in the 
Agnese of 1S64, and in anothermap of 1578, Itis therefore quite 
évident that changes in geographical science did not atonce ap- 
pear on the maps, and that although the work so admirably des- 
cribed by prof. Gaffarel is without doubt one of the earlier pro- 
ductions of Agnese, we cannot accord to him the honour of hav- 
ing described an earlier example than any yet noticed. 

The well known « Studi Biografici », published at Florence by 
the Italian Geographical Society, contain a notice of two early 
maps by Agnese, of 1527 and 1529, said to be in the British 
Muséum. Thèse are not to bc found in the catalogue of that 
library : there is however a portulan almost exactly resembling 
the one above named of 1536 ])ut with less détail, nothing being 
shown in the interior ot the countries. This is without doubt an 
Agnese, probably also of 153G. 

It is greatly to be desired that the work so carefully commen- 
ced in the « Studi Biografici » , which however deals only with 
maps coming from Italian artists or preserved in Italy, should 
be extended so as to include ail maps irrespective of the artistor 
of the place in which tliey are preserved, which bear on the dis- 
covery of America and the various expéditions alongits shores. 
This work might be carried up to.letus say,the completion of the 
work of discovery by the Dutch opérations around New- York, 
or practically speaking, up to the year 1620, which may be taken 
as the threshûld of the colonial period in America. If one of the 
members of the Congress from each country would make himself 
responsible for the description and elucidation of the printed and 
manuscript maps of this period , relating to America, and preser- 
ved in the country he represents, a work of extrême value ipight 
be compiled.Thelists should include only such maps as can be 
completely identificd as actually existing : in ail cases where it 
is possible, the information should be verified by actual inspec- 



— 279 — 

tion of the maps themselves; the collections in which they are 
preserved, and the proper référence numbers by which they are 
denoted, should be fiiUy and accurately stated. Maps mentioned 
by former authors andnot now known to be in existence should be 
kept completely separate in the lists. For the English portion of 
the siibject, the writer of this papor wiU endeavour to fiirnish by 
1892 as complète a list as possible of maps preserved in the Bri- 
tish Isles, within the limita above stated- He will also be gladto 
hear, for the sake of comparison, from correspondents in other 
countries, especially relative to maps of English orig-in. The 
varions contributions could be brought to the Congress of 1892, 
and it is highly probable that by a spécial subscription, or by 
the aid of the varions historical societies of America, the valua- 
ble information thus acquired could be published in a form which 
would be worthy of the high prestige of so important and lear- 
ned a body as the Congrès des Américanistes. In this labour of 
love every capital and every university should be represented, 
and every student of historical geography should lend a helping 
hand. 



SUR QUELQUES DOCUMENTS PEU CONNUS RELATIFS 
A LA DÉCOUVERTE DE L'AMERIQUE. 

Par M. Gabriel MARCEL. 

Bien que j'aie lu, l'an dernier, au Congrès de géographie, une 
notice sur un globe manuscrit de l'école de Schôner que possède 
la Section de géographie de la Bibliothèque nationale, je crois 
devoir donner à nouveau sur ce document quelques détails pré- 
cis, car il intéresse, au plus haut point, tous ceux qui s'occupent 
de l'histoire de la découverte de l'Amérique. 

Cette sphère en bois, qui est aujourd'hui connue sous le nom 
àe globe vert, est entrée à la Bibliothèque nationale en 1879 et 
provient de feu M. le comte Riant, membre de l'Institut, qui l'a- 
vait lui-même achetée à Venise. Ce globe, qui n'a que 0,24 de 
diamètre, diffère peu, par conséquent, comme grosseur de ceux 
de V^eimar et de Francfort-sur-le-Mein qui ont pour auteur 
J. Schoner. Sur notre globe, l'Amérique est coupée par un dé- 
troit à la hauteur de Panama, de manière à former deux grandes 
lies, tout comme sur le globe de Schoner reproduit dans l'Atlas 
de Jomard. Sur ces terres est quatre fois inscrit le mot A?nerica 
et, dans la dernière de ces légendes, accompagnée de cette 
mention : ab inventore nuncupata. Or, dans la notice que nous 
avons publiée sur ce globe dans le Bulletin de géographie his- 
torique et descriptive *, nous avons déduit par le menu les 
raisons qui nous faisaient attribuer cette sphère sinon à Schô- 
ner lui-môme, tout au moins à son école, nous avons fixé, pour 
date approximative de sa fabrication, l'année 1513 et nous 
sommes arrivée cette conclusion que c'était, sinon le plus ancien, 

1 Paris, Leroux, 1889, pages 173 à 179. 



— 281 — 

tout au moins le second des documents sur lequel se lisait le mot 
America . 

Je ne crois pas qu'il ait été publié jusqu'ici de notice un 
peu détaillée sur une autre sphère que possède également la 
Section de géographie* et qui y est entrée à la même époque, 
grâce à M. le comte Riant qui l'avait aussi rapportée de Venise, 
où il l'avait achetée chez un brocanteur qui lui avait dit la tenir 
du dernier des Querini. C'est un globe en bois, un peu plus petit 
que le précédent, puisqu'il n'a que 0,20 de diamètre, et qui est 
recouvert d'un enduit d'un à deux millimètres d'épaisseur, aussi 
blanc que du plâtre en certains endroits et, par aillejirs, gris 
comme du mastic. Sur cet enduit les terres ont été dessinées assez 
grossièrement et les inscriptions faites sans soin semblent tra- 
cées au bistre avec une grosse plume d'oie. La mer est peinte 
d'un bleu vert de tonalité inégale et les continents, ainsi que les 
lies, sont revêtus d'une teinte d'un blanc jaunâtre. En somme, 
cette sphère est loin de présenter le cachet artistique du globe 
dont nous avons parlé ci-dessus, elle ofîre un aspect fruste, rudi- 
mentaire et parait tracée par une main malhabile. Ajoutons 
qu'elle est en assez mauvais état et que, par place, elle s'écaille et 
s'effrite. Il semble que ce soit un document exécuté par le géo- 
graphe pour son usage personnel et non pas pour quelque riche 
amateur. Tout d'abord, on constate que ce glol)e ne porte aucune 
légende qui puisse nous renseigner sur son auteur et sur la date 
à laquelle il a été fabriqué. Nous trouvons cependant, dans les 
localités représentées sur ce document ou qui en sont absentes, 
des indications assez précises pour lui assigner une date approxi- 
mative que nous croyons très approchée de la réalité. 

Comme le détroit de Magellan est représenté sous ce nom, 
nous dirons d'abord que ce globe est postérieur à 1522, puis, 
comme nous y relevons sur l'emplacement du Canada cette ins- 
cription : Terra francesca, qu'on retrouve sur les cartes qui ont 

' Celte pièce est cotée G. 21,029 bis et figure sous le n" 386 dans la notice 
des objets exposés par la section de géographie en 1889. 



— 282 ^ 

été faites ou publiées à la suite des découvertes de Verrazzano, 
nous ajouterons qu'il est postérieur à 1525. 

On sait que Fernand Gortez, après avoir envoyé dans l'Océan 
Pacifique deux expéditions en 1532 et 1535, sous les ordres de 
Hurtado de Mendoza, visita en personne les côtes de la mer Ver- 
meille en 1536 et en fit reconnaître l'extrémité septentrionale ei; 
1539. Or, la péninsule californienne ne figurant pas sur notre 
globe on est amené à penser qu'il est antérieur à ces dates et 
qu'il a été tracé entre 1525 et 153G. 

Enfin, si nous serrons d'un peu plus près la solution du problè- 
me, nous, remarquerons sur la côte occidentale de l'Amérique du 
Bud le mot Peru ; dans cette région nous ne trouvons pas plus le 
nom de Lima que celui de Chidad de los Beyes sous lequel cette 
ville fut d'abord connue; or on sait qu'elle fut fondée en 1535, 
donc notre globe est antérieur à 1536. Mais, d'un autre côté, nous y 
lisons le nom de Tumbez, localité connue par la première expé- 
dition de Pizarre en 15^7 et de S. Michaelis qui nous parait être 
identique à- San Miguel, colonie fondée par Pizarre en 1531 ; nous 
pourrons, en résumé, fixer à ce globe une date approximative 
comprise entre 1532 et 1536, ou, pour être complètement exact, 
dire que les informations qu'on y trouve s'arrêtent à cette date. 

Quant à l'auteur de cette sphère, non seulement il nous est 
impossible de l'indiquer mais d'émettre, même, sur sa nationalité 
quelque hypothèse raisonnable. La nomenclature qu'il emploie 
porte des traces indéniables de latin, d'italien, d'espagnol et de 
portugais, ce qui nous prouve que pour la rédaction de son œu^ 
vre le géographe s'est entouré de tous les documents qu'il avait 
pu réunir. La seule remarque importante à faire c'est que, dans 
la sphère qui nous occupe, l'Asie est soudée à l'Amérique ou 
plutôt ne forme avec elle qu'un seul et même continent, con- 
ception bizarre que l'on retrouve sur quantité de documents et 
notamment sur un globe de cuivre doré que possède égale- 
ment la section et sur un petit globe de Gaspard Vopelius pu- 
blié en 1543 et dont ce géographe est blâmé par Guillaume Pos- 
tel, dans une lettre à Ortelius du 9 avril 1567. Nous devons rap- 



— 283 — 

peler que cette singulière théorie de l'unité ou plutôt de l'identité 
de lAsie et de l'Amérique, théorie préconisée par Christophe 
Colomb, rencontra jusqu'à la fin du XVI* siècle de nombreux 
a leptes parmi lesquels nous ne signalerons que le fameux géogra- 
phe piémontais Gastaldi etMyritius dont la curieuse carte de 1590 
a été reproduite par Nordenskiôld dans son Fac-similé Atlas, 

Ajoutons que, sur notre sphère, l'Amérique est rattachée au 
Groenland, vaste terre polaire qui ne fait qu'un avec le Spitzberg 
et la Nouvelle-Zemble, 

Parmi les inscriptions placées sur les côtes de l'Amérique, 
nous relevons Pelagus baccalearum, baccalearum regio, le mot : 
Cortereal sur Terre-Neuve qui est détachée du continent, C de 
Labrador, C. daRaza, A. Norombega, Terra francesca ; dans le 
golfe du Mexique le Rio de S. Spirito et le lago del Lodre (La- 
dron), à côté de Tomistitan et de Hispania Nova les noms de 
Chatay, Fugui, Mangi et autres localités placées en Asie par 
Marco Polo, tandis que le golfe du Mexique est appelé M. Ca- 
thaium et le Yucatan: Ciampa P. 

Constatons enfin que le continent austral rappelle dans ses 
grandes lignes et même dans quelques détails : comme le golfe 
placé en face de l'extrémité méridionale de l'Amérique, celui 
qui est tracé sur la mappemonde doublementcordiforme d'Oronce 
Fine * et qui n'est pas sans offrir certaine ressemblance avec le 
golfe de Carpentarie. 

A la même famille, appartient un autre globe en cuivre doré 
que le Département des cartes à la Bibliothèque nationale a 
acheté au mois d'octobre 1846 au libraire de Bure pour la somme 
vraiment dérisoire de 48 francs. Cette sphère provenait d'un 
M. Burton; c'est tout ce que nous savons de son histoire et c'est 
d autant plus malheureux qu'il n'existe pas à ma connaissance de 
plus beau monument géographique du XVP siècle. Ce globe 
gravé au burin, a toutes ses inscriptions repoussées au poinçon, 
ce qui se reconnaît facilement à la profondeur et à l'inégalité de 
la gravure, travail considérable, très habilement exécuté et qui 

* Cf. Gallois, De Orontio Finaleo, Uàllico geographo. Paris, Leroux, 1890. 



dût être fait pour quelque grand personnage sinon pour quelque 
souverain, car il fut certainement payé, à cette époque, un prix 
relativement considérable. 

Ce document n'est pas moins intéressant pour l'histoire des 
découvertes que le globe en bois dont nous venons de parler. 
Le Grojielant est ici' complètement détaché de l'Amérique. Une 
grande île appelée Margates est située entre le Grônland et une 
autre terre appelée Engronclanl qui est vraisemblablement le 
Spitzberg et qui se relie avec la Fillapia, les Pygmei, et la Wil- 
lapia à la Lapîa, à la Sue lia à la Norvcgia et au reste de l'Europe. 

Sur le continent Américain, s'échelonnent les inscriptions sui- 
vantes : Baccalearum reg. Los Cortes (pour Corte Reaies), C. 
Rasum, Terra francesca nuper lustrata et au large à côté d'une 
ile : Quihanc insulam exploraruntad intima nomine Boniea alias 
Aganeo fonte perhennio adeo nobilem fabulantur ut ejus fontis 
a qua epota senes reviviscant_, teste Petro Martire. Allusion à 
l'expédition de Ponce de Léon qui, parti en 1512 à la recherche 
de nie de Bimini où se trouvait une fontaine miraculeuse dont 
les eaux rajeunissaient ceux qui en buvaient, découvrit le jour 
de Pâques fleuries une région à laquelle il donna le nom de 
Floride. 

Nous trouvons un peu plus bas ce nom de Terra florida pres- 
que à l'extrémité de laquelle se lit C. d. lago. Le golfe du Mexi- 
que porte le nom de Sinus S. Michaelis et on lit au-dessus de 
cette inscription : Dehis terris et insulis lege Cortesium. Sur la 
côte : les caps Litar, Baxo, Arlear, le R. de S. Spiritu dont un af- 
fluent s'appelle le R. delaparma, puis au-dessus, on trouve laPyra 
regio et Campestria Bergi ; un peu plus loin dans Tintérieur : 
Cingicole,DesertumLop, et au-dessous d'une chaîne de montagnes 
Lop, Sueur, Canupo, puis Cham rex regum et dominus Domi- 
nantium, Goch et Magoch et une rivière importante qui traverse 
l'Asie orientale ainsi que le Cathay et se jette sous le nom de 
Camul dans le golfe du Mexique. Le même mélange d'informa- 
tions puisées dans les lettres de Cortès et de ses prédécesseurs 
ainsi que de souvenirs tirés de Marco Polo, parce que le carte- 



— 285 — 

graphe croit encore, comme Colomb lui-même et Vespuce, que 
l'Amérique n'est que la partie orientale de l'Asie, se retrouve 
dans tout le Mexique. C'est ainsi que sur un fleuve appelé Cham 
se voit gravée la ligure du roi Cambalu, qu'un peu plus bas on 
trouve l'Hispania Nova et au-dessous de ïemistitan le pays de 
Mangi. Nous ne pousserons pas plus loin ces exemples, ils devien- 
draient fastidieux. Nous nous contenterons de noter encore au 
passage une grande île qui porte le nom de lucatane et Zipangris 
près de la petite île Cozumella et la mer des sargasses, mare 
herbidum, au-dessus du golfe d'Uraba. 

Sur la côte orientale de l'Amérique se déroulent les inscrip- 
tions suivantes : Abastagana,C.S.Marthe,C. de Gratia, R.Forno, 
Curtana, vallis famosa, Cumana, Os draconis, totum hoc mare 
dulce est, Pariona, Angla, Caribes, R. dulcis, Mormatan, Arba- 
led, R. d. Saul. R. Grand. Canibales le long d'un fleuve (Ama- 
zones) près de la source duquel se lit Papagali Reg. Serra Ma, 
Plaia S. Rocho, C, S. Crue. Mar. d. Gra. S. Augus. R. real. Mon. 
Fregoso, Porto real, R. Rrasilii, Rarossa, Mons pasqualis, R. Ca- 
nanea, C. frio, R. S. Luciae, Serra S. ïhomœ, R. lordan, C. S. 
Maria, C. S. Antonii, P. S. Sebastia, Cananor, terra de los fumos, 
terra bassa, Très punctas, C. S. Mathia, C. S. Maria, Sinus Ju- 
liani, P. S. Iuliani, C. S. Crucis, Stricto de Magella et sur le ri- 
vage du continent austral en face la pointe du continent ameri- 
crin : Terra d. Sier, C. de los fuegos; au fond du golfe que nous 
avons déjà signalé sur le golfe de bois : Serras de Vicias, C. de 
Scado. 

Il semble qu'il y ait un peu de désordre dans cette nomencla- 
ture ; ainsi, la terra de los fumos qui est la Terre de Feu, a été 
placée après Cananor, parce que, sur les golfes antérieurs, Cana- 
nor est la dernière localité qu'on rencontre sur le rivage amé- 
ricain, mais ces globes sont antérieurs au voyage de Magellan. 
Dans son souci d'être complet, le cartographe se servant de docu- 
ments antérieurs, a voulu les compléter par de plus récents. De 
là ces interpolations. 

L'itinéraire de Magellan est tracé sur notre globe avec un 



— 286 — 

grand soin, ce qui prouve que celui-ci n'est pas de beaucoup pos- 
térieur, car ce voyage, plus connu, aurait alors perdu de sou 
intérêt. 

L'intérieur de l'Amérique méridionale porte la mention sui • 
vante: America inventa 1497; mais, sur les côtes, on ne trouve 
aucun nom de la localité autre que Gatigara, ce qui prouve sura- 
bondamment qu'il a été exécuté avant les expéditions de Pizarre 
ou plutôt avant que la relation de ces expéditions soit venue à la 
connaissance de notre car tograplie inconnu. 

Nous ne trouvons non plus aucune trace de la mer Vermeille 
et de la Californie et c'est à cette liauteur que la côte s'infléchit 
pour rejoindre celle de l'Asie ; c'est tout près du rivage améri- 
cain que sont marquées les Ins. latronum et qu'on lit : Malucae in- 
sule sunt quinque : « Hare, Thadore, Mutil, Mathian, Tarante. 
Quantum bencficio totus plene orbis aromatibus impletur. » 
Telles sont les principales remarques à faire sur l'Amérique. 

Dans la délinéation de l'Asie, nous trouvons des fautes consi- 
dérables qui nous prouvent que notre géographe ne possédait 
encore sur certaines de ses parties que des informations fort 
incomplètes ou erronées. La presqu'île de « Malcha » est infini- 
ment trop large et Sumatra qui s'appelle ici Taprobana n'a ni la 
forme ni la direction véritables. Calicut et Cochim sont les deux 
seules localités visitées par les Portugais que connaisse l'auteur 
de notre globe, il en est réduit pour le reste de l'Asie à puiser 
ses informations dans les géographes du Moyen Age. 

M. Henri IIarrisse,quia beaucoup étudié le globe doré, estime 
que son auteur serait d'origine allemande parce que les mots 
Wien, Braunsveig sont les seuls qui soient écrits dans la langue 
et avec l'orthographe véritables, nous inclinons à considérer 
comme un peu forcée cette conclusion ; il faudrait alors imaginer 
que le graveur, sinon l'auteur, s'est trahi par inadvertance ; car 
nous trouvons dans la même partie de l'Europe, Frisia, Francon, 
Moravia, Suevi et autres noms de lieux à forme latine. 

Dans l'espoir de trouver à l'intérieur de ce globe quelque 
inscription qui vint nous fixer sur sa date et son auteur, j'ai fait 



— 287 — 

séparer les deux hémisphères, mais je n'y ai trouvé aucune 
inscription, ce qui ne m'a d'ailleurs pas autrement surpris, car, 
dans un cartouche placé au sud du cap de Bonne-Espérance, on 
lit le titre suivant : « Nova et intégra universi orbs (sic) descrip- 
sio. » 

Quant à la date de ce document, elle ne doit pas être éloignée 
de celle du voyage de Verrazzano ; car nous avons relevé l'ins- 
cription : « Terra f'rancesca nuper lustrata » et comme il n'y a 
pas trace des explorations de Pizarre, nous pouvons fixer vers 
1528 ou 1529 la date de ce monument géographique qui inté- 
resse au plus haut point les Américanistes. 

Nous avons voulu parler de suite des deux globes : en bois et 
doré, parce qu'ils sont de la môme école, nous devons signaler 
encore, dans cette assemblée, une carte manuscrite de 1502 qui a 
été récemment retrouvée et publiée dans le Bulletin de la société 
de géographie de Lyon, par M. Gallois, professeurjde géographie 
dans cette faculté. C'est un document qui offre la plus grande 
ressemblance avec la carte dite de Cantino qu'a publiée M. Har- 
risse, qui embrasse les mêmes localités, mais dont la nomen- 
clature est plus riche, ce qui indique que son auteur : Nicolas de 
Canerio de Gênes, a eu entre les mains des documents qui ont 
fait défaut à l'auteur de la carte de Cantino. En signalant cette 
carte importante* sur laquelle M. Gallois vient d'appeler tout ré- 
cemment l'attention des Américanistes , je dois rappeler que M. le D' 
Hamy, membre de l'Institut, a décrit, il n'y a pas longtemps, dans 
le Bîdletin de géographie hislorique et descriptive^ un portulan 
de 1502 dont il est possesseur et qui n'offre pas un moindre in- 
térêt à tous ceux qui s'occupent de l'histoire de la cartographie 
et des découvertes géographiques. 

* C'est à tort que M. Gallois a considéré cette carte comme absolument incon- 
nue. Le géographe Buache lisait devant l'Institut, le 22 ventôse an IX, des 
t Considérations sur les iles Dina et Marseveen » en s'appuyant sur la carte 
manuscrite de Canerio, j'ajouterai même qu'il en a reproduit la portion qui com- 
prend le Cap, la côte orientale de l'Afrique et les archipels dont il s'occupait, 
enfin elle est citée par M. J. Codine, dans un mémoire géographique sur la mer 
des Indes. / 



ANTHROPOLOGIE 



SUR LA QUESTION DE LA PLURALITÉ ET DE LA 
PARENTÉ DES RACES EN AMÉRIQUE, 

Par M. H. ten KATE. 

Les communications sur l'antiiropologie américaine faites par 
MM. Virchow etFritsch au congrès précédent*, me donnent lieu 
à quelques observations que je me permets de présenter ici. 
N'ayant pu assister au Congrès de Berlin, il ne me reste qu'à y 
répondre tardivement. 

Mes recherches personnelles m'ont conduit aux mêmes con- 
clusions générales que M. Virchow : «qu'on doit renoncer défi- 
nitivement à la construction d'un type universel et commun des 
indigènes américains. » 

Durant sept ans je me suis efforcé de démontrer la pluralité 
des types en Amérique, ainsi que leur ubiquité et leur pénétra- 
tion*. Au lieu d'un type général, l'on trouve un certain nombre 
de types au moins aussi différents entre eux que les autres races 
jaunes. Dans une région relativement limitée de l'Amérique du 
Nord par exemple, depuis le cap San Lucas jusqu'au Rio Gila, 

' R. Virchow, Sur la cràniologie améi-icaine, p. 251 < et M. G. Fritsch, Die 
Fi'age nach der Einheit oder Vielheit der umerikanischen Eingeborenenrasse, 
gepriift an der Untersuchung ihres Haarwuchses, p. 271 du Compte-rendu 
de la 7e session. Berlin, 1888. 

* Expressions de Kollmann pour désigner la distribution universelle d'un 
type et le mélange mécanique de plusieurs types indépendamment du croi- 
sement. 



— 289 — 

soit dans un rayon de 600 kilomètres, l'on observe des extrêmes 
de formes céphaliques, depuis la dolicho-hypsisténocéphalie 
chez les anciens Californiens jusqu'à l'ultra-brachycéphalie des 
anciens Citybuilders de l'Arizona, les indices variant de 61 
à 100. 

Dans l'Amérique du Sud les mêmes faits se présentent; je me 
rappelle les exemples déjà cités par M. Virchow. Seulement, 
dire avec certitude quelle serait la forme primitive, ou plutôt la 
plus ancienne forme du crâne américain, c'est, à mon avis, une 
chose impossible à l'heure qu'il est. 

Quant à la taille, on trouve les mômes variations. Dans l'Amé- 
rique du Nord par exemple, des tailles de 1,87 et 1,73 chez les 
tribus iroquoises, dacotas et yumas ; des tailles de 1,60 et 1,57 
chez les Indiens Zuùis et Moquis. Dans l'Amérique méridionale, 
je ne cite que les Patagons et les Indiens de la Guyane, dont la 
taille difïère de plus de 40 centimètres. 

Le nez aussi présente des variations énormes. Dans une même 
tribu, soit dans le nord, soit dans le sud, on peut constater une 
grande différence dans la forme et l'indice du nez. Des nez aqui- 
lins, busqués, droits, concaves, retroussés, sinueux, larges et 
aplatis, fins et renflés, lepto, méso et platyrrhiniens, [les der- 
niers caractères tant sur le crâne osseux que sur le vivant] , on 
en trouve un peu partout. 

La physionomie, le développement et les proportions du corps, 
la couleur de la peau, les cheveux (sur lesquels je reviendrai 
tout à l'heure) offrent également des différences notables dans les 
deux Amériques et démontrent surabondamment que la popula- 
tion indigène américaine est composée d'un certain nombre d'é- 
léments anthropologiques différents. 

Quant au nombre de ces types, je ne saurais le fixer encore 
d'une manière définitive, faute de matériaux suffisants pour cer- 
taines régions de l'Amérique. Cependant, mes recherches sur le 
vivant, depuis le St-Laurent et TArkansas jusqu'à l'Orénoque, 
m'ont conduit à distinguer au inoi7is cinq ou six types primor- 
diaux, en laissant de côté les formes intermédiaires, dispersés 
dans des proportions inégales parmi une foule de tribus. 

19 



~ â90 - 

Parmi ces types primordiaux se trouve naturellement le soi- 
disant peau roug-e, le type pour ainsi dire classique de l'Indien 
nord américain, que l'on trouve dans les livres et les illustrations. 
Seulement, — soit dit en passant — ce type ne se distingue pas 
des autres types par la couleur de sa peau, qui est aussi peu 
«rouge» que celle des autres types. 

J'ai dit à plusieurs reprises, et je le maintiens ici, que la véri- 
table peau rouge n'existe pas, et n'est qu'une peau jaune ou 
brunâtre hâlée par des influences atmosphériques. Au reste, on ne 
trouve des Peaux-Rouges que dans les manuels et les traités 
« courants » d'anthropologie et d'ethnographie. Il est absolu- 
ment étonnant de voir comment des auteurs éminents, même 
dans des travaux récents *, persistent à continuer cette erreur, 
aussi peu fondée, mais à ce qu il paraît, aussi invétérée et indes- 
tructible que celle que la femme chez les Indiens est traitée en 
esclave. 

L'Indien des deux Amériques a la peau brunâtre et jaunâtre, 
variant de tons très foncés aux tons très clairs, comme on l'ob- 
serve généralement dans les autres races jaunes. Ces variations 
dépendent d'une foule de circonstances, telles que le sexe, 1 âge, 
l'état de santé, etc. 

Un voyageur émôrite, M. Otto Finsch, a dit à propos des Poly- 
nésiens et des Mélanésiens, que par les variations individuelles 
dans chacun de ces peuples, il se produit un rapprochement, un 
effacement de ces races en apparence totalement différentes ^ 

Cette assertion, quoique un peu exagérée pour les races océa- 
niennes, est, à mon avis, absolument applicable aux indigènes 
américains. Maintes fois j'ai vu des individus qui me rappelaient 
des Chinois, des Japonais, des Annamites, des Malais et des 
Polynésiens. En regardant récemment des illustrations représen- 

* Par exemple M. de Qualrefagos dans son Inlroduction à l'étude des races 
humaines et M. Deniker dans son Kssai d'une classificalion des races humai- 
nes, elc. Bull. Soc. d'anthr. de Paris, 1889, p. 320. 

* Anthropologische Ergcbnissc einer Reise in der Sûdsee. Berlin, 4884, 
p. X. 



— 291 — 

tant des indigènes du nord de Luzon (Philippines)', j'aurais 
juré, en ne tenant pas compte de l'entourage, etc., avoir sous 
les yeux des portraits d'Indiens Apaches de T Arizona. Non 
seulement les Indiens me rappelaient souvent des types de races 
jaunes, mais encore des Européens, notamment du type dit 
celto-slave. Il serait facile de citer nombre de voyageurs qui 
ont été frappés de ces mêmes ressemblances, mais je veux me 
borner à quelques anthropologistes de profession. 

M. Hamy faisait observer la physionomie manifestement mon- 
golique des femmes et des enfants Omahas^ M. Manouvrier con- 
firme ces observations sur les mêmes Indiens '. Ce même auteur 
disait, à propos des Araucans, que « plusieurs des hommes et des 
femmes pourraient fort bien, abstraction faite de la couleur, être 
présentés comme des indigènes de l'Auvergne »*, M. Kollmann 
rappelle la ressemblance, constatée par divers observateurs, en- 
tre les Lapons elles Indiens américains d'un côté et les Souabes 
et les Bavarois de l'autre ^ Si ma mémoire ne me trompe 
pas, iM . Gustave Fritsch me disait dans le temps qu'il était frappé 
de la physionomie européenne des Indiens Chippeways venus à 
Berlin. 

Ces faits, messieurs, donnent à réfléchir, non seulement sur la 
question du monogénisme et du polygénisme et la valeur des 
caractères soi-disant distinctifs, mais encore sur la question de 
savoir si les Indiens d'Amérique forment une race sut gejieris. Je 
ne m'étendrai pas sur le premier sujet^mais, à, propos du second, 
je me permettrai encore quelques observations. 

Parmi les ethnologistes américains c'est l'idée favorite que les 
indigènes de cette partie du monde forment une race non mongo- 
loïde, exclusivement propre à l'Amérique, qu'ils soient autochtho' 

' Verhandl. der Bcrliner Gesellsch. fur Anthropologie, séance du 16 no- 
vembre i889. Taf. III, notamment les fig. 2 et 5. 

* Bull. Soc. d'anlhr. Paris, 1883, p. 800. 
» Bull. Soc. d'anthr. Paris, 1885, p. 308. 

* Ibid.,1883, p. 728. 

» Zeilschrift fur Ethnologie, XV, 1883, p. 34 note. 



— â9â — 

nés ou non '. L'amour-propre paraily être pour quelque chose. 
Cela s'explique encore ; mais, qu'un anthropologiste euroj)éen 
comme M.Fritscli aille si loin que de vouloir appliquer la doctrine 
de Monroe à l'ethnographie, c'est étonnant. M. Fritsch, d'une ma- 
nière générale, nie les caractères mongoliques des Américains, 
quoiqu'il soit incliné à admettre qu'ils ne forment pas une race 
homogène. Suivons M. Fritsch un peu de plus près. 

M. Fritsch dit que l'obliquité des yeux, çà et là observée chez 
les Américains, ne prouve rien pour leur parenté avec la race 
mongolique. Si l'on trouve également çà et là l'obliquité des 
yeux dans notre race — c'est là l'argument d? M. Fritsch — cela 
ne prouve rien, à mon avis, contre le mongoloïdisme, si je puis 
m'exprimer ainsi, des Américains. Au contraire, il est indiscu- 
table qu'un élément mongolique a habité certaines régions de 
l'Europe à une époque très reculée, ou au moins a contribué à 
l'ethnogénie dans certains pays. Je ne rappelle que le type 
« touranien » du Wurtemberg, signalé par M. de Iloelder, et les 
types mongoloïdes que l'on trouve encore aujourd'hui à Pont- 
l'Abbé en Bretagne. En Russie et en Hongrie un élément mon- 
goloïde a dû également contribuer à la formation de la popula- 
tion. Il est donc très naturel que des « Chines», à l'instar de 
M. Fritsch, se reproduisent de temps à autre par atavisme. 

Je trouve, en contradiction formelle avec ce que prétend 
M. Fritsch, que de bonnes photographies nous montrent très 
souvent des caractères mongoliques chez les indigènes améri- 
cains. 

Il parait que pour M. Fritsch les cheveux sont le caractère 
principal pour la distinction des races. Je suis d'un avis différent. 
Il faut, dans la classification des races humaines, tenir compte 
de V ensemble des caractères et non pas d'un seul. 

Du resté, le discours de M. Fritsch n'est pas sans quelques 
contradictions. D'un côté il distingue, d'après le caractère des 



* Cf. D. G. Brinton in Science, New-York, sept. 14, 188^ et ma critique 
sur son article dans le môme journal du 9 novembre 1888. 



- 293 — 

cheveux, une race spéciale à l'Amérique ; d'un autre côté il ne 
peut s'empêcher de constater des ressemblances frappantes avec 
les cheveux des Polynésiens. Quant à cette dernière assertion, 
je ne puis qu'affirmer avec M. von den Steinen l'existence de 
cheveux absolument ondes chez les Américains parmi des tribus 
différentes. Cependant ni M. Fritsch, ni M. von den Steinen n'ont 
été les premiers à constater ces exceptions à la règle '. Mais que 
penser de la valeur des cheveux comme caractère distinctif des 
races humaines, depuis que M. Otto Finsch a vu des Papouas à 
chcveitx lisses comme des Européens ' ? 

Robert Hartmann, à propos d'une comparaison entre un indi- 
gène de la Nouvelle Bretagne, des Australiens, des noirs du Sé- 
négal et un Fidjien, a dit qu'il avait la profonde conviction que 
le jour viendrait où la science admettrait la parenté primitive de 
toutes les races noires'. Je suis absolument convaincu que quel- 
que chose d'analogue se produira un jour pour les races jaunes. 

Aussi longtemps que nous admettons que les Papouas, les 
Negritos et les autres « Mélanésiens » ont des caractères négroï- 
des — et qui en douterait? — nous avons parfaitement le droit 
de dire que les indigènes américains ont des caractères mongo- 
loïdes. En d'autres termes, je maintiens que les Américains, par 
l'ensemble de leurs caractères, appartiennent aux races jaunes 
et qu'ils sont, comme les Malais et les Polynésiens, les congé- 
nères des populations dites mongoliques d'Asie. D'ailleurs, je 
crois que c'est 1<\ l'opinion de la majorité des anthropologistes, 
tant français qu'étrangers. 

Si le mot « mongolique » ou « mongoloïde », que l'on a tant 
discuté, ne plait peut-être pas à certains anthropologistes, on le 
peut facilement remplacer par un autre nom, peu importe lequel. 
« La rose aurait-elle un parfum moins suave si son nom était dif- 
férent? » La chose principale c'est que l'on distingue et que l'on 
précise. 

* Bull. Soc. d'anthr. de Paris, 1883, p. 804 et mes Voyages et recherches 
dans l'Amérique du Nord (en hollandais}. Leide, 188S, p. 255, etc. 

* Verhandl. der Bcrliner Gcsellsch. f. Anthropologie, 4882^ p. 164. 
» Id., i882, p. 528. 



_ 294 — 

Pour ma part, je ne soiifïfe pas de « Mongolomanie », mais je 
dirai à ceux d'entre les auteurs qui «ont atteints à' Américano- 
manie que je ne suis arrivé à considérer les Américains comme 
mongoloïdes qu'après en avoir vu et examiné un grand nombre. 

Cependant je ne voudrais pas qu'on donnât à mes paroles une 
trop grande portée. C'est pour cela, en terminant, que je dis 
ceci. Sauf certaines tribus de l'Amérique, telles que les Tinné et 
quelques peuplades de la côte nord-ouest, qui sont indiscutable- 
ment d'origine asiatique, je ne sais rien de l'origine ou de l'ha- 
bitat primitif de la grande masse de la population américaine. 

Pour moi, le peuplement de l'Amérique n'est nullement si 
facile qu'il parait l'être pour certains auteurs éminents, qui con- 
fondent des hypothèses avec des faits. Plus d'une fois même aux 
difiérents Congrès des Américanistes l'on a émis sur ce sujet des 
opinions plus ou moins fantaisistes. 

Voilà pourquoi, messieurs, en me tenant aux faits et tout en 
admettant que les Américains ont des caractères mongoloïdes, je 
ne prétends nullement qu'ils descendent directement des Mongols 
d'Asie. C'est possible, mais cela reste à prouver et jusque-là je 
m'abstiens d'une opinion. 



LES PREMIERS AMERICAINS 

Par le marquis de NADAILLAC 



L'orateur passe en revue les principales découvertes géologi- 
ques^ paléontologiques et anthropologiques faites dans les di- 
verses régions de l'Amérique. Il conclut que l'homme américain 
est, par sa structure osseuse, semblable à celui des régions eu- 
ropéennes, tandis que la faune mammalogique américaine dif- 
fère singulièrement de la faune des anciens continents. Les créa- 
tions de l'homme y sont les mêmes, qu'il s'agisse d'armes, d'ou- 
tils, de poteries^ etc. On ignore l'origine de ces hommes ; on 
ne sait s'ils sont autochtones, pour l'époque quaternaire du 
moins, et à quelle époque remontent les faits cités plus haut. 
Les découvertes les plus récentes permettent d'accepter l'exis- 
tence de l'homme, sinon durant la première extension des gla- 
ciers, du moins durant les temps interglaciaires. Cet homme 
aurait donc été le témoin, peut-être la victime, de la deuxième 
période de froid, moins sévère que la première. Rien ne per- 
met d'affirmer un parallélisme entre les phénomènes glaciaires 
en Europe et en Amérique. En résumé, il n'y a que beaucoup 
d'hypothèses et il faut beaucoup travailler. 

(Consulter le numéro de juillet 1891 de la Revue des ques- 
tions scientifiques de Bruxelles pour le contenu in extenso de 
cette remarquable communication que son impression prématu- 
rée a forcé le Comité de publication d'exclure, à son grand re- 
gret, du présent Compte-Rendu). 

M. l'abbé Petitot. — Je ne puis pas me mettre en contradic- 
tion avec M. le marquis de Nadaillac, mais j'invoquerai le 



— 296 — 

témoignage d'un célèbre professeur américain, M. Dana, qui a 
prouvé que la période quaternaire en Amérique n'est pas assi- 
milable à la période quaternaire en Europe. L'Amérique n'était 
pas habitable pendant la période quaternaire, tandis qu'à 
l'époque glaciaire, elle l'était peut-être. Je puis certifier que 
toutes les buttes sont striées par des gradins : on y distingue 
parfaitement l'usure des glaces. D'où l'on peut conclure que 
l'époque glaciaire n'est pas encore terminée en Amérique. Les^ 
Indiens parlent, dans leurs légendes, d'un déluge qui aurait 
recouvert le pays au point que les plus hauts sapins auraient 
disparu sous les neiges et que l'homme pouvait à peine vivre. 
Ils parlent d'immenses castors de plus de 6 pieds de long, avec 
les incisives desquels on faisait des haches. Cela parait étrange, 
mais on a trouvé dans l'Ohio des squelettes de castors apparte- 
nant à l'époque des grands glaciers. Voilà quant à l'homme qua- 
ternaire. On rencontre d'immenses dépôts remplis de fossiles 
très bien conservés. Si ces fossiles avaient été charriés par l'eau, 
on ne les reconnaîtrait pas ; ils sont enclavés dans les bases du 
fleuve, sur des lieues de largeur, jusqu'à cinq lieues. Ces fos- 
siles ne sont donc pas hors place. 



ORIGINE ASIATIQUE DES ESQUIMAUX 

Par l'abbé Emile PETITOT 

D'après les traditions de ces peuples, les Esquimaux seraient 
venus de l'Asie sous la conduite du grand castor Kigheark. Ils 
se seraient divisés en deux branches, celle de l'ouest ou tcliou- 
blouraotit (souffleurs) et celle de l'est ou tchiglit (hommes), les 
Esquimaux actuels et les Aléoutes. Ceux du N.N.W. portent 
insérés dans leurs joues des labrets ou jumelles en os, marbre, 
serpentine ou ivoire, semblables aux botoques des Caraïbes, Tu- 



— 297 — 

pis et Botocuclos. Les autres ne portent pas do labret. Les lan- 
gues des deux familles se ressemblent assez ; leurs mœurs et 
coutumes sont les mêmes. M. Petitot trouve dans la langue des 
Esquimaux de nombreuses analogies avec celles dites toura- 
nienne, altaïque, ouralo-altaïque, tartare et scythique parlées 
par des peuplades à peau l)lanche et d'origine aryenne. Les 
noms des Esquimaux tchiglit, pour désigner les quatre points 
cardinaux, sont une preuve de la provenance asiatique des 
Innoït, c'est-à-dire de leur marche de l'ouest à Test d'abord, puis 
vers le sud ensuite, pour revenir facilement vers le nord. Les 
souvenirs des Innoït ne remontent que jusqu'aux rivages asiati- 
ques d'Akilinerk ou tout au plus jusqu'aux îles des Castors ou 
Aléoutiennes asiatiques. Mais les faits témoignent ; 1° que leur 
souche n'est pas originaire de ces lies, quoique ce soit dans ces 
îles qu'ils aient pu et dû inaugurer les coutumes et usages 
étranges qui en font des Esquimaux ; 2° qu'ils ont de nombreux 
points de ressemblance avec les Asiatiques orientaux riverains 
du Pacifique et de la mer de Behring. 

(Les lignes ci-dessus ne sont que le résumé du mémoire lu 
au Congrès, mais que le fait de sa publication en 1890 à Rouen 
dans le Bulletin de la Société' normande de géographie a dû 
exclure du Compte-Rendu). 



ACCLIMATEMENT DES EUROPÉENS EN AMÉRIQUE 

M"" Rose Lyon démontre combien sont puériles les craintes 
des Européens d'aller s'installer en Amérique, L'Européen trans- 
porté dans les zones tropicales en supporte assez facilement le 
climat, parce que son organisme est préparé aux changements 
brusques de température. Dans l'Amérique du Nord, de 1863 à 
1866, la mortalité des esclaves libérés et enrôlés dans l'armée 
de l'Union fut énorme. Eu 1866, elle dépassait celle des blancs. 
Aujourd'hui, la mortalité est là môme pour les deux races. — - 



— 298 — 

La fin de la lutte pour la vie semble donc moins dépendre de 
la race que des circonstances extérieures et tous les dangers de 
l'acclimatement peuvent être vaincus par rintelligence. 

En terminant, M""* Lyon souhaite que les américanistes fassent 
de la propagande parmi les femmes dont les adhésions seraient 
d'une grande utilité à l'américanisme. 

M. DE Santa-Anna Nkry. — Je remercie M"" Lyon pour la 
première partie de sa communication relativement au climat de 
l'Amérique. Nous pouvons prouver la possibilité de l'acclima- 
tement de l'Européen en Amérique, comme on prouve le mou- 
vement en marchant. Il y a, à la vérité, une différence à faire 
entre les différentes races, au point de vue de Tacclimatement. 
Ainsi, les Portugais et les Sémites ont une grande facilité à ce 
point de vue, ce qui se voit surtout dans le bassin de l'Oréno- 
que. Non seulement il y a au Brésil des Portugais et d'autres 
Européens, mais nous avons aussi les anciens esclaves, venus 
d'Afrique et dont vous nous avez fait cadeau. 

M. le prof. V. Gkossi. — J'ai l'honneur de présenter au Congrès 
une petite brochure sur la géographie médicale du Brésil : Ap- 
ptmti sulla geografia medica ciel Br asile. Mon opuscule est divisé 
en quatre chapitres : climatologie, pathologie, mortalité et accli- 
matation. Je me bornerai à citer la conclusion k laquelle je suis 
arrivé. Je déclare que les nombreux exemples de longévité 
d'Européens au Brésil prouvent la possibilité de l'acclima- 
tation individuelle des Européens sur une petite échelle. Et 
l'acclimatation est d'autant plus facile que les immigrants appar- 
tiennent aux races méridionales. Enfin les croisements favori- 
sent grandement l'acclimatation. 

M. Th. Ber (de Lima) a habité pendant 32 ans l'Amérique et 
s'en est toujours bien trouvé. 

M. le D'' JourdaneTi'. — Nous avons tous le désir de voir l'A- 
mérique se peupler d'Européens. Les Européens s'y acclimatent 
à condition de ne pas travailler aux champs ; c'est ce qu'une 
expérience de 25 ans me permet d'établir. Je puis le dire, en 
général^ de tous les pays des tropiques, L'Européen ne supports 



— 299 — 

pas la vie qui consiste à sortir le matin de sa demeure par une 
température très approchée de zéro et à travailler sous le so- 
leil à une température de 40 à 50 degrés. Il ne résiste pas à 
ces ditférences de température et meurt la plupart du temps du 
typhus ou d'un abcès du foie. Il est important de le dire, et de 
le dire bien haut : sauf ces circonstances, les Européens peuvent 
se porter bien en Amérique et se porter même mieux qu'en 
Europe. 

M. D.Pector étend les observations du D"" Jourdanet au Nica- 
ragua en particulier et aux; autres Etats du Centre Amérique en 
général, dont le climat bienfaisant a attiré et retenu dès les 
temps préhistoriques des flots d'immigration humaine. 



LA DÉFORMATION ARTIFICIELLE DU CRANE 

CHEZ LES TRIBUS INDIENNES DU NORD-OUEST 

DES ETATS-UNIS ET DE LA COLOMBIE BRITANNIQUE 

Par le Docteur FKiiN.vND DELISLE. 

Entre toutes les mutilations ethniques que l'on peut étudier 
chez les diverses populations du globe, celles qui ont pour but 
de modifier la forme de la tête humaine ont été très répandues 
et le résultat obtenu a été très différent, suivant les procédés em- 
ployés. Ce genre de mutilation est ce qu'on est convenu de dési 
gner sous le nom de déformations artificielles du crâne. On en 
trouve de nombreuses variétés aussi bien en Amérique que dans 
l'Ancien Continent et en Océanie. 

Les déformations artificielles du crâne, autrefois très répan- 
dues sur le continent américain, au Pérou, dans la Colombie, 
l'Equateur, le Centre Amérique, le Mexique, les Antilles, la vallée 
du Mississipi_, etc., ne se rencontrent plus guère de nos jours que 
chez quelques tribus indiennes de la côte nord-ouest de l'Amé- 
rique du nord et des îles voisines, Vancouver en particulier. 

Ces tribus indiennes sont groupées les unes près des autres 
dans la Colombie Britannique et aux Etats-Unis dans les Etats 
de Washington, d'Orégon et dTdaho. Vancouver ou Nootka en 
est le principal centre insulaire. L'aire d'extension de cette pra- 
tique s'étendrait au nord au-delà de Milbank-Souud, par 52° de 
latitude nord et vers le sud jusqu'à la rivière Coquille, à 30 
milles au sud du 43" de latitude nord. 

Scouler a réuni toutes ces tribus en un seul groupe auquel il 
a donné le nom de Nootka-Colonibiens, frappé qu'il était de la 
grande ressemblance quelles présentent toutes dans leur manière 
de se vêtir, leur langage et leur aspect physique. Dans la Colom- 



— 301 - 

bie anglaise, c'est la région littorale qui est leur principal habitat, 
après Vancouver. Sur le territoire des Etats-Unis, elles sont ré- 
pandues dans tout le bassin du fleuve Orégon (Columbia River) 
et de ses affluents, jusqu'aux Montagnes Rocheuses ; au nord, on 
les trouve autour du Puget- Sound, le long du détroit Juan de 
Fuca jusqu'au cap Flattery ; au sud jusqu'à la rivière Coquille. 

Les Nootka-Colombiens ont été répartis en plusieurs groupes; 
les Nootka proprement dits de Vancouver et de la Colombie 
anglaise ; les Indiens des détroits autour du Puget-Sound et du 
détroit de Fuca, et le groupe Chinook. Chacun de ces groupes 
comprend un nombre variable de tribus. 

Les Chinooks constituent le groupe le plus important, celui 
chez lequel le type de la déformation paraît habituellement le 
plus régulier et le plus accentué bien qu'on trouve des crânes 
très symétriquement déformés dans d'autres groupes. Ils occu- 
pent toute la basse vallée du fleuve Orégon, depuis l'Océan 
jusqu'aux cascades de ce fleuve. 

Du nord au sud, sur le territoire des États-Unis, nous trouvons 
les tribus suivantes : les Makahs, au cap Flattery, dans l'angle 
nord-ouest de l'Etat de Washington, donnant sur le détroit de 
Fuca et le Pacifique. Ils ont pour voisins à l'est les Klallam, 
riverains du détroit de Fuca, et au sud les Kwillehiut. 

On trouve ensuite le long de la côte du Pacifique les Kwi- 
naiult, puis les Shihalis ou Shehaly qui confinent aux Chinooks 
de l'embouchure du Columbia-River. 

Autour du Puget-Sound et de ses annexes, sont les Tsema- 
kum ou Chemakum, les Skohomish, les Skwawksnamish, les 
Dwamish, les Nisqually, etc. Telles sont les tribus qui compo- 
sent le groupe des Indiens des détroits ou Indiens Sound des 
Américains. 

Dans l'intérieur, au nord des Chinooks proprement dits, sont 
les Owillapsh, les Kowlitz ou Cowalitsh, les Klikatats et les 
Taitinapan. 

Au sud des Chinooks, des bords du Pacifique jusqu'à la chaîne 
des Cascades qui constitue le versant oriental de la vallée de la 
Willamette, affluent de gauche de l'Orégon, sont répandues d'au- 



— 302 — 

très tribus dépendant du groupe Chinook, désignées quelquefois 
sous le nom de Ouallainets, du nom indigène de la rivière elle- 
même. Ce sont les Klatsap*, les Killemook, les Umpquas, entre 
la côte et la rive gauche de la Willamette, et sur la rive droite les 
Klakamas etles Kalapooyah. 

Plus dans lintérieur des territoires américains, en se rappro- 
chant des Montagnes Rijcheuses, on a cité quelques tribus qui se 
déformaient artificiellement le crAne. Tels étaient les Sokulhs, 
sur le versant ouest de cette chaîne, qui, d'après Lewis et Clarke, 
« étaient de petite stature, la face large et les têtes aplaties de 
« telle manière que le front est en ligne droite du nez jusqu'au 
« sommet de la tête »*. 

La tribu des Têtes-Plates {Fiat heads) voisine des sources de 
rOrégon, dans l'Etat de Montana, au pied même des Montagnes 
Rocheuses, a depuis longtemps déjà abandonné cette coutume, si 
toutefois elle l'a pratiquée, ce qui ne ressort pas de façon absolue 
des observations faites par les Européens qui l'ont visitée. Le 
vrai nom de ces Têtes-Plates est Salish et ils ne sont en aucune 
façon liés avec les tribus de la vallée de la Columbia River 
(Morton) '. 

Les explorateurs qui les premiers visitèrent cette partie du 
territoire américain dont nous venons de dénombrer les tribus 
furent frappés de l'aspect étrange, bizarre que présentaient les 
indigènes avec leur tête élargie en haut, leur front aplati et 
fuyant et ils se contentèrent de signaler le fait, sans rechercher 
par quel procédé on obtenait ce résultat. 

C'est John Scouler * qui le premier a étudié le manuel opé- 
ratoire et décrit la déformation en usage dans ces tribus. 



* Sur la rive méridionale (gauche) du Colombia River et le long de la mer des 
deux côtés delà pointe Adams. Cf. Morton. Crania Americana, p. 211. 

» Lewis et Clarke. ïravels to the source of tlie Missouri River. In-4o,London, 
1814. — Cf. Voyage des capitaines Lewis et Clarke, 1804 à 1806. Paris, 1810, 
Traduction. 

* MoKTON. - Crania Americana. p. 207. 

* John Sgouler. — MD. — Observation on the indigenous tribes of the North- 
West coastof America. (Zoological journal. T. IV, London, 1829). Remarks on 
the form of the SkuU of the north American Indians. 



— 303 — 

Les collections ostéologiques, les dessins et les photographies 
qui reproduisent les traits des Indiens du nord-ouest américain 
montrent qu'il y a plusieurs types de déformation en usage chez 
les Nootka-Colombiens. 

Chez les Koskeemos de Vancouver la déformation est caracté- 
risée par un allongement considérable du crâne d'avant en ar- 
rière ; le diamètre antéro-postérieur maximum est considérable- 
ment développé, les diamètres transversal maximum et vertical 
sont au contraire très réduits, et le crâne a une forme presque 
cylindro-conique. Chez les Cowitches de la même ile, la région 
postérieure du crâne est aplatie et redressée, le frontal parait 
former deux plans se rencontrant sur la ligne médiane sous un 
angle très marqué et le diamètre vertical est exagéré et prédo- 
minant; le crâne Cowicthe a l'aspect d'une pyramide triangu- 
laire dont un des plans, celui qui correspond à l'occipital, est de 
beaucoup le plus étendu. 

D'autres crânes au contraire sont très aplatis, dilatés transver- 
salement ; le diamètre antéro-postérieur presque toujours est 
diminué, et le Irans verse, prenant des proportions inusitées, 
devient égal et quelquefois supérieur au premier. En même 
temps, cela est très variable suivant les pièces, la tête paraît cou- 
chée, rejetée en arrière. 

Il y a lieu de distinguer entre elles ces variétés de déformation 
qui sont obtenues par des procédés différents et que cependant 
tous les écrivains anglais désignent uniformément par le terme 
Flat-Heads, Têtes Plates. 

Pour nous, nous réserverons exclusivement le nom de Têtes- 
Plates aux seules tribus qui déforment la tête de leurs enfants 
suivant la mode des Chinooks. C'est dans les deux groupes des 
Indiens des Détroits et le groupe entier des Chinooks que cette 
mode est généralement répandue, mais non également et avec 
autant de perfection dans toutes les tribus du groupe des Détroits. 

Dans ce dernier groupe, en effet, on ne pratique pas la défor- 
mation ethnique sur tous les individus des deux sexes comme 
dans les tribus du groupe Chinook. Il ressort de plus des opinions 



~ 304 — 

émises par les voyageurs que dans certaines tribus le degré de 
la déformation du crâne variait suivant les sexes et que dans 
d'autres on ne l'observait que dans les familles alliées par le 
mariage aux tribus voisines chez lesquelles cette coutume était 
habituelle. « Cette pratique, dit Swan, n'est pas usitée chez les 
« Clyoquot et les Nootkans (Tokwaht) vers le nord, et comme 
« les Makahs s'allient par le mariage avec les tribus tant du 
« nord que du sud, nous trouvons cette coutume limitée prin- 
« cipalement dans les familles qui sont alliées aux Kwinaiults, 
« Chihalis et Clallams.* » De ces trois tribus les deux premières 
sont riveraines du Pacifique, la troisième du détroit de Fuca, 
isolant presque les Makahs du reste du groupe. 

D'après cela, on voit que l'éducation physique du nouveau-né 
varie dans les tribus ; elle ne semble pas non plus être fixe dans 
une même famille, puisque tous les enfants ne sont pas également 
soumis au procédé déformant, c'est-à-dire au système spécial de 
couchage qui aplatit la tête du nouveau-né. « 11 n'est pas rare de 
« voir des enfants appartenant aux mêmes parents qui ont les 
« uns la tête conformée régulièrement, tandis que les autres sont 
« déformés par la compression exercée durant l'enfance. » " 

Quant au degré de la déformation, et à la fréquence suivant 
les sexes, ils paraissent varier beaucoup d'une tribu à l'autre et 
voici comme en parle G. Gibbs : « La coutume est plus générale 
(( et répandue sur une plus grande étendue parmi les tribus de 
« la basse Columbia et du Puget-Sound. Ceux placés à l'est des 
« Cascades (de la Columbia), au voisinage de la rivière, la 
« pratiquent à un degré limité, » et plus loin le même Gibbs 
ajoute : « En s'éloignant du centre, la coutume s'atténue, et sur 
« la lisière elle est limitée aux femmes. » * En France, dans les 
régions où l'usage de certaines coiffures s'est perpétué, on observe 

* SWan. — The Indians of Ihe Cape Flattery. Contribution to Knowledge of 
Smithsonian Institution. 

' Swan. — Loc. cit. 

' G. Gibbs. MB. — Tribcs of Western Washington and Northwestern Oregon, 
in Contribution toNorth American ethnology, Wasliington, 1877. 



- 305 - 

des faits analogues. La déformation dite toulousaine, et qui s'étend 
bien au-delà de ce qu'on appelait le pays toulousain, son princi- 
pal centre, devient moins fréquente, quoique aussi accentuée, 
dans les régions qui constituent sa limite. 

Le sexe féminin, d'après Bancroft, serait plus rigoureusement 
traité que le sexe fort, en raison du rôle que la femme est chargée 
de remplir. « Comme d'ailleurs l'aspect personnel de la femme 
« est de plus d'importance que celui de l'homme, pour cela les 
« filles sont plus rigoureusement soumises à la compression que 
« leurs frères. » * Nous avons pu constater en étudiant les 
déformations artificielles dans les diverses régions de la France 
qu'elles sont généralement plus accentuées chez les femmes, 
soumises plus longtemps que les hommes à la compression ; les 
méthodes et les conditions de coiffure ne ressemblent pas à celles 
en usage chez les Indiens, toutefois le résultat est analogue. 

Mais nous croyons que la manière de voir de Bancroft est 
sujette à bien des réserves et qu'il ne faut pas croire que le rôle 
de la femme consisterait à transmettre par hérédité la déforma- 
tion qui lui a été imposée adventivement. 

La déformation artificielle du crâne n'est pas non plus prati- 
quée indistinctement chez tous les enfants, même dans les tribus 
qui paraissent y tenir le plus. Elle peut être considérée comme uîi 
indice du rang que l'individu occupe ou devra occuper dans la 
société. Réservée aux enfants nés de parents libres, elle est for^ 
mellement interdite aux esclaves, assez nombreux dans ces tri- 
bus indiennes, et qui proviennent le plus souvent des razziaS 
faites aux dépens des peuplades voisines. Par suite de cette 
prohibition, les enfants d'esclaves et les esclaves auront la tête 
régulière et ce sera par l'étude des pièces de ce genre qull sera 
possible de se rendre compte des véritables caractères de ce 
groupe ethnique. Tel ne serait pas toutefois l'avis de certains 
voyageurs, qui regardent les crânes non déformés comme sans 
valeur réelle et qui prétendent qu'on doit absolument les rejeter. 

♦ Bancroft. -^ The native Races of the Pacific states. Vol. I, p. 226. 



— 306 — 

Mais nous croyons devoir nous ranger à l'observation de 
Townsend qui a étudié sur place les tribus Chinooks. Il nous 
explique comment certains sujets portent une tête régulière ou 
à peu près : « J'ai eu l'occasion, dit-il, de voir des Chinooks 
« et de Chickitats avec des tètes arrondies ou de forme ordinaire, 
« la distorsion habituelle ayant été mal pratiquée dans le jeune 
« âge : de tels individus ne peuvent jamais obtenir quelque 
« influence ou arriver à quelque dignité dans leur tribu, et il 
« n'est pas rare qu'ils soient vendus comme esclaves. » * 

Il résulte de ce passage que tous les esclaves ne sont pas des 
prisonniers faits sur les tribus voisines, mais que le commerce 
n'en était pas inconnu des populations de la côte nord- ouest 
de l'Amérique du Nord. La position sociale de l'individu de 
race libre dépendait donc de la forme plus ou moins régulière 
que présentait sa tête. Très bien déformé, il restait membre 
de sa tribu, insuffisamment ou pas du tout déformé il était décon- 
sidéré, déclassé et pouvait être vendu comme esclave. 

Cependant la situation sociale des enfants des esclaves n'était 
pas invariable et absolue. Par l'adoption ils pouvaient être admis 
dans la classe des hommes libres. Tout homme libre pouvait re- 
connaître pour fils et adopter l'enfant nouveau-né d'un esclave. 
Considéré dès lors comme libre, on s'empressait de jui faire subir 
la déformation. « Chaque fils d'esclave, s'il n'est pas adopté par 
« un membre de la tribu, doit rester nature, et c'est pour cela 
« qu'il se développe avec une tête ronde. Cette déformation est, 
« par conséquent, une marque de leur liberté. » J. Dunn ^ 

Chez les Américains, comme on France, on a regardé la dé- 
formation du crâne comme une affaire de mode et envisagée à ce 
point de vue il n'y faudrait voir que la recherche d'un idéal de 
beauté faciale (Bancroft, Macfie)^ qui se réaliserait pleinement 

* Townsend. — Lettre écrite à Morton du Fort Vancouver, 26 sept. 4833. Cf. 
Morton, Crania. Americana, p. 207. 

' John Dunn. — History of Ihe Oregon Territory, p. 129. 

' Bancroft. — Loc. cit. — Macfie. Vancouver Island and British Columbia, 
p. 441. 



— 307 — 

chez quelques sujets et qui consiste à avoir le nez, le front et le 
sommet de la tête sur une môme ligne. Ce serait pour ce motif 
que la déformation serait faite avec plus de soin dans le sexe fé- 
minin, et aussi plus exagérée. 

On peut se demander encore s'il ne faudrait pas regarder la 
coutume des déformations chez les Indiens comme la survivance 
d'une ancienne tradition religieuse. Il est le plus souvent fort dif- 
ficile de décider les populations à moitié sauvages et très soup- 
çonneuses envers l'étranger à parler de leurs croyances reli- 
gieuses, de leurs traditions ; Gibbs serait cependant parvenu à 
inspirer assez de confiance à un Indien Klallam qui lui aurait 
répondu « qu'ils agissaient ainsi pour accomplir ce que Dokwe- 
« budl leur commandait, avant tout de se rendre beaux.» G. 
Gibbs \ 

Dans tout cela quel est la vraie raison? Il est aussi mal aisé de 
la découvrir qu'il s'agisse de la déformation des Indiens que de 
celles encore en usage sur d'autres parties du globe. La tradition 
n'a pas conservé le souvenir de l'origine de ces coutumes et on a 
recours aux hypothèses pour l'expliquer. En tout cas, envisagée 
chez les Nootka-Colombiens aux deux points de vue sociologique 
et esthétique, la déformation de la tête a pour but de distinguer 
l'homme libre de l'esclave, l'être beau de celui qui ne l'est pas. 

Les considérations que nous venons d'exposer démontrent que 
l'on doit regarder la déformation comme intentionnelle. Quel- 
ques auteurs cependant, Catlin entre autres, l'ont regardée 
comme accidentelle et uniquement due à l'usage d'un berceau 
mal compris. Qu'un berceau mal compris, qu'un mode de cou- 
chage défectueux puisse être une cause de déformation de la 
tête, c'est fort vrai, et démontré depuis longtemps déjà; mais 
on n'obtiendra pas accidentellement et comme par hasard la 
forme spéciale aux diverses déformations artificielles du crâne. 
La manière de voir de Catlin et des auteurs qui Vont adoptée 
résulte, croyons-nous, d'une observation superficielle et insuf- 

* George Gibbs. — Loc cit< 



— 308 — 

fisante ou de l'ignorance de l'ethnographie de ces populations.* 
Les déformations artificielles du crâne en usage chez les diver- 
ses tribus indiennes qui nous occupent sont, à notre avis, inten- 
tionnelles au même degré qu'elles l'étaient au Pérou, au Mexique, 
à Cuba, chez les Natchez, etc., avant la conquête du sol améri- 
cain par les nations Européennes. L'opinion de Swan au sujet 
des Makahs vient confirmer notre manière de voir. 

Les déformations artificielles du crâne n'étant, ainsi que nous 
l'avons dit au début de ce travail, que des mutilations ethniques, 
sont bien voulues, au même degré que celles qui ont pour but 
de modifier telle ou telle partie du corps humain. Que le motif, 
la raison originelle nous en soient inconnus, c'est possible, mais 
on continue d'agir absolument comme si on les connaissait. En 
dehors des déformations crâniennes, il y a d'autres mutilations 
qui sont aussi ridicules et cependant toujours en usage, bien 
qu'il soit impossible d'en donner le sens et la valeur. 



Morton nous a tracé dans les Crania Americana le portrait du 
Chinook de race pure qu'il avait eu l'occasion d'observer en 1839. 

« Cet Lidien était un jeune homme âgé de vingt ans. Il 
« avait les traits accentués, la face large, la mâchoire élevée, 
« la bouche grande, les lèvres épaisses, le nez largCj déprimé 
« aux narines, l'espace interorbitaire considérable, mais les 
« yeux n'étaient pas disposés obliquement; la taille petite, et 
« l'apparence physique robuste. Son teint n'était ni cuivré, ni 
« sombre, mais raisonnablement clair, comme celui d'un homme 
« blanc qui a été exposé aux champs pendant la moisson. Ce qui 
« m'a été le plus agréable dans ce jeune homme, c'est que sa 
« tête était plus déformée par la compression mécanique que 
« celui des crânes de cette tribu en ma possession et il présen- 
« tait la véritable copie de celui du Kalapooyah figuré à la plan- 

< Catlin. — Smilhsonian Reports, 1888, Part. II. The George Catlin Indiari 
Gallery. 



— 309 — 

« che XL VII de ce travail. * » Ce crâne est moins déformé que 
celui du Nisqually figuré dans ce travail (fig. 3) et sur la plan- 
che des Crauia americana, il est malheureusement placé de trois 
quarts. 

L'étude des diverses collections anthropologiques montre que 
les voyageurs n'ont pas exagéré en disant que, dans les tribus 
Nootka-Colombiennes, la déformation du crâne était presque gé- 
nérale. En effet si nous consultons Schoolcraft ^, les Crania Ameri- 
cana de Morton, etc. , on trouve que le nombre des crânes déformés 
étudiés est considérable tandis que celui des crânes non défor- 
més est très faible. Dans la collection anthropologique du 
Muséum d'Histoire Naturelle de Paris il y a dix-huit crânes 
provenant de tribus de ce groupe, ainsi répartis : Chinook (5), 
Killemook (2), Klackama (1), Clatsap (3), Klickatat (1), Kala- 
pooyah(3), Snohomish (1), Nisqually (2), Cowalitch (1), et sur 
ce nombre un seul est normal. 

La même remarque s'adresse à la collection du Army Médical 
Muséum de Washington dont M. George A. Otis a publié un 
catalogue en 1876' : les crânes déformés sont très nombreux, les 
crânes normaux en nombre comparativement très restreint. 

Nous sommes porté à nous demander si cette prédominance 
du nombre des crânes déformés n'est pas due à ce fait qu'on les 
a recueillis au début de préférence aux crânes normaux, à cause 
de la bizarrerie de leur forme. 

Bien que les crânes non déformés de ces Indiens soient rares, 
nous les étudierons aussi complètement que possible afin de 
donner une idée à peu près exacte des caractères qu'ils pré- 
sentent. 

Le crâne Chinook normal que possède le Muséum de Paris a 

1 Morton. — Crania americana, page 206. 

' ScHOOLGRAKT. — Inforinition respecting the hislory, the condition and pros- 
pect of the indian Tribes of the U. S. 2 vol. in-4. Philadelphie 4852. 

8 Geoiige a. Otis. — Clieck list of préparations and objects in the section of 
human anatomy of theU. S. army médical muséum, etc. — Washington, D. G. 
1876. 



— 310 — 

été donné en 1872 par le D"" Scouler, de Dublin, qui l'avait re- 
cueilli lui-même dans la vallée de l'Orégon (Columbia River). 
C'est un crâne féminin adulte ; le maxillaire inférieur manque. 

La face est d'aspect mongoloïde, courte, ramassée, très élargie, 
à cause de la saillie considérable des pommettes qui est encore 
continuée par celle de la courbe des arcades zygomatiques ; 
aussi l'indice facial descend-il très bas à 56,78. 

L'ouverture du nez est large, les os nasaux sont étroits, très 
aplatis, presque concaves dans les deux tiers supérieurs et légè- 
rement saillants inférieurement au-dessus de l'ouverture. La 
racine du nez est enfoncée sous la saillie du front. L'indice nasal 
est de 61,56 essentiellement platyrrhinien. 

La face antérieure du maxillaire est creusée fortement au-des- 
sous du bord inférieur de l'orbite, ce qui fait paraître les pom- 
mettes encore plus saillantes. 

La hauteur de l'intermaxillaire est assez faible et toute la ré- 
gion incisive projetée en avant. Le prognathisme alvéolaire était 
exagéré par un prognathisme dentaire non moins accusé, étant 
donné la direction fort oblique en avant des alvéoles. Les inci- 
sives et les canines ont été perdues ; ce qui reste des prémolaires 
et molaires porte les traces d'une usure très avancée. 

La voûte palatine est large, profonde et l'arcade dentaire dé- 
crit une courbe assez large. 

Les orbites larges, presque rectangulaires sont un peu sur- 
baissés. L'indice orbitaire est mésosème à 84,14. Les saillies 
sourcilières sont peu volumineuses, bien marquées toutefois 
dans la région de la glabelle. 

Si nous examinons le crâne , il paraît haut pour sa largeur et 
étroit par rapport à la largeur de la face. 

Le frontal très bombé décrit une courbe sensiblement régulière 
jusqu'à la rencontre des pariétaux; les bosses frontales sont peu 
marquées, et les crêtes temporales bien indiquées. 

Les pariétaux décrivent une courbe à deux plans ; le tiers anté- 
rieur prolonge la courbe frontale, presque en ligne droite, le 
tiers moyen décrit une courbe brusque et le tiers postérieur s'a- 
baisse presque verticalement jusqu'au lambda. 



L'angle postérieur et interne des pariétaux, au-dessus du 
lambda est fortement déprimé en une gouttière, au-dessus de la- 
quelle déborde le sommet de l'écaillé occipitale. 

La courbe de l'occipital est régulière. L'inion et les saillies 
d'insertions musculaires sont très peu développés. 

Les temporaux nous paraissent plus petits, plus aplatis que 
dans les crânes ordinaires, les apophyses mastoïdes sont peu vo- 
lumineuses, fait que nous observerons sur un assez grand nombre 
de crânes déformés. 

La hauteur du crâne est assez élevée et donne un indice ver- 
tical de 96,40. 

En général les saillies où se font les insertions musculaires 
tant sur le crâne qu'à la base sont peu marquées et offrent plutôt 
l'apparence de surfaces à peine rugueuses. 

La circonférence horizontale est de 492 millimètres, la trans-. 
verse de 432. Nous aurons l'occasion plus loin de revenir sur 
les courbes quand nous nous occuperons des crânes déformés. 

Les sutures sont en général assez simples et non encore obli- 
térées. Au niveau du bregma,les pariétaux sont un peu surélevés 
au-dessus du frontal. La partie postérieure de la suture sagittale 
est déprimée en gouttière. La suture lambdoïde, la plus compli- 
quée de toutes, présente deux petits os wormiens sur la branche 
gauche et un beaucoup plus grand sur la droite ; ce dernier me- 
sure 0,040 millimètres de hauteur sur 0,020 mm. de largeur. 
Les sutures temporales et sphénoïdales n'offrent rien de spécial. 

Morton a figuré à la planche XLII de ses Crania Americana un 
crâne de Chinook non déformé rapporté par Townsend lors de 
son séjour sur les bords de l'Orégon. C'était celui d'un esclave. 
« Cette tête ne diffère en rien de celle des Indiens en général 
« d'un bout du continent à l'autre, mais elle présente les carac- 
« tères du crâne normal chez ce peuple, forme qui est consi- 
« dérée comme une dégradation. '» Malheureusement Morton ne 
décrit pas ce crâne normal ; il se contente de donner quelques- 

• MoïiTON. — Loc. cit. 



— 312 — 

unes des principales mesures que nous rapprochons de celles 
prises sur le crâne du Muséum de Paris et de celles de quelques 
pièces de la collection du Army médical muséum de Washing- 
ton * que nous croyons non déformées. 

Le crâne figuré par Morton est présenté de grandeur naturelle 
mais de trois quarts, ce qui est absolument insuffisant pour se 
rendre un compte bien exact de ses caractères, heureusement il 
a intercalé dans son texte deux réductions au trait qui permettent 
de reconnaître qu'il oJBfre des analogies frappantes avec celui que 
nous avons décrit. * 

Nous ne pouvons juger qu'avec réserve les pièces du Army 
Médical Muséum que nous sommes porté à regarder comme non 
déformées, n'ayant aucun dessin donnant une idée de leurs con- 
tours. Les trois indices céphaliques de longueur-largeur, lon- 
gueur-hauteur et largeur-hauteur sont les seuls documents qui 
permettent d'établir une comparaison avec les crânes du Muséum 
et de Morton. 

Si nous rapprochons ces indices, nous voyons qu'ils se grou- 
pent dans une même série : 1° indice de longueur; crâne du 
Muséum de Paris 81,76 ; cr. de Morton 80,47; crânes de la col- 
lection du Army Médical Muséum n" 695, 82,47 ; n" 129, 82,32 ; 
n°235, 84,21; n" 1021,85,05. D'après ces chiffres, les Indiens 
du nord-ouest des États-Unis sont sous-brachycéphales. 

2° L'indice de longueur-hauteur, pour les crânes dont nous 
nous occupons, oscille entre 71,34 comme minimum et 78,82 

» George A Otis. — Loc. cit. 

* Principales mesures du crâne de femme Chinook du Muséum de Paris : 
Cap. cran. 4403 ce; Diamètre Ant. post. max. 170 mill,; Trans. max. 439 
mill.: front, max. 117 mill.; front, min. 93 milI.; occip. max. 101 mill.; Vert, 
bas. bregm. 134 mil!.; circonf. horiz. tôt. 49i2 ; D. Bizyg. max. 141 mill.; 
haut, de la face 80 mill.; Indices de largeur 81,76 ; de hauteur 78,82 ; de lar- 
geur-hauteur 96,40; nasal 61,36; orbitaire 83,36; facial 36,78; Angle facial 
(Compcr.) 74". — Principales mesures du crâne Chinook figuré par Morton, pi. 
XLII : Capac. cran. 1230 ce; D. Ant. post. max. 169 mill.; D. ïrans, max. 
136 mill.; D. Vert. bas. breg. 134; Indices de largeur 80,47; de hauteur 
79,28 ; de larg. -hauteur 98,32; Angle facial 76o, 



- 313 — 

comme maximum, et ce dernier chiffre est celui du crâne féminin 
du Muséum de Paris. 
3' L'indice de largeur-hauteur varie entre 84,27 et 98,52. 



L'aspect du crâne déformé est véritablement étrange et les 
diverses vues de face, de profil, de haut, que nous mettons en 
regard des mêmes vues du crâne normal, montrent à quel point 
l'application des appareils a modifié la forme de toutes les par- 
ties de la face et du crâne. Le crâne est tellement élargi en 
haut et eu arrière que sa face semble plus étroite et projetée en 
avant. Ce qui donne à certaines de ces pièces une tournure encore 
plus particulière, c'est qu'à la déformation provoquée par l'ap- 
plication de l'appareil s'en ajoute une autre qui est extrême- 
ment fréquente et sur laquelle nous reviendrons. Il y a en effet 
très peu de crânes qui soient symétriquement déformés au sens 
étroit du mot, et rares sont les pièces qui ont le nez, le front 
jusqu'au sommet de la tête sur la même ligne, réalisant d'une 
façon complète le type idéal de beauté auquel nous avons fait 
allusion. 

Pour étudier la déformation artificielle du crâne dans les tri- 
bus du groupe Nootka-Golombien des États-Unis, nous nous 
sommes servi des pièces provenant de la région que nous avons 
précédemment indiquée et qui font partie de la collection du 
Muséum de Paris, puis nous avons consulté les documents four- 
nis par les Crania Americana de Morton et le catalogue de George 
A. Otis sur les collections du Army Médical Muséum de Wash- 
ington. 

Dans le crâne déformé artificiellement, quand la: compression 
a été faite d'une façon régulière, de telle façon que les deux moi- 
tiés du crâne par rapport au plan médian soient aussi également 
bien déformées que possible, la courbe frontale disparaît pres- 
que complètement ; elle est transformée en une surface plus oii 



- 311 - 





Fig. 1 et 2. Crâne de femme Chinook non déformé (Coll. M. H. N. n» 8788 
• profil et face, 1/8 de grandeur naturelle. 



— 315 - 





Fig. 3 et 4. Crâne de Nisqunlly, déformé, (Coll. M. H. N. n« 5359) 
profil et face, 1/3 de grandeur naturelle- 



— 316 — 

moins plane s'étendant jusqu'à la suture coronale. Les bosses 
frontales n'existent plus. Sur quelques pièces la région médiane 
du frontal, suivant le trajet de la suture métopique, présente une 
sorte de bourrelet qui s'étend de la racine du nez jusqu'au bregma 
et le frontal parait divisé en deux plans, comme si l'appareil 
compresseur avait exercé son action d'une façon plus intense 
vers les parties latérales. Au niveau de la suture coronale et un 
peu en arrière, la courbe médiane s'infléchit légèrement, indice 
d'une dépression postcoronale qui se continue de haut en bas 
sur les pariétaux. Puis la courbe des pariétaux se relève jusqu'au 
tiers postérieur de leur longueur pour s'infléchir en bas et en 
arrière en décrivant une courbe d'assez court rayon et se pro- 
longe sur l'occipital très aplati tant dans sa longueur que dans 
sa largeur. 

Les pariétaux étant très déformés, les bosses pariétales sont 
très saillantes et plus écartées l'une de l'autre qu'à l'état normal. 

Vues de profil, la région frontale et la région occipitale appa- 
raissent comme deux plans formant entre eux un angle plus ou 
moins aigu ou presque parallèles comme dans le crâne de 
Nisqually fig. 3. 

Dans la série du Muséum il n'y a guère que trois crânes qui 
soient symétriquement déformés ; tous les autres présentent la 
double déformation que nous avons signalée, et qui n'est autre 
qu'une plagiocéphalie. 

Les conséquences de la déformation au point de vue des men- 
surations sont très intéressantes. Le diamètre antéro-postérieur 
maximum est sensiblement réduit et le point variable postérieur 
est déplacé et ramené très haut, jusque sur le lambda et même 
au-dessus. 

Le diamètre transversal maximum est au contraire très aug- 
menté et le vertical basilo-bregmatique nettement diminué. 

Mais sur tous les crânes déformés on ne retrouve pas exacte- 
ment ce que nous avons décrit d'après des pièces absolument 
symétriques. Tantôt l'aplatissement est peu prononcé du côté du 
frontal et de l'occipital et le diamètre vertical est accru, tantôt 



— 317 — 

c'est du côté du frontal seul ou de l'occipital seul que les chan- 
gements de forme sont peu appréciables. 

Il y a lieu de se demander si, par suite de la compression, la 
position du bregma par rapport au bord antérieur du trou occi- 
pital n'est pas modifiée. Sur le crâne normal que nous avons 
décrit, le bregma est de 12 mm. en avant du bord antérieur, 
tandis que sur les crânes déformés les variations de position 
du bregma oscillent entre + 6 et — 17 millim. '. 

La disparition de la courbe occipitale par suite de l'aplatisse- 
ment, de l'étalement de l'occipital se traduit d'abord par un dia- 
mètre maximum de l'os très augmenté. Sur le crâne normal 
la largeur de Toccipital est de 101 millimètres ; elle varie de 110 
à 123 millimètres dans la série des crânes déformés. La lon- 
gueur, prise à la glissière, du lambda au bord postérieur du trou 
occipital, ou la corde de la courbe occipitale, est de 90 millimè- 
tres sur le crâne normal et elle oscille de 91 à 108 millimètres 
dans la série déformée, indiquant que le degré de l'aplatisse- 
ment est en rapport avec l'intensité de la déformation. 

Comme conséquences de la compression et de l'étalement de 
l'occipital, il faut noter la faible saillie de la région iniaque, des 
courbes occipitales supérieure et inférieure, et l'élargissement de 
la base du crâne en rapport avec le refoulement produit par le 
changement de forme de l'occipital. 

Le retentissement n'est pas moindre sur la face que sur le 
crâne. La face est élargie, projetée en avant, et irrégulière comme 
le crâne lui-même surtout lorsque la plagiocéphalie existe. Dans 
ce cas, c*est presque toujours le côté de la face qui correspond 
à la plagiocéphalie antérieure qui est tiré en arrière et pour 
ainsi dire rapetissé. 

L'angle facial est diminué par un prognathisme à la fois facial 
et alvéolaire. 

L'indice nasal présente de très grandes variations dans la série 

* Le signé -f- indique que le Bregma est en avant du trou occipal, le crâne 
étant disposé de telle façon que le plan alvéolocondylien soit horizontal; le signe 
— indique que le Bregma est en arrière du trou oecipal. 



— 318 — 





Fjg. 5 et 6. Crâne de femme Ohinook non déformé (Coll. M. H. N. n» 8732), 
norma verticalis et vue par derrière, 1/8 de grandeur naturelle. 



319 — 





Fig. 7 et 8. Crâne de Nisqually. déformé (Col'. M. H. N., n» 5S59), 
norma verticalis et vue par derrière. 1/3 grandeur naturelle. 



— 320 — 

que nous étudions. La forme générale du nez porte à penser 
qu'il y a deux types bien tranchés. Les indices nasaux oscillent 
entre 36,75 minimum et 63, G3 maximum. Un seul crâne de la 
série du Muséum de Paris serait nettement platyrrhinien, le 
crâne non déformé, six mesorrhiniens, neuf leptorrhiniens. 

Le squelette du nez est fort variable dans sa forme ; sur cer- 
tains crânes déformé s il est déprimé, semblable à celui du crâne 
normal décrit plus haut ; sur d'autres, il est au contraire très 
proéminent, relevé, saillant et un peu busqué comme sur les 
crânes de Peaux-Rouges. Sur d'autres enfin il est de forme inter- 
médiaire. 

Du côté des orbites, il est aisé de reconnaître à première vue, 
fait que corroborent les mensurations, que les deux côtés sont 
presque toujours inégaux Si on considère l'œil droit on voit que 
l'indice varie entre 86,04 et 100 et que la moyenne des indices 
pour les dix-sept crânes de la série est de 92,09. — Trois fois 
l'indice est au-dessous de 89, quatorze fois il est supérieur, — 
l'un de ces derniers égale 100. Pour l'œil gauche les indices sont 
un peu moins élevés et la moyenne des indices est de 91,48. 

Ici encore l'action de la plagiocéphalie, associée à celle de la 
déformation ethnique, est très manifeste. 

Morton a figuré sept crânes déformés de différentes tribus sur 
lesquels on peut observer des caractères analogues à ceux que 
nous venons d'étudier ; la plagiocéphalie y est aussi très nette- 
ment accusée. 

Dans la collection du Army Médical Muséum, nous trouvons 
un grand nombre de crânes déformés provenant des tribus sui- 
vantes : Chemakum, Spokane, Flatheads, Salish, Chehalis, Ma- 
kah, Nisqually, Nez Percés, Chinook, Watlata, Orégon qui sont 
dispersées dans les États de Washington, Orégon, Idaho, Mon- 
tana. 

Nous avons parlé des crânes probablement normaux de cette 
série. 

Comparons les indices des pièces de cette collection avec ceux 
de la collection que nous avons sous les yeux. 



— 321 — 

1° Indice de longueur -largeur. Parmi les pièces du Muséum de 
Paris, un crâne de Cowalitch a un indice mésaticéphale de 77,89 
et il est nettement déformé ; un crâne de femme Flathead de la 
collection de Washington recueilli près du cap Disappointment a 
l'indice dolichocéphale de 73,88, nous le croyons également dé- 
formé et très-fuyant comme le précédent. Dans ces deux pièces, 
si différentes du reste des deux séries, la déformation tient, pour 
le Cowalitch tout au moins, à une application défectueuse du 
procédé. 

Les indices de longueur-largeur oscillent ensuite de 86,87 à 
100 pour les crânes du Muséum de Paris et de 85,88 à 111,46 
pour ceux du Army Médical Muséum. 

Dans cette dernière collection nous trouvons que : 

12 fois le diamètre antéro -postérieur maximum est plus court 
que le transverse; 

5 fois les deux diamètres sont égaux ; 

9 fois la différence oscille entre 1 et 5 millimètres ; 

28 fois les variations dépassent 6 millimètres et au-delà, et les 
indices sont manifestement brachycéphales et hyper-brachycé- 
phales. 

Sur 44 crânes les indices se répartissent de la façon suivante : 

de 83,34 à 90, 7 crânes, 3 masculins, 4 féminins; 

90,01 à 95, 8 » 3 » 5 » 

95,01 à 100, 16 » 9 » 7 » 

100,01 à 111,46 13 » 7 » 6 » 

2° Indice de longueur- hauteur. Sur les crânes normaux du 
Muséum et de Morton il est de 78,82 et 79,28 ; sur les crânes de 
VArmy Médical Muséum que nous croyons non déformés, il est 
de 76,78 ; 73,47 ; 71,34; 77,01 \ Sur les crânes déformés il est 
encore plus variable selon que la déformation est plus ou moins 
accusée. Les pièces qui présentent le plus grand aplatissement 
frontal ont l'indice vertical le plus faible. Dans la série du Muséum 
il oscille entre 68,39 et 81 ,70, mais la plupart sont bien inférieurs 

' Voir page 342 les nus do ces crânes. 

21 



— 322 — 

à ce dernier chiffre qui correspond au crâne le moins altéré 
dans sa forme. 

Pour les sept crânes de Morton les indices sont de 88,28 mini- 
mum et de 90,32 maximum, mais ces deux chiffres sont excep- 
tionnels ; les autres sont de 68,86 ; 69,76 ; 67,06; 71,16; 75,75. 

Dans la série de l'Army Médical Muséum nous retrouvons des 
différences du même genre. Elles sont assez faciles à expliquer, 
croyons-nous. Parmi les crânes déformés tous ne le sont pas 
également et lorsque les indices se rapprochent de la normale 
c'est que l'aplatissement frontal est nul ou à peu près. 

3^ Indice de largeur-hauteur. Dans les crânes normaux il est 
assez élevé, crâne du Muséum 96,40, Morton 98,52 ; Army Mé- 
dical Muséum, 93,47; 89,26 ; 84,27 ; 90,53. 

Les crânes déformés du Muséum peuvent être groupés, au 
point de vue de cet indice, en deux séries Tune de 71,97 à 79,29, 
l'autre de 80,93 à 89,03 dont les variations sont facteur du degré 
de Taplatissement. Dans la série de Morton, un seul crâne le 
n" 44 a un indice vertical élevé à 93,33 les six autres oscillent 
de 67,10 à 78,23, chiffres bien inférieurs à ceux de la série pré- 
cédente. Sur la série américaine nous vérifions les mêmes faits, 

La comparaison des angles faciaux et des angles auriculaires 
pris sur des crânes normaux et sur des crânes déformés est 
très intéressante à faire. Nous donnerons seulement les chiffres 
recueillis sur le crâne de femme Chiuook du Muséum de Paris 
et ceux du crâne de Nisqually que nous avons figuré plus haut. 

Ces chiffres montrent combien Faction des appareils compres- 
seurs modifie les formes des diverses portions du crâne. Nous 
aurions pu établir un tableau de ces mesures pour toute la série 
que nous avons sous la main, mais il nous a paru suffisant de 
montrer à côté du crâne normal les variations du crâne le plus 
déformé. 

Si on compare les projections prises sur le crâne normal et 
celles prises sur les crânes déformés on voit combien l'aplatisse- 
ment vient modifier la position de certains points singuliers et 
que couché et rejeté en arrière le crâne donne une projection 
horizontale totale bien plus considérable. 



— 323 — 



MESURES 


Crâne Chinook 


CrAne Nisqually 




normal 


déformé 


Angle facial alvéolaire (Gloquet) . . 


680 


5oo 


Id. de Camper 


740 


630 


Id. S. nasal (Jacquart). . 


8O0 


600 


Angle auriculaire de la face*. . 


330 


4So 


Id. du frontal 


6io 


670 30' 


Id. du pariétal 


S9o 


39° 30' 


Id. de l'occipital 


730 


58» 


Id. complémentaire de la 






base du crAne .... 


4340 


ISlo 



Sur notre crâne normal la projection horizontale totale, du 
bord alvéolaire au point le plus saillant de l'occipital, est de 
183 millim. Sur les crânes déformés, elle oscille de 185 millimè- 
tres pour un crâne relativement peu déformé à 215 millimètres 
soit trois centimètres d'écart du minimum au maximum. 

Si nous considérons les projections verticales du bregma et du 
lambda, celles des crânes déformés dépassant souvent celles de 
notre crâne normal, mais parfois elles sont inférieures. Pour ces 
projections, comme du reste pour toutes les autres, le terme de 
comparaison est insuffisant puisque nous n'avons qu'un seul crâne 
féminin à mettre en parallèle avec dix-sept crânes déformés des 
deux sexes, mais où domine l'élément masculin. 

Pour les projections horizontales, celle de la racine du nez et 
du point sus-nasal sont à peu d'exceptions près inférieures à 
celles du crâne normal, tandis que celles du bregma et du lambda 
sont en général plus grandes. 

Nous avons déjà dit que la plagiocéphalie était très fréquente 
parmi les crânes indiens déformés et elle affecte tantôt un dia- 
mètre oblique du crâne, tantôt l'autre. La plagiocéphalie, ainsi 
qu'on le sait, est caractérisée par l'affaissement d'un des côtés du 



' L'angle auriculaire de la face a dans ce tableau la longueur comprise entre 
le bord alvéolaire et la racine du nez. 



— 324 — 

frontal et par l'aplatissement plus ou moins grand de la région 
pariéto-occipitale du côté opposé. Sur les crânes qui nous occu- 
pent ces deux faits sont très marqués, mais c'est particulière- 
ment sur la région pariéto-occipitale que la déformation est le 
plus accentuée. Le crâne semble en quelque sorte tordu sur son 
axe. 




Fig. 9. Crâne de Olatsap, très déformé et montrant la plagiocéphalie produite 
par le couchage. (Coll. M. H. N. no 6513), norma verticalis 1/3 de grandeur 
naturelle. 



Comme nous le verrons bientôt, en exposant de quelle façon 
on obtient la déformation ethnique, il est facile d'expliquer la 
production simultanée de la plagiocéphalie. Elle est la consé- 
quence du décubitus prolongé de l'enfant sur le même côté de 
la tête, tandis que lorsqu'elle est primitive, spontanée elle est 
provoquée par une ou plusieurs synostoses prématurées des su- 
tures du crâne. D'ailleurs cela ne doit pas étonner, l'enfant étant 
strictement maintenu dans son berceau tout le temps que dure 
la compression et même jusqu'à ce qu'il soit en état de marcher 
(Schoolcraft)*. 

* SCHOOLCHArt. 



— 325 - 

Cette plagiocéphalie est en général bien plus accusée que celle 
qui se produit spontanément au cours du développement de l'in- 
dividu. Sur un des crânes de la collection du Muséum (Clastap, 
n" 6513) la projection horizontale totale, prise du bord alvéo- 
laire à la portion la plus saillante de l'occipital, est de 106 milli- 
mètres; au point postérieur du plan médian elle est de 190 mil- 
limètres; au point le moins saillant, sur le pariétal gauche, elle 
n'est plus que de 158 millimètres. Soit un écart de 38 millimè- 
tres. L'aplatissement de cette pièce du côté droit du frontal est 
loin d'égaler celui de la région pariéto-occipitale. 



La disposition des appareils employés pour obtenir la défor- 
mation que nous étudions ici n'est pas absolument identique 
dans toutes les tribus indiennes des deux fractions du groupe 
Nootka-Colorabien qui nous occupe. 

« Aussitôt que l'enfant est né, dit Schoolcraft, la tête est 
« fréquemment et modérément comprimée avec la main et cela 
« durant trois ou quatre jours. L'enfant est alors placé dans 
« une boite ou berceau que l'on rend confortable en la garnis - 
« sant avec de la mousse ou une sorte d'étoupe faite d'écorce 
« de cyprès*. » D'après cela, l'application de l'appareil ne se- 
rait pas immédiate, on préparerait le nouveau-né par des pres- 
sions de la tête, par des malaxations modérées, à la torture qui 
lui donnera la caractéristique du rang d'homme libre, qui lui 
permettra d'acquérir, s'il arrive à l'âge d'homme, la considéra- 
tion et même un rang honorable dans la tribu ou qui fera de la 
femme un type de beauté accomplie. 

Quelle que soit la forme qui prédomine dans les diverses tribus 
indiennes, qu'on cherche à obtenir le crâne applati des Chinook, 
des Nisqually (voir fig. 3), ouïe crâne pyramidal des Cowitches 
et des Ouakich de Vancouver ou des Koskeemos, c'est toujours 
par des procédés analogues qu'on y arrive. 

^^Schoolcraft. Loc. cit. 



— 326 — 

Il ressort de la comparaison des textes que toutes les défor- 
mations en usage sur la côte nord-ouest de l'Amérique du Nord 
peuvent être obtenues avec le même genre de berceau. 

L'appareil décrit par Catlin * et figuré par lui se compose d'une 
planchette, garnie de mousse, de peaux, sur laquelle l'enfant est 
allongé et solidement ficelé au moyen de lanières de cuir, de 
telle façon qu'il ne puisse exécuter des mouvements. La partie 
postérieure de la tête repose sur un coussin. A l'extrémité de la 
planchette, du côté de la tête, est fixée, au moyen de charnières 
en cuir, une seconde planchette étroite, garnie elle-même de 
lacs et qui se rabat sur le front de l'enfant. Au moyen des lacs 
passés dans des trous percés sur le bord du berceau, on fixe la 
planchette mobile, et chaque jour, en raccourcissant les lacs, on 
l'abaisse progressivement jusqu'à ce qu'à la longue elle vienne 
toucher le nez, formant ainsi une ligne droite du sommet de 
la tête au bout du nez. Duflot de Mofras décrit un appareil 
semblable à celui de Catlin en usage chez les Ouakichs. Il ajoute 
que « les pieds sont soutenus par un petit renflement situé à la 
u partie inférieure. Un demi cercle allant d'un côté à l'autre du 
(( berceau garantit l'enfant contre les accidents qui pourraient 
« résulter d'une chute. »* C'est là le berceau par excellence des 
Wallamet, une des tribus chinooks, mais il n'en est pas aussi 
souvent parlé dans les divers ouvrages, que de celui que nous 
allons décrire et dont l'usage parait plus général. 

Le second appareil ou berceau est une sorte de boîte creusée 
dans un morceau de tronc d'arbre léger et facile à travailler, du 
pin ou du cyprès. Ce berceau a le plus souvent la forme d'un 
petit canot. La cavité est juste assez grande pour contenir l'en- 
fant et tantôt le fond est plat sur toute son étendue, tantôt la 
partie qui doit recevoir la tête est un peu plus évidée, tantôt 
encore le fond est exhaussé au point où doit porter le cou de 
l'enfant (Macfie) '. Le tout garni de mousse ou de peaux, on y 

' Catlin Loc. cit. 
* Duflot de Mofras. 
Macfie, Loc. cit. — .Morton, Loc. cit. 



— 327 — 

place l'enfaat sur le front duquel on rabat une traverse ou un 
coussinet fixé sur un des côtés par une charnière, tandis qu'à 
l'autre bout se trouvent des liens qu'on passe dans des anneaux 
de cuir disposés sur l'autre bord du berceau. Comme avec la 
planchette mobile du premier appareil, on exercera avec la tra- 
verse une compression progressive sur le front de l'enfant pen- 
dant le temps nécessaire pour obtenir la déformation. 

Parfois, au lieu d'une planchette, d'un coussinet, on se sert 
« d'une pierre platte maintenue sur la tête de l'enfant en posi- 
« tion par un lien étroit d'écorce tressée » (Macfie) *. 

Voici d'ailleurs comment Pickering * nous fait connaître la 
position du petit captif : « Dans une de ces huttes, je fus témoin 
« du remarquable traitement auquel les enfants chinooks sont 
« soumis ; ils sont renfermés dans un réceptacle en bois, un 
« coussinet étroitement tendu sur le front et les yeux, de telle 
« sorte qu'il leur est également impossible de voir et de re- 
« muer; je remarquai encore que lorsque l'enfant est suspendu 
« suivant l'usage, sa tête est réellement plus basse que les 
« pieds. » 

La durée de la captivité du malheureux enfant a été diverse- 
ment évaluée ; Catlin a prétendu « qu'après cinq à huit se- 
« maines, les os de la tête étaient suffisamment formés de fa- 
« çon à garder la forme qui persiste toute la vie '. » Mais ce 
laps de temps est trop court, croyons-nous, pour obtenir une 
déformation du crâne aussi complète que celle que l'on observe 
sur certains crânes. D'autres ont assigné une durée plus longue, 
de quatre à huit mois (Townsend), de trois mois à un an (Ban- 
croft), un an suivant Dun, et, au dire d'autres voyageurs, 
Schoolcraft, Macfie, etc., les enfants seraient maintenus dans la 
position indiquée jusqu'à ce qu'ils soient capables de marcher. 

Cette dernière manière de voir nous parait plus exacte. Quel- 
ques semaines sont insuffisantes pour obtenir la déformation 

1 Macfie. — Loc. cit. 

* Ch. Pickering. — The races of man, 185t, London, in-12, p. 15. 

' Catlin. — Loc. cit. 



— 328 — 

telle qu'on l'observe sur certaines pièces. A l'âge de trois mois, 
la flexibilité des os du crâne est encore trop grande pour que la 
poussée du développement de l'encéphale ne vienne pas leur 
rendre une partie de leur forme normale. 

Les soins de propreté sont donnés à l'enfant sans le sortir de 
son berceau. On le débarrase de toutes les souillures sans enle- 
ver le coussinet ou la planchette qui compriment le crâne. De 
même pour lui donner le sein, la mère soulèvera le berceau, 
dégagera la figure de l'enfant qui est presque toujours abritée 
par une pièce mobile, mais ni la tête, ni les épaules ne seront 
débarrassées de moyens de contention. Il faut que l'enfant soit 
solidement maintenu dans son berceau pour pouvoir être placé 
dans les situations diverses auxquelles il sera soumis durant 
toute sa captivité. Que la mère aille travailler, elle porte 
le berceau sur les épaules au moyen d'une lanière qu'elle 
appuie sur le front ; la tril)u change-t elle de campement, la 
même lanière permet d'accrocher le berceau à l'arçon de 
la selle ; elle sert encore à suspendre l'enfant à une branche 
hors de portée des animaux dangereux pendant que la mère 
travaille à faire du bois, ou à une cheville fixée au piquet de la 
tente quand elle s'occupe à l'intérieur ou au voisinage aux 
travaux du ménage. 

La plupart des auteurs qui ont pu étudier de près ces Indiens 
n'ont pas établi de relevé concernant la mortalité des enfants 
pendant la première année et sur les causes de cette mortalité, 
pour savoir si la compression n'est pas suivie parfois d'acci- 
dents cérébraux qui puissent être regardés comme capables 
d'entrainer la mort des jeunes patients. 

La physionomie des malheureux enfants dont la tête est sou- 
mise à la compression a toujours excité la commisération de 
ceux qui les ont observés. 

« L'aspect de l'enfant, toutefois, pendant ce temps-là, est 
« all'reux (shoking) ; ses petits yeux noirs semblent sortir de 
« leurs orbites, la bouche révèle aussi les indices des convul- 



— 329 — 

« sions internes (Dunn)*. » Ross Cox est non moins précis 
sur l'application du procédé de compression et sur les résultats 
objectifs II montre l'enfant dont « les petits yeux noirs, poussés 
en dehors par la tension des bandages, ressemblent à ceux 
d'une souris étouffée dans un piège \ » Et Gibbs nous dit 
« qu'on suppose que la déformation provoque le strabisme dans 
quelques cas^ » 

Aussi, d'après ces observations, comprenons-nous difficile- 
ment que Catlin, ayant lui-même reconnu que ce procédé est 
très cruel, ait ajouté : « Bien que je doute qu'il provoque beau- 
« coup de douleur étant appliqué dès la première enfance, pen- 
ce dant que les os sont mous et cartilagineux et aisément com- 
« primés et changés de forme, etc. » 

Catlin s'est borné, croyons-nous, à une observation rapide et 
superficielle, il a constaté le fait, mais il n'a pas poussé son ob- 
servation jusqu'au bout. Il ne s'est pas rendu compte de l'action 
de la compression sur la boite crânienne et par répercussion 
sur son contenu. La compression du cerveau entraîne des consé- 
quences souvent très graves quand elle n'est que momentanée 
et très faible, que doit-il advenir quand elle est assez forte, 
progressive et imposée dès le début de la vie ? Il a été trouvé 
dans les sépultures du Pérou un grand nombre de jeunes sujets 
dont le crâne est déformé et qui ont très probablement succombé 
à la suite de lésions graves du cerveau, développées, facilitées 
parla compression. 

En France, où nous avons pu observer des enfants nouveaux- 
nés auxquels on appliquait des bandeaux et des serre-tête très 
serrés^ nous avons maintes fois entendu les malheureux enfants 
crier, gémir pendant que la mère inconsciente disposait avec le 
plus grand soin les pièces de la coiffure suivant la mode usitée. 

Jugeant les effets de la déformation par l'aspect des indigènes 
arrivés à l'adolescence ou à l'âge adulte, la plupart des voya- 

' John Dunn. — History of the Oregon Territory. 

' Ross Cox. 

• George Gibbs. — Loc. cit. , 



— 330 — 

geurs ont cependant regardé cette coutume comme n'étant pas 
plus dangereuse pour la vie que pour le développement de l'in- 
telligence. 

« Je ne puis établir positivement, ditSwan\ quel effet men- 
« tal produit cette compression du crâne, mais d'après ma pro- 
« pre expérience des enfants, ils ne paraissent pas être inférieurs 
« aux autres comme capacité pour acquérir des connaissances 
« ou dans leur besoin de s'instruire. Le plus grand nombre tou- 
« tefois de ceux qui paraissent faire des progrès sont ceux dont 
« les têtes ont la forme naturelle. Cela exigerait une observa- 
« tion étendue et suivie pendant une série d'années, montrant le 
« développement de ces enfants jusqu'à l'âge mûr, et notant les 
« diverses particularités d'un nombre choisi dans ce but, on 
« aurait quelques résultats tels qu'on pourrait formuler un ju- 
« gement sérieux sur cette question. » 

Les déformations artificielles du crâne, ainsi que nous l'avons 
indiqué au début de ce travail, étant fort diverses, on a cher- 
ché à établir une classification qui permette de les différencier. 
Se basant sur la forme acquise par le crâne. Gosse de Genève a 
désigné la déformation dos Cliinooks sous le nom de déforma- 
tion cunéiforme couchée ; pour Lunier, c'est la déformation 
fronto-occipitale. Ces deux dénominations indiquent bien une 
partie des caractéristiques les plus saillantes, mais elles négli- 
gent de signaler le fait le plus remarquable, l'élargissement du 
crâne. 

Jusqu'ici, l'étude des crânes déformés américains a seule été 
faite et celle du cerveau a été négligée. Elle présente cependant 
un fort grand intérêt. Que devient le contenu quand le conte- 
nant est si remarquablement modifié dans sa forme? 

Il résulte des recherches faites jusqu'à ce jour sur des cer- 
veaux et des crânes déformés d'Européens que la déformation 
du cerveau est corrélative de celle de la boîte crânienne. Il 
en sera nécessairement de même pour les Indiens déformés, 
mais il y aurait grand intérêt à savoir exactement ce que de- 

* SwAN. — Loc. cit. 



— 331 — 

vient la topographie du cerveau, avec des déformations si exa- 
gérées. 

Le volume de l'encéphale ne parait pas devoir être beaucoup 
diminué. De nombreux cubages de crânes provenant de tribus 
fort diverses donnent des résultats qui montrent que les indivi- 
dus déformés ne le cèdent en rien à ceux qui ne le sont pas. 

Pour les crAnes non déformés des deux sexes, nous trouvons 
des capacités crâniennes variant de 1460 à 1200, et parmi les 
crânes déformés certains atteignent une capacité de 1670, 1600 
jusqu'à 1150 ce. comme minimum. En tenant compte des varia- 
tions sexuelles et de l'âge, on voit que la déformation est loin de 
modifier le volume. Y a-t-il là un phénomène pathologique ? 
cela ne saurait étonner, mais jusqu'ici on n'en a pas fait la 
preuve. 

L'examen des crânes permet de constater que l'ossification 
est plus active dans les parties qui ne sont pas comprimées que 
dans les autres. Sur 18 crânes déformés de tribus diverses, 10 
présentent un épaississement relatif des régions pariétales supé- 
rieures, tandis que la région frontale est très amincie, presque 
transparente. L'un de ces crânes est celui d'un individu jeune 
qui n'avait pas encore mis sa deuxième grosse molaire perma- 
nente et dont la capacité crânienne est de 1625 ce, les angles 
bregmatiques des pariétaux sont très amincis, sur toute la sur- 
face du frontal très peu épais, on voit les digitations correspon- 
dant aux circonvolutions cérébrales et des dépressions très pro- 
fondes indiquent la disposition du réseau artériel. 

On a dit que l'âge permettait au crâne de reprendre en par- 
tie sa forme normale. Si la compression n'est pas trop prolon- 
gée et que l'engrènement des sutures ne soit pas complet, il 
peut se produire une légère atténuation produite par la poussée 
du développement du cerveau, mais si on attend que l'enfant 
soit en état de marcher, c'est-à-dire de 12 à 15 ou 18 mois 
avant de le sortir de son berceau, il nous parait peu probable 
que la déformation soit atténuée. 

Quoi qu'il en soit, la question reste ouverte encore jusqu'à ce 



— 332 — 

qu'on ait pu étudier la topographie et la pathologie cérébrale 
dans les tribus déformées. 

En terminant nous croyons devoir donner notre manière de 
voir sur la question de l'hérédité des déformations ethniques. 

Nous avons déjà eu l'occasion de juger cette question avec 
l'aide des faits. La déformation artificielle du crâne, quelle que 
soit la méthode qui sert à la produire et la forme obtenue, est 
une simple mutilation ethnique comme le tatouage, la dilatation 
du lobule auriculaire chez les Botocudos, ou des lèvres des Kol- 
loches et des mêmes Botocudos, la circoncision, la déformation 
du pied chez les Chinoises et bien d'autres mutilations. 

D'ailleurs la question de l'hérédité se juge par des faits pré- 
cis et suffisamment nombreux, croyons-nous. En Amérique et 
plus particulièrement au Pérou, en Bolivie, au Mexique et dans 
d'autres régions du continent américain, nous trouvons des 
populations nonibreuses qui descendent de celles dont on a 
retrouvé les crânes déformés dans les sépultures. Les popula- 
tions modernes, non altérées par des croisements avec des blancs 
ou des nègres, ne présentent pas la moindre trace de déforma- 
tion semblable à celle des crânes anciens. Si le type déformé de 
la nécropole d'Ancon au Pérou, celui de Sacrificios au Mexique 
n'existent plus, ils n'ont pas survécu à leurs derniers représen- 
tants. 

Cela n'a rien d'étonnant. Les procédés employés pour obtenir 
la déformation artificielle ayant été abandonnés. 

Nous avons toujours rejeté l'hérédité des déformations artifi- 
cielles du crâne, ayant fait de nombreuses observations à ce 
sujet et nous en avons publié un certain nombre'. Nous con- 
naissons un très grand nombre de familles dans le midi de la 
France dont les ascendants aujourd'hui disparus ou encore vi- 
vants sont nettement déformés (déformation toulousaine), et 
dont les enfants ne reproduisent plus la même forme crâ- 

' F. DEList.E. — Contribution à l'étude des Déformations artificielles du crAne. 
Thèse de Doctorat, Paris, 1880. 



— 333 — 

iiienne. Comme en Amérique, l'usage des appareils de conten- 
tion a été abandonné et la déformation a disparu. Si on re- 
trouve de ci de \k quelques personnes jeunes qui soient défor- 
mées, c'est que certaines familles ont conservé l'usage du 
bandeau et du serre-tête au moyen desquels on obtient la 
déformation, l'allongement de la tête*. 

Mais la transmission par l'hérédité de la déformation artifi- 
cielle est encore contredite par les fouilles pratiquées tant au 
Pérou qu'au Mexique ou ailleurs. Déjà, à l'époque où cette cou- 
tume existait, nombre d'individus, pour des raisons qu'il n'est 
pas possible de déterminer d'une manière certaine, n'étaient pas 
soumis à l'action déformante, et, dans les nécropoles, on trouve 
à côté de nombreux crânes déformés des crânes qui ne le sont 
pas et dont les proportions, les caractères sont les mômes que 
ceux des populations de race pure à l'heure actuelle. Il est pro- 
bable qu'au Pérou, comme chez les Indiens de la Côte nord- 
ouest, l'interdiction de la déformation ou l'obligation de telle ou 
telle variété de déformation établissait le degré, la catégorie 
sociale à laquelle on appartenait. 

Que l'on invoque l'influence héréditaire quand il s'agit de dé- 
formations spontanées congénitales, tenant à l'évolution même 
de l'individu, que ce soit de l'hérédité plus ou moins immédiate 
ou même de l'atavisme, très bien, mais pour les déformations 
artificielles, nous croyons qu'il n'y a pas lieu de les regarder 
comme transmissibles par voie d'hérédité à quelque degré que 
ce soit. 

Nous croyons que cette manière de voir est celle de tous 
ceux qui ont analysé les faits et ne se sont pas laissé séduire par 
des hypothèses. Les déformations artificielles en France sont un 
exemple. Dans vingt-cinq ans, un sujet défonné par l'applica- 
tion du serre-tête et du bandeau sera une rareté, aussi bien dans 
la Normandie et le Limousin que dans le Languedoc. 

• F. Delisle. — Sur les déformations artificielles du crâne dans les Deux- 
Sèvres et la Haute-Garonne. Bull. Soc. d'Anthrop. de Paris, 4889, p. 649 et suiv. 

/ 



-- 334 — 

Si nous avons abordé cette question de l'hérédité, c'est à 
cause des divergences d'opinion qui se manifestent encore. Le 
D"" J.-H. Porter dans Tarticle Notes on the Artificial déformation 
of children [Report of national Muséum de 1887), admet encore, 
comme le faisait Catlin, la transmission héréditaire; bien plus 
pour donner à sa thèse une base plus solide, il va demander à 
lanatomie comparée et au transformisme un moyen de compa- 
raison. Ni Fanatomie comparée, ni le transformisme n'ont rien 
à voir dans cette question, pas plus que la sélection ou la 
consanguinité. D'ailleurs la description même de la déformation 
implique qu'elle ne sera pas héréditaire, elle est artificielle, 
donc factice, transitoire, individuelle. L. A. Gosse * avait soutenu 
la môme manière de voir qui fut vivement combattue, dès 1861, 
à la Société d'anthropologie de Paris par divers de ses collègues. 
La nature se charge depuis longtemps de la réponse. Elle a 
ramené la descendance des individus déformés au type primitif, 
dès la première génération, sans espoir de retour. 



' L. A. Gosse. — Essai sur les déformations artificielles du cr.ine, in Annales 
d'hygiène. Paris, 18S.5 et tirage à part. 

L. Ll'nier. — Article, Déformations artiticiclles du crâne, in Nouveau Diction- 
naire de médecine et de chirurgie ])ratiques, ï. X, Paris, 1872. 

Bulletin de la Société d'Antropologie de Paris 1861. 



LES GLIFF-DWELLERS DE LA SIERRA MADRE 

Par le D' HAMY 

Aucune des personnes, qui suivent avec quelque intérêt les 
explorations des Américains du Nord, n'a oublié l'impression 
profonde produite dans le monde scientifique par les étranges 
découvertes du Survey des territoires au cours des deux campa- 
gnes de 1874 et de 1875. MM. Williams H. Jackson, W. H. 
Holmes et leurs collaborateurs avaient trouvé dans le S.-O. du 
Colorado, le S.-E. de l'Utah et la Réserve des Navajos, le long 
du Rio de S. Juan et de ses affluents, Rio de Chelly, La Plata, 
R. Mancos, Me Elmo, Montezuma, Epsom ; puis plus au N.-E. 
dans la vallée du Rio Dolores \ des ruines solitaires ou groupées 
en de véritables bourgades plus ou moins étendues et occupant 
dans les vallées des situations tout à fait extraordinaires. 

Les terrains, au milieu desquels les eaux profondément en- 
caissées du S. Juan et de ses affluents se sont jadis creusé leur 
lit, présentent souvent, à de grandes altitudes, des couches rela- 
tivement friables, au-dessus desquelles plafonnent en quelques 
sorte d'autres couches beaucoup plus résistantes. Ce sont ces 
zones tendres que les anciens habitants de la contrée ont atta- 
quées, creusant des anfractuosités plus ou moins profondes, plus 
ou moins irrégulières, dont ils muraient l'extérieur, laissant 
seulement des entrées resserrées et çà et là quelques petites fe- 

• Cf. Preliminary Map of Soutlmestern Colorado and parts of the adjacent 
TerritorieSf showing the location of ancient Ruins [Bull, of th. U. S. Geolog. 
andGeogr. Siirv, ofjihe Territones, vol. II, no 1. Washington, 4876).— Map. of 
the Région occupied by the ancient Rimis in Southern Colorado, Utah and Nor- 
thern New Mexico and Arizona, etc. {Tenth Annual Report ofthe U. S. Geolog. 
and Geogr. Surv. of the Territories, pi . LXXIV), Washington, 1878. 



- 336 — 

nêtres. Dans certains canons, ces cavités murées se continuent 
pendant des milles, montrant au milieu des falaises leurs façades 
inaccessibles. 

Ce curieux ensemble se compliquait encore d'ouvrages forti- 
fiés, tours de pierre avec enceintes ou petits fortins carrés cou- 
vrant les échancrures supérieures, par lesquelles on aurait pu 
gagner les étroites terrasses des villages. 

Pas la moindre tradition, d'ailleurs, dans les régions avoisi- 
nantes, qui se rapportât à ces singulières constructions ! Pas un 
nom de tribu, de peuple, de race qu'on pût attribuer à leurs au- 
teurs. MM. Jackson et Holmes, tenant compte d'un habitat si 
caractéristique, les appelèrent Cliff-dwellers , Cliff-huilders 
{Gli/fi falaise) et leurs habitations prirent sur les cartes du Sur- 
vey les noms de Cliff-mllages, Cliff-dwellings. 

En dehors des ouvrages de maçonnerie, curieusement atta- 
chés à la roche à l'aide d'une sorte de mortier apporté de très 
loin comme la pierre elle-même qui compose les murs, les Cliff- 
dwellers n'ont laissé d'autres traces que les échelons superposés, 
taillés dans la falaise pour gagner leur refuge à l'aide d'une 
ascension souvent très difficile ; des figures plus ou moins gros- 
sières gravées ou peintes sur les rochers ; enfin un petit nombre 
d'armes, d'ornements ou d'ustensiles ; têtes de flèche en chert, 
haches ou marteaux de pierre polie avec ou sans gorge, amu- 
lettes en coquille, en pierre dure ou en os, fragments de spar- 
terie grossières, vases de terre, enfin, moulés par impression dans 
des récipients en vannerie... 

Point de date, même approximative, qui puisse nous fixer sur 
l'âge relatif des Cliff-dwellers ou le moment de leur disparition; 
seulement, cette impression générale (dont M. Holmes en parti- 
culier se fait l'écho) que tout cela a l'air moins vieux que les 
autres restes rencontrés au fond des vallées ou dans les cavernes 
du voisinage. L'aspect des Cliffs est beaucoup plus moderne 
pour le savant archéologue et l'ensemble appartiendrait plutôt à 
la fin qu'au commencement d'une longue phase d'habitat, ren- 
trant d'ailleurs tout entière dans une période caractérisée par 
l'ignorance absolue des métaux. 



— 337 — 

Quelques années se passent, de nouvelles tentatives se pour- 
suivent à travers les territoires, sans que rien de bien important 
vienne s'ajouter à ce que nous ont appris MM. Holmes et Jackson. 
Le modernisme relatif des Cliffs s'accentue toutefois, grâce en 
particulier aux documents un peu vagues recueillis par M. Alph. 
Pinart. On commence en même temps à soupçonner que, 
comme les constructeurs des ouvrages en terre de la vallée 
du Mississipi, si connus sous le nom de Moiind-biiilders , les gens 
des falaises ont dû reculer devant les invasions des barbares 
nomades. Dakotas, Pawnies, Navajos, Apaches ou autres, et 
l'espoir de les retrouver au sud dans les régions inexplorées 
des Sierras mexicaines, commence à se manifester... C'est sous 
cet aspect provisoire que j'avais présenté la question des Cliffs 
aux auditeurs du cours du Muséum en 1886 et je suis particu- 
lièrement heureux de constater qu'elle vient d'être résolue dans 
le sens que j'avais ainsi indiqué. 

Les journaux américains de juin 1889 nous ont apporté en 
effet la nouvelle que le lieutenant Schwatka, l'heureux explora- 
teur de la haute vallée du Yukon, venait de découvrir en grand 
nombre, dans les montagnes du sud- ouest de l'Etat de Chihua- 
hua, des Cliff-dwellers vivants dont les caractères reproduisent, 
jusque dans leurs moindres détails, ceux que révèle l'examen 
des Cliffs abandonnés du Colorado *. 

* Je dois rappeler en passant que M. Pinart peut avoir vu quelque chose 
d'assez analogue au commencement de 1879 sur le rio de Cucurpe. Je transcris 
ici la relation, malheureusement très ccourtée, qu'il adonnée de cette découverte, 
tt Le 20 janvier (1879), dit le voyageur, nous nous dirigeons sur Cucurpe. Avant 
d'arriver à ce point, nous avons à franchir un coÂon très étroit. La rivière s'est 
ici frayé un chemin à travers la inesa formée d'un grès rouge très tendre et don- 
nant mille formes bizarres aux falaises de ces deux rives. Ce qu'il y a surtout 
d'intéressant, c'est que ces falaises sont coupées par un grand nombre de cavernes 
dont plusieurs sont encore habitées par les Jndiens. Dans l'une d'entre elles, en 
particulier, ils ont élevé sur le rebord extérieur de l'abri une muraille en 
pierres sèches ne laissant qu'une ouverture irrégulière pour entrée ». A voir ces 
habitations, ajoute M. Pinart, on se croirait parmi les anciens habitants des Cliff- 
houscs du Colorado (A. Pinart, Voyage en Sonora (Buli.Soe. de Géogr.,(i« séi., 
t. XX, p. 214-215, sept. 1880). 

22 



- 3â8 - 

Ces pauvres gens, très timides, comme pouvait le faire suppo- 
ser leur genre d'habitat, s'étaient montrés fort effrayés à l'aspect 
des Blancs armés. On avait pu cependant les approcher, notam- 
ijient à la Barranca del Cobre, et constater qu'ils sont plutôt 
grands, minces, bien faits et ont la peau d'un rouge noirâtre, 
plus voisin de la teinte du nègre que de celle de l'Indien cuivré 
des Etats-Unis. 

M. Schwatka a fourni quelques détails tout à fait pittoresques 
sur leur ethnographie. J'emprunte notamment à l'une de ses 
lettres cette constatation curieuse, que c'est à l'aide de bâtons en- 
taillés, sorte d'échelles volantes, longues de 15 à 20 pieds, que 
les agiles sauvages gagnent d'abord la falaise, pour monter en- 
suite jusqu'à leurs demeures aériennes, en introduisant mains 
et pieds dans des trous méthodiquement creusés. Les bâtons 
entaillés une fois enlevés, il n'est plus possible d'atteindre au 
milieu des éboulis les échancrures de la roche et c'est ainsi que 
certains villages des falaises des territoires sont encore aujour- 
d'hui réputés inaccessibles... 

Les Cliff-dwellers de M. Schwatka pratiqueraient le culte du 
soleil ; entre autres formes spéciales de cette dévotion, le voyageur 
mentionne le singulier usage d'exposer aux ardeurs de l'astre les 
enfants nouveaux-nés pendant le premier jour de leur vie 

La découverte de M. Schwatka a très vivement intéressé le 
public américain. On a parlé aussitôt de tous côtés d'expéditions 
à organiser pour la poursuivre et pour la compléter. Je ne sais 
quelles oirconstances ont momentanément paralysé la bonne 
volonté générale. 

En septembre dernier seulement une lettre m'informait qu'une 
mission était en route pour les barrancas de la Sierra Madré ; 
mais ce n'était pas M. Schwatka qui était à sa tête. 

On avait confié la direction de l'entreprise à un jeune et intré- 
pide ethnographe norvégien, M Ltlmholtz, de Christiania, bien 
connu de nous tous pour ses beaux travaux sur l'Australie du 
Nord et son active participation à l'Exposition universelle de 
l'année dernière. 



— 339 — 

M. Lûmholtz emmène avec lui dix-sept Blancs parmi lesquels 
figurent des naturalistes des diverses spécialités et un archéolo- 
gue. Il est plein de confiance dans le succès de sa mission. Tout 
fait espérer, en effet, que conduite par un homme à la fois intré- 
pide et calme, disposant des moyens d'action les plus étendus 
et les plus variés, l'expédition de M. Lûmholtz rapportera de la 
Sierra Madré une étude aussi complète que possible de ces sin- 
guliers habitants, seuls survivants d'un état social particulière- 
ment intéressant à connaître pour l'histoire générale de l'huma- 
nité. 



ANOMALIES 
ET MUTILATIONS DENTAIRES DES TARASQUES 

Par le D' N. LEON 

Le Comité de publication ne peut reproduire ici qu'un résumé 
des Anomalies et mutilations ethniques du système dentaire chez 
les Taj'osques précolombiens, par le D"" N. Léon, textes espagnol 
et français. Morelia, 1890 ; car cet ouvrage, bien qu'écrit à l'in- 
tention du Congrès, a été imprimé avant son ouverture. 

Ce sont diverses remarques faites par le D"" N. Léon sur des 
crânes tarasques précolombiens de l'Etat de Michoacan. Les ca- 
nines y sont remplacées par une dent présentant tous les carac- 
tères de petites molaires ; dans aucun cas, il n'a trouvé de 
dents de sagesse. On observe chez l'Indien de race pure, de nos 
jours, des anomalies dans la dentition et le maxillaire inférieur 
(beaucoup plus étroit que celui des Européens) seniblables à 
celles des crânes précolombiens. Il y a en outre absence de 
poils sur les points d'union du tronc et des membres. La barbe, 



~ 340 — 

ou manque complètement, ou est rudimentaire. Il y a corréla- 
tion entre ces diverses anomalies : l'absence de poils sous les 
aisselles, au pubis, sur le menton et le corps de l'Indien Taras- 
que actuel de race pure explique l'absence de dents de sagesse. 
Le D"" Léon rend justice au D"" E. T. Hamy qui, le premier, s'est 
occupé des mutilations de crânes mexicains. Au Michoacan, le 
D"" F. Plancarte a trouvé un crâne de ce genre. Les incisives su- 
périeures et inférieures, ainsi que les petites molaires, rempla- 
cent les canines, comme dans tous les crânes tarasques pré- 
colombiens, et présentent en outre une rainure ou encoche 
longitudinale sur leur bord libre, rappelant une queue d'hi- 
rondelle. 

M. Léon a trouvé aussi au Michoacan plusieurs crânes dé- 
primés artificiellement. Un vieil ouvrage, la Relacion de Me- 
chuacan, relate qu'on ne considérait pas comme braves les 
hommes à tête ronde et que pour cela on aplatissait la tête des 
seigneurs en forme de galette. 



DÉFORMATIONS DENTAIRES ARTIFICIELLES CHEZ 
LES INDIENS DE L'ISTHME DE PANAMA 

Par m. a. L. PINART. 

L'auteur cite la mutilation des canines en forme de scie qu'il 
a constatée chez les Guaymies en particulier et les Indiens de 
l'isthme en général. Il a aussi noté chez les jeunes femmes 
l'absence de la canine supérieure de gauche. Au moment de 
la première menstruation et durant les fêtes données à ce su- 
jet, on brise cette dent pour prouver la nubilité de la jeune 
fille. 



COLLECTION DE PORTRAITS D'INDIGENES DU BRÉSIL. 

Par le D' P. EHRENREICH. 

J'ai l'honneur de vous présenter une collection de types d'in- 
digènes du Brésil faite pendant mes voyages dans l'intérieur 
de ce pays en 1884/85 et 1887/89. 

Malheureusement ces types photographiques ne sont pas tous 
parfaits. Toute personne ayant fait de la photog-raphie en voyage 
sait quelles difficultés surgissent dans les pays chauds et hu- 
mides des tropiques. Mais nous possédons si peu de vues anthro- 
pologiques de tribus sauvages de l'Amérique du Sud que même 
une collection comme celle-ci, malgré ses imperfections, peut 
offrir quelque intérêt pour ceux qui s'occupent de l'étude de ces 
nations ; car peut-être dans une génération n'existeront-elles plus. 

I. — Botociidos {Voyage 1884-1885). 

La première série concerne les fameux Botocudos habitant 
les forêts vierges d'Espirito Santo et Minas Geraes. 

Les numéros 1-7 représentent des Botocudos formés en vil- 
lages par le gouvernement. Leur progrès dans la civilisation est 
très peu remarquable. 

8. Une hutte de feuilles de palmiers, l'habitation la plus primi- 
tive que l'on puisse s'imaginer, l'unique abri des Botocudos 
sauvages. 

9-13. Pancas. 

Ceux-ci sont représentés par quelques individus des Nep-nep 

ou Nak-nep du rio das Pancas visités aussi par l'ingénieur an- 
glais Steains. 



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13. Danse des Nep-nep : ce sont peut être les premières pho- 
tographies qui montrent les Botocudos dans leur état naturel. 

Un intérêt historique ressort des portraits suivants dont les 
peintures originales se trouvent dans la célèbre collection de 
Blumenbach à Gôttingen. 

14. Un ancien Aimore du XVIP siècle. 

15. Le portrait du Botocudo nommé Quàch qui suivit comme 
domestique le prince Maximilian de Neuwied et mourut plus tard 
à Bonn. 

II. — Expédition aux sources du rio Xingu (1887). 

Je vais donner quelques détails sur la deuxièpie expédition 
allemande aux sources du rio Xingu, dont j'ai fait partie comme 
compagnon de M. le D' von den Steinen. La plupart des Indiens 
du haut Xingu appartiennent aux quatre groupes principaux que 
pous pouvons maintenant diviser ainsi : 

Les indigènes du Brésil, 

Les Caraïbes, les Nu-Aroak, les Tupis et les Ges. 

Les derniers sont représentés dans cette partie intérieure par 
la tribu des Suya, que nous n'avons pas rencontrée cette fois. Ils 
sont décrits parfaitement par le D"" von den Steinen dans son ou- 
vrage sur la première expédition de 1884. Il y a une autre tribu, 
les Trumai, dont nous ne possédons pas de types photographi- 
ques. Ils forment un groupe tout à fait isolé ; leur langue et leur 
conformation physique les sépare très distinctement de toutes les 
autres peuplades de cette région. 

Les Caraïbes du haut Xingu se divisent en Bakairi et en Na- 
huqua. Les premiers offrent un plus grand intérêt scientifique 
que tous les autres. Les Bakairi ont le type le plus original 
et primitif de tout le groupe caraïbe. Leur langue peut être 
considérée comme la clef des langues caraïbes de la Guyane. 
Les observations de M. von den Steinen ne laissent aucun doute 
que le centre de l'Amérique du Sud est le berceau de la grande 
famille caraïbe. 



— 343 — 

16-21, Le type le plus fréquent des Bakairi est représenté sur 
les gravures. Leur teint est jaunâtre, leurs cheveux sont un peu 
plus fins ; ils ont le nez recourbé dans la partie inférieure et le 
menton fuyant. 

Il n'y a aucune ressemblance avec le type mongol mais plutôt 
avec le type juif (vide 22-23). 

L'indice de la céphalique indique de la méso-etbrachycéphalie. 

La taille est d'une hauteur moyenne, les membres grêles et 
bien proportionnés. Les femmes, beaucoup plus petites que les 
hommes, offrent quelquefois des traits très bien formés se rap- 
prochant de ceux de la race caucasique. 

24 30. Autres types Bakairi. 

31-35. Les Nahuqua, la nation caraïbe la plus nombreuse du 
haut Xingu, habitent principalement les bords du grand tribu-^ 
taire de l'est, le Kuluene, dont nous connaissons seulement l'em- 
bouchure. Sur le Kuliseu, affluent du Kuluene, que nous avons 
visité, il y a seulement un village de ce peuple. Le type des 
Nahuqua, quoique ce soient aussi des Caraïbes, est tout à fait 
différent de celui des Bakairi. 

Ils sont plus grands et plus forts. Ils ont la tête grosse, la face 
presque rectangulaire, l'angle mandibulaire très proéminent, le 
menton bien saillant, les yeux petits et peu obliques, le nez court 
et retroussé. 

36-42. Les Mehinacu appartiennent à la famille Nu^Aroak, 
comme les Custenau, Vaura et Yaulapiti, dont nous ne possédons 
pas de portraits. 

Leur tête est grosse et arrondie, leurs yeux sont petits et très- 
éloignés l'un de l'autre ; leur nez est court, peu courbé, leur 
front bas, leur prognathie mandibulaire est distincte, mais pas en 
haut degré. Ils sont peut-être la tribu la plus avancée de toutes. 

44-48. Les Auetô ou Aueti et les Camayura sont des nations 
tupis. Mais le langage des premiers est déjà si différent de la 
langue tupi gerale qu'ils ne peuvent être considérés comme 
tupis qu'avec quelque réserve. Les Camayura, au contraire, par- 
lent encore la langue tupi, tout à fait pure telle qu'elle était 



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parlée il y a trois cents ans chez les Tupis du littoral. Parmi ces 
deux nations on ne peut distinguer de type spécial prévalant. 

45, Le portrait d'un Aueto, le seul conservé, offre beaucoup 
de ressemblance avec le type des Nahuqua. 

Parmi les Camayura on voit des figures presque européennes, 
mais il y en a aussi d'autres, principalement chez les femmes, qui 
ont un air de race inférieure. Voici une femme au menton pres- 
que pithécoïde comme la célèbre mandibule de la Naulette. 

49-67. La série suivante donne une idée de la manière de 
vivre de ces hommes primitifs. 

C'est à l'âge de pierre que nous les trouvons. Leur état pré- 
colombien est prouvé par l'absence absolue d'animaux et de 
plantes introduites depuis la découverte du Nouveau-Monde. Ils 
ne connaissent ni le poulet, ni le chien, ni le chat domestique. 
Leurs plantes cultivées se bornent au maïs, au manioc, au coton- 
nier et au tabac. Ils ne connaissent encore ni la banane, ni 
l'oranger, ni les haricots. 

49-50. Ces tableaux représentent leurs haches de pierre, 
leurs petites chaises genre traineau, sous formes d'oiseaux ou de 
quadrupèdes. Elles sont travaillées admirablement d'un seul 
morceau de bois. 

51-53. Leur poterie est très bien développée et dénote un 
sens artistique merveilleux. Les petits pots portent tous des 
formes d'animaux. 

54. Masques. 

Les tableaux suivants montrent quelques spécimens de leurs 
vêtements de danse ainsi que de leurs masques. Chaque masque 
signifie un animal ; les ornements sur les joues des masques en 
bois indiquent une certaine notion de l'animal représenté. C'est 
des masques de tribus Nu-Aroak que les Nahuqua les ont em- 
pruntés à l'origine. Les masques originaux des tribus Caraïbes 
sont les dominos et capuchons faits de feuilles de palmier 
bonti avec les emblèmes des animaux au sommet de la tête. Ces 
vêtements sont presque les mêmes que ceux décrits par le D"" 
Crevaux chez les tribus Caraïbes des Roucouyennes de la Guyane. 



— 345 — 

Les Auetô, Camayura et ïrumai ont des masques plats faits 
d'un tissu étroit de fibres, les yeux et le nez coulés en cire. 

Le tableau 57 montre un jeune Bakairi avec son vêtement de 
danse complet. 

58. Autre masque très intéressant des Nahuqua. 

Enfin il y a quelques tableaux représentant la vie dans les vil- 
lages : 

59. Groupe d'une famille Bakairi. 

60. Hommes rôtissant des poissons dans notre campement en 
se servant de grils en forme de pyramide. 

61. Bakairi recueillant des perles. 

62. Grande cabane de Bakairi. 

63. Hutte de danse et de fêtes dont l'entrée est interdite aux 
femmes. Elle sert aussi d'auberge aux étrangers. Elle est située 
généralement au milieu de la grand' place du village. 

On voit aussi les grandes cages de bois destinées à garder de 
grands oiseaux de proie, spécialement l'aigle magnifique Har- 
pya destructor dont chaque village possède quelques spéci- 
mens. 

66. Intérieur d'une hutte de Camayura. On voit les Indiens 
dans leurs hamacs, leurs grands pots, le vêtement primitif des 
femmes, consistant seulement en un petit triangle d'une feuille sè- 
che de maïs. Le mari étend son hamac au-dessus de celui de sa 
femme. 

67. Groupe de Camayura revenant de se baigner dans un lac. 

68. Campement sur le fleuve. 

69. Séance linguistique. 



II. — Voyage an Sao Lotir enço (1888). 

La série suivante donne des types Bororo que nous avons 
étudiés dans la colonie militaire du Sao Lourenco. 

Cette grande nation sauvage habite la partie méridionale et le 
sqd-est de la province Matto-Grosso et s'étend en Goyaz jusqu'aux 



— 846 — 

affluents du Parana, rio Verde et rio Turvo. Ceux du Sao Lou- 
reiizo ne sont soumis que depuis quelques années. C'est une 
tribu plus barbare que les nations du haut Xingu, vivant de 
chasse et de pêche, sans aucune agriculture, à l'état nomade. 
Leurs cases sont pour cela très primitives ; mais ils montrent une 
grande perfection artistique dans la fabrication de leurs armes 
et de leurs ornements. Ils offrent un grand intérêt anthropolo- 
gique parce qu'ils sont peut-être les Indiens de la taille la plus 
haute qu'on rencontre dans l'Amérique du Sud. Elle atteint sou- 
vent 1 mètre 90 cm., le plus grand mesuré avait 1 m. 94 cm. de 
haut. 

70-77. Passons aux types d'hommes. La tête est grosse, les 
yeux petits, un peu fendus, ils ont de grandes proéminences su- 
praorbitales ; leur bouche est grande, leur nez proéminent. Les 
jeunes garçons offrent souvent des types très agréables. 

78. Le chef des Bororo porte une triple couronne de plumes et 
un bonnet orné de mosaïques en plumes ; sur la poitrine il porte 
des dents soit de tigre, soit de dasypus gigas (le grand arma- 
diUe). 

79-80. Des Bororo ornés pour une fête de gala. 

Le corps entier et aussi les cheveux sont peints en rouge 
d'urucu. Les bras sont couverts de plumes de perroquets. 

81-86. Quant aux femmes et aux jeunes filles, elles ne sont 
vêtues que d'une ceinture large, noire, faite d'une espèce 
d'écorce, et se parent de dents de singe. 

90. Village de Bororo. 

91t^92. Des hommes retournant de la chasse. 

93-94. Deux scènes de cérémonies d'un enterrement. Après 
la mort, on prépare dans la forêt le squelette, et, quatorze jours 
après, on enterre lé corps dans une corbeille richement ornée 
de plumes. Le crâne est couvert de petites plumes rouges 
d'arara, les os sont teints en rouge d'urucu. Les cérémonies et 
les danses durent alors trois jours. 

95-100. Les portraits suivants sont pris par occasion les uns à 
Buenps-Ayrps, des Indiens du Chaco, 2 Mataco et un ïoba, les 



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autres des Pareci pris à Cuyaba. Le président de Matto-Grosso 
les avait fait venir pour les faire examiner par nous. C'etjt uue 
nation Nu-Aroak qui conserve encore des traditionsi sur ses 
migrations du nord au sud, 

IV. T- Voyage de Ooyaz à Para (1888). 

La série suivante est faite pendant mon voyage sur le rio Ara- 
guaya et Tocantins à Para 1888, dans lequel j'ai fait une grande 
partie de la route suivie par la célèbre expédition de Qastelnau. 

Les nations les plus importantes de ces régions sont les Cara- 
ya et les Cayapo. Ils sont divisés en trois grandes tribus : 

1° Les pacifiques Carayahi dans la partie supérieure du fleuve ; 

2° Les Yavahè encore indépendants et pas encore visités ; 

3" Les Chambioa indépsudants et belliqueux dans la partie 
moyeune. , 

Je n'ai pu examiner que les premiers dans leur état naturel et 
faire une collection à peu près complète de leurs industries. C'est 
un peuple tout-à-fait singulier dont la langue ne se peut compa- 
rer à aucune autre. Le type anthropologique est très uniforme. 
Leur crâne montre une hypsidolichocéphalie très accentuée. 

101-107. Puis viennent des hommes avec leurs armes et orne- 
ments nationaux. Sur la lèvre inférieure perforée, ils portent un 
ornement, une cheville de bois ou de pierre. Un cercle tatoué 
sur la joue est l'insigne national. Les hommes se serrent le pré- 
puce avec un fil de coton. 

108-1 12. Le vêtement des femmes est une espèce d'écharpe de 
la petite écorce de l'arbre apciba ou jangadeira. 

Pendant la saison sèche, ils demeurent dans les îles sablonneu- 
ses de la rivière. 

Le n° 1 13 représente un de leurs campements. 

Le n" 114 nous montre un grand village des Chambioa con- 
tenant quatre-vingt cases. 

Le n" 115 est la case d'un chef des Chambioa. 

Le n" 116 est la photographie d'un village devant lequel les 
indiens sont assemblés pour recevoir la visite d'étrangers. 



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Les Cayapo sont peut-être la nation la plus grande et la plus 
belliqueuse de toutes. Le gros de cette tribu habite mafntenant 
les régions inconnues situées entre l'Araguaya et le Xingu. Ils 
appartiennent à la grande famille des Gès très rapprochés en 
tout des Apinages Caraho et Akué du Xingu. Aucun voyageur ne 
les a visités jusqu'à présent ; nous connaissons seulement les 
Cayapo civilisés du sud. 

Le n° 117 représente un chef de Chambioa né Cayapo, enlevé 
comme enfant par des Caraja hostiles de son village. 

118-120. Types de Cayapo demi-civilisés vivant à Leopoldina. 
Leur formation crânienne est différente de celle des Caraja, 
leurs ennemis. Ils sont des chamae brachycéphales en très haut 
degré. 

Aussi peu connue que les Cayapo est la grande nation des 
Akuè ou Chavantes habitant les bords du rio das Mortes ap- 
partenant aussi à la famille des Ges, de taille élevée, couleur 
clair et type presque européen. 

Le no 121 indique une femme ('bavante civilisée. 

121-124. Les Apiaca sont une tribu de la rive gauche du To- 
cantins au-dessous des dernières chûtes de lltaboca. C'est une 
nation très intéressante, car ce sont de véritables Caraïbes. Leur 
langue et leur type physique sont très rapprochés de ceux des 
Bakairi. Ils ont émigré du centre, poursuivis par les Suya depuis 
environ 30 ans. C'est un fait qui donne beaucoup de vraisem- 
blance à l'hypothèse de MM. Lucien Adam et von den Steinen 
que le berceau des nations caraïbes doit être cherché au centre 
du Brésil. 



V. — Voyage sur le Rio Purtis (1889). 

La dernière série donne des types de quelques peuplades du 
rio Punis, un des plus importants tributaires de TAmazonas ex- 
ploré il y a 25 ans par le voyageur anglais Chandless et main- 
tenant le centre de l'exploitation du caoutchouc. Malgré cela on 



^ 349 — 

avait très peu de données sur l'ethnographie de cet immense 
territoire. 

Toutes les tribus du Purus font partie de la famille Nu-Aroak 
et se rapprochent beaucoup sous bien des rapports des peuples 
Aroak de la Guyane. 

125-127. Dans la partie inférieure de son cours vivent les Pau- 
mary ou Puru-purus. Quoiqu'ils aient perdu beaucoup de leur 
originalité par leur contact avec la population civilisée, ils ont 
conservé leur manière de vivre. Ils représentent l'état des habi- 
tants lacustres. Leurs huttes se trouvent au milieu des lagunes 
du fleuve. Elles sont établies sur des troncs d'arbres flottants ; ils 
sont exclusivement pêcheurs, mais s'occupent aussi de l'extrac- 
tion du caoutchouc. Leur type offre quelques traits mongoli- 
ques. Leurs yeux sont obliques et fendus, leurs pommeites très 
proéminentes, leur bouche grande, leur nez court et courbé. 
Leur teint est relativement foncé et offre l'anomalie curieuse de 
la distribution du développement du pigment. Leur peau est 
couverte de taches blanches et noires spécialement aux extrémi- 
tés. La même déformation se trouve aussi chez beaucoup d'au- 
tres peuples du haut Maraiion et de la Bolivie. 

Les Yamamadi, sur la rive gauche du cours moyen, parlent 
une langue semblable à celle des Paumary. Leur manière de 
vivre est très différente. Ils habitent des forêts où ils ont leurs 
plantations. Ils n'apparaissent jamais au bord du fleuve. 

La conformation de leur face est presque européenne, leur 
teint aussi très clair, mais ils ont la même maladie de peau, que 
les Paumary. Séparés des villages des Seringueiros, ils sont 
restés un peuple sympathique et naturel, hospitaher et con- 
fiant. 

129-130. Deux groupes de Yamamadi apportant des vivres et 
du bois pour faire des flèches. 

131-132. Deux groupes d'hommes, l'un avec l'arme nationale, 
la sarbacane. 

133-138. Types d'hommes Yamamadi. 

139-154. Les Ipurina ou Cangiti sont la nation la plus grande 



et la plus belliqueuse du hautPurus. Ils s'étendent en beaucoup 
de petites tribus jusque sur le territoire bolivien. 

C'est un peuple peu sympathique, de mœurs barbares, de 
mauvaise renommée à cause de sa perfidie et de sa cruauté. 
Il y a encore parmi eux des anthropophages. 

On voit chez eux deux types, l'un de taille élevée, la face à peu 
près caucasique ; l'autre beaucoup plus bas, les yeux obliques, 
la bouche extrêmement grande, la figure arrondie, le nea re- 
courbé la pointe pendante. Le diaphragme du nez est perforé, on 
y fixe un os d'oiseau. 

Par l'intermédiaire des Seringueiros, ceux que j'ai visités ont 
déjà reçu beaucoup d'objets européens spécialement des articles 
de fèt. 

Leurs grandes cabanes sotit très bien faites et ont quelque res- 
semblance avec celles du haut Xingu ; seulement la charpente en 
est plus légère et plus élégante. 

Toutes ces tribus emploient des flèches empoisonnées. Les Ip»- 
rina possèdent déjà beaucoup d'armes à feu, dont ils se servent 
souvent l'un contre l'autre. 

Les n°' 155 et 156 représentent une hutte des Ipurina près du 
rio Ariman'. 



1 M. P. Ehrenreich se pro))Ose de publier plus tard une collection choisie 
des principaux types signalés dans cette notice. 



L'HOMME FOSSILE DU RIO SAMBOROMBON 

Par lis D' J. VILANOVA. 

La question de riiomme fossile en Amérique se lie étroitement 
aux questions de migration doîit notre vénéré président nous a 
si bien indiqué l'importance dans son discours d'ouverture. Dans 
les congrès d'anthropologie préhistorique il a été question plu- 
sieurs fois de riiomme fossile en Amérique, et surtout de l'homme 
des Pampas. Or, parmi les nombreux mammifères fossiles ra- 
massés par le jeune naturaliste catalan, M. Caries, dans toute 
l'étendue du bassin de la Plata et qui ont été donnés à ma 
patrie, Valence d'Espagne, par un illustre et généreux habitant 
de cette ville, M. José Rodrigo Botel, figurent presque tous les 
ossements d'un squelette humain très remarquable par les ca- 
ractères qu'il offre. D'abord la mâchoire inférieure est très 
grande ; l'apophyse articulaire est un peu oblique, pour faciliter 
le mouvement d'avant en arrière, ce qui, avec le genre d'usure 
que présentent les couronnes des dents, indique le régime fru- 
givore de l'individu. Le trou occipital occupe une position plus 
en arrière que chez les hommes civilisés, ce qui donnerait une 
position quelque peu oblique au corps. Le sternum présente un 
trou naturel, chose bien étrange dans notre espèce. Enfin, la 
partie dorsale compte 13 vertèbres au lieu de 12, comme c'est 
la règle générale. 

Ces restes ont été trouvés par M. Caries dans le bassin du rio 
Samborombon, affluent du rio de la Plata, à très peu de distance 
d'un squelette presque complet de mégathérium, dans la for- 
mation pampéenne qui appartient au diluvium américain dont la 
roche offre tous les caractères du lehm européen. 



— 352 — 

Les circonstances épidémiques que nous avons eu à déplorer 
à Valence m'ont empêché de vous exhiber ces intéressants objets, 
mais à la prochaine réunion du Congrès en Espagne, je vous 
promets de vous les montrer, ainsi que la mâchoire humaine 
trouvée à Puerto-Principe par mon bon ami feu M. Rodriguez 
Ferrer. 



ANTHROPOLOGIE FUÉGIENNE 

Par le D' Deniker 

Une des questions portées à notre programme concerne les 
éléments ethniques de l'extrême sud du continent américain, 
pour lequel il n'y a pas de nom sur les cartes et qu'on pourrait 
appeler Archipel Magellanique. 11 se compose d'une grande lie, 
la Terre de Feu, et d'une série d'îles et ilôts à l'ouest et au sud 
de celle-ci. Cette région est occupée par plusieurs peuplades. 

Les Onas de l'Ile de la Terre de Feu présentent une grande 
analogie avec les Patagons qui habitent de l'autre côté du détroit. 
Ils ne connaissent pas le cheval. 

La population de l'extrême sud américain, à proprement 
parler, ne comprend que les Yaghan et les Alakalouf, deux 
peuplades très voisines entre elles par le type et par les mœurs. 
On les connaît plutôt sous le nom collectif de Fuégiens, quoique 
ce nom soit mal choisi, car la Fuégie comprend aussi File de 
la Terre de Feu peuplée par les Onas. La région habitée par ces 
peuplades est une des plus inhospitalières du monde, exposée à 
tous les vents, couverte d'épaisses forêts ou des glaciers qui des- 
cendent presque jusqu'à la mer, ne laissant qu'une étroite lisière 
de terre entre eux et la mer, terre rebelle à toute culture. Quelles 
sont les causes qui ont amené les Fuégiens dans ces régions 
désolées? Avec quelles autres populations présentent-ils des 



— 353 - 

affinités ? A quelle époque sont-ils venus ? Sont-ils de race pure 
ou mêlée? Autant de questions qui ne pourront être résolues que 
lorsque nous connaîtrons définitivement les populations de 
l'Amérique du Sud. Vous avez entendu M. Ehrenreich. D'après 
ses recherches, on peut déjà signaler quelques rapprochements, 
au point de vue du type physique, entre les Fuégiens et les 
populations du centre du Brésil, séparés les uns des autres pour- 
tant par un espace immense. 

Voulant contribuer, dans la mesure de ses forces, à la solution 
des questions que je viens d'indiquer, M. le docteur Hyades, 
médecin principal de la marine, qui a séjourné pendant deux 
ans parmi les Fuégiens, avec la Mission française du Cap Ilorn, 
avait entrepris avec moi d'écrire une monographie complète de ce 
peuple. Les résultats de nos recherches sont consignés dans un 
volume qui va paraître prochainement et que je puis présenter 
au Congrès à l'état de ])onnes feuilles en y joignant quelques 
planches'. Dans ce volume, nous donnons d'abord la description 
du type fuégien, en nous basant sur les mensurations prises sur 
plus de cent indigènes vivants, sur l'étude des crânes et squelettes 
et de tout ce qui a été écrit sur cette population au point de vue 
physique ; nous consacrons des chapitres spéciaux à la physio- 
logie et à la pathologie de cette population. Plusieurs pages sont 
consacrées à un vocabulaire et à quelques rudiments de la gram- 
maire fuégienne. Enfin, les mœurs de cette population qui se 
trouve encore au degré le plus bas de la civilisation, à l'âge de 
la pierre et de l'os, sont décrites avec le plus grand soin possible. 
Nous passons en revue leurs conditions sociales, leur vie maté- 
rielle, leurs habitations, leur alimentation, leurs Usages de 
famille, leurs industries primitives. Le volume se termine par 
une bibliographie, par trente-quatre planches en photogravure 
et lithographie et une carte ethnographique de la Terre de Feu. 

* Le volume a paru depuis sons ce titre : Mission sctentifiqiie du Cap Horn, 
1882-83 (Ministères de la Marine et de l'Instruction publique) ; t. VIL Antro- 
pologie, Ethnographie, par P. Hyades et J. Deniker ; Paris (Gauthier-Villars), 
1891, 1 vol. in-40, de 422 pages avec une carte et 34 planches. 

23 



- â84 - 

Nos renseignements linguistiques sont très incomplets. N'étan^ 
pas linguistes, nous ne pouvons tirer de conclusions au point de 
vue de la parenté des langues ; nous nous bornons à fournir des 
documents à de plus compétents que nous. Au point de vue 
ethnographique, il est difficile d'établir la parenté des Fuégiens; 
leur état social est tellement primitif qu'il y a peu de chose à 
signaler et qu'il serait difficile de tirer des conclusions absolues. 
Néanmoins quelques coutumes sont communes aux Fuégiens et 
à d'autres populations américaines, comme par exemple l'usage 
de se teindre le corps en différentes couleurs. Dans la parure, 
il y a quelque analogie avec les populations de la Guyane et 
même avec celles de la vallée de l'Amazone : une sorte de cou- 
ronne, sans présenter la môme richesse, rappelle de loin par 
toute sa structure la couronne qu'on trouve chez les peuplades 
de l'Amérique du Nord et du centre. Je n'insiste pas sur ces 
détails et je m'empresse de vous dire deux mots sur les affinités 
des Fuégiens au point de vue physique. 

Si nous comparons les Fuégiens avec leurs voisins immédiats, 
les Patagons et les Araucans, nous trouvons une grande diffé- 
rence : les Fuégiens sont mésocéphales, de petite taille ; le nez 
enfoncé, présente une étroitesse extrême à la racine et est très 
large vers le bas; le plus souvent, il est retroussé ; la face angu- 
leuse, la couleur de la peau ne correspondent point aux types 
patagon et araucan. Eafin, il y a une foule de caractères distinc- 
tifs. En revanche, les Fuégiens présentent une analogie frappante 
avec certaines populations du sud du Brésil, les Coroados, les 
Tapouïos, les Paraguaïos, etc., et avec certains éléments de la 
population du Pérou et de la Bolivie. Mais ce sont surtout les 
Botocudos qui se rapprochent le plus des Fuégiens, non seule- 
ment par l'indice céphalique, mais par toute la structure de leur 
crâne, de môme que par plusieurs autres caractères (taille, 
forme de la face, du nez, etc.)*. Comme ceux des Botocudos, 
les crânes fuégiens présentent aussi des analogies frappantes 
avec les crânes, sinon préhistoriques, du moins très anciens, 

* Voy. -à ce propos les travaux de Pli. Rey, d'Ehrenreich, etc. 



— 355 — 

trouvés par Lund à Lagoa Santa (Brésil, province de Minas 
Geraes), par Roth àPontiinelo (République Argentine) et si bien 
décrits par MM. Lacerda et Peixoto, de Quatrefages et Sôren 
Hansen. Il y a aussi des raisons pour croire que les crânes 
extraits des cimetières environnant les Paraderos du Rio-Negro 
(Patagonie), et décriis par Moreno et Lista, se rapportent au 
même type, car ils offrent quelques analogies avec les crânes 
fuégiens. L'indice céphalique moyen des Fuégiens est de 77 sur 
le crâne, de 79 sur le vivant , celui des Botocudos est de 78 
sur le vivant, de 73 sur le crâne ; celui des crânes de Lagoa 
Santa est de 71 ; celui des crânes des Paraderos varie de 72 à 78 
dans les diverses séries. Une remarque générale se détache de 
cette comparaison : c'est que les crânes fossiles sont beaucoup 
plus dolichocéphales que ceux des Botocudos et des Fuégiens ; 
il ne serait pas improbable que ces derniers fussent les des- 
cendants des races primitives, déjà métissés avec les races 
brachycéphales. 

Je passe aux conclusions, qui sont les suivantes : 

1° Il existe dans l'Amérique méridionale une race (ou une 
variété, un type spécial de la race américaine), de petite taille, 
méso ou dolichocéphale, hypsicéphale,leptroprosope ; à nez con- 
cave, souvent retroussé, étroit à la racine, large en bas; aux 
arcades sourcilières proéminentes; àface losangique, anguleuse; 
à bouche large, etc. 

2° Cette race a dû occuper jadis une bonne partie de l'Améri- 
que méridionale, surtout les pays situés au sud de l'Amazone, 
comme le prouvent les restes fossiles ou subfossiles (Lagoa Santa, 
Pontimelo, Paraderos). 

3° Aujourd'hui cette race, à l'état plus ou moins pur, est ré- 
duite à quelques peuplades dispersées loin l'une de l'autre : les 
Fuégiens, les Botocudos, certaines tribus du Chaco et des 
affluents droits de l'Amazone. 

4" Les représentants de cette race se retrouvent isolément ou 
par petits groupes dans nombre de populations actuelles du 
Brésil, de la Bolivie, du Pérou et du Chili. 



— 386 — 

5° Cette race forme un contraste frappant, non seulement avec 
les Patagons (grands et brachycéphales) mais encore avec d'au- 
tres races sud américaines. (Araucans, Caraïbes, Pampas, etc.), 
qui, tout en étant aussi petites, sont néanmoins brachycéphales, 
platyrhiniennes, ont le nez droit ou convexe, la face arrondie, etc. 

6° Il est probable que la plupart des populations de l'Améri- 
que méridionale sont issues de mélanges de ces trois races : 
petite et dolichocéphale (Fuégiens, Botocudos, etc.), grande et 
brachycéphale (Patagons), et petite et brachycéphale (Araucans, 
Caraïbes), si toutefois il n'y a pas lieu d'admettre une quatrième 
race, dans la région N.-O. de l'Amérique du Sud, encore peu 
connue au point de vue anthropologique. 



- ETHNOGRAPHIE 

SACRED HUNTS OF TPIE AMERICAN INDIANS 

by Mr. John G. BOURKE 

The author describes a Sacred Hunt which he witnessed while 
among the Zuni Indians of New Mexico, which Hunt was made 
for the purpose of supplying" the Sacred Eag-les with certain 
méats ; — he then goes on to show that precisely such Sacred 
Hunts hâve been described as occurring among the Tlascaltecs in 
honor of Camaxtly, their god of Ilimting and much the same 
kind of cérémonies are noted by Fray Diego Duran, Herrera, 
Gômara, Torquemada, Clavigero, MotoHnia andPadre Sahagun, 
as existing among the people of Mexico and Guatemala, — 
while Garcilasso de la Vega is quoted to prove their existence 
among the Incariai Race of Peru. The more it is proved that the 
Indians of our own day hâve preserved and still practice the 
same rites and cérémonies, as their ancestors of past généra- 
tions, the more smooth shall we make the path of the inquirer 
into ancient usages, and the better shall we understand the man- 
ners of life of the aborigines at the date of the arrivai of Co- 
lumbus in America. 

Références are also made in this paper to the Sacred Plume - 
sticks made from the feathers of the Sacred Eagles at this time 
and used for planting in the corn-fields in the manner of a 
prayer or sacrifice to insure good crops. 

Also to Incense, Boomerangs, ordinary hunts, the domestica- 
tion of wild animais, etc. 



— 358 — 

During one of my visits to the Pueblo of Ziini, New Mexico, 
some ten years ago, it was my good fortune to be invited to 
take part in wliat the Caciques called a Sacred Hunt, — to pro- 
vide méat for the Eagles which were kept in cages of cotton- 
wood saplings in différent quarters of the town. 

As this Hunt presented some peculiarities worthy of atten- 
tion, I hâve thought that the reproduction of my Memoranda ta- 
ken at the moment, might interest my readers. 

To the mind of the savage, whether in America or elsewhere, 
every animal is a god, and there is a spécial reason why his in- 
tellect should humble itself in révèrent admiration of the rapa- 
cious bird whose swiftness of flight, keenness of vision, and 
strengthof limbhave caused it to be emblazoned upon the ban- 
ners and graven upon the coinage of the most cultured nations 
of the world. 

A the time of which I am speaking, there were thirteen fuU- 
gTOwn eagles in Zuni, each provided with a good-sized cage or 
house ; no other Pueblo had anything like so many, the nea- 
rest approach being that of one of the Moquis villages which 
had half a dozeii. 

They were ail well cared for and as much as possible fed upon 
field mice, rabbits and other méat of that kind, caught by the 
little children or the old men and caught alive, if such a thing 
could be donc; but there was also abundant provision for them 
from other sources, as the Pueblos, the Zunis particularly, are 
rich in sheep, goats and cattle. 

In return for this plentiful maintenance, they were called 
upon^ at stated periods, to pay a libéral tribute of feathers and 
and down with which the priests or niedicine men made Sacred 
Plume-sticks 

Parenthetically, I may say that the most forlorn and crest- 
fallen créature in the world is the proud American eagle when 
stripped of ail its plumage. 

The manufacture of thèse Sacred Plume-sticks was going on 
briskly during the time of my visit and I naturally enough made 



— 359 — 

it my business to learn ail on tlie subject tliat could be extracted 
from the artists. 

The twigs used had been selected with great care, were eut to 
a fixed lengtli, peeled and tipped with the medicine feathers 
which when not neeàed for such a purpose were preserved in 
a cylindrical box of cedar. 

Four kinds were used ; — those of the eagle, the hawk, the 
blue bird and the Macaw. 

The last named bird is also kept in cages in the Rio Grande 
Pueblos, the first example coming under my notice being in the 
Pueblo of Santo Domingo. 

When finished, the Plume-sticks are planted in the corners of 
fields, near the principal springs, and at points on the bounda- 
ries of the Pueblo, and with cérémonies which forcibly suggest 
ail that as been written concerning the « Terminalia » of the Ro- 
mans. Good crops are supposed to bless the land thus protect- 
ed, as my red-skinned friends took care to inform me when 
I cameback again lather in thefall. 

Résides the feathers mentioned,, those of the wild Turkey and 
the « Road Runner » or Chapparal Cock could be used, but ne- 
ver those of the Owl. The poor deluded wretch who would re- 
sort to Owl feathers would hâve his crops torn out by tempest 
and eut down by bail. 

The Owl bas suffered from the suspicions of mortals every 
where, — in ail âges and in ail countries. 

True, the Athenians regarded it as a fit companion for Miner- 
va, the Goddess of Wisdom ; but, even to them, its hooting was 
an Omen of Evil. 

I bave taken upon myself, at an earlier date to refer to this 
subject and show how our Apache scouts dreaded nothing so 
much as the lugubrious hoot which announeed to them thatsome 
one of the tribe was soon to die, — and I bave also mentioned 
the incident occurring in gênerai Crook's expédition into the 
Sierra Medre in pursuitof « Geronimo », in 1883, where a white 
man caught an owl but was compelled to release it in deferenee 



- 360 — 

to the clamor of the scouts who asserted that the worst luck 
would befall us ail if the bird were not set free, 

My Zuni informant, old Pedro Pino, viewed my note-books 
with some misgiving and manifested a desinclination to give 
me any explanation which could be avoided; « My friend », 
said he in Spanish « the Good God who made us ail, gave each 
one his own business to mind. Now, for example, there is the 
Comandante down at Fort Wingate, he bas ^w business to attend 
to ; then there's the schoolmaster, he has his business ; and then 
there is Mr. Graham, the store-keeper, he has his business to 
attend to ; and then I hâve my own business to attend to. » 

The old man didn't say as much in words, but there was so- 
mething in his manner that gave me the impression that I had 
bettermind my business and corne back as I did, at a later day 
when I might find him in a more complacent humor. 

One word more need be said about thèse Plume-sticks ; though 
generally simple, they are sometimes artistic in construction, 
and recall that we are now getting down close to the tribes of 
Mexico who, in the fîrst days ot the Spanish Conquest, astonis- 
hed the followers of Cortes so much by their skill in the casting 
of metals, in the manufacture of « plumage » or feather work, 
and in walking upon the tight-rope, that proficients in the last- 
named art were taken back to Spain to exhibit before the Court 
and before the Pontifl in Rome, while spécimens of the feather- 
work where collected to delight the eyes of ail who looked at 
them. 

The art of feather- work has not yet been lost, and one can 
still see on the south side of the Rio Grande exquisite repré- 
sentations of bright-colored bird s patiently stuck together by 
Indians who can neither read nor write. 

For several days before the Sacred Hunt took place the Pue- 
blo was in a state of subdued excitement. 

AU the young menwere attendingto the « boomerangs » they 
were to use, or looking carefuUy after the ponies they were to 
ride. 



— 361 — 

When the moment for starting arrived, a crier roared through 
the streets that ail the préparations were complète and, in a few 
moments, throngs of young men had saddled and bridled 
their ponies and started for the place of rendez-vous, whither 
also groups of men on foot were wending their way. 

I borrowed a « plug » and started ofF with the brother of the 
« Gobernador », a very dandifîed chap, dressed in trousers of 

BOOMERANG OF THE ZUNIS AND MOQUIS 



Handie, E-F, 2,675 inches long. — From A lo A', 20 inchcs — A-B, 2a inches.— 
G-D, 1,73 inches. — Perpendicular from G lo G', 3 inches. — Thickne.«sat edges 
0,25 inches. — Greatcst Ihickness at x. 

blàck velvet, decked with silver buttons, a red shirt and a dark 
blue plush cap, also, ornamented with buttons of the precious 
métal. 

We jogged along over gentle hills and flat red clay valleys, 
passing through stretches of corn-fields, and at a distance of so- 
mething more than two (2) leagues from Zuni, ascended a low 
timbered knoll, npon whose summit was burning a small lire, 
the rallying point for a concourse of not less than four hundred 
and fifty young men and old, two thirds of then mounted, tliere 
were no women or girls to be seen. 

An old man, vénérable in appearance and dignifiedinmanner, 
was haranguing the multitude, giving instruction upon the ré- 
gulation of the Hunt, as my companion stated, and intersper- 
sing his remarks with advice of a moral character, 



- 362 — 

When he had conclue! ed, the Zunis, in parties of from six to 
ten approached tiie fire, and vvith heads bowed down and with 
sedate and révèrent deportment, recited in an audible tone 
prayers of considérable length, each at the same time holding 
towards the Fire in his Icft hand a crust of bread and in his 
right one or two boomerangs, they can be called by no other 
name, 

The prayers finished, the crusts were placed in the fire and 
the boomerangs held in the smoke ; the devotees then divided, 
one half moving off by the left, the other by the right. 

The whole congrégation performed the same ceremony, those 
<n horse-back dismounting before approaching the Sacred 
Fire, and the crusts of bread making a pile three or four feet 
high. 

My présence so near the fire was the occasion of no little 
sarcastic comment and hilarity to the younger Zunis, but I 
summoned to my aid ail the audacity I possessed and stood my 
ground. 

The Indians rapidly scattered over the face of the country 
which was thickly covered with stunted cedar and sage-brush 
and well suited as a hiding-place for Jack-Rabbits. 

The dismounted battalion acted as beaters, while the horse- 
men pursued the frightened animais the instant they broke 
cover. 

The scène was animated and picturesque, a kaleidoscopic 
mass of life and color. 

The dust scattered and the amount of exertion wasted should 
bave sufficed to catch and kill a hundred buffaloes ; but the re- 
suit of ail this vast expenditure of times and labor, as we lear- 
ned at night-fall, was only four Jack-Rabbits which were 
promptly fed to the sacred Cha-ka-li, or Eagles. 

The strangest thing about this hunt to my mind was that it 
served as sucli a strong link between our own day and the dim, 
misty past 

Numerous old Spanish authors allude to such hunts having 



— 363 - 

beon carried on by the people of the Valley of Mexico ; and 
Moctezuma himseif took command on occasion. 

There vvere petty différences, of course, as might be expected 
wlien the same ceremony occurs in vvidely separated localities 
or is described by severalauthorities. 

For example, the Aztecs are said to bave had an idol of their 
god hof Hunting, Camaxtly, on top of the hill whicli was desi- 
gnated as the rendezvous. 

The Tlascallecs set the whole country on fîre, someting the 
Ziinis do not now do. 

And, in some cases, we are infornied, the Hunt lastedfour 
days instead of only one. 

The Mexicans had under the patronage of and in honor of 
Camaxtly, their god of the hunt. Diego Duran describes one, 
but indifferently. He says that the hill selected was surrounded 
and the game driven to the summit where there was a shrine of 
the god, made of stravv, with an idol within, etc. After the hunt 
was ended, lires were lighted, Diego Duran, vol. 3, cap 7, p. 
267. Again, he says ; « Los sacerdotes do este templo, (i. e. that 
of Camaxtly, the god of hunting,) que hemos venido tratando, 
enseûabanâla gente popular unos conjuros para conjurar la caza, 
de los cuales conjuros y hechicerias usaban los cazadores para 
efecto de que la caza no viese ni se apartase, y para que se fuese 
à los lazos y redes ; tambien les mandaba que antes de salir delà 
caza (â la caza, possibly. ) sacrificasen al fuego y le hiciesenora- 
cion, y a las umbrales de las casas, y on llegando â los montes 
que los saludasen y hicieson sus sacrificios y promesas ; man- 
dabanles que saludasen â las quebradas, â los arroyos, é las 
yervas, â los matorrales, â los arbolos, â las culebras ; final- 
mente, hacian una invocacion gênerai en todas las cosas del 
monte, haciendo promesas al fuego de le sacrifîcar cuando en la 
gordura de la caza que prondiesen. Estos conjuros andan escri- 
tos, y los he tenido on mi poder y pudieranlos poner aqui si 
fucra cosa que importara ». Diego Duran. Mss. lib. 3, cap. 7, 
p. 275. 



— 364 — 

Moctezuma from time to time went huixting with « ocho ô diez 
mil indios, i muchas veces mas, asidos por las manos, cercaban 
quatre 6 cinco léguas de Tierra dando vocesi silvos, levantando 
i ojeando la caça sacandola de sus Madrigueras i Cuevas, la he- 
chaban en campo raso, en donde estaban los flecheros i los que 
tenian armas ». Herrera, Décade 2, lib. 7, p. 187. 

The ïlascaltecs liad a Sacred Ilunt in which they carried the 
god of Hunting out to a certain hill and then, surrounding the 
country for miles, set fire to it and drove the game towards the 
altar in proximity to which the hunters made their butchery, and 
then taking the carcasses on their backs, returned home to a 
greatfeasts. See in Herrera, Décade, 3, lib. 2, p. 68. As the Tlas- 
caltecs were pre-eminently a « Bread » people, their hunt had 
become like that of the Zunis, more of a cérémonial observance 
than a necessity. It commémora ted the old days when the suc- 
cess or faihire of their hunters meant life or death to the popu- 
lace ; therefore, thegoodwill of their god had to be secured be- 
fore the hunting bogan by formai blandishment. 

Gomara, in his « Ilistoria do la Conquista de Mejico », page 
445, describes a sacred hunt in honor of the god QuechoUi, in 
which not only food animais, butsnakes and worms, everything 
in fact thatcould bc cauglit, were brought in as atribute, those 
priests or warriors who were most successful being rewarded 
with praise and présents. The description is too long for inser- 
tion and has no spécial value beyond recording the fact men- 
tioned. 

Torquemada's description of the sacred hunt of the Mexicans 
is very meagre ; it took place in their 14th. month and lasted 
four days, the first of which was spent in fasting ; the people 
spread themselves ovor the country and drove into nets and 
snares spread for them « Venados, Conejos, Coyotes o Adives, 
yotros». Torquemada, « Monarcliia », lib. X, cap. XXVL. 

The Aztecs had a Sacred Hunt in our month of February, 
their eighteenth month. The youth then went to the chase not only 
of « the wild beasts in the woods, but also to catch the birds in 



- 365 — 

the lake ».., One part of the spoils was « consumed as a burnt 
olïering... The women made oblatioiis of Tamalli, which they af- 
terwards distributed amongtlie hunters ».. Clavigero, (( History 
of Mexico ». Philadelphia, 1827, vol. 2, p. 91. 

(Mexicans.) « Un dia en el aiio salian los seîiores y principales 
para sacrificar en los templos que habia en los montes, y anda- 
ban por todas partes cazadores para cazar de todos animales y 
aves para sacrificarlas al demonio »... « Leones, tigres, cayutles 
(coyotes).. « cazaban venados, liebres, conejos, codornices, cule- 
bras y mariposas »... The Unknow nFranciscan, (Motolinia) author 
of« Ritos Antiguos de los Indios de la Nueva Espaùa », in 
Kingsborough's Mexican Antiquities, vol. IX, page 27. 

Falher Sahagun refers to a Sacred Hunt of the Mexicans, 
occurring intheir 14th month, (Quecholli.)They hunted rabbits, 
deer and coyotes, rounding them up andkillingas many as pos- 
sible. The successful hunters were regaled with présents and 
the heads were hung up in their houses ; this « fîesta » as Saha- 
gun takes care to call it was in honor of the Otomi god Mixcoatl 
(The month of QuecholU corresponded to our month October.) 

Sometimes, the estimâtes of the numbers of people engaged 
in thèse Hunts arouses very strong doubts. 

The preposterous statementis made that the Incas of Peru con- 
ducteda yearly hunt in which from 20.000 to 30.000 men parti- 
cipated. SeeGarcilassodela Vega, « Comentarios Reaies », (Mar- 
kham's Transi.) Hakluyt Soc. Transactions, vol. 45, pp. 117, 118. 

Villagrâ, in his poem of « Nuevo Mejico », published at Al- 
calâ de Henares, in 1610, says that Don Juan de Onate who en- 
tered New Mexico in the latter years of the 16th century, was 
invited to take part in a hunt exactly like the one I hâve des- 
cribed among the Zunis ; on that occasion, the Zunis hadbetter 
luck as they are reported to hâve killed eighty hares, thirty four 
rabbits and some « raposoa » or coyotes. 

In the relations of one of the earliest travellers in the Arctic 
régions, wefinda description much resembling the prelimina^ 
ries of the Hunt of the Zunis. 



— 366 — 

(Eskimo.) « Being- amongst them at shore, the 4th of July, 
one of them making a long oration, beganne to make a fire in 
this manner ; lie took a pièce of board wherin was a hole large 
enough halfe tlirougli thorow ; into that hole he puts the end of 
a round stick like unto a bedstaffe, wetting the end thereof in 
Trane (Traia Oil) and in fashion of a turnervvith a pièce of lether, 
by his violent motion doeth very speedily produce fire ; which 
done, with turfes he made a fire into which with many words 
and strange gestures, he put diverse things which were supposed 
tobe a sacrifice. Myself and divers others of my corapany stan- 
ding by, they were desirous to hâve me go into the smoke ; I 
willed them likewise to stand in the smoke which they by no 
meanes would do. I then took one of them and thrust him into 
the smoke and willed one of my company to tread out the fire, 
and to spurne it into the sea, which was done to shew them that 
we did contemm their sorcery »... Second Voyage of Mr. John 
Davis fort the Discovery of the North-\Yest Passage »... 1586, 
in Hakluyt, vol, 3, p. 139... The English at this period were 
terribly afraid of Witchcraft ; Frobisher relates in his First Vo- 
yage that his men captured an old Eskimo squaw ; ail were 
agreed thatshe must be a Witch and her shoes were puUed oll 
to see whether or not her feet were cloven. 

A distinction should be made between Sacred Hunts which 
bave become merely cérémonial observances and Hunts con- 
ducted for the purpose of procuring food for the tribe, and 
which are attended with religions preliminaries ; thus, as an ex- 
ample of the latter, we find that the Indians of British North 
America, (of the Ojibway stock) when they started to impound 
buffalo, erected a tall pôle in the centre of the corral to which 
the game was to be driven ; upon this they hung offerings to 
their spirits, and also stationed in the upper part a man who 
was provided with a « medicine-pipe », and performed the du- 
ties of a look-out, while he chanted prayers for the success of 
the hunt. See Paul Kane, « Wanderings of an Artist in British 
North America », London, 1889, p. 119. 



— 367 - 

Morgan « League of the Iriquois », N. Y., 1851 , p. 345, descri- 
bes a hunt of the Iroquois wliicli was exactly like those of the 
Navajoes, Apaches, Shoshonees, Crows and other tribes,being a 
V-shaped corral with arms extending for miles along the coun- 
try ; into this the ganie was driven by beaters who set fîre to the 
timber and grass in the rear. Our savage tribe» aiso drove the 
mountain sheep and the biiffala over précipices. 

The custom of driving wild animais into pounds must in time , 
hâve led to their domestication ; indeed, the Shoshonees hâve 
toM me that tliey used to pen buffaloes up in ravines and canons 
of the Rocky Mountains near the Yellowstone park. and kill 
them when needed. 

Dunbar, in bis account of the Pawnees, says that on certain 
occasions that tribe vvould sacrifice w^ith great ceremony, and 
for the purpose of ensuring success in their agriculture, a young 
maiden, a captive, whose heart was burncd in the fire. « The 
fire arising from the fire in which it was burning was supposed 
to possess wonderful • virtues and implements of war, hunting 
and agriculture vverepassed through it to ensure success in their 
use ». 

In some cases, where accounts bave not reached usof Sacred 
Hunts after food for the Eagles, we bave références to Hunts for 
the Eagles themselves or their feathers ; in Guatemala, on such 
occasions, great care was taken to incense every article to be 
used in the Hunt, in the smoke of a fire, after the Zuni manner. 

Maximilian says that the Mandan conceals himself in a hole 
in the ground, covered with a framework of twigs, grass upon 
which are placed pièces of méat, « and a crow or some small 
bird fastenedto it ». The Eagle swoops down upon the prey and 
is caught by the legs. See Maximilian, Prince of Wied, London, 
1843, p. 386. 

Matthews, « Hidatsa », page 68, describos an Eagle hunt 
among the Mandans almost like that of Maximilian. 

In Guatemala, « Cuando ibanà cazar plumas â los pajaros, la 
liga con que los habian de tomar, la incendiaban y sanctifîca- 



— 368 - 

ban, creyendo que en aquella tenian mas fuerza ». Ximenes, 
« Guatemala », (Scherzer) Vienna, 1857, p. 190. 

Colonel Mallery refers to tlie Dakota method of capturing the 
eagle which agrées substantially with the accounts previously 
obtained from Prince Maximilian of Wied and Surgeon Was- 
hington Matthews ; see in the Annual report of tlie Bureau of 
Ethnology fer 1882-1883. 

Charlie Spencer, one of the most peculiar of frontiersmen, 
who married a Hualpai Indian woman, and lived for years with 
her tribe in the Grand Canon of the Colorado, often spoke to me 
of the Hunts for the Eagle and its feathers ; — the long prayers 
and cérémonies ot the Medicine men, and the fears of ail of falls 
from the tops of précipices or of dangers from infuriated Eagies ; 
— a danger not to be under-rated as I can assert from an un- 
pleasant personal expérience in South-Western Texas, with two 
eaglets which I had taken from their nests on the top of a cotton- 
wood tree and whicli, although no bigger than pullets, fought 
and scratched so that my horse ran away with me. 

To conclude, it may be said that the Boomerangs of the Zunis 
and their neighbors hâve been noted from the earliest times ; 
Vaca saw them in 1536 ; — 1540. 

« Chaque Indien avait avec lui un bâton de trois palmes de 
longueur»... « Lorsqu'un lièvre paraissait, ils l'entouraient à 
l'instant et le frappaient de leurs bâtons avec une adresse sur- 
prenante »... « C'était la plus jolie chasse que l'on pût voir »... 
Alvar Nuîlez Cabeza de Vaca, in Ternaux, vol. 7, p. 223. 

Clavigero speaks of « curved sticks » used by the California 
Indians in hunting and thrown with such dextcrity that tliey 
would break the legs of a rabbit. Clavigero, « Ilistoria de laBaja 
California », Mexico, 1852, p. 26... « Un palillo curvo de casi 
pie y medio de longitud ». idem. 

Surgeon Corbusier, U. S. Army, in an article published in the 
American Antiquarian, of November, 1886, describes the Apa- 
che-Yumas as hunting the rabbit in a circle with boomerangs, 
but makes no allusion to religious features. 



— 369 — 



Ethnographie indigène moderne du nouveau Mexique 
et de l'Arizona. 



Le Comité regrette de n'avoir pas reçu de M. le chev" de 
Hesse-Wartegg le manuscrit devant expliquer sa présentation 
de photographies de ruines, types, habitations, industries, etc., 
des Indiens de ces régions. 



MEMOIRE SUR LES ANALOGIES 

qu'on peut signale \ ENTRE LES CIVILISATIONS DE l'aMÉRIQUE 
DU NORD, DE l'aMÉRIQUE CENTRALE ET LES CIVILISATIONS DE 

l'asie. 

Par m. Désiré CHAENAY 

En Amérique, depuis une époque reculée, on a pu constater 
que de l'Orient et de l'Occident, involontairement par suite de 
naufrages ou volontairement par émigrations, des hommes de 
races diverses vinrent se mêler à ses habitants. 

L'anthropologie signale en Amérique, des traces de noirs, de 
blancs et de jaunes ; l'histoire, les statistiques, les traditions s'ac- 
cordent avec la science. 

Les traditions des peuples civilisés de l'Amérique les font ve- 
nir de l'Asie et toutes parlent de ces radeaux et maisons de bois 
acalli^ sur lesquelles les émigrants traversèrent le détroit de 
Behring. Ce détroit gelé l'hiver, semé d'îles, était d'un passage 
facile pour les populations du nord de l'Asie qui se rendaient en 
Amérique ; Nordenskiôld nous parle de l'île Diomède située 
presqu'à égale distance de l'Asie et de l'Amérique, île célèbre 
parmi les populations polaires, parce qu'elle servait de marché 
aux peuplades voisines de l'ancien et du nouveau monde, bien 
avant le siècle de Christophe Colomb. Le grand courant du Pa- 
cifique jetait sur les côtes du nouveau Continent des barques 
chinoises et japonaises ; les statistiques évaluent le nombre de 
ces barques, à 10 tous les 30 ans, et cela n'a rien d'extraordi- 
naire quand on songe que le Japon comptait en 1874, 2267u jon- 
ques de haut tonnage employées au cabotage. 

M. C. W. Brooks, cité par M. de Quatrefages, précise le lieu et 



— a74^— 



la date du naufrage de 60 jonques et aurait pu, dit-il , grossir de 
beaucoup le nombre des accidents de ce genre. Quant aux Chi- 
nois, la belle découverte de Guignes, confirmée et développée 
par M. d'ïlervey Saint-Denys au sujet du voyage de prêtres 
bouddhistes au pays de Fusang vient corroborer la relation de 
Moncatch-Apé, également citée par M. de Quatrefages, et ces 
faits se trouvent reliés entre eux par la découverte de M. le doc- 
teur Hamy, de l'un des symboles les plus vénérés des Chinois, 
le tai-ky, trouvé sur un monument de Copan au Honduras. 

Mais l'Asie presque entière nous fournira des rapprochements 
et des similitudes. Quelques-uns de ces rapprochements peuvent 
n'être que l'efïet naturel des choses, car, dans leurs manifesta- 
tions premières, les hommes se rencontrent presque toujours ; 
mais lorsqu'il s'agit de monuments, de coutumes, de religions, 
ces ressemblances ne peuvent venir que de parenté, de relations 
suivies ou de traditions. Humboldt dans ses CordiUières s'est déjà 
occupé de ces ressemblances et il l'a fait avec l'autorité de son 
génie, notamment au sujet des mythologies asiatiques et améri- 
caines, sur la manière de compter le temps, la dénomination 
des jours, l'appellation des mois et des années au Mexique, qu'il 
assimile avec les mêmes institutions chez les Chinois, les Japo- 
nais, les Thibétains, les Tartares et les Indous. 

Pour moi, je ne vous offrirai qu'un recueil des faits que j'in- 
titulerai, « Curiosités archéologiques », mais qui pourront con- 
duire à des recherches plus sérieuses. 

Commençons par la Chine. 

Les mémoires sur la Chine par des missisonnaires de Péking 
nous fourniront deux documents des plus singuliers. 

Vol. 3, p. 8. Ils nous disent que « le fondateur de la monar- 
chie Chinoise Taiho-Fou-hi-ché était représenté par un serpent 
à tête humaine, la tête d'un homme et le corps d'un serpent ; c'est 
le civilisateur qui apprit aux hommes l'art de la pêche, en même 
temps qu'il leur apprit l'art de cuire les viandes etc.. 

Chacun de nous reconnaîtra dans cette figure le Quetzalcoatl 
américain, le fondateur de la civihsation toltèque, dont le rôle 



— â7â — 

fut le même que celui de l'empereur chinois et qui apprit aux 
Toltecs à cultiver le maïs, à planter le coton, etc .. 

Au volume 8 de ces mémoires, page 241 , nous trouvons une 
ode adressée au roi du ciel, au sujet d'une sécheresse suivie de 
famine, qui rappellera à tout américaniste l'ode ou l'invocation 
au dieu Tlaloc au sujet d'une sécheresse suivie de famine rap- 
portée par Sahagun (livre VJ, ch. 8. — Traduction Jourdanet et 
Siméon). Voici l'ode chinoise : 

« Ainsi donc le roi du ciel n'écoute plus sa clémence, il désole 
la terre par la famine et la peste, la pâle mort remplit tout l'Em- 
pire de deuil et de larmes. colère ! vengeance terrible ! le 
ciel ne choisit plus ses victimes, il frappe partout à coups re- 
doublés, on ne voit que des morts, on n'entend que des mou- 
rants, cela est juste, point de miséricorde pour des coupables ; 
qu'ils périssent, mais les innocents auront-ils le même sort ? les 
enfants pendus à la mamelle desséchée de leurs mères languis- 
santes expireront-ils de douleur ? Pleurons, gémissons, que tout 
retentisse des cris de notre repentir. père ! seigneur ! notre 
ingratitude et notre malice vaincront-elles ta miséricorde et 
ta bonté. Mais que vois-je ?. » 

Voilà l'invocation américaine : 

« Seigneur, toutes les choses dont vous aviei l'habitude de 
« faire largesse, qui nous faisaient vivre et maintenaient en joie, 
« qui sont le soutien et l'allégresse de tous, tout cela a disparu, 
« et fui loin de nous. Seigneur, dieu des subsistances, et dona- 
« teur très bon et très compatissant ! qu'avez-vous résolu de 
« faire de nous ? nous avez-vous enlevé absolument votre ap- 
« pui ? votre colère et votre indignation ne s'apaiseront-elles 
« pas ? Avez-vous déterminé de perdre tous vos serfs et vassaux 
« et de laisser dans la désolation votre ville, royaume et seigneu- 
« rie ? Seigneur ! du moins accordez-nous que les enfants inno- 
« cents qui marchent à peine et ceux qui sont encore au berceau 
« aient les choses indispensables à leur nourriture, afin qu'ils vi* 
« vent et ne périssent pas en cette grande disette ; qu'ont-ils fait 
« ces pauvres malheureux, pour qu'ils soient affligés et qu'ils meu- 



— 373 — 

« rent de faim ? ils ne savent ce que c'est que pécher et ils n'ont 
« offensé ni les dieux du ciel ni ceux de l'enfer. Si nous avons 
« manqué à nos devoirs, et si nos offenses sont arrivées jusqu'au 
« ciel, il est juste que nous soyons détruits et qu'il ne reste rien 
« de nous, etc.. » 

C'est bien là une même prière adressée au même dieu, pour 
le même sujet ; ce sont les mêmes idées développées de la 
même manière, quelquefois avec les mêmes termes et on reste 
étonné d'un rapprochement si intime, quand on réfléchit que ces 
deux documents nous sont arrivés au travers de trois traduc- 
tions : du chinois en français pour l'une ; du nahuatl en espa- 
gnol et de l'espagnol en français pour l'autre. 

Voici maintenant les conseils d'une mère Cham du Ciampa 
à sa fille. 

Le royaume de Cambodge de J. Moura, tome l*"" ch.VI, page 
498. 

Les populations Cham du Ciampa voisines de l'Annam avaient 
subi l'influence chinoise : 

« Enfant, foie et fiel de ta mère, approche, ton père m'a 
chargé de t'enseigner les usages qui concernent les femmes. 
Ecoute bien et convie si tu veux tes jeunes amies à venir afin 
qu'elles puissent également profiter de la leçon. 

« Ma fille, lorsque tu parleras à ton mari, que ce ne soit ja- 
mais sur un ton élevé et ne cherche jamais à te placer au dessus 
de lui, ou même à son niveau. 

« Ma fille, si ton mari s'emporte en ta présence, même sans 
sujet, ne lui réponds pas ; ce serait un scandale fait à ton dom- 
mage car les voisins riraient de toi ; aie la figure toujours gaie 
et n'aie de cœur que pour ton époux; ma fille suis fidèlement les 
conseils, les recommandations de ton mari ; lorsqu'il te parlera 
de ses affaires, écoute-le et tâche de ne pas le contrarier, tu le 
suivras partout où il lui conviendra de te conduire, tu lui parle- 
ras avec les égards dus au chef de famille qui s'expose à la pluie 
et au soleil pour gagner la vie des siens. » 

N'y a-t-il pas là, un grand rapprochement avec des conseils 



— 374 — 

d'une mère à sa fille tels que nous les rapporte Sahagun, liv. VI, 
chapitre XVIII ? 

Ajoutons que dans les King- (de Koung-tzée (Confucius), d'après 
les mémoires cités plus haut, tome VIII, p. 197, les avertisse- 
ments de l'empereur Kang de la dynastie de Tchéou à son frère 
en lui donnant l'investiture d'une principauté , on retrouve éga- 
lement des recommandations d'un roi à son fils dans Sahagun. 

Dans un autre ordre d'idées, les réjouissances qui ont lieu en 
Chine au sujet du nouvel an rappellent les cérémonies prati- 
quées anciennement au Mexique au sujet de l'année nouvelle. 

Jugez-en : 

« A l'approche de la nouvelle lune, lorsque le soleil atteint le 
15 du Verseau (le commencement de l'année civile des Chinois) 
toutes les administrations sont fermées dix jours à l'avance et les 
mandarins serrent leurs sceaux jusqu'au vingtième de la pre- 
mière lune. 

Le soir du dernier jour de rannée qui s'achève^ tout le monde 
veille jusqu'à minuit, à cette heure commence un interminable 
vacarme de pétards, de fusées, de feux de joie; la consommation 
des pièces d'artifice est si prodigieuse que l'air devient chargé 
de nitre; depuis minuit jusqu'à l'aurore chaque habitant exécute 
des rites sacrés ou prépare sa maison pour la solennité d'une 
année nouvelle ; beaucoup de personnes se lavent et se baignent 
dans de l'eau chaude où l'on a fait infuser des feuilles aromati- 
ques du hoang-pi, arbre fruitier, toutes les habitations sont net- 
toyées et ornées et la châsse des dieux domestiques est décorée 
de gros plats, etc.. 

(La Chine ou description générale par J. F. Davis, traduit par 
Pichard, Paris, 1837). 

Ces diverses cérémonies rappellent à s'y méprendre celles pra- 
tiquées en Amérique pour célébrer l'année nouvelle ; chez les 
Aztecs on ne se contentait pas de nettoyer les maisons, on en re- 
nouvelait le mobilier. 

Entiu je trouve dans les Annales du musée Guimet, tome IV, 
p. 267, une observation des plus singulières et qui nous fournit 
un jiouveau rapprochement avec le Mexique. 



— 375 — 

« Une croix gravée sur les murs et les pierres excite notre cu- 
riosité, elle protège les moissons ; les paysans forment des asso- 
ciations pour se protéger mutuellement contre le brig-andage, à 
tour de rAle les membres de l'association font la garde, les ter- 
res closes de murs, garanties par l'association sont distinguées 
par un signe en forme de croix gravé sur les murs. » 

« Elle protège les moissons », n'est-ce point là le symbole tol- 
tèque du dieu Tlaloc, le dieu de la verdure, le protecteur des 
moissons ? 

Au sujet de cette croix, le docteur J. G. Millier, nous dit : 

« En Chine aussi la croix est symbole de la pluie (pluie si- 
gnifie conception et le mythe grec de la pluie que verse sur 
Danaé Jupiter, le pourvoyeur de nuages n'a pas d'autre sens »). 

Cette citation apporte une nouvelle autorité à la première. 

Les missionnaires rédacteurs des mémoires sur la Chine nous 
disent encore que le signe du bouclier chinois est une croix. 
Cette croix toltèque qu'on retrouve sur tous les costumes anciens 
comme sur tous les monuments de l'Amérique, Uxmal, Chi- 
chen-itza, Lorillard etc., nous retrouverions donc en Chine 
Tlaloc et Quetzalcoatl ? 

Bien d'autres similitudes de moindre importance peuvent en- 
core être citées : l'emploi multiplié de papiers de couleur dé- 
coupés, en usage au Japon comme en Chine et comme au Mexi- 
que dans les cérémonies religieuses pourchasser les esprits et 
se rendre les dieux favorables. 

Cette terminaison tzin si commune dans le Chinois et le Na- 
huatl, les noms de fleurs appliqués des deux parts aux femmes 
et aux filles, l'étrange ressemblance des dieux de l'Olympe ja- 
ponais et chinois tels que nous les présente le musée Guimet, 
avec les figures des dieux m.exicains dans les manuscrits aztecs. 

La manière chinoise de représenter le soleil et les flammes 
qui s'en échappent comme nous le voyons sur les étoffes bro- 
dées, absolument identique à la manière de représenter le 
dieu sur certains monuments américains, notamment sur le pan- 
neau fond d'autel d'un temple de Tikal. 



— 376 — 

La ressemblance d'un temple bouddhique japonais avec le 
temple du soleil à Palenqué, ces deux temples sont mis en re- 
gard dans les anciennes villes, pages 210 et 211. 

Je me permettrai de citer, pour en finir avec la Chine et le 
Japon, des observations fort curieuses faites par un lettré japo- 
nais, Tacasima, aujourd'hui inspecteur général des forêts au Ja- 
pon, au sujet de certains monuments et des katuns publiés dans 
les anciennes villes du nouveau monde. 

Dans le bas-relief du sacrifice de la langue venant d'un tem- 
ple dédié à Quetzalcoatl à la ville Lorillard, bas-relief dans le- 
quel le grand prêtre exhorte ou bénit le pénitent, au moyen 
d'une palme, le lettré japonais m'affirmait que les prêtres shin- 
to-istes bénissent avec une palme, et de la même manière. Mais 
les caractères ou katums sculptés sur les dalles des temples 
attirèrent surtout son attention ; il me dit les reconnaître et il 
me donna la traduction de trois de ces caractères sur l'une des 
inscriptions de Copan et de deux sur une autre de la ville Lo- 
rillard. 

Pour la première, l'un de ces caractères voulait dire champ 
ou Est ; le second, port de fleuve ou commerce ; le troisième, 
cent ou ouest. 

Dans la seconde inscription, le premier caractère voulait dire 
source ; le second, pêche ou pêcheur. 

Il va sans dire que ne connaissant ni le chinois, ni le japo- 
nais, ni le nahuatl, je décline à cet égard toute responsabilité. 

Avec le Cambodge nous trouverons des ressemblances dans 
les costumes, les coutumes et les monuments. 

Au Cambodge, le vêtement national est le patoi ; il consiste 
en une pièce de coton ou de soie de 1 m. 80 à 2 mètres sur 
m. 60 de largeur. Ce vêtement fort simple s'applique au mi- 
lieu des reins ; les deux extrémités sont ramenées en avant en 
serrant le corps qu'elles entourent et les deux bouts retombent 
devant et derrière. 

(Laos occidental par Cari Bock, mémoires de la Société d'an- 
thropologie de Paris, 5 avril 1883, p. 111). 



— 377 — 

C'est exactement la maxtli toltèque. 

Dans le royaume de Cambodge, l'auteur J. Moura,tome I*"", 
ch. VI, nous parle du vêtement des femmes, elles portent, dit-il, 
des pagnes tombants- et courts et une sorte de veston à man- 
ches couvrant à peine la taille. 

C'est le vêtement des indiennes deTéhuantepec, 

Delaporte dans son voyage au Cambodge, p. 373, nous parle 
des costumes des gens de guerre avec leurs casques en métal 
repoussé figurant des becs d'aigles, des têtes de vautours, des 
gueules de singes menaçants, des hures de sangliers et des mas- 
ques diaboliques. » 

Cela ne rappelle-t-il pas les masques en usage chez les po- 
pulations américaines et les insignes des chevaliers de l'aigle, 
du corbeau, du tigre, du lion, etc.. ? 

Le jeu de paume au Cambodge se pratique comme le tla- 
chtli, le jeu de paume Toltèque, aztèque, et on y recevait la 
balle, du pied, du genou, de l'épaule, de la tête, du coude, 
mais jamais de la main. 

Quant à ce patoi, le maxtli dont j'ai parlé tout à l'heure, nous 
le retrouvons dans les bas-reliefs façade est du palais d'Ang- 
cor-thom ; de plus, ces bas-reliefs représentant des cariatides 
nous offrent des personnages qui dans leurs poses et leurs ges- 
tes sont des copies exactes des cariatides en bas-reliefs sculptés 
sur les chapiteaux des colonnes et des piliers du temple le Cas- 
tillo, à Chichen-itza dans le Yucatan,et l'on n'a qu'à parcourir 
le bel ouvrage de Francis Garnier et celui de Delaporte pour 
trouver dans les édifices avec pyramides à esplanades, des res- 
semblances flagrantes avec les monuments américains. 

Mais c'est avec la Chaldée et l'Assyrie quoique infiniment 
plus éloignées, que se multiplient les rapprochements les plus 
éclatants. Nous n'aurons qu'à ouvrir l'ouvrage de Perrot et Chi- 
piez — Histoire de Vart dans l'antiquité — et nous n'aurons qu'à 
signaler les analogies, les similitudes au furet à mesure qu'elles 
nous frapperont. 

Page 65. — Nous trouvons Dagon le dieu poisson — corps 



— 378 — 

de poisson à tête humaine — ce même dieu se trouve à, Chi- 
chen-itza comme sur l'un des chapiteaux de Saint-Germain-des- 
Prés, 

Voici, p. 67, des considérations qui nous intéressent : 

« Outre la nécessité d'élever leurs monuments au-dessus des 
vapeurs pour observer les astres et dont la pratique s'imposait 
aux habitants des plaines, un autre motif devait leur inspirer 
l'idée d'élever leurs temples et leurs palais sur des plate-formes 
et des pyramides. L'orgueil du prince et du prêtre, l'un de do- 
miner la demeure de ses sujets, l'autre de dominer le palais du 
prince : idée de confort et d'hyg-iène également qui poussait 
prêtres et rois à vivre au-dessus des émanations malsaines 
dans une atmosphère rafraîchie par les brises et à l'abri des 
insectes tourmenteurs etc.. » 

Cette pratique en usage en Amérique pour les palais et les 
temples, n'avait cependant plus les mêmes raisons d'être dans 
un pays de montagnes merveilleusement saines et ne pouvait 
être qu'une réminiscence, le résultat d'une tradition incons- 
ciemment suivie, mais rappelant une époque ignorée où les an- 
cêtres des constructeurs de ces pyramides vivaient dans un pays 
de plaines. 

Page 68, les auteurs nous parlent de l'astrologie judiciaire 
également pratiquée au Mexique, rapports de l'enfant nouveau- 
né et des astres « l'avenir de chaque homme était déterminé 
parle caractère même de l'astre qui avait présidé à sa naissance 
et suivant que cet astre occupait telle ou telle position au mo- 
ment où l'homme qu'il avait dans sa dépendance accomplissait 
tel ou tel acte important de sa vie, cet acte avait une issue heu- 
reuse ou malheureuse. » 

Mêmes rapports établis au Mexique : voir Sahagun livre IV, 
p. 236, traduction de MM. Jourdanet et Siméon. 

(( C'est chose très connue que les astrologues mettent le plus 
grand zèle à reconnaître l'heure et le moment de la naissance 
de chaque personne, sur cette connaissance ils devinent et pro- 
clament les inclinations naturelles des hommes en prenant pour 



— 379 — 

base le signe sous lequel ils sont nés, les rapports qu'avaient en 
ce moment les planètes entr'elles et avec le signe même, etc.. 

Page 89. — Nous trouvons le globe ailé, symbole du maître 
suprême de l'univers. Ce même globe se retrouve au Mexique 
au fronton des autels dans les temples de Palenqué et d'Oco- 
singo. 

Page 91, -- Les sacrifices humains. — « Les conquérants 
ninivites veulent étendre en tous sens l'empire de leur grand 
dieu national ; ils immolent à Assour par larges hécatombes les 
vaincus qui ont osé blasphémer son nom. Les sacrifices sanglants 
paraissent aux Assyriens le meilleur hommage qu'ils puissent 
rendre à la divinité. Ce peuple de soldats a été endurci par l'ef- 
fort qu'il s'est imposé pendant plusieurs siècles par la lutte per- 
pétuelle qu'il soutient sur les champs de bataille, par la guerre 
dont il fait ses délices, ses rites sont cruels, etc., etc.. » 

On dirait tout ce passage écrit pour les Aztecs dont on connait 
les instincts belliqueux et les sacrifices sanglants, 

Sahagun nous rapporte les paroles de l'accoucheuse au bap- 
tême de l'enfant. 

« Quant à la maison dans laquelle tu es venu au monde, ce 
n'est qu'un nid ; c'est une hôtellerie où tu as mis pied à terre ; 
c'est ton berceau, le lieu où tu reposes ta tête; mais la maison 
n'est que ta demeure de passage, ta vraie patrie est ailleurs, tu 
es promis à d'autres séjours, tu appartiens aux rases campagnes 
où s'engagent les combats ; c'est pour elle que tu as été envoyé; 
ton métier et ta science c'est la guerre, etc.,,. » 

Page 99, — Vêtements de rois. — Le vêtement du roi Sargon 
bas relief de Khorsabad au Louvre se compose d'une pelisse bro- 
dée et d'une robe. Or cette pelisse brodée est exactement la pe- 
lisse qui couvre les épaules du personnage à genoux qui se perce 
la langue dans le magnifique bas-relief de la ville Lorillard. 

Page 115, — La brique crue. Vadobe. — Dans la Chaldée nous 
trouvons le même usage de la brique crue qu'au Mexique, la 
même manière de préparer la terre en la mélangeant de paille 
hachée, le même moule et les mêmes dimensions pour la 
lyrique. 



— 380 — 

Si l'usage de cette brique était imposé aux Chaldéens par 
l'absence de pierres qui abondaient au Mexique, c'est qu'il dut 
y avoir chez les américains une tradition à ce sujet. 

Page 125. — Les nnonuments. — Forme des palais et des 
temples, parallélipipède rectangle. 

Au Mexique parallélipipède rectangle comme là-bas, le 
palais a la forme d'un coJGfre colossal dont toutes les faces sont 
horizontales et verticales ; pour lés étages vous retrouverez au 
Mexique comme en Assyrie le même élément ajouté plusieurs 
fois à lui même avec un retrait pour chaque étage et cela dans 
la pyramide et dans le palais. (Voir le palais des nonnes à Chi- 
chen),et dans la couverture des pyramides, si les assyriens em- 
ployaient la brique cuite pour lutter contre les dégâts de la pluie 
et des ouragans, le Mexique employait un stuc très dur couvert 
d'une peinture des plus résistantes. 

Pour le palais toltèque comme pour le palais chaldéen, le 
constructeur cherche surtout à le développer en surface ; son 
étendue dépasse de beaucoup son élévation. Aussi dans cette 
architecture sont-ce les lignes horizontales qui prédominent ; 
cependant, si l'édiiice était à plat sur le sol, il manquerait peut- 
être de relief et d'effet, il se perdrait, il s'évanouirait en quel- 
que sorte dans l'immensité de ses espaces indéfinis. Afin d'y 
parer, on donna pour piédestal à la demeure du souverain et à 
celle des dieux un tertre factice que surmontait une plate-forme 
soigneusement dallée.C'était sur ce terre-plein que reposait l'édi- 
fice. Ce que gagnaient à cette disposition les temples et les pa- 
lais, c'était de présenter une franche saillie et une masse impo- 
sante etd'élever l'édifice au-dessus du faite des maisons environ- 
nantes et des palmiers les plus élancés ». 

Tout cela semble écrit pour les monuments américains, avec 
cette différence, que le pays qu'ils habitaient, sauf les plaines de 
Tabasco, n'imposait point cette ordonnance aux Toltecs et que 
leurs architectes devaient obéir à des traditions lointaines ou à 
des instincts développés par l'immixtion d'une race étrangère. 

Du reste, chez les derniers occupants, chez les Aztecs, cette 



— 381 — 

tradition semble s'affaiblir ; les palais s'élevèrent sur le sol, et 
les temples seuls continuèrent à dominer les plaines du haut de 
leurs pyramides. 

Mais, pour les Toltecs qui les avaient précédés, cette tradition 
qui pouvait tomber en désuétude sur les hauts plateaux sembla 
revivre et prendre de nouvelles forces lorsqu'ils vinrent habiter 
le Tabasco et dès lors, partout où ils passeront et quelle que soit 
la nature des lieux, nous verrons de nouveau les palais et les 
temples s'élever sur des esplanades et des pyramides de toutes 
hauteurs. Cette tendance serait-elle chaldéenne ? Notons-en une 
autre commune à l'Amérique comme à la Chaldée, c'est l'exten- 
sion dtt palais et le rétrécissement du temple qui finit par n'être 
plus qu'un sanctuaire. 

Page 209, planche 71. — Culte du soleil. — On adorait le 
soleil chez les Toltecs comme en Chaldée et le précieux monu- 
ment de Bippara qui représente l'hommage rendu au soleil par 
le roi Nabou-Abla-Idin nous offre deux points de ressemblance 
avec certains monuments américains, au-dessus du personnage 
se trouve une inscription en écriture vulgaire, puis une autre 
en caractères hiéroglyphiques comme sur les bas-relief de nos 
personnages américains, et le soleil de Sippara nous offre éga- 
lement une figure qui rappelle celle du calendrier aztèque. 

Page 216. — MM. Pcrrot et Chipiez nous offrent l'image du cha- 
piteau assyrien ; eh ! bien, il est impossible de ne pas être frappé 
de la ressemblance de ce chapiteau avec le chapiteau toltèque 
venant de Tula, et que j'ai publié dans les anciennes villes, 
page 70. 

Voûte en encorbellement commune à l'Inde, à l'Assyrie, au 
Mexique. 

Page 258. — ' Colonnes engagées ou rudentures. — Nous trou-^ 
vous ces colonnes engagées dans la plupart des monuments 
yucatèques. 

Page 285 et suivantes. — « Les explorateurs sont unanimes 
à reconnaître qu'en Chaldée comme en Assyrie, la brique cuite 
ou crue ne se montrait jamais à nu ; elle était toujours recouverte 



— 382 — 

d'un enduit qui la protégeait contre les intempéries et qui en 
dissimulait la couleur naturelle-; cet enduit était formé d'un mé- 
lange intime de chaux cuite et de plâtre ». 

Vous observerez la même pratique en Amérique, et les popu- 
lations civilisées du Mexique et do l'Amérique du centre recou- 
vraient cet enduit de couleurs vives comme en Assyrie. Mais ils 
n'employaient pas seulement le stuc à couvrir la brique, ils l'em- 
ployaient aussi pour les monuments de pierres, afin peut-être 
d'en dissimuler, les imperfections. On peut faire la même obser- 
vation pour les pyramides dont le siuc qui les recouvrait était 
également peint ; à Teotihuaean, la couche était d'un rose vif, 
tandis que les voies publiques et les rues de la ville étaient 
peintes en rouge. 

Page 371. — Ensevelissrjnents. — « Dès la première heure, ce 
peuple avait été forcé de demander à l'argile pétrie et durcie 
par la chaleur du soleil on par celle des fours les services que 
rend ailleurs la pierre ; il s'est donc contenté d'ensevelir ses morts 
soit dans de petits caveaux de brique, soit sous des grands cou- 
vercles ou des jarres en terre cuite ». 

Tombe de Mongheïr. — H y a un rapprochement singuKer entre 
cette coutume chaldéenne d'ensevelir les morts dans des cofïres 
en terre cuite, et la coutume semblable qui, au Nicaragua, au 
Yucatan, dans le Tabasco, faisait enfermer les morts dans de 
grandes jarres ; et ce qu'il y a de plus singulier, c'est que les 
populations américaines ne se trouvaient pas dans le même mi- 
lieu que les habitants de la Chaldéc, milieu qui leur imposait 
leur mode d'ensevelissement. Dans le Yucatan, comme dans le 
Nicaragua et au Pérou, le sol n'était que roches et montagnes, 
où l'on pouvait creuser des galeries, comme cela se pratiquait 
dans des milieux semblables et si l'on y pratiquait les usages 
d'un pays de plaine, c'est qu'on obéissait à des traditions. 

Page 381 et suivantes. — Pyramides et temples.. — «Malgré 
leur apparente variété, tous les édifices que nous avons à décrire 
(c'est toujours de l'Assyrie et de la Chaldée qu'il s'agit) peuvent 
se ramener à un type fondamental ; le principe ea est le mêm«, 



— 383 — 

tous sont formés de plusieurs prismes rectang'ulaires dont le 
volume diminue à mesure qu'ils sont plus haut placés, de plu- 
sieurs étages qui présente une suite de terrasses en retrait les 
unes sur les autres ; l'adoption de ce système avait été conseillé 
ou plutôt imposé à l'architecte par la nature même des maté- 
riaux disponibles ; il avait de plus cet avantage qu'il permettait 
de créer par des procédés très simples, au milieu de ces vastes 
plaines, de vraies montagnes artificielles, des monuments dont 
l'ampleur et la singulière élévation frappait l'esprit du peuple 
et lui donnait une grande idée de la puissance du prince qui les 
avait construits et de la majesté du dieu qu'on y adorait. » 

« La Mésopotamie était donc couverte de ces édifices dont la 
disposition générale fait songer à celle d'une pyramide à degrés. 
Citons la page d'Hérodote où il nous décrit le temple de Bel à 
Babylone» : 

« C'est un carré régulier qui a deux stades en tous sens 370""), 
(c'était l'esplanade sur laquelle s'élevait la tour) ; on voit au milieu 
une tour massive qui a un stade (185'") tant en longueur qu'en 
largeur; sur cette tour s'en élève une autre et sur cette autre 
une autre encore et ainsi de suite, de sorte que l'on en compte 
jusqu'à huit, la montée se fait extérieurement au moyen d'une 
rampe qui tourne successivement autour de tous les étages dans 
la tour supérieure; au dessus de l'esplanade finale, est un grand 
sanctuaire et dans ce sanctuaire un grand lit richement garni 
auprès duquel se dresse une table d'or, t 

« Ce temple dépeint par Hérodote peut être pris comme le 
type même du temple chaldéen, comme le chef-d'œuvre le plus 
accompli que l'architecture religieuse ait su produire dans la 
plus grande cité de la Mésopotamie. Nabuchodonosor l'avait 
reconstruit plus haut et plus riche que par le passé ; mais il 
l'avait relevé sur ses anciens fondements ; il n'en avait pas 
changé le plan et le caractère ; à lui seul cet édifice résumait 
toute une longue tradition ; il était comme l'effort suprême et 
le dernier mot de l'art national». 

Nous arrivons ici à une appréciation des temples de la Chai- 



— 384 — 

dée par Hérodote, et citée par Humboldt comme se rapportant 
aux temples de l'Amérique, je ne la répéterai àoncpas. Je dois 
cependant ajouter que toutes les considérations émises par 
Hérodote s'appliquent aux pyramides et aux temples américains 
et Ton n'aura qu'à comparer les deux planches %. 173 et 174 
avec le grand temple de Mexico et la pyramide restaurée du 
temple du soleil à Tcotihuacan pour s'apercevoir que les mo- 
numents américains ont été construits d'après les mêmes prin- 
cipes et sur le môme modèle que les monuments chaldéens. 

Nous trouvons dans les monuments chaldéens deux espèces , 
de rampes, une rampe continue et une rampe brisée passant 
d'un étage à l'autre ; nous avons la rampe brisée pour le temple 
de Huitzilopochtli à Mexico et nous avons la rampe continue 
pour la pyramide de Cholula où Clavigero nous affirme être 
parvenu à cheval jusqu'au sommet. 

L'esplanade du temple Mexicain avait une petite chapelle 
comme l'esplanade supérieure du temple chaldéen et l'esplanade 
de l'un d'eux, n'avait d'après la restauration de Chipiez qu'un 
groupe de statues ; nous retrouvons la même disposition sur la 
plate-forme supérieure des pyramides du soleil et de la lune à 
Tcotihuacan; là, comme à Babylone, pas de sanctuaire, les mas- 
sives idoles du soleil et de la lune s'élevaient en plein air, toujours 
exposées à l'adoration des fidèles et si les esplanades en retrait 
s'élevaient en talus avec une pente de quarante-sept degrés au 
lieu de murs perpendiculaires nous y retrouvons, comme nous 
l'avons dit, les deux rampes babyloniennes : mais la ressemblance 
devient identique, si nous passons à Palenque, Chichen et autres 
villes américaines ; là, dans des proportions moindres, nous 
trouvons des pyramides à sept, huit et dix esplanades en re- 
trait, à murailles perpendiculaires avec petits temples qui les 
surmontaient ; de plus, murailles perpendiculaires et talus étaient 
peints de couleurs vives. La planche 169 représentant un autre 
temple chaldéen nous oflre une ressemblance tout aussi extraor- 
dinaire avec la grande pyramide d'Izamal, ou la chapelle en 
retrait sur la dernière esplanade domine sur l'arrière un mur 



- 385 

perpendiculaire qui de ce côté termine la pyramide, il y a donc 
là, mieux que des rapprochements et des ressemblances fortuites ; 
il y a des instincts héréditaires, il y a des traditions, une parenté. 

Page 102. — Pyramides et temples. Suite. — c Mais parmi les 
usages appliqués à ces pyramides chaldéennes et le profit qu'on 
en pouvait tirer, voyons ce qu'en dit Xcnophon ? il s'agit proba- 
blement d'une tour de Nimroiid fouillée et dégagée par Layard 
et l'historien grec nous parle de la tour de Larissa qui, selon 
M. Perrot, répondrait à la tour de Nimroud. Xénophon l'appelle 
pyramide. 

« Et si Xénophon se sert du mot pyramide, c'est que la langue 
ne lui en fournissait pas d'autre pour désigner un édifice de 
ce genre. Gomme la pyramide proprement dite, la tour à étage 
allait en diminuant d'épaisseur de la base au sommet; mais ici, 
ce qui montre bien qu'il s'agit d'une tour à plusieurs étages, 
c'est ce détail qu'ajoute Xénophon. » 

« Sur cette pyramide se tenaient beaucoup de barbares qui 
des villages voisins étaient venus y chercher un refuge. 

Sur une pyramide semblable à celles de l'Egypte ou de l'Ethio- 
pie, où ces barbares auraient-ils pu se grouper? Au contraire 
dans la tour à étages, les larges terrasses qui terminent chaque 
massif se prêtaient aisément à recevoir la population de plusieurs 
villages. » 

C'est absolument l'usage que les Mexicains et les Indiens des 
autres provinces faisaient de leurs pyramides à étages, et voici 
ce que nous disions dans « les Anciennes Yilles » au sujet de 
ces pyramides. 

« Cette disposition en terrasses nous démontre que l'appellation 
de Castillo, que les Indiens d'aujourd'hui donnent à certains de 
leurs monuments d'autrefois comme au temple de Chichen-itza, 
que cette appellation qui veut dire forteresse, était assez bien 
appliquée ; car au Yucatan comme sur les hauts plateaux, les 
temples en cas de guerre servaient de véritables forteresses. 
C'était là, sur ces gradins gigantesques qu'au dernier moment 
d'une défense suprême, se réunissait l'élite des guerriers pour 



- 386 — 

disputer la victoire ou vendre le plus chèrement leur vie. La 
défense d'une telle forteresse pouvait être longue et l'attaque, 
s'il fallait emporter chaque gradin défendu par des hommes 
résolus à mourir, devait être des plus meurtrières. L'assaut du 
grand temple de Mexico nous en fournit un exemple : les Espa- 
gnols furent plusieurs fois repoussés et il fallut que Cortez lui- 
même se mit à la tête de sa troupe pour emporter successive- 
ment les quatre esplanades de la pyramide ; le combat continua 
sur la plate forme supérieure où s'étaient réunis les Aztecs, qu'il 
fallut tuer jusqu'au dernier pour rester maîtres de la place. » 

Je pourrais, au sujet des monuments, multiplier des exemples ; 
je m'arrête pour signaler la stèle de Samas-vul, page 620, plan- 
che 306. 

Nous avons une belle stèle de Tikal, Guatemala et Yucatan, 
photographiée par Maudslay et que j'ai publiée dans « les Ancien- 
nes Villes». Cette stèle est semblable à celle de Samas-vul; elle est 
de même forme avec un personnage sompteusement vêtu et une 
inscription sur la tranche comme la stèle assyrienne, avec 
aussi des signes hiéroglyphiques ou symboliques à droite au- 
dessus de la tête du personnage. 

Enfin, je termine par une citation prise dans Menant : Ninive 
ôt Babylone,chap.X, page 85. 

« Les palais et les forteresses en Assyrie se nommaient Hécali;» 
or au Mexique Calli-téocalli signifiaient maison, temple, palais, 
forteresse. 

Toutes ces similitudes ne seraient-elles que des rencontres 
amenées par le hasard? non, elles sont trop nombreuses, trop 
évidentes pour ne pas être l'effet de traditions et de parentés, 
conséquence de mélanges de peuples et de races. 

C'est aux linguistes, aux philologues à nous donner une so- 
lution. 



UITZILOPOCHTLI, DIEU DE LA GUERRE 
DES AZTÈQUES 

Par le D' Ed. SELER 

Il y a deux ans, à Berlin, j'eus l'honneur de présenter au 
Congrès un ménioire sur le Tonalamatl de la collection de 
M. Aubin et les autres calendriers du même ordre. En discu- 
tant l'arrangement des signes, les figures et l'ensemble des 
symboles qui accompagnent les figures, j'etis l'occasion de réu- 
nir sur plus do vingt dieux et déesses, au nombre desquels 
entraient quelques figures des plus célèbres de TOlympe mexi- 
cain, les données nécessaires, pour nous en former une idée plus 
exacte concernant leur nature et leur position dans le système 
religieux et philosophique des Aztèques. C'est un fait bien 
remarquable que dans cette liste de dieux et déesses — déités 
tutélaires des différentes parties du calendrier — on cherche en 
vain ce nom, qu'on est convenu de regarder comme le proto- 
type des déités mexicaines, le nom d'Uitzilopochtli, terrible 
dieu de la guerre de la nation guerrière et belliqueuse des 
Aztèques. 

Pour nous rendre compte de ce fait si curieux, il ne faut 
pas oublier que la tribu des Aztèques était le Benjamin de la 
nation mexicaine, les derniers venus, comme ils s'appelaient. 
Le système chronologique des Mexicains et les superstitions qui 
s'attachaient à ce système furent sans doute inventés par les 
frères aines de la tribu aztèque, par la race toltèque. Voilà Pex- 
plication du fait que je viens de signaler. Cette circonstance 
pourtant fut la cause que le dieu de la guerre des Aztèques 
n'entrait guère dans les discussions de mon mémoire antérieur, 
et c'est pour cette raison qu'aujourd'hui je me propose d'y 
suppléer, en rassemblant les données nécessaires pour tracer plus 
exactement la figure sinistre de ce dieu qui porte dans son 



— 388 — 

nom ce même mot « sinister », c'est-à-dire gauche, ou opo- 
chtli. 

Les traditions confuses et les récits incohérents et absurdes 
concernant les différentes déités des Mexicains prennent un tout 
autre aspect, quand on se rend compte qu'ils tirent leur ori- 
gine, sans doute, de conceptions simples et à peu près analo- 
gues, quelle que soit la tribu de la race mexicaine, qui traçât 
la figure d'un certain dieu ou imaginât un certain nom de déité. 
Quant à Uitzilopochtli, déjà, dans mon mémoire cité antérieu- 
rement, je me suis efforcé de prouver qu'il fait partie d'une sé- 
rie de dieux qui se donnent pour autant de variations de l'antique 
dieu du feu, le dieu de la lumière, du feu céleste, du soleil, et 
pour cette raison sont également les dieux protecteurs de la chasse 
et de la guerre. Xhihtecutli ou Ixcoçauhqui fait partie de cette 
série, le dieu même du feu, et dieu fondateur de la race tépa- 
nèque ; Mixcoatl, le dieu de la chasse, qu'on identifiait avec 
Camaxtli, le dieu Tlaxcaltèque ; Tezcatlipoca^ l'idole de Tetz- 
coco ; Atlaua et Opochtli, dieux des Chinampanèques de 
Cuitlauac; Xipe, le dieu rouge de la nation Tlapanèque,et autres 
déités d'un culte plus local. Une preuve manifeste (lu' Uitzilo- 
pochtli rentre dans la même classe, c'est que le xiuhcoatl, 
le serpent enflammé du ciel, la comète, était considéré comme 
lenagual de ce dieu, son travestissement, la figure vivante qu'on 
croyait intimement liée à l'être du dieu, et que ce même xiuh- 
coatl était le nagual d'Ixcoçauhqui, dieu du feu. Ainsi tous les 
deux portent sur le dos, en forme de bannière ou de devise dis- 
tinctive, la tête fantastique de cet animal. 

En analysant plus spécialement les figures des dieux que 
je viens de citer, on reconnaît bientôt qu'il y en a dans ce nom- 
bre quelques-uns qui paraissent apparentés plus étroitement 
au dieu de la guerre que nous traitons. Mixcoatl- Camaxtli doit 
être nommé comme le dieu qui s'approche très particulièrement 
du dieu Uitzilopochtli. Mais c'est surtout le dieu Tezcatlipoca 
qui, par son extérieur et par différentes particularités, parait 
être le parent le plus proche du dieu de la guerre des Aztèques. 



^^^ 




Le Xiuhcoatl. 




Le dieu Uitzilopochtli. — God. Tell. Rem. I, 9. 




Uc dieu Tazcallipoca. — God. Tell. Rem. I, Ç. 



— 391 — 

Il y a déjà presque quatre ans, dans un petit mémoire qui 
traite d'une liste des fêtes mensuelles des Mexicains, faisant 
partie de la collection de M. Aubin, je signalai le fait remarqua- 
ble que dans la liste des fêtes mensuelles du Codex Vaticanus, le 
dieu Tezcatlipoca et le dieu Uitzilopochtli sont dessinés à peu 
près de la même manière et avec les mêmes caractères distinc- 
tifs. Dès lors, j'ai rencontré maints autres appuis qui confir- 
ment mon opinion. Mais ce n'est que dans ces derniers mois, et 
en étudiant le texte aztèque de l'histoire du P. Sahagun, que je 
découvris une preuve du fait mentionné, qui est des plus cu- 
rieuses qu'on puisse rencontrer. On sait que le dieu Tezcatli- 
poca, d'un autre nom, fut nommé Telpochtli, ce qui signifie le 
« jeune.» C'est pour cette raison que les moines rusés lui substi- 
tuèrent la figure de saint Jean l'Evangéliste. On sait en outre 
qu'un trait des plus distinctifs de ces deux déités consistait en 
une peinture du visage en barres transversales, dans laquelle la 
couleur jaune alternait avec la couleur noire — chez Tezcatli- 
poca — ou avec la couleur bleue chez Uitzilopochth. Or, dans 
le joli petit conte, qu'on peut intituler : Conte de la naissance 
du dieu Uitzilopochth, qui est conservé au commencement du 
troisième livre de l'histoire du P. Sahagun, l'aspect et les vête- 
ments du dieu Uitzilopochtli sont détaillés très spécialement. 
Dans la version espagnole que fit faire le P. Sahagun à l'égard 
de la peinture du visage du dieu, on ne Ut que ces mots : « Y 
su rostro coma pintado . » Mais dans le texte aztèque, il s'écrit : 
« Yoan yc yxtlan tlatlaan yc ommichiuh yn iconecuitl, mitoaya 
ypilnèchiual. » Ce qui veut dire : <( Et dans le visage il avait des 
barres transversales, il était peint de ses excréments d'enfant. 
C'est ce qu'on nomme sa peinture de visage enfantile. » Il pa- 
rait que les bébés des anciens Indiens n'étaient pas tenus très 
proprement, et que leur visage, quelquefois, montrait des traces 
de substances qui tirèrent leur origine d'un bien autre heu. En 
tous cas, on doit déduire du passage cité que cette peinture du 
visage, avec de la couleur jaune en barres transversales, devait 
intentionnellement signaler le dieu, ainsi paré, comme un dieu 



— 392 — 

jeune. Et ainsi les dieux Tezcatlipoca et Uitzilopochtli se con- 
forment l'un à l'autre très directement. On comprend que la 
fête dans laquelle, selon la tradition ordinaire, le dieu Tezcatli- 
poca, comme dieu jeune, joue un rôle important, la fête Teotl- 
eco, ce qui signifie « le dieu est arrivé », est désignée par le Père 
Duran comme la fête de la naissance d'Uitzilopochtli. 

Bien entendu, je suis bien éloigné de maintenir que ces 
deux dieux soient tout à fait égaux. Ce sont des parents, des 
cousins, des frères, si l'on veut, mais des frères très dissembla- 
bles en maints rapports. Uitzilopochtli est peint en bleu, Tezca- 
tlipoca en noir ; la parure du premier se compose de plumes 
vertes longues et pliantes de la queue du quetzaltototl, celle du 
dernier se compose de pierres de silex dures et aiguisées, trem- 
pées de sang ; Uitzilopochtli est le terrible dieu de la guerre, 
des batailles, de la bonne lutte, Tezcatlipoca est le sorcier, le 
nocturne qui rôde la nuit jouant de la flûte de terre-cuite à 
son aigu ; Uitzilopochtli s'appelle Ilhiiicatl Xoxouhqtd, le ciel 
bleu-clair, la lumière céleste, Tezcatlipoca signifie la lumière 
dévorée par la terre, le soleil qui va éclairer les morts. 

Le trait le plus curieux peut-être, concernant la nature de ce 
dieu, c'est son rapport avec Vuitzitzilin, l'oiseau-mouche. Ce 
rapport se déclare avant tout dans le nom du dieu, qui signifie 
VOpochtii de l'oiseau-mouche, ou « le Gauche de l'oiseau-mou- 
che. » Nous avons rencontré déjà le mot Opochtli^ « gauche », 
comme nom du dieu de la guerre et de la chasse des Chinampa- 
nèques. Dans l'un et l'autre nom, ce mot opochtli, gauche, ne 
veut dire autre chose que « fausse sortie » ou « sans sortie », 
c'est-à-dire « vis-à-vis duquel il n'y a pas moyen de se sau- 
ver. » 

Le rapport qui existe entre le dieu Uitzilopochtli et l'oiseau- 
mouche se voit clairement dans les figures de ce dieu, comme 
il est représenté dans les peintures hiéroglyphiqes , où le 
visage du dieu est dessiné regardant par la gueule béante 
de Vuitzitziliîi, de l'oiseau-mouche. C'est \k lidtzUzii-iiaual, le 
iiagual (ïoisedLU-mouche ou le travestissement en oiseau-mou- 



— 393 — 

che qui est mentionné dans une glosse au texte du chapitre du 
texte aztèque de l'histoire du P. Sahagun, dont j'ai donné une 
version dans les publications du Musée royal de Berlin ; mais 
il n'est pas dessiné dans les ligures qui accompagnent le texte, 
étant remplacé par une petite langue rouge que le dieu porte sur 
le front et qui dans le texte est nommée ez-pitzâlli « souffle- 
rouge » ou souffle du sang ». Mais comme cet ez-pitzalli est 
glossé par le mot tiitzitzil-îiaicalli, il parait évident que le 
« souffle du sang » , dont les Aztèques ornaient l'idole de leur 
dieu se composait de plumes de l'oiseau-mouche. 

Finalement, dans les traditions qui traitent de l'immigration 
des Aztèques dans le territoire occupé par eux dans la suite, le 
dieu fondateur de la tribu, celui qui leur sert de guide pendant 
leur marche et qui n'est autre que le dieu Uitzilopochtli, est 
nommé Uitziton, « le petit oiseau-mouche », et c'est la voix 
subtile et aiguë de cet oiseau — tiui liid, allons-nous-en — qui 
détermina les Aztèques au départ. 

Mais qu'est-ce que signifie ce travestissement, qui est le lien 
qui unit le terrible dieu de la guerre au petit oiseau svelte aux 
couleurs brillantes, métalliques, qui voltige de fleur en fleur pour 
en tirer sa nourriture ? — Pour donner une explication de 
cette circonstance si remarquable, je citerai plusieurs faits. 

En premier lieu, il résulte de différents passages du texte az- 
tèque de l'ouvrage du P. Sahagun que les couleurs métalliques 
de la gorge des oiseaux-mouches aux Mexicains donnaient l'as- 
pect d'une braise ardente ; aussi plusieurs variétés de ces ani- 
maux furent-elles appelées tle-iiitziliny c'est-à-dire oiseau-mou- 
che à couleur de feu. Il parait donc évident que les oiseaux- 
mouches, par leur couleur môme, indiquaient certain rapport 
avec l'élément du feu, et pour cela avec les dieux du feu qui 
sont en même temps les dieux de la chasse et de la guerre. 

Dans le mémoire que j'ai présenté à la septième session 
du Congrès, j'ai mentionné que le culte spécial qu'on rendait 
aux dieux du feu à certaines époques distinctes, pendant le 
cours d'une année, prenait sa source d'un enchaînement qui as- 



— 394 — 

socie le dépérissement de la nature, la saison sëche à l'élément 
de feu. Mais déjà, dans le mémoire cité, j'ai indiqué que la 
vraie conception de ce culte, le vrai titre sur lequel il se fon- 
dait, consiste dans le fait qu'on était convaincu que ce règne 
des dieux du feu n'était qu'un état passager, que le dépérisse- 
ment de la nature sera suivi de sa résurrection. Or, ce même 
oiseau-mouche, do l'avis des Mexicains, était le vrai symbole du 
dépérissement et de la résurrection de la nature. 

L'oiseau-mouche, dit le Père Sahagun, — « renuevase cada 
afio, en el tiempo de invierno cuélganse de los ârboles por el 
pico : alli colgados se secan y se les cae la pluma. Cuando el âr- 
bol torna â reverdecer, el vuelve à revivir, y tôrnale â nacer la 
pluma, y cuando comienza â tronar para llover, entonces des- 
pierta, vuela y resuscita. » 

L'oiseau-mouche, dit le Père Duran, — « los seis meses del 
aîio muere y los seis vive, y es la manera que dije, cuando 
siente que viene el invierno, vase â un ârbol copioso que nunca 
pierde la hoja, y con distinto natural busca en él una hende- 
dura y posase en una ramita junto aquella hendedura y mete 
en ella el pico todo lo que puede y estâse alli seis meses del 
aûo, todo lo que dura el invierno, sustentàndose con solo la vir- 
tud de aquel ârbol, como muerto, y en viniendo la primavera, 
que cobra el ârbol nueva virtud y â echar nuevas hojas, el pa- 
jarito, ayudado con la virtud del ârbol, torna â resuscitar y sale 
de alli â criar, y â esta causa dicen los Indios que muere y 
r'esuscita. » 

C'est pour cette raison, sans doute, qu'on racontait que les 
âmes des guerriers morts, passé les quatre premières années 
après leur mort, se transformaient en diverses espèces d'oi- 
seaux aux riches plumages et aux brillantes couleurs, qui s'en 
allaient aspirant le suc des fleurs dans le ciel, comme sur la 
terre, ainsi que le font les tzintones, c'est-à-dire les oiseaux- 
mouches. 

Ce culte donc du terrible dieu de la guerre, dans son accep- 
tion vraie et originale, n'est autre chose qu'un culte consacré ^ 



— 395 — 

l'idée du dépérissement et de la résurrection de là nature. On 
pourrait dire aussi, consacré à l'idée de l'immortalité en général. 
Et parce que c'est l'idée du dépérissement et de la résurrection 
de la nature qui se personnifie dans la figure d'Uitzilopochtli, du 
dieu oiseau-mouche, voilà la raison de ce que l'idole de ce dieu, 
à Mexico, était placée à côté de l'idole du dieu Tlaloc, de la déité 
des pluies fertilisantes qui préparent et facilitent et produisent 
ladite résurrection de la nature. 

Sous ce point de vue, en considérant comme j'ai dit antérieu- 
rement, que les âmes des guerriers défunts étaient supposées 
se transformer en tzintzones ou oiseaux-mouches, on pourra 
concilier avec l'autre ensemble de ce que nous connaissons, con- 
cernant la nature de ce dieu, une détermination qui, au premier 
aspect, parait bien absurde, la détermination que nous lisons au 
commencement du premier chapitre de l'ouvrage du P. Sahagun, 
à savoir : Uitzilopochlli çan inaceualli çan tlacatl catca^ c'est-à- 
dire : « Uitzilopochlli néiôii (in \n\\\ou\\\\G », tandis que le dieu 
Tezcatlipoca est dit, peu de lignes après : inin vel teotl ipan 
tnàchoya^ celui-ci était considéré comme vrai dieu. On peut 
admettre que la mémoire d'un guerrier, héros fondateur de la 
race, dont l'âme, selon l'opinion de ses descendants, continuait 
son existence au ciel, transformée en oiseau-mouche, se confonde 
avec les éléments dérivés de la figure de l'antique dieu du feu, 
comme celui-ci vivait dans l'imagination de la race mexicaine. 
Il est bien probable que c'est de ce croisement que la figure de 
la déesse tutélaire de la tribu guerrière des Aztèques, du ter- 
rible dieu Uitzilopochtli, tira son origine. 

Il y a un autre trait encore, qu'on met en avant, toutes les 
fois qu'il s'agit de la nature ou des exploits de ce dieu, c'est le 
combat qu'Uitzilopochtli engagea au momentjnême de sa nais- 
sance, contre les Centzon-Uitznaiia, les innombrables Uitznaua, 
ses frères aînés, qui, mal pensant, se disposaient à mettre à mort 
leur commune mère Coallicue et son fils encore à naître, le 
dieu Uitzilopochtli. L'histoire est exposée d'une manière très 
détaillée, dans un joli petit conte, qui se trouve inséré au troj- 



— 396 — 

sième livre de l'ouvrage du P. Sahagun, et qui, par son style et par 
son sujet, peut être qualifié un des meilleurs produits de la 
littérature indigène aztèque. Comme toujours, ce texte aztèque 
contient beaucoup plus que la version espagnole du P. Sahagun. 

La déesse Coatlictie, la mère d'Uitzilopochtli et des Centzon- 
uitznaua, sans doute, n'est pas autre chose qu'une variante de la 
déité de la terre, procréant de son sein les plantes qui font la 
nourriture des hommes et des bêtes. On lui dédiait un culte spé- 
cial dans le quartier, ou, mieux dit, dans la parenté de Coatlan, 
dont les membres exerçaient le métier de tresseurs de couron- 
nes de fleurs. Les Centzon Uitznaua qui se disposent à attenter 
aux jours de la déesse, doivent donc être des génies ennemis de 
la vie de la nature. Cela s'indique dans leur nom, Uitznauatl, 
qui veut dire chose pointue, piquante, tranchante, comme une 
épine. 

Uitzilopochtli, en mettant à mort ces génies, se montre ici en- 
core, comme déité propice à la vie de la nature, à la végétation 
germante, le jeune dieu vainqueur, en quelque sorte une repré- 
sentation du printemps. 

Quant aux symboles et aux attributs dont on voit accompagnée 
la figure de ce dieu, j'ai déjà mentionné le Xmh coa-naimlli, 
le nagual du serpent enflammé du ciel, qu'il porte sur le dos 
comme une bannière ou devise distinctive. Aussi ai-je mentionné 
Vezpitzalii, le souffle du sang, ou Y tiitzitzil-naualli le nagual 
de l'oiseau-mouche. Uezpitzalli est un symbole exprimant les 
qualités guerrières du dieu. Il se composait, à ce qu'il parait, 
des plumes rouges braise-ardente de la gorge de l'oiseau-mou- 
che. JSuitzitzil-naualli signifie le même symbole et peut être 
aussi le casque en forme de tête de l'oiseau-mouche. Ce qui est, 
en outre, un caractère très distinctif de ce dieu, c'est que tout ce 
qui, dans son rival, le dieu Tezcatlipoca, est muni de pointes 
aigttes, tranchantes, dans notre dieu est remplacé par des plu- 
mes. Dans le Codex Vaticanus, les dieux Tezcatlipoca et Uitzilo- 
pochtli portent sur le dos un ornement de plumes en forme 
d'éventail, du centre duquel sort un drapeau. Celui de Tezca- 



— 397 — 

tlipoca est muni d'une pointe aigiie de pierre, celui d'Uitzilppo- 
chtli est garni de plumes. Aussi les dards ou javelots qu'on 
voit dans la main droite de ces dieux, saillant au-dessous de 
la rondache, dans l'image de Tezcatlipoca portent des pointes 
de pierres, dans celle d'Uitzilopochtli des plumes. L'étendard 
enfin, qu'on voit dans la main gauche élevée de la figure du 
dieu Uitzilopochtli, au lieu de pointes de pierre, est muni d'une 
série de pelotes de plumes. Les dards ou flèches, munis de 
plumes, au lieu de pointes de pierre, jouent encore un rôle dans 
les cérémonies, dont le dieu de la guerre était honoré à cer- 
taines occasions. On les appelait teomitl^ ce qui signifie « flè- 
che de dieu» ou « flèche sainte précieuse», ou « flèche qui ne 
servait qu'aux sacrifices, qu'aux fêtes des dieux». 

Or, ces mêmes dards sans pointes, munis de plumes, au lieu 
de pointes de pierre, sont les armes dont on équipait les guerriers 
captifs, qu'on allait immoler aux autels des dieux, mais qui, avant 
d'être traînés à la pierre du sacrifice, étaient obligés de combat- 
tre contre des assaillants munis d'armes tranchantes. En général, 
on parait et ornait de plumes et de couleur blanche ceux qu'on 
allait tuer sur la pierre du sacrifice. C'est là la raison qui donnait 
lieu à la coutume d'envoyer des plumes et de la terre blanche à 
ceux qu'on provoquait au combat. C'était un signe, qu'on les 
ferait captifs et qu'on allait les immoler sur la pierre de sacrifice. 
De là venait la phrase motzontlan, moquatlan nicpachoa in tiçatl 
in iuitl « je presse sur ta tête la terre blanche, la plume », phrase 
qui rendait le sens : «tu es averti ». 

Mais qu'est-ce que signifie la parure de l'ennemi vaincu chez 
le jeune dieu de la guerre et des batailles? On pourrait s'ima- 
giner qu'ainsi le dieu est signalé comme celui qui donne la 
mort, de même que le dieu Indien Siva est paré de crânes des 
morts. En quelque sorte cela serait juste. Mais je crois qu'on 
devrait attribuer à ces symboles un autre sens, un sens plus 
profond. C'est une chose connue, que les Mexicains, comme les 
anciens Allemands et les anciens Normands, assignaient des 
localités différentes à ceux qui étaient morts sur le champ de 



— 398 — 

bataille et à ceux qui étaient morts dans leur lit. Les derniers 
s'en allaient au Mictlan, lieu obscur et ténébreux, qui retenait 
pour toujours les âmes de ceux qui une fois y étaient entrés. 
Les premiers — et comme eux aussi ceux qui étaient morts sur 
la pierre de sacrifice — s'en allaient dans la maison du soleil 
pour y servir pendant quatre années. Après ce temps, comme 
je l'ai dit antérieurement, ils se transformaient en oiseaux 
aux riches plumag-es, en oiseaux-mouches, qui volaient de fleur en 
fleur, aspirant le suc des fleurs, dans le ciel comme sur la terre. 
Ainsi nous revenons à l'idée exposée antérieurement, d'un dieu 
régnant dans les régions célestes, lumineuses, prototype de la 
résurrection, d une vie éternelle joyeuse. Et, en effet, les pelotes 
de plumes, comme elles font la parure du captif qui sera im- 
molé, comme elles sont un caractère distinctif de la parure du 
dieu Uitzilopochtli, le sont aussi de l'oiseau-mouche, dont la tête, 
dans les peintures hiéroglyphiques, paraît entourée de boules 
de plumes. 

Je me borne à ces brèves remarques : il serait trop long de 
raconter en détail tous les détails de l'ajustement du dieu et 
les cérémonies^ compliquées de son culte. Seulement, qu'il me 
soit permis d'y joindre quelques mots sur le temple, le grand 
Teocalli de Mexico, qui portait sur sa plateforme les sanctuaires 
unis du dieu de la guerre et du dieu des pluies, Uitzilopochtli et 
Tlaloc. Je crois qu'il est utile de présenter ces faits au Congrès, 
parce que, jusque dans ces derniers temps, les indications fan- 
tastiques de Ihistorien Clavigero sur ce point furent répétées 
sans contradiction Dans la précieuse collection de navigations et 
de voyages, rassemblée par Gio. Batt. Ramusio, est insérée une 
relation intitulée « Relatione, etc., fatta per uno Gentil'homo 
del Signor Fernando Cortese », relation qu'on s'est accoutumé 
de citer, relation du Conquistador Anonimo. Dans cette relation 
bien estimable, le grand Teocalli de Mexico est décrit d'une 
manière très correcte, et, selon mon avis, bien claire. L'auteur 
dit : f Fanno uno edificio di una Torre in quadro di cento e cin- 
quanta passi, ô poco più di lunghezza, e cento quindeci, ô cento 



— 399 — 

e venti di larghezza, e comincia questo edificio tutto massiccio, 
e dopo che è tanto alto come due stature di un huomo, per le tre 
parti air intorno lasciano una strada di larghezza di duo passif e 
dalla' parte del lungo cominciano a montare scalini, e dopo tor- 
nano à sallire con altre due stature di huomo in alto, e la 
materia è tutta massiccia fatta di calcina e piètre, e quivi poi 
per tre parte lasciano la strada di duo passi, e per altra sallis- 
cono li scalini e saliscono tanto in questo modo che vanno 
in alto cento venti e cento trenta gradi, e di sopra resta una piaz- 
zetta ragionnevole, etc., etc. » Cette description n'est pas bien 
lucide, il est vrai, mais, selon mon avis, il n'y a pas à se trom- 
per. La description dit seulement que les escaliers montaient 
plus graduellement que les parois des divers étages de la pyra- 
mide. Il en résultait que sur ses trois côtés, entre un étage et 
l'autre, il y avait un recoupement, qui, sur le quatrième, était 
rempli par les subconstructions de l'escalier. Mais, dans l'édi- 
tion de la collection de Ramusio, cette description est accompa- 
gnée d'une gravure qui donne une idée tout à fait bizarre de 
l'arrangement de l'édifice. Et c'est cette gravure, sur laquelle 
l'historien Clavigero fonde sa description, qui ne manquaitpas de 
devenir vraiment monstrueuse. Les images du grand temple, 
qu'on voit dans les peintures hiéroglyphiques, et de même celle 
du papier de la collection Aubin (Voir Appendice à l'édition de 
l'Histoire de P. Duran, Mexico 1880, Lam. 16=^) suggèrent une 
tout autre idée, et il suffit de les voir, pour se convaincre de 
l'inexactitude de la gravure de Ramusio et de la description de 
Clavigero, historien ordinairement estimé beaucoup plus qu'il ne 
le mérite. 

Le D"" E. Seler présente son mémoire intitulé « Altmexicanis- 
che Stiidien, » qui forme le quatrième cahier du premier volume 
des publications du Musée d'Ethnographie de Berlin. Ce mémoire 
contient le texte aztèque d'un chapitre du manuscrit original de 
l'histoire du P. Sahagun conservé à la bibliothèque du Palais- 
Royal de Madrid, qui donne la description de la parure et des 



400 — 



ornements de 36 divinités mexicaines avec les figures qui les re- 
présentent. En outre le mémoire indiqué contient la description 
d'un certain nombre de vases zapotèques dont l'auteur a pris les 
dessins pendant son voyage au Mexique. 



CONGRÈS DES AMERÎCANISTES 1890. 




Maestro de ^uarnecer con plumas. 




Lapidario 



VH- 



■ Uf^ 



r "'. 



rj( 




Plalero. 




Cod. Mendoza.71.2G. 



L'ORFÈVRERIE DES ANCIENS MEXICAINS ET LEUR ART 
DE TRAVAILLER LA PIERRE ET DE FAIRE DES ORNE- 
MENTS EN PLUMES. 

Par le Dr Ed. SELER 



C'est un fait bien établi que les arts et les industries de l'ancien 
Mexique étaient parvenus à un haut degré de perfection. Les 
historiens de la conquête sont pleins d'admiration pour les œu- 
vres que les orfèvres Mexicains exécutaient, ainsi que les lapi- 
daires,, joailliers et artisans de plumes. Pour se convaincre de 
la justesse de leurs louanges, il suffit d'examiner la longue liste 
des objets énumérés dans la « Memoria de los plumajes y joyas 
que se envian â Espaiia para dar y repartir â las Iglesias é monas- 
terios é personas particulares siguientes » * objets que les con- 
quérants considéraient dignes de figurer à côté des parements 
dont on couvrait les images des saints et à côté des vêtements 
somptueux des ministres de l'Eglise. 

Malheureusement il ne nous reste que bien peu de tous ces 
chefs-d'œuvres. Quant aux objets d'or, on les a fait passer au 
creuset. Les manteaux de plumes et les rondaches se perdirent, 
rongés par les vers. Ce ne sont que les objets travaillés en pierre 
polie qui se sont conservés en quantité assez considérable. 

Jusqu'à présent, nous savions très peu sur la manière de tra- 
vailler de ces artisans. Comme ces métiers se continuèrent durant 
le premier siècle qui suivit la conquête, les historiens pour la 
plupart ne se donnent pas la peine d'entrer en détails sur cette 
matière. Ils renvoient le lecteur aux artisans mêmes. Parmi les 
matériaux que le père Sahagun collectionna, il y a trois chapitres 
qui traitent de matières techniques. Mais le père n'a pas voulu 

' ColeCcion de documeiitos ineditos del Archivo gênerai de Indias, XII, p. 318. 

36 



— 402 - 

en donner une traduction, parce que « le contenu de ce chapitre 
n'a rien à voir avec la foi et n'intéresse en aucune façon la 
morale. » 

Au mois de mai de l'année 1890, il m'était permis, grâce à 
l'amabilité et aux prévenances des autorités compétentes, d'étu- 
dier les deux fragments manuscrits du texte original aztèque de 
l'ouvrage du P. Saliagun qui se conservent dans les bibliothè- 
ques de Madrid. J'ai profité de cette occasion pour faire une 
copie exacte des trois chapitres indiqués. Ils font partie du Ma- 
nuscrit de l'Académie de l'Histoire, manuscrit qui forme la se- 
conde moitié de l'ouvrage du P. Sahagun, à partir du huitième 
livre. Le premier de ces chapitres, correspondant au seizième 
chapitre du neuvième livre de l'édition espagnole, commence 
au verso du folio 44 du dit manuscrit. Voici le texte : 



CHAPITRE I 



1. Nican moteneuayn iuh qui 
yc tlachichiua yn yehoantin teo- 
cuitla pitzque, yn tecultica, yoan 
xicocuitlatica tlallalia, tlacuiloua. 
ynic quipitza teocuitlatl yn coztic 
yoan yn iztac. 

2. Ynic on peuhtica yntulte- 
cayo, achto yehvatl tlayacana 
quinpalehuia yn teculli, achto uel 
quiteci, quicuechoua, quicuech- 
tilia. 

3. Auh yn oquitezque, niman 
connamictia quineloua achiton 
conçoquitl, yehoatlyn tlaltzaeutli, 
yn comitl mochiua yc quipoloua, 
yc quixaqualoua yc quimatzacu- 
lilia yn teculli, yc tlaquanu, yc 
tepitzahui. 



Il est dit ici la manière de tra- 
vailler des orfèvres, qui fabriquent 
un moule au moyen de charbon 
et de cire, y appliquent des dessina 
et fondent de cette façon l'or et 
l'argent. 

Ils commencent leur travail de 
la manière suivante. Première- 
ment, le maître leur donne le char- 
bon, qu'ils moulent très finement. 

Et quand ils l'ont moulu, ils y 
ajoutent un peu d'argile, la terre 
glutineuse, dont on fait les pote- 
ries. Ils mêlent le charbon avec 
l'argile et le remuent et le pétris- 
sent, de sorte que ces deux sub- 
stances forment une masse solide 
et compacte. 



— 403 — 



4. Auh yn oquicencauhque, 
çanoqu-iuhquin quitlatlaxcaloua 
tonayan quimamana, yoan cequi 
çanoiuhquin tlaçoquitlalili, tona- 
yan quitlatlalia. 



5. Omilhuitl yn vaqui tepiua- 
qui, tepitzuaqui, tepitzaui. 

6. Yniquac uel ouac, yn otla- 
quauac, çatepan moxixima, mo- 
cuicui yn teculli yca tepuzhuic- 
tontli. 

7. Çan mixnenpeualtia, moyol- 
capeualtia, yn mocuicui, ca mix- 
tiuia moyolhuia, yniqu-ipan qui- 
çaz yn çaço tlehin mochiuaz. 



8. Ynaçocuextecatl,açotoueyo, 
yacahuicole, yacacoyunqui, yxtlan 
miua, motlaqu-icuilo ytzcouatica: 
niman yuh motlatlalia yn teculli, 
ynic moxixima, ynic motlatlama- 
chia. 



9. Ytech mana yn catleuatlmo- 
tlayehyecalhuia, yn quenami yye- 
liz, ytlachielizmotlaliz. 

10. Yn aço ayotl, niman yuh 
raotlalia yn teculli, ynicacallo 
ynic molinitiez, yticpa ualitztica, 
ynitzontecon molinitica. yniquech, 



Et quand ils ont préparé la 
masse de cette manière, ils en 
forment des disques minces qu'ils 
exposent au soleil, et une autre 
partie ils la façonnent à peu près 
dans la forme qu'ils veulent donner 
au joyau et ils l'exposent au soleil. 

Pendant deux jours ces objets 
sèchent, de sorte qu'ils deviennent 
très-durs. 

Quand le charbon est bien sec 
et bien dur, il se taille et se sculpte 
au moyen d'un petit râcloir de 
cuivre. 

Ce qui se taille doit ressembler 
à l'original et doit avoir la vie, car 
quel que soit l'objet qu'on veut 
fabriquer, la forme qui en résulte 
doit ressembler à l'original et 
avoir de la vie. 

Par exemple si l'on veut fabri- 
quer l'ornement que lesHuastèques 
portent au nez arqué et travaillé à 
jour qui traverse le visage et dont 
le corps est orné de figures du ser- 
pent à pointes d'obsidienne, le 
charbon se moule de cette façon, 
se sculpte de cette façon, se cou- 
vre des dessins. indiqués. 

Compte est tenu, quel est l'ani- 
mal qu'on veut imiter, comment 
son être et son aspect doit être 
représenté. 

Par exemple (si l'on veut 
imiter) une tortue, le charbon se 
moule de cette façon. On fait 
son test, dans lequel elle peut se 



— 404 — 



yoan ynima, yniuhqui yc mama- 
çouhtica. 

H. Yn anoçotototlypanquiçaz 
teocuitlati, niman yuh mocuicui, 
yuh moxima yn tecuUi, ynic mi- 
hulyotia matlapaltia mocuitlapil- 
liamocxitia. 

12. Anoçomichinynmochiuaz, 
niman yuh moxima yn teculli, 
ynic moxinicayotia, yoan motlâ- 
llalilia ynipatlania yyumotlan, 
yoan yniuhquac ycuitlapil ma- 
xallic : 

13. Anoço chacalin, anoço 
cuelzpalin mochiuh motialia yni- 
ma. 

14. Ynic moxima teculli, yn 
çaço catleuatl motlayeyecalhuia 
yoyoli. 

15. Anoçe teocuitlacozcall yeca- 
huiz, chayauacayo, tencoyollo 
tlallaUamachilli,tlaxochiycuiIolli. 



16. Yniquac yc omocencauh 
leculli, yn omicuilo, yn omocui- 
cuic, niman mopauaçi yn xico- 
cuitlatl, moneloua yztac copalii, 
yc uellaquaua. 

17. Çatepan moyectia motzetze- 
Ibua, ynic uel uelzi ynitlayello, y 
tialo, yçoquiyo xicocuillall. 

18. Auh yniquac omocencauh 
xicocuillatl, çatepan ytztapaltepan 



mouvoir, du fond duquel sa tète 
regarde, son cou et ses quatre 
pattes étendues se meuvent. 

Ou si l'on est intentionné de ren- 
dre la forme d'un oiseau, le char- 
bon se taille et se sculpte de cette 
façon, avec ses plumes d'oiseau, 
ses ailes, sa queue et ses pattes. 

Ou qu'on veuille faire un pois- 
son, le charbon se sculpte de 
cette façon,, avec ses écailles, et 
on moule ses nageoires, ses côtes 
et sa queue fourchue. 

Ou qu'on demande à faire une 
écrevisse ou un lézard, on moule 
ses pattes. 

Quel que soit l'animal qu'on 
veut imiter, le charbon se sculpte 
de cette façon. 

Ou qu'on veuille fabriquer un 
collier d'or parsemé de pierres 
précieuses, pourvu de sonnettes 
au bord inférieur et orné de reliefs 
et de dessins de fleurs. 

Lorsque le charbon est préparé 
de cette manière, qu'il est pourvu 
de dessins et qu'il est sculpté, on 
fait bouillir la cire et la môle avec 
du copal blanc, par où elle devient 
très compacte, 

Puis on la clarifie par filtration 
afin que se reposent bien les im- 
puretés de la cire, la terre et la 
glaise qui y sont mêlées. 

Quand la cire est préparée, on 
l'amincit sur une pierre plate, on 



— 405 - 



mocanaua , momimiloua yca 
quammayll, mimiltic. 

19. Ye yii uel xipclzlic tetl yn 
texixipetzlli ypan mocanaua, mo 
mimiloua. 

20. Yniquac ouel mocanauh yn 
çayuhqui tocapeyotl, yn aoccan 
chicotilauac, niman ytech motla- 
lia yn teculli, yc on mixquimiloua 

21. Auhamoçan ilihuizynitech 
motlalia, çan ihuian achitoton 
mocotontiuh motectiuh ynic çani- 
pan oncacalaqiii. 

22. Yueuetzian onmotlaça,ycaca- 
laquian, yaaquian onniaquia, yn 
oncan omocuicuic teculli. 

23. Tepiton quauhlontli ynic on 
moçaloliuh : 

24. Auh yniquac omocencauh 
yn ye nohuian ytech omollali yn 
xicocuitlall, çalepan teculati yxco 
moteca yn xicocuitlall. 

25. Uel moleci,mocuechtiliayn 
teculati, achi yxtilauac ynixco on- 
moteca xicocuitlall. 

26. Auhyn ye yuhqui yn omo- 
cencauh occepa ytech motlalia 
tlapepecholoni yc moquimiloua 
mocentlapachoua. 

27. Yn oyecauhtlachiualli ynic 
mocopinaz leocuitlatl. 

28. Ynihin tlapepecholoni, çan- 
no teculli, no llanelollitlallzacuUi, 
amo cuechtic, çan papayaxtic. 



la lamine au moyen d'un cylindre 
de bois qui est manipulé à la 
main. 

On l'amincit, on la lamine sur 
une pierre très lisse. 

Quand la cire est bien mince, 
ainsi qu'une toile d'araignée, et 
qu'elle n'est plus épaisse en au- 
cun lieu, on y met le charbon 
(sculpté) et l'y enveloppe. 

Et on ne l'y met pas étourdi- 
ment, mais on coupe soigneuse- 
ment un petit morceau à peu près 
correspondant aux dimensions de 
l'objet. 

On enduit les parties saillantes 
et on tapisse les creux, partout où 
le charbon a été sculpté. 

On attache la cire (sur le char- 
bon) au moyen d'un brin de bois. 

Et quand tout est fait ainsi et 
que la cire est placée partout sur 
le charbon, on verse du charbon 
pulvérisé sur la surface de la cire. 

On moud bien la poudre de char- 
bon et on étend une couche assez 
épaisse sur la surface de la cire. 

Et quand tout est ainsi pré- 
paré, on y metuneautre enveloppe, 
la coquille qui entoure le moule 
et l'enferme partout. 

La confection de la coquille est 
le dernier des procédés destinés à 
donner sa forme à l'or. 

Cette coquille est aussi faite de 
charbon, mêlé avec de l'argile, 
mais le charbon n'est pas moulu 



— 406 — 



29. Yniquac yc omopepecho 
ynic omocenquimilo tlacopina- 
loni, ocno omilhuitl yn uaqui. 

30. Auh çatepan ytech motlalia 
y toca anillotl, çanno xicocuitlatl. 

31. Yehoatl ynipiazyo mochi- 
uaya teocuitlatl ynic oncan cala- 
qui yniquac oatix. 

32. Auh yoan occepa ypan mo- 
mana motlalia ytoca tiacaxxotl, 
çanno teculli yn tlachiualli tlaoo- 
mololli. 

33. Niman yuhmati motlalia yn 
teculli. 

34. Oncan mocaxxotia matilia 
yn teocuitlatl, ynic çatepan cala- 
qui ytech anillotl, ynic oncan mo- 
piazyotia, ynic on totoca tlaticpa 
on noquihui. 

35. Auh yniquac omopitz yn 
çaço tleyn cozeatl oyecauh yn iz- 
qui tlamantli nican omoteneuh, 
niman yc mopetlaua yca texcalli. 

36. Auh yn omopetlauh yenoc- 
uele motlalxocohuia. 

37. Moteciyn tlalxocotlycmaal- 
tia yc momamatiioua yn teocuit- 
latl yn omopitz. 

38. Oppa yn tleco calaqui ypan 
mototonia. 

39. Auh yn oualquiz occeppa 
yenocuele yc maaitia yc momama- 
tiioua ytoca teocuitlapatli, çaniuh- 
qui tlalcoztli raoneloua achiton 



finement, seulement pilé grossiè- 
rement. 

Quand le moule est enfermé et 
entouré par la coquille, on le fait 
sécher durant deux autres jours. 

Puis on y met l'échenal, qui est 
fait aussi de cire (entourée d'une 
coquille). 

Celui-ci sert de canal d'écoule- 
ment, par lequel l'or fondu entre. 

Et puis on place sur le sol le 
creuset, qui est aussi fait de char- 
bon, et qui est creux. 

De même on y place le (moule 
fait de) charbon. 

C'est là que l'or se fond, pour 
entrer ensuite dans l'échenal, et 
être conduit par celui-ci et couler 
à bas et se jeter. 

Et lorsqu'il est jeté en moule et 
qu'on a fabriqué par exemple un 
collier ou un des divers objets 
nommés dans ce chapitre, on le 
polit au moyen d'une pierre. 

Et quand il est poli, on le met 
dans un bain d'alun. 

On moud l'alun et on baigne et 
barbouille avec lui le joyau d'or 
qu'on a fondu. 

Une seconde fois on le met dans 
le feu et le chauffe dedans. 

Et quand il sort du feu, on le 
baigne une seconde fois et le bar- 
bouille avec l'onguent de l'or qui 
se compose de terre limoneuse 



— 407 — 



îztatl yc mocencaua yc cenca coz- 
tlc mochiua yn teocuitlatl. 

40, Auh çatepan yc mopetlaua 
motecpahuia yc uel mocencaua, 
y nie yequene uellanextia pepe- 
tlaca motona meyotia. 



mêlée avec un peu de sel par où 
l'or se fait beau et très jaune. 

Et ainsi on frotte et on polit el 
on fait beau le joyau de manière 
qu'il devient très brillant, luisant 
et rayonnant, 



41. Mitoua y ye uecauh çan oc 
yeh yn coztic teocuitlatl nenca yn 
mahuiltiaya yn quipitzaya teocui- 
tlauaque yn quichiuayacozcatl 
yoan quitzotzonaya yn quicana- 
uaya teocuitlatzotzonque ynitech 
monequia tlahuiztli. 



42. Ayatle catca yn iztac teo- 
cuitlatl, tel onnenca çanoc canin 
neçia vel motlaçotlaya. 

43. Auh yn axcan yenocuele 
çammache yn iztac teocuitlatl 
quinequi, yn coztic ye uel motla- 
çotla. 

44. In yehoantin teocuitlaua- 
que, yn tlepitzque yoan yn tla- 
tzolzonque, yn axcan yc tlachi- 
chiua no quinequi yn chichiltic 
tepuztli. 

45. Tel çan tlayxyeyecolli tla- 
tamachiualli ynipanquitlaçayztac 
teocuitlatl, yc çalia yc chictia, 

46. Auh yntla çan mixcahui 
mopitza yztac teocuitlatl, çan 
tlatlapaca tzatzayani yn tlachi- 
ualli, 

47. Amo uel nohuianpa mona- 



On raconte qu'autrefois ce n'é- 
tait que l'or qu'on employait, et 
que les orfèvres le jetaient en 
moule et en formaient des colliers 
et que les marteleurs le martelaient, 
le laminaient et en faisaient des 
bosselages qui servaient pour tout 
genre de devises militaires dont 
on avait besoin. 

L'argent n'était rien et n'avait 
de valeur que dans les endroits 
oi!i il était trouvé. 

Et maintenant on n'emploie 
(pour les bijoux) que l'argent, car 
l'or a trop de valeur. 

Maintenant les orfèvres, les fon- 
deurs et les marteleurs, s'ils fabri- 
quent quelque joyau, y emploient 
aussi le cuivre. 

Mais ils ne jettent à l'argent 
qu'une quantité modérée et dosée, 
qui s'y allie. 

Et si l'argent fond sans alliage, 
l'œuvre se brise. 



Et les reliefs qui y sont soudés 



408 — 



namiqui mocacamapiqui yn en- 
can çaçaliuhtiuh yc tlatlatlama- 
chilli. 

48. Auh yn yehoantin teocui- 
tlatzotzonque yn yeuecauh çan 
quixcahuiaya yn teocuitlatl qui- 
tzotzonaya. 

49. Quitzotzonaya quitealaua 
quipetlaua yoan quiteycuiloua 
tlilanpa. 

50. Achtopaquimicuilhuiayayn 
amanteca. 

51. Auh çatepan yehoantin qui- 
teycuilouaya yca tecpatl. 

52. Quitotocatihui yn tlilantli 
ynic tlatecpaycuiloua. 

53. Quitotomoloua quitotomo- 
lotihui y tech canlihui yn quenami 
machiotl. 

54. Çanyeno yuh tlachichiua 
yn axcan ynic cana moneqni yn- 
tlachiual. 

55. Aço yhuitlacuilolliyhuitla- 
chiualli ytech monequi quinepa- 
huia quimottitia yn amanteca 
ynic quitetequi yn quexquich 
quinamictiuh yhuitlachiualli. 



ne s'attachent pas partout ni sans 
fissure. 

Mais les anciens marteleursd'or, 
ne travaillaient et ne martelaient 
d'autre métal que l'or. 

Après qu'ils ont martelé l'or, 
ils le polissent, le fourbissent et y 
mettent des dessins conformément 
à la trace du dessin. 

En premier lieu ils demandent 
aux ouvriers de plumes qu'ils leur 
tracent le dessin. 

Puis eux-mêmes ils y mettent 
le dessin au moyen d'une pointe 
de pierre. 

En mettant le dessin au moyen 
de la pointe de pierre, ils suivent 
la trace. 

Ils font des bousselures, s'en te- 
nant toujours au modèle. 

De la même manière ils travail- 
lent aujourd'hui, partout où on a 
besoin de leurs œuvres. 

Ou si par hasard on a besoin 
d'un ouvrage de plumes, ou d'une 
mosaïque de plumes, on s'adresse 
aux ouvriers de plumes qui cou- 
pent tout genre d'œuvres de 
plumes qui se présente. 



56. In axcan ye yc tlachichiua 
teocuitlauaque. 

57. Quinequi yn xalli yn xal- 
pitzauac. 



Aujourd'hui les orfèvres travail- 
lent de la manière suivante. 
Ils vont chercher du sable fin. 



— 409 — 



58. Çatepan quiteci uel qui 
cuechoua no quineloua yn tlaltza- 
culli. 

59. Niman yc quimana çanoqu- 
iuhqui qui çoquitlalia ynic ypan 
quiçaz ynic mocopinaz yn çaço 
tleyn qnichiuazque. 

60. Auhomilhuitlyn uaqui. 

61. Yniquac ouel uac çatepan 
tapalcatica michchichiqui mixi- 
chiqui motapalcahuia motapal- 
cachichiqui ynic mixxipetzoua. 

62. Niman yc moxima mocui- 
cui tepuzhuictica yniuh omote- 
neuh cecni. 

63. Aço omilhuitl anoço eyl- 
huitl yn mocencaua yn moyecti- 
lia yn moyectlalia. 

64. Yniquac omocencauh, ni- 
man tecullatl yxco moteca yoan 
izacutli yc onixxipetzihui. 

65. Yc niman mopauaçi yn xi- 
cocuitlall moneloua yn iztac co- 
paili yniuh omoteneuh. 

66. Yn oceuh yn omoyecli ni- 
man mocanaua ytztapaltepan 
quammaticamomimiloua yc. 



67. Niman ytech motlalia y tech 
moçaloua yn tlallalilli çoquitl ynic 
mocopinaz teocuitlatl yn çaço 
tleyn mochiuaz. 

68. Yn aço jarro anoço tlapo- 
pochhuiloni yn quitocayotia per- 
fomador. 



Puis ils le moulent très fine- 
ment et le mélangent avec de 
l'argile. 

Ils façonnent l'argile selon ce 
qui doit être représenté, quel que 
soit l'objetqu'ils veulent fabriquer, 
et ils placent les pièces sur le sol. 

On les fait sécher pendant deux 
jours. 

Quand la pièce est bien sèche, 
ils raclent toute la surface au 
moyen d'un tesson, de sorte qu'elle 
devient très lisse. 

Puis la pièce se taille et se 
sculpte au moyen d'un rAcloir de 
cuivre, comme il est dit ailleurs. 

En deux ou trois jours, la pièce 
préparée ainsi est prête à ouvrer. 

Quand tout est prêt, on verse 
sur la surface du charbon pulvé- 
risé en produisant une surface 
lisse au moyen de la colle. 

On faitbouillir lacireety ajoute 
le copal blanc, comme il a été dé- 
crit (antérieurement). 

Et quand elle est devenue froide 
et a été clarifiée, on amincit la 
cire et la lamine sur une pierre 
plate au moyen d'un cylindre de 
bois. 

l*uis on la place et la colle 
sur la surface du moule d'argile 
qui doit être fondu en or, quel que 
soit l'objet qu'on veut fabriquer. 

Soit une cruche soit une casso- 
lette qu'on appelle perfumador. 



— 410 



69. Ye micuiloua yc motlatla- 
machia yn qualli tlacuiloUi. 

70. Occenca ye quimali yn xicu- 
cuitlatl occenca ye tlahuica ynic 
tlacuilolo ynic toltecatiua. 

71. Cotel achto cecni mocopina 
yn xicucuitlatl yniquac ouel mo- 
cencauh ypan on mopachoua yn 
tlacopinaloni. 

72. Ca onca ca ycopinaloca yn 
ixquich tlamachtli. 

73. Yn aço totoatlapalli toto- 
cuitlapilli anoço xochitl anoço 
quilatlapalli, yn çaco tleyn qual- 
nezqui tlacuilolli. 

74. Yc onmopachotiuh yc on 
moçalotiuhquauhtontliquitocayo- 
tia quauhuitztli. 



75. Aço omilhuitl yn yectia yn 
moyectialia. 

76. Yniquac omocencauh yn 
nohuianpa moçalo xicocuitlatl, 
nimanyc yxco moteca yn teculatl. 

77. Yn ouac yenocuele ytech 
motlalia yn tlapepecholoni yn 
çan papayaxticteculliynicmocen- 
quimiloua yn tlacopinaloni. 

78. Aço omilhuitl yn uaqui. 

79. Niman yc ytech onmotlalia 
yn xicocuitlatl ynitoca anillotl 
mimiltic- 



On la munit de beaux dessins. 

Car la cire se prête très bien et 
elle est très propre à être travail- 
lée et modelée en dessins. 

Pour cette raison on fait en pre- 
mier lieu séparément une copie 
du relief en cire, et quand elle est 
bien faite ainsi, on la presse sur 
le moule. 

Car la cire est la matière avec 
laquelle on peut confectionner cha- 
que détail du dessin. 

Soit une aile, soit une queue 
d'oiseau, soit une fleur, soit une 
feuille. Un bel ornement quelcon- 
que. 

On presse la cire contre la sur- 
face du moule et on l'y colle au 
moyen d'un petit bois appelé 
quauhuitztli {épine de bois, pointe 
de bois). 

En deux jours à peu près tout 
est achevé. 

Quand tout est ainsi fait, et la 
cire a été collée partout sur la 
surface du moule, on l'enduit de 
charbon pulvérisé. 

Après qu'il est devenu sec, on 
y applique la coquille, faite de 
charbon grossièrement pilé (mêlé 
avec de l'argile), et on y enferme 
le moule. 

Pendant deux jours à peu près 
on le fait sécher. 

Puis on y met le cylindre de 
cire appelé anillotl (échenal). 



— 411 — 



80. Achtopa momimiloua, yeh- 
oatl ypiazyo mochiua yn teocui- 
tlall ynic oncan calaqui. 

81. Auh yn omotlali anillotl, 
yenocuele ypan momamana yn 
tlacaxxotl yn oncan atiec teocui- 
tlatl. 

82. Yniquac ye yuhqui yn omo- 
chi omocencauh, niman yc tleco 
motlalia mocentotonia. 

83. Oncan quiça oncan tlatla 
yn xicocuitatl yn tlatic omotla- 
lica. 

84. Yniquac oquiz yn otlatlac 
xicocuitlatl, niman mocehuia yc 
yenocuele pani on moteca yn xalli 
ça papayaxtic. 

85. Yquac yequene mopitza 
oncan oncalaqui yn tlecomicypan 
onmotlalia yn tecuUi. 



86. Auh yn teocuitlatl yn oncan 
calaquiz nonqua tlemaco matilia, 

87. Onca tlami yh ynic yeca- 
hui tlachiualli. 

88. Auh yn otlacat yn omopitz 
yn oquiz tlachiualli, niman moc- 
tlaxxocohui tepuzcaxic ypan mo- 
quaqualatza ; 



89. Auh yntla cana olzatzayan 
oyytlacauh tlachiualli, çaniyoca 
oncan mopapatia yc moçaloua 
yn tlaçaloloni. 



D'abord on le roule (pour lui 
donner une forme cylindrique) ; 
il sert de canal d'écoulement, 
par où l'or entre. 

Et quand l'échenal y est mis, on 
place sur le sol le creuset, dans 
lequel l'or se fond. 

Après que tout est ainsi fait, on 
met tout dans le feu et on le 
chauffe. 

C'est ici que la cire qui se trouve 
à l'intérieur, so rt et se consume. 

Quand la cire est sortie et qu'elle 
s'est consumée, on laisse le moule 
se refroidir et on le place sur une 
couche de gros sable. 

Immédiatement après,on se met 
à la fonte. On introduit et place 
le charbon (le moule composé 
d'argile et de charbon) dans un 
pot. 

L'or qui est destiné à y entrer, 
on le liquéfie séparément dans une 
cuiller. 

Ainsi le travail se termine, l'œu- 
est faite. 

Et quand l'objet est fait, qu'il 
est fondu et qu'il sort du creuset, 
on le met dans un bain préparé 
avec une solution d'alun dans 
une casserole de cuivre et l'y fait 
bouillir. 

Et si l'objet se rompt en quelque 
partie, ou qu'il est cassé, on le rac- 
commode séparément aux en- 
droits endommagés et on soude la 
partie rompue. 



— 442 — 

90. Auh çatepan yc michiqui Puis on le racle et on le polit 
yn timatepuztli yc mopetlaua. au moyen d'un instrument de cui- 
vre. 

91. Occeppa tlalxocotitlan cala- Et on plonge dans un autre 
qui motlaxxocohuia. bain d'alun. 

92. Yc çatepan mocencauca mo- Enfin on le polit et on le fourbit 
tecpahuia ynie uel mopetlaua. de sorte qu'il devient très-brillant. 



NOTES 



Teocuitla'pitzqtie. Ce mot, en vérité, ne désigne qu'une classe d'or- 
fèvres, savoir les fondeurs du métal précieux. Le terme général est 
teocuitlaua. Dans le chapitre précédent de l'histoire du P. Sahagun, il 
est dit que ces teocuitlauaque se divisent en deux classes : cequintin mo- 
teneiia ilatzolzonque , yehoantin çan yc yyo ynchihuil teocuitlatl quitzo- 
tzona quicanaim, tetica cana,quipallaua ynicana monequi, mopetlaua mote- 
canaua. « Les uns s'appellent marteleurs. Leur métier est seulement 
d'amincir l'or au moyen d'une pierre et dans la façon convenable » anh 
yn cequintin moteneua tlatlaliani, yn yehoantinin vel tidteca moteneiia. 
« les autres s'appellent mouleurs; ceux-ci sont de véritables artisles. » 

Tlatlalia. Le vocabulaire de Molina rend ce mot par « placer ou fabri- 
quer, arranger ». Le vrai sens est « placer dans un certain lieu », 
« arranger d'une certaine manière », « fabriquer dans une certaine 
forme ». Dans le chapitre présent, le mot désigne simplement « mou- 
ler, faire un moule». C'est pour cette raison, que le mot tlatlaliani est 
employé comme synonyme du mot ieocuitlapitzqui « fondeur d'or ». 

Tlacuiloua, ne signifie pas seulement « peindre », mais « appliquer 
des dessins en général », des broderies, des bas-reliefs, etc. 



Paleuia est rendu dans le Vocabulaire de Molina par « favoriser». 
Le mot dérive du substantif [palli]. qui désigne la paume de la main 
et la plante du pied, et qui, comme postposition, signifie t au moyen de, 
à l'aidede, par la grAce de ». La paume de la main tendue évoque 
l'idée de l'action d' « offrir, présenter. » C'est donc dans le sens primitif. 



- 413 — 



que le verbe joa/^um est employé ici. Ou peut-être que l'usage du mot 
espagnol « favorecer », qui s'emploie poliment pour «donner », a in- 
fluencé la locution aztèque. 

3. 

Tlaltzacuili veut dire «gluten de terre» ou « terre glutineuse». Dans 
le Vocabulaire de Molina, le mot est rendu par « craie ou plâtre». On 
voit que dans notre chapitre il signifie simplement la terre glaise, l'ar- 
gile plastique. 

4. 

Quitlatlaxcaloua veut dire qu'ils donnent à la masse la forme des 
ilarcalli, des a tortillas ». On désigne parce mot une sorte d'omelettes, 
faites de pâte de maïs, et qui formaient la nourriture principale des 
anciens Mexicains, comme ils font encore aujourd'hui la nourriture 
principale de la population indienne et des créoles du Mexique. 

Tonayan quimamana. Le verbe »îa?2fl est employé exclusivement pour 
« placer sur le sol des plats ou d'autres choses d'une forme semblable.» 
Le mot </a/m signifie simplement « placer sur le sol ». 

Tlaçoquillalili. J'ai conservé l'orthographe de l'original. Le parti- 
cipe passé devrait être écrit, selon l'usage des auteurs, avec une Mou- 
ble. Le Vocabulaire de Molina mentionne : çoquùlalilli a harro labrado 
para hacer loza. » Voirie paragraphe 59. 



Tepiuaqui, tepitzuaqui, tepitzaui. Ici les radicaux tepi et tepitz sont 
employés comme synonymes dans le sens de « dur ». On pourrait sup- 
poser que les radicaux tepi et tepic^ qui signifient « petit », font partie de 
la même série, et que les dieux des montagnes (tepe-tl) étaient repré- 
sentés comme des enfants (tepic-toton « les petits »), parceque les idées 
de « montagne », « dur », » petit » se confondaient dans la langue. 

6. 

Teptiz huictontli. {Voiv plus bas chap. III, 1.) L'uîci/î est l'instru- 
ment qui servait aux anciens Mexicains pour travailler la terre. Il avait 
la forme d'un bâton, dont une extrémité est élargie et un peu coudée. 



- 414 — 

(Voir le « dieu du vent » dans, Verôffentlichungenausdemkôniglichen 
Muséum fur Vôlkerkunde. Tome I, p. 160, fig. aa.) 

7. 

Les éléments qui expriment la sentence de ce paragraphe sont extrê- 
mement difficiles à interpréter,mais il est évident, que les radicaux ix, 
ix-nen ou yol sont ici placés l'un à côté de l'autre comme supplé- 
ments. Le premier donne l'idée de l'aspect d'un objet, l'autre celle de 
la vie. 

8. 

Cuextecatl toueyo. Ces mots sont synonymes et signifient l'habitant 
de la Huastèque, du pays bas arrosé par les affluents du Rio Pànuco. 
Toueyo veut dire « notre voisin ». Le mot s'employait pour les Huas- 
tèques, parce que cette nation confinait, dans les districts au-delà de 
Pachuca, immédiatement aux Mexicains, Les deux mots signifient ici 
un ornement porté au trou du septum naricis, qui ailleurs s'appelle 
yacametztli « lune du nez ». La déesse Tlaçolteotl ou Toci, la déité de 
la terre, et les dieux du pulqne (vin fait de la sève du maguey), Pahtecatl 
et ses confrères, sont représentés dans les Godes hiéroglyphiques parés 
de cet ornement. (Voir a Das Tonalamatl der Aubin'schen Sammlung 
« Compte-rendu, VIP Sess, Congrès international des Américanistes, 
pp. 645, 650 et « Veroffentlichungen aus dem kôniglichen Muséum fiir 
Vôlkerkunde. « Tome I, p. 132-133-147-152). Parmi les devises que les 
capitaines aztèques portaient à la guerre, il y en a deux qui sont 
pourvues de cette lune d'or portée dans le septum naricis troué. L'un 
d'eux est un casque en forme de bonnet à pointe. Il porte le même nom 
cuextecatl « la devise des Huastèques ». L'autre est une devise portée 
sur le dos et couronnée d'une tête de petit chien. Elle s'appelle 
quaxalotl. (Voir « ûber altmexikanischen Federschmuck und militâ- 
rische Rangabzeichen. Zeitschrift fur Ethnologie, XXIII, p. 114). 

Motlaquictdlo ytzcouattca. Motlaquiciulo se compose du substantif 
tlactli € le corps, le tronc » et du verbe icuiloua « dessiner, peindre » 
ûzcouatl « le serpent à pointes d'obsidienne » est un symbole delà fou- 
dre. Un des premiers rois Mexicains porte son nom. 

Motlatlamachia. Tlahmachtli est le terme technique pour € broderie »> 



- 418 — 

« ornement brodé ». Le verbe tlatlamachiaest employé ici comme syno- 
nyme d'icuilona « peindre », c'est-à-dire « appliquer des dessins ». 

9. 

Yyeliz ytlachieliz. — Yêliztli et tlachieliztli remplacent ici le moyolhuia 
mixtiuia du septième paragraphe. 

10. 

On pourrait déduire de la description de ce paragraphe que les an- 
ciens Mexicains avaient coutume de fabriquer des tortues d'or de la 
même manière que les Chinois et les Japonais font leurs petites tor- 
tues de bronze ou d'ivoire, c'est-à-dire, à cou et à pattes mobiles. 

1». 

Tcocuitlacozcatl chayauacayo. L'adjectif c^ai/awoc veut dire « dispersé, 
disséminé ». II dérive du verbe chayaua « esparcir ô derramar por 
el suelo trigo 6 cosasemejante ». Le chayauac cozcatl est un collier d'or, 
parsemé de pierres précieuses, et avec une grande pierre polie au mi- 
lieu, qui est encadrée d'or et du bord de laquelle un certain nombre de 
sonnettes est suspendu. C'est ainsi que le chayauac cozcatl est décrit dans 
le manuscrit aztèque de l'Académie de l'Histoire. Le collier qu'on voit 
dessiné dans une figure accompagnante, est justement de la même façon 
que celui qui figure parmi les insignes royaux aux Planches 18 et 24 
du premier Traité de l'Histoire du Père Duran. 



Le même procédé est décrit dans un chapitre suivant, et il faut dé- 
duire du texte de ce dernier qu'avant d'appliquer la cire, les orfèvres 
mexicains enduisaient la surface du moule d'une couche épaisse de 
charbon pulvérisé (tecolatl). Voir la matière des paragraphes 24 et 25. 

24. 

Teculatl.he mot ne se trouve pas dans les dictionnaires. Littéralement, 
il veut dire «eau de charbon». On pourrait supposer que le mot si- 



— 416 — 

gnifie « du charbon pulvérisé suspendu dans un liquide. » Dans un cha- 
pitre suivant il est dit, qu'on produirait au moyen de la colle une cou- 
che basse de cette matière sur la surface du moule. Voir le paragra- 
phe 64. 

26. 

Uapepecholoni, littéralement : « par qui un objet est enfermé ou doit 
être enfermé. » 



Tlacopinaloni, littéralement : « par qui on peut faire un moulage» ou 
« qui doit être moulé. » 

30. 

Anillotl.Le mot ne se trouve pas dans les dictionnaires. Il paraît qu'il 
dérive du verbe ania, causatif de ana « tomar, asir, o prender ». Si, 
dans le texte, il est dit que cet échenal se compose de cire, il est sous- 
entendu, sans doute, qu'on entourait ce tuyau ou cylindre de cire, 
d'une coquille, composée de charbon grossièrement pilé et d'argile. 

41. 

Dans ce paragraphe on cite les deux classes d'orfèvres que j'ai 
déjà mentionnées dans une note antérieure, c'est-à-dire les fondeurs 
et les marteleurs, et on voit que les ouvrages de ces derniers s'em- 
ployaient principalement pour orner des devises militaires {tla- 
uiztli), qui se faisaient des belles plumes des oiseaux de la terre 
chaude. 

50. 

Les marteleurs d'or et d'argent s'adressent aux artisans de plumes, 
pour que ceux-ci leur tracent le dessin qu'il faut mettre sur les plaques 
d'or, etc., parce que les ouvrages des marteleurs servaient presque ex- 
clusivement pour les devises militaires, faites de plumes. 



— 417 — 

53. 

Totomoloua, c'est presque le même mot que le français < bosse- 
ler » . Le verbe mexicain dérive de tomoni, ou totomoni e s'enfler » 
f se produire des bosses ». 

59. 

Sur le texte de ce paragraphe j'ai fondé ma version du mot Tlaço- 
quitlaliUi dans le quatrième paragraphe. 

'61. 

Michchichiqui, c'est mo-ix-chichiqui, de ixtU « la surface » et chichiqui 
intensif du verbe chiqui « racler » . 

CONCLUSION. 

Le contenu du chapitre précédent montre que les anciens 
Mexicains connaissaient et exerçaient les deux branches séparées 
de l'art de Forfévrerie. c'est-à-dire, le martelag-e et la fonte. Ils 
martelaient le métal au moyen d'une pierre et le bosselaient au 
moyen d'une pointe de pierre. Ces objets fabriqués par les 
marteleurs servaient principalement pour les devises militaires 
ouvrées en plumes. 

Quant à la fonte, il faut distinguer deux manières de travail- 
ler, une ancienne (avant la conquête) et une moderne (du temps 
des Espagnols). Celle-là était plus subtile et plus artistique, 
celle-ci plus grossière. Les anciens faisaient le moule d'un mé- 
lange d'argile et de charbon finement moulu, qu'on laissait 
sécher et durcir au soleil. C'était une matière qui se prêtait 
admirablement à la taille et à la ciselure. Or, les anciens 
taillaient et sculptaient tous les détails de l'objet à fondre direc- 
tement dans cette matière et, avant d'y mettre la coquille, ils 
couvraient ce moule, sculpté en charbon, d'une couche mince 
de cire à laquelle ils faisaient suivre tous les reliefs et les 

27 



— 418 — 

creux du moule. Ils taillaient et sculptaient le charbon au moyen 
d'un instrument de cuivre. Les modernes fabriquaient le moule 
d'un mélange d'argile et de sable, qu'ils laissaient également 
sécher au soleil. Mais il paraît qu'ils ouvraient seulement les 
formes générales de l'objet à fondre en cette matière, et qu'ils 
se contentaient d'exécuter les détails de l'ornementation en 
cire, dont ils couvraient le moule. Avant d'appliquer la cire à la 
surface du moule, et avant d'appliquer la coquille sur la cire 
couvrant le moule, on enduisait l'objet d'une couche lisse de 
charbon pulvérisé. La coquille elle-même était faite d'un mé- 
lange d'argile et de charbon grossièrement pilé. Un cylindre de 
cire (enfermé dans une coquille) servait de canal d'écoulement. 
En chauffant le moule sur le feu, on faisait sortir la cire. Puis on 
plaçait le moule dans un pot et on y jetait l'or qu'on faisait fondre 
dans une cuiller (d'argile, mêlée avec du charbon?) Le joyau 
étant fondu, on trempait l'objet dans un bain d'alun, puis on le 
frottait d'un mélange de terre limoneuse et de sel et on le po- 
lissait. 



CHAPITRE IL 



Ce chapitre commence au folio 46 du Manuscrit de l'Aca- 
démie de l'Histoire. Il correspond à la dernière partie du dix- 
septième chapitre du neuvième livre de l'édition espagnole de 
l'ouvrage du P. Sahagun. 

1. In tiateque tulleca ynic qui- Les Artisans lapidaires taillent 
tequiynyztactehuilotlyoantlapal le cristal de roche, l'améthyste, 
tehuilotl yoan chalchiuitl yoan l'émeraude vulgaire et l'émeraude 
quelzalitztli ynica teoxalli yoan fine au moyen d'émeri et d'un 
tlaquauac tepuzli. instrument de bronze; 

2. Auh ynic quichiqui lecpatl et les raclent au moyen d'un 
ttatetzotzontli. silex taillé ; 



— 419 — 



3. Auh ynic quicoyonia ynic 
quimamali lepuztlacopintli. 

4 Niman yhuian quixteca qui- 
petlaua quitemetzhuia, auh yn 
yeyc quicencaua. 

5. Ytech quahuitl yn quipetlaua 
ynic pepetlaca, ynic motoname- 
yotia ynic tlanextia. 

G. Anoço quetzalotlatl ynitech 
qui petlaua ynic quicencaua ynic 
qui yecchiua ynin tultecayo tla- 
tecque. 

7. Auh çannoiuhqui yn tlapal 
tehuilotl ynic mochiua ynic mo- 
cencaua. 

8. Achtopa quimoleua quihui- 
peua tepuztica yn tlateque yn tul- 
teca ynic yyoca quitlatlalia yn 
quaili motquitica tlapaltic yn ita- 
qui. 

9. Çan niman yuhqui tlatlalia 
yn campa monequiz,yniquac qui- 
moleua tepuztica. 

10. Auh niman quichiqui quix- 
teca yoan quitemetzhuia yoan 
quipetlaua ytech quahuitl yn tla- 
petlaualoni ynic quiyectilia ynic 
quicencaua. 

11. Auh yn yehoatl yn mote- 
neua.eztecpatl ca cenca tlaquauac 
chicauac camo ma vel motequi 
ynicateoxalli. 

• 12. Çaçan motlatlapana mote- 
huia. 
13. Yoan motepehuilia yn ite- 



et les creusent et les forent au 
moyen d'une pointe de cuivre 
nue. 

puis ils les facettent, les bru- 
nissent et leur donnent le dernier 
lustre. 

ils les polissent sur du bois, de 
sorte qu'elles deviennent très bril- 
lantes, rayonnantes, luisantes. 

ou ils les polissent sur du bam- 
bou et les lapidaires finissent ainsi 
et achèvent leur travail. 

Et de la même manière on tra- 
vaille et dégauchit l'améthyste. 

En premier lieu les artisans la- 
pidaires brisent l'améthyste et l'é- 
crasent avec un instrument de 
bronze, car ils ne travaillent que 
les belles pièces, qui sont entière- 
ment rouges. 

Aussi ne les travaillent-ils que 
dans les parties oii il est néces- 
saire, quand ils les brisent avec 
l'instrument de bronze. 

Puis ils les raclent, les facettent 
et les adoucissent et les polissent 
sur le bois appelé polissoir ou bru- 
nissoir et ainsi ils les confection- 
nent et les achèvent. 

La pierre nommée silex de sang 
(héliotrope) est très dure et très 
forte, elle ne se taille pas bien avec 
l'émeri. 

On la brise et l'équarrit d'une 
manière quelconque. 

et on rejette la gangue, la roche 



— 420 — 



petlayo yn amo qualli, yn amo 
uel no mopetlaua. 

14. Çan yehoatl mocui, mole- 
molia, yn qualli, yn vel mopetlaua 
yn eztic, yn uel cuicuiltic. 



15. Michiqui atica yoan ytech 
tetl cenca tlaquauac vnpa uallauh 
yn matlatzinco. 

i6. Ypanpa ca uel monomana- 
miqui, yniuh chicauac tecpall 
noyuh chicauac yn tetl, y nie mo- 
nepanmictia. 

17. Çatepanmixtecaycateoxalli 
yoan motemelzhuia yca esmellil. 

18. Auh çatepan yc mocencaua 
yc mopetlaua, yn quetzalotlatl. 

19. Ynic quicuecueyotza qui 
tonameyomaca. 

20. Auh yn yehoatl motocayotia 
vitzitziltecpatl niman yuh yolli 
tlacati. 

21. Miyectlamantli ynic mocui- 
cuiloua, iztac yoan xoxoctic yoan 
yuhquin tlell,anoço yuhqui citlali 
yoan yuhquin ayauh coçamalotl. 

22. Çan tepiton xalli ynic mi- 
chiqui ynic mopetlaua. 

23. Auh yn yehoatl motocayo- 
tia xiuhtomoUi camo tlaquauac 
camo ezmellil ytech monequi ynic 
micbiqui ynic mixteca yoan ynic 
motemetzhuia yoan ynic mope- 
tlaua ynic moquetzalotlahuiaya 



stérile et qui ne se prête bien au 
polissage. 

On ne prend et on ne cherche 
que les belles pièces qui se prêtent 
bien au polissage, les rouges 
sanguines, qui se laissent bien 
sculpter. 

On les racle avec de l'eau et sur 
une pierre très dure qui vient du 
pays des Matlatzinca (du district 
de Toluca). 

Et parce que ces deux pierres 
sont compagnons Tune de l'autre, 
comme le silex est aussi fort que 
la pierre est forte, ils se tuent 
l'une l'autre. 

Puis on les facette et les adou- 
cit au moyen d'émeri. 

Et on les prépare et les polit 
avec le bambou. 

Par cela on les fait étincelantes 
et on leur donne un lustre 'pareil 
aux rayons du soleil. 

Et ce qu'on appelle silex d'oi- 
seau-mouche, (pierre de mille cou- 
leurs) est de sa nature un animal. 

Il est peint de mille couleurs, 
blanc, bleu clair, rouge ardent, 
noir avec des tâches blanches, et 
couleur de l'arc-en-ciel. 

On le racle et on le polit sim- 
plement avec du'sable fin. 

La pierre qu'on appelle tur- 
quoise ronde, n'est pas très dure, 
et on n'a pas besoin d'émeri 
pour la racler, facetter, adou»- 
cir, polir. On la polit sur le bam- 
bou, d'où il reçoit son lustre rayon- 



421 — 



ynic motonameyotia motlanex- 
yotia. 

24. Auh yn yehoatl teoxihuitl 
ca amo cenca tlaquauac. 

25. Çanno tepilon xalli ynic 
mopellaua ynic moyecliliaauh yn 
uel no yc niollanexlilmaca moto- 
nameyomacaoccenllamantliytoca 
xiuhpetlaualoni. 



nant et son éclat. 

La turquoise aussi n'est pas 
très dure. 

On la polit aussi avec du sable 
fin et on lui donne un lustre très 
brillant et très rayonnant au 
moyen d'un autre polissoir appelé 
polissoir de la turquoise. 



NOTES 



i. 



Tlateque, en propres termes tlatecque, de tequi. Prêt, onitlalec 
« couper ». 

Yzlac tehuiloU, c'est le cristal de roche. Mais il paraît qu'on confondit 
avec lui toute pierre transparente, limpide comme l'eau et le verre. 
Par exemple, il y en avait au Mexique des variétés de la pierre doublante, 
du calcaire transparent. Bans les collections du Musée royal de Berlin 
il y a une quantité de lenlell « bezotes», les pierres que les chefs Mexi- 
cains portaient à la lèvre inférieure. La plupart sont faites d'obsi- 
dienne, d'autres de cristal de roche, et d'autres de pierre doublante. 
L'étymologie du mot teuilotl paraît èlre celle de « pierre ronde », 
ainsi que la goutte d'eau. Voir tcuilacachtic « chose ronde » et iloti 
« tourner ». 11 y a d'autres termes qui signifient aussi le crislal, chipi- 
lotl el chopitotL Ceux-ci veulent dire « à la' manière de la goutte de 
pluie ». Les (euilotl venaient des versants montagneux du côté Atlanti- 
que du Mexique. Dans la liste de tributs, qu'on payait au roi Mote- 
cuhçoma, le cristal figure comme tribut des villes ïochteper, Cuetlax- 
llan, Cozamaloapan, c'est-à-dire de celte région de l'Etat de Vera-Cruz, 
dont le centre est aujourd'hui la ville de Cotastla. Le cristal est l'ins- 
trument des sorciers, dans la profondeur lucide duquel ceux-ci recon- 
naissaient le passé, le futur et toutes les choses secrètes. De là paraît 



— 422 — 

dériver l'usage du mot mexicain uilotlatia «ensorceler». Au Yucatan 
encore aujourd'hui le cristal et toutes les pierres transparentes en gé- 
néral, servent pour la même fin. Là le cristal, comme instrument du 
sorcier est appelé za2:-<Mn, ce qui veut dire « la pierre claire », D'après 
Hernandez, le cristal possède la vertu de chasser les démons, les ser- 
pents et les autres animaux venimeux. 

Tlapallehuilotl « le cristal rouge », c'est l'améthyste, d'après Her- 
nandez. (Voir Ximenez, Cuatro libros de la Naturaleza,l\ ,^q p., cap. 12). 

Chalchiuitl, dans les dictionnaires, est interprété par « émeraude 
vulgaire » (esmeralda basta). C'étaient des pierres vertes, mêlées de 
blanc, sans transparence, des quartzites chloritiques, des serpentines 
et d'autres pierres d'un aspect semblable peut-être aussi des pierres 
de la famille de la jadéïte. D'après Sahagun, les chefs et les capitaines 
en faisaient beaucoup usage, en entourant leurs poignets en enfilades. 
11 n'était pas permis aux gens vulgaires de les porter. 

Quelzalilzlli est l'émeraude fine, pierre verte, sans tache, pure, trans- 
parente et brillant d'un grand éclat. 

Ynica teoxalli. Dans ma copie du texte, on lit yoan teoxalli. C'est une 
erreur sans doute. Le teoxalli « sable divin » est l'émeri (voir Molina, 
I, s. V. « esmeril ». Dans notre texte il est nommé plus bas par le mot 
espagnol (« esmellil », c'est-à-dire « esmeril »). Le père Sahagun au 
vingt-quatrième chapitre du dixième livre « mentionne les hommes 
qui vendent des glaces. » Ils sont de la classe des lapidaires, car ils 
s'exercent à couper délicatement les pierres polies qui servent de 
glaces et les raclent avec l'instrument qu'on appelle teuxalli ». En dé- 
nommant le teoxalli un instrument, le père avait sans doute mal com- 
pris ce que signifiait le texte aztèque qu'il rendait en espagnol. 

Tlaquatiac tepuztliu\e cuivre dur », sans doute un alliage quelconque 
de la classe des bronzes. 

3. 

Tepuztlacopintli ; copina est « tirer » copina espada « tirer l'épée « es- 
pada tlacopintli « l'épée nue ». 

4. 

Jxteca t veut dire » mettre des faces * de leca » mettre sur le sol t et 



— 423 — 

ixtli « la face ». C'est donc presque le même mot que le français 
facetter. 

Quitemetzkuia-temetzili c'est le plomb. Le mot se compose de tetl 
« pierre » et metztli « la lune ». Ce nom fut donné au plomb sans 
doute parce qu'on comparait le lustre mat de ce métal à la lune. Du 
mot temetztli dérive le verbe temelzuia « plomber, ronder». C'est 
dans tout une autre acception que le verbe temetzuia est employé dans 
notre texte. Ici il signifie « adoucir » donner un lustre mat à la pierre. 

6. 

Quetzaîotlatl « le bambou précieux » est mentionné aussi au livre 
dixième comme instrument des lapidaires qui vendent des glaces. 



Çannoiuhqui « de la même manière » . Ce mot, introduisant la des- 
cription qui suit, prouve que la description précédente (| 1-7) a pour 
but de détailler la manière d'ouvrer le cristal de roche. 

9. 

Çanniman iuhçui tlatlalia yncampa monequiz. — Çanniman iuhqui, 
litéralement « seulement maintenant ainsi », veut dire comme çan 
iuhqui ou çan iuh « seulement ainsi ». Il paraît que les lapidaires 
mexicains laissaient intactes les facettes naturelles du cristal et ne tra- 
vaillaient que l'autre bout, avec lequel le cristal est fixé sur la paroi 
de l'éclat. 

11. 

Veztecpatl et Veztell, d'après Hernandez, sont des variétés du jaspe 
et du chalcédoine. L'un est décrit comme rouge foncé avec des taches 
vertes, l'autre comme verdâtre avec des scintillements de couleur de 
sang. Il paraît donc qu'ils étaient de cette classe de jaspes qu'on ap- 
pelle héliotrope. Les Mexicains leur attribuèrent la vertu d'arrêter le 
flux de sang, la dyssenterie ou quelque autre flux de sang. Et pour cette 
raison, ils les portaient au poignet ou en collier. 



— 424 — 

17. 

L'auteur a fait usage ici une fois du mot aztèque teoxalli et l'autre 
fois du mot espagnol esmellil (= esméril). On en pourrait déduire que 
ce sont deux matières diverses, qu'on voulait signaler par ces deux 
termes. Cependant, comme il est dit bien clairement, dans le Diction- 
naire de Molina, que Témeri s'appelait tecxalli^je m'incline à l'opinion 
que ce n'est qu'au hasard, à une certaine négligence du rapporteur, 
qu'il faut attribuer ce fait curieux. 

19. 

Cuecueyotza est le causatif du verbe cuecueyoca « luir, étinceler ». La 
même différence se voit dans les verbes quaqualaca t bouillir » (voir 
Molina) et quaqualatza « faire bouillir » (voir plus haut, chapitre I, | 
88) et dans les verbes cuecuetlaca « s'agiter, ondoyer » cuecuetlalza 
onduler». 

20. 

Uitzitziltell. D'après Hernandez,on les appelle aussi «yeux de chat». 
Il les décrit comme des pierres petites qu'on trouve en grande abon- 
dance dans le district de Tototepec, c'est-à-dire, dans les plages de la 
mer du Sud. Cette description est confirmée en partie par Sahagun. 
D'après lui, elles se trouvent dans le sable des côtes de la mer et dans 
un fleuve qui coule sur la terre de Totonicapan. Ce sont les couvercles 
de la coquille de certaines Univalves du genre Turbo et de ses alliés. 

21. 

Yuhquin tletl. Pour signifier la couleur rouge, les Mexicains avaient 
le mot tlapalli litéralement « teinture, couleur », parce que le rouge est 
la couleur par excellence. L'adjectif tlapaltic « rouge » dérive de ce 
mot. Mais ces termes ne signifiaient que la couleur foncée de la coche- 
nille. Il y avait un autre mot tlatlauhqui « rouge ». Celui-ci signifie 
en particulier la couleur « rose clair de l'aurore {tlauizlli) ». Le bec- 
à-cuiller (Platalea ajaja L.), l'oiseau à plumes de couleur rose, en reçut 
son nom {tlauh-quechol). Un troisième terme est chickillic, qui veut dire 



— 425 - 

couleur du piment rouge {chilli). a La paraphrase yuhquin tletl i i de 
la couleur du feu », signifiera à peu près la même nuance. 

Yuhquin çitlalin littéralement « comme une étoile ». Les Mexicains 
représentaient le ciel étoile par des yeux sur un fond sombre, noir. 
Plus simplement, on mettait au lieu d'yeux des petits cercles blancs 
sur un fond noir. C'est de cette manière que les devises sont peintes 
qui portaient le nom citlalcoyotl citlallo chimalli (voir Sahagun, Ma- 
nuscrit de l'Académie de l'Histoire à Madrid), et de la même manière 
on voit représenté le distinctif du hiéroglyphe de la ville Citlaltepec 
(Voir la liste des tributs, Codex Mendoza, planche 17, fîg. 1). 

23. 

Xiuhtomolli « turquoise ronde ». Au onzième livre du père Saha- 
gun, elle est décrite comme ressemblant à une noisette coupée par la 
moitié. Dans un autre passage du même livre elle est mentionnée sous 
le nom xiuhtomollell parmi les pierres médicinales. Elle est décrite 
comme verte et blanche simultanément, ainsi que le chalchiuitl (éme- 
raude vulgaire). On l'apportait des régions de Guatemala et de Soco- 
nusco, mais elle n'était pas indigène de ces régions. On l'estimait beau- 
coup, et on faisait des enfilades en chapelet, pour les enrouler autour 
du poignet. De la turquoise vraie, d'autre part, on en faisait usage 
principalement pour les mosaïques. 

CONCLUSION 

Dans les notes précédentes, j'ai donné les éclaircissements 
nécessaires. Il me reste donc peu de chose à dire. Selon mon avis, 
le fait le plus curieux, relatif à la matière de ce chapitre, c'est 
que les anciens Mexicains firent usage de l'émeri pour la taille 
et le polissage des pierres précieuses. 



CHAPITRES III ET IV. 

Ceux-ci commencent au verso du folio 48 du Manuscrit de 
l'Académie de l'Histoire. Us correspondent aux chapitres 20 et 21 



426 — 



du neuvième livre de l'édition espagnole de l'ouvrage du P. Sa- 
hagun. 

De los instrumentos con que labran los oficiales de pluma 



1. Yn ixquich yntlatlachichi- 
vaya, yn tepuzvictli tepuztlate- 
coni, ynic motequi yhuitl. 

2. Yoan yn omivictli ynic mo- 
çaloa. 

3. Yoan yn tlacuiloni, yn tla- 
palcaxitl ynic quicuiloua, quitly- 
lania yn machiyouh. 

4. Yoan yn quauhtlateconi yni- 
pan motequi yhuitl. 

5. Quinamictique yn tepuztli 
tlaquavac quavitl yn tlatlauhqui, 

6. Auh in yequene vel ueix tol- 
tecayoll^ yn ivitlacuilolli, ye mu- 
chiua quin ipan yn Motecuçoma. 

7. Ypampa yniquac tlatocatia 
ye vel ypan totocac ynic vallacia 
quetzalli yoan in ye muchi tlaço- 
yvitl, vel ypan tlapiuix. 

8. Yc nonqua quintecac quin- 
calten, 

9. Centetl calli quinmacac yn 
i.xcoyan yamantecavan catca yni- 
tech povia nepan intoca yn Tenu- 
chtitlan amanteca yoan in Tlati- 
lulco.amanteca. 



Ici sont énumérés les différents 
outils des ouvriers de plume : le 
couteau de cuivre pour couper 
la plume. 

Et le plioir d'os, au moyen du- 
quel on attache la plume. 

Et le pinceau, la boîte à cou- 
leurs, au moyen desquels ils pei- 
gnaient et traçaient leur dessin. 

Et le coupoir de bois, la plan- 
che sur laquelle la plume se 
coupe. 

Ils ajoutent à l'instrument de 
cuivre une planche d'un bois très 
dur, du bois rouge. 

C'est du temps du roi Motecu- 
çoma, que ce métier grandit, la 
peinture en plumes. 

Parce que ce fut pendant son rè- 
gne que l'importation des plumes 
quetzal et des autres plumes pré- 
cieuses grandit et s'augmenta 
beaucoup. 

On les gardait et les emmagasi- 
nait séparément 

Un magasin était celui oii l'on 
gardait les plumes qui étaient la 
propriété de « ses artisans de plu- 
mes » (des artisans de plumes du 
dieu Uitzilopochtli),le terme com- 
mun sous lequel on comprenait 
les artisans de plumes des muni- 
cipalités de Tenochtitlan et de Tla- 
telolco. 



— 417 — 



10. Auh in yehuantinhin çan 
quixcaviaya yn quichiuaya yllat- 
qui vitzylopuchtli, yn quitocayo- 
tiaya teuquemitl, quetzalquemitl, 
vitzitzilquemitl, xiuhtotoquemitl 
yc tlatlacuilolii, yc tlatlatlama- 
chilli yn ye muchi yn izquican ycac 
tlaçoyhuitl. 



11. Yoan quichivaya ynixco- 
yan ytlatqui Motecuçomaynquin- 
macaya.yn quintlauhliaya ycova- 
uan altepetlipan tiatoque. 



12. Yc mononotzaya motene- 
vaya tecpanamanteca ylolleca- 
van yn llacatl. 

13. Auh yn cequintin motene- 
vaya calpixcan amanteca, ytech 
pouia ynizquitetl ycaca ycalpix- 
cacal Motecuçoma. 

14. Yehuatl quichivaya yn tiein 
yn macevaltlatqui Motecuçoma 
ynipan maceuaya mitotiaya. 

15. Yniquac yihuiti quiçaya 
quitlatlattitiaya, quitlanenectiaya 
yn çaço catleuatl queleuiz ynipan 
mitotiz. 

16. Ga cecentlamantli yecavia, 
çecentlamantli qui chivaya yn iz- ■ 



Ceux-ci ne travaillaient que les 
vêtements d'Uitzilopochtli appelés 
teoquemitl (\emQ.nte&u fait des plu- 
mes de l'oiseau précieux, manteau 
fait des plumes du bec-à-cuiiier à 
couleur rose ?) ; quetzalquemitl (le 
manteau fait des plumes de l'oi- 
seau quetzal) ; uUzitzilqueinitl (le 
manteau fait des plumes de l'oi- 
seau- mouche) ; xiuhtotoquemitl (le 
manteau fait des plumes du co- 
tinga à couleur de turquoise) 
pourvus d'ornements et de des- 
sins ouvrés en tout genre de plu- 
mes précieuses. 

Et (d'autres ouvriers de plu- 
mes) faisaient les vêtements qui 
étaient la propriété de Motecuh- 
çoma dont il avait coutume de 
faire présent d'honneur à ses con- 
vive?, les seigneurs des villages. 

D'où ils reçurent le nom ou- 
vriers de plumes du palais, arti- 
sans du roi. 

Etd'autress'appelaient ouvriers 
de plumes des magasins ; ils 
étaient attachés aux divers maga- 
sins du roi Motecuhçoma. 

Ceux-ci fabriquaient les vête- 
ments de danse pour le roi Mote- 
cuhçoma, qui les portait à la 
danse. 

Au jour delà fèteils lui faisaient 
choisir à son goût le vêtement 
qu'il préférait pour la danse. 

Car les différents employés des 
magasins du roi fabriquaient ces 



— 428 — 



quican catca ycalpixcavan yn qui- 
tlapieliaya. 

17. Auh yn cequintin motene 
•uaya calla amanteca, in yehuan- 
tiny çan quixcaviaya yn llavizlli 
quichivaya qui motiamictiaya 
aço chimalli, anoço tozevatl, yn 
Çaço quenami quichivaya. 



18. Auh yn axcan macivi yn 
aocmo cenca monequi tlaviztli, 
caçan ye yuh otlatoca, çan ye yuh 
motocatiuh yn llachiualli, yn tla- 
chichiualiztli yniuh otlacauhtia- 
que, otlanelhuayotitiaque aman- 
teca vevetqueynicquitztiviyn tul- 
tecayo. 

19. Ca çan yee yn imix ynyollo 
motillaniynicllachichiualoaxcan. 

20. Ca muchiva yn chimalli, y- 
vitica motzacua, mopepechoa yn- 
iquac monequi. 

21. Auh muchiuayntlamamalli 
ynipan macevalo yoan yn ixquich 
macevaltlatquitl yn netotiloni, 
yn nechichiualoni yn quetzalli, 
yn icpacxochitl, yn machoncotl, 
yn matemecatl, yn ecaceuaztli, 
aztaecacevazlli, tlauhquecholeca- 
ceuaztli,çaquanecacevazlli,coxol- 
ecaceuaztli , quelzalecaceuaztli, 
yoan macpanill, quetzal macpa- 
nitl çaquaniica tlatlapanqui, viuiU 



vêtements de différentes manières 
et les gardaient dans les maga- 
sins. 

Et d'autres s'appelaientouvrlers 
de plumes domestiques. Ceux-ci 
ne fabriquaient que les devises 
pour les chefs et les guerriers et 
en faisaient commerce, soit une 
rondache ou une cotte faite de 
plumesjaunes; ou quelque autre 
objet qu'ils faisaient. 

Et quoique on n'ait plus grand 
besoin de devises faites de plumes, 
néanmoins l'industrie et l'orne- 
mentation marchent et se conser- 
vent de la même manière que les 
anciens amanteca (ouvriers de 
plumes) dont l'habileté artistique 
est reconnue, les ont transmises 
et fondées. 

Car c'est avec beaucoup de soin 
et une grande expérience que le 
métier s'exerce aujourd'hui. 

On fait des rondaches et on les 
couvre et les pare avec des plumes, 
si quelqu'un en a besoin. 

On fait les devises qui se por- 
tent sur le dos en dansant, et tous , 
les vêtements de danse, les ajus- 
tements avec lesquels on dansait, 
et les parures dont on se parait, 
les ornements de tête, les ban- 
deaux frontaux^ les brassards et 
les bracelets, les éventails, faits 
en plumes de héron, de bec à- 
cuiller rouge, de çacuan, de coq 
indien, de quetzal, et les étendards 



— 429 



tequi, aztapanitl, teocuitlapanitl 
quetzaitzontecomayo. 



22. Yoan yn vel oncan neci tol- 
tecayotl, yn ivitlacuilolli, ca mu- 
chiua yuitlatlayxiptlayotl. 



23. Auh ynic tlachichiualo ynic 
amantecativa ontlamantli. 

24. Ynic centlamantli yeh yn 
tzacutica moçaloa yhuitl, ynic 
yecaui tlachiualli. 

25. Auh ynic ontlamantli çan 
mecatica, ychtica yn yecavi yn 
movellalia tlachiualli. 

26. Yvin yn nelhuayoua yn om- 
peua toltecayotl, ynic quipeualtia 
yntlachichiual amanteca. 



portés dans la main, faits en plu- 
mes vertes quetzal alternant avec 
les plumes jaunes du çacuan, 
comme les articles du doigt alter- 
nent les uns avec les autres, les 
étendards faits de plumes de hé- 
ron et ceux faits d'une lame d'or 
ou d'argent, et couronnés d'un 
panache de plumes quetzal. 

Et c'est particulièrement dans 
les mosaïques en plumes que l'ha- 
bileté de ces artisans se révèle. 
Car on fait de vraies images en 
plumes. 

Et le métier et la profession des 
artisans de plumes s'exerce de 
deux manières différentes. 

Par une manière de travailler 
on fixe les plumes sur le substrat 
au moyen de la colle et on achève 
ainsi l'ouvrage. 

Et par l'autre, on n'exécute le 
travail et ne le mène à fin qu'au 
moyen de fil et ficelle. 

Voici les principes et le com- 
mencement de la profession com- 
me les artisans de plumes com- 
mencent leur travail. 



De la manera que tienen en haçer su obra essos ofûciales 



27. In yehuantiû amanteca yn 
ivitica tlacuiloani, ynivitl quima- 
viltia, ynic peuayntlachival. 



28. Ocachto quitta yn machiotl 
yn quenami quitlalizque. 



Les artisans de plumes qui font 
des mosaïques en plumes dont le 
métier est de faire des ouvrages 
en plumes, commencent leur tra- 
vail de la manière suivante : 

En premier lieu, ils cherchent 
comment ils feront le dessin. 



- 430 — 



29. Yehuantin achto quicuiloua 
yn tiacuiloque. 

30. Yniquac oquittaque ynic 
ttamachca, ynic tlatlamachilli, yn 
aço vel texlitoc llaciiillolli ; 

31. Niinan yc mepan quivapa- 
ua, quitzacLiapava ynichcall, qui 
tocayotia ychcatlauapaualli. 

32. Qiiilemoa yn qualli metl yn 
ixxipetztic, yn ixteizcaltic . yn 
amo yxçanayo, yoan ym pechtic, 
yxpechtic, yn amo copiltic co- 
piclîlic, ypan quiuapaua yn ich- 
catl. 

33. Achto conixtzacuia, conitz- 
tzacmatoca. 

34. Niman yc ypan conteca, 
conçoa, compachoa yn ichca- 
tlapuchintli. 

35. Achto vel quipuchina, ca- 
hana quicanaua, yquac ynçayuh- 
qui tocapeyoll, yn çayuhqui aya- 
vitl mepan compachoa. 

36. Auhtonayan commana, çan 
achionixuaqui. 

37. Yniquac onixvac occeppa 
conitztzacuia, yc onixpeti, yc on- 
ixtetzcaliui yc onixxipetziui yn 
ichcatl ynic aocmo çan puchintoz 
yc vel ypan on vaqui yn tzacutli. 



38. Auh yniquac ovac yn ovel 
cacalachvac, niman yc mocoleua. 



Ce sont les peintres qui le tra- 
cent. 

Quand ils ont reçu le dessin et 
qu'ils se sont assurés s'il est assez 
détaillé, 

Ils font sur la feuille de ma- 
guey une doublure de coton et 
de colle, appelée doublure de co- 
ton. 

Ils cherchent le bon maguey, 
celui dont la surface est lisse, po- 
lie et sms croûtes, dont la sur- 
face est unie et sans gerçures, 
pour y préparer la doublure de 
coton. 

En premier lieu ils enduisent la 
feuille du maguey de colle. 

Puis ils mettent dessus le coton 
cardé, ils l'y étalent et l'y fixent. 

Mais avant de le fixer sur le 
maguey, ils le cardent bien, ils 
l'amincissent, de sorte qu'il n'est 
plusqu'une toile d'araignée, qu'une 
bande de nuage. 

Ils l'exposent au soleil, mais ils 
ne le laissent sécher que très peu 
et sur la surface. 

Quand il est sec, on enduit une 
seconde fois le (papier de) coton 
de colle et on plane la surface 
de sorte qu'elle devienne très 
lisse, qu'il ne soit plus besoin de 
la carder et que la colle y puisse 
sécher bien. 

Et quand il est devenu bien sec, 
à craqueter, on détache le papier 
(de la feuille du maguey). 



- 4Si 



39. Yquac ypan ommoçoa om- 
momana yn tlacuilolmachiyotl yc 
ypan micuiloa, motlilania, ye- 
vall ypan ommotztiuh yn tlani- 
pan valneci llacuilolli. 

40. Auh in yquac omocencanh, 
yn onoviyan micuilo ychcatl yn 
atle omolcauh yn ixquich yc lla- 
tlalilli machiyotl, ninian yc ypan 
ommoçaloa ce amall, quavamall, 
yc mocenvapaua, yc chicava yn 
ichcallavapaualli. 

41. Auh niman yc mopevaltia 
yn tepuzvictica mocni, motacalo- 
tiuh yn vmpa cacalactica, xoxo- 
molaclica tlacuilolli. 

42. Ypan motequi, mocuicui te- 
piton quauhtontli ynitoca quauh- 
tlateconi, yxquich ypan motequi, 
moteynia, moquapauia, moqua- 
yavaloaynivitl. 



43. Auh yniquac ye onoviyan 
mocuicuic amamachiyotl, yniuh- 
quiycca tlacuilolli, niman yc me- 
pan ommomana, vncan ypan yc 
micuiloa yn mell, mototocatiuh 
yn vncan omocuicuic machiyotl 

44. Yniquac omicuilo metl, ni- 
man yc on mitztzaccuia, ypan on 
mochcavia yc motzacvapaua yn 
ichcatlavapalli, yn ichcatl ytech 
valmoteca yntlilantli, yntiapalli. 



45. Ocno vaqui tonayan. 

46. Çatepan ypan moteteca yn 



Puis on y met et on y étale le 
dessin de couleur et on y trace 
avec couleur ce dessin, de sorte 
qu'on le voit sur le papier, qu'il 
apparaît sur le fond du papier. 

Et quand cela est fait, que le 
(papier de) coton est peint dans 
toutes ses parties et que rien des 
figures du dessin n'est oublié, on 
le colle sur un papier d'écorce, 
en doublant et renforçant la dou- 
blure de papier de coton collé. 

Puis, on commence à enlever au 
moyen d'un râcloir de cuivre et à 
extirper la peinture qui y a péné- 
tré (c'est-à-dire dans le papier). 

On coupe et on enlève le dessin 
sur une petite planche debois,ap- 
pelée coupoir de bois. C'est sur 
cette planche qu'on coupe les dif- 
férentes plumes, qu'on les réduit 
en petits morceaux, qu'on les étê- 
te et coupe en rond. 

Et quand le patron de papier 
est découpé partout, correspon- 
dant au dessin peint, on le place 
sur une feuille de maguey, et on 
trace le dessin sur la feuille, en 
suivant les creux du patron. 

Quand la feuille de maguey a 
été peinte, on l'enduit de colle, on 
y met du coton et on confectionne 
ainsi avec de la colle la doublure 
de coton, le papier de coton, sur 
lequel (les plumes) s'arrangent qui 
forment les contours et les tons 
de couleurs. 

Et on le laisse sécher au soleil. 

Puis on y place les plumes qui 



432 — 



ivitl moteneva tlauatzalli, tlatzac- 

vatzalli. 

' 47. Tel achtopa oc nonqua me 

pançanoccecentetl moteteca, mo- 

tzacvatza yn ivitl, moteneva tla- 

tzacvatzalli. 

48. Tzacutica mopiloa, motzac 
piloa yn ivitl, çatepan mepan 
moçaloa,. omivictica on mixxi- 
petzoa. 



49. Ynhin moteneva tlavatzalli 
çan oc muche yn macevaliuitl. 

50. Ga yehuatl vel quiyacana 
quiyacatia ynic yecavi yvitlachi- 
ualli. 

51 . Yehuatl achto tlapepechyoll, 
ypepech muchiua quimopepech- 
tia yn ixquich tlaçoyvitl. 

52. Aço coztlapalli yn motzac- 
vatza, anoço aztatl, aço chamulin 
aço cuitlatexotl, aço cochoyviti, 
anoço aztatl, anoço ytla yvitl çan 
llapalli, tlatlapalpalli. 



83. Ypan movelitta, moyehe- 
coa, monanamictia yn catlevatl 
qui monanamictiz, quimopepech- 
tiz tlaçoyvitl. 



s'appellentplumes maigres ou col- 
lage maigre. 

Mais on y applique d'abord sépa- 
rément cette couche, ce collage 
de plumes maigres sur les feuilles 
de maguey. 

On ramasse les plumes avec de 
la colle, puis on les fixe sur la 
feuille de maguey [c'est-à-dire, 
sur le papier de coton qui couvre 
la surface de la feuille], et on 
aplanit la couche au moyen d'un 
râcloir ou plioir d'os. 

Celles qu'on appelle plumes 
maigres toutes ne sont que des 
plumes ordinaires. 

Car elles introduisent le travail 
déplumes. 

Elles font la première couche et 
servent de lit aux différentes plu- 
mes précieuses. 

On emploie, par exemple, pour 
le collage maigre les plumes tein- 
tes de jaune, les plumes de héron, 
les plumes rouges sombres du 
chamolin, les plumes bleues delà 
queue de Tarara, les plumes rou- 
geâtres du perroquet cocho, les 
plumes de héron ou autres plumes 
quelconques unicolores ou multi- 
colores. 

On y fait attention et on cher- 
che à savoir par expérience et par 
confrontation quelles sont les plu- 
mes précieuses qu'il leur faut as- 
socier et auxquelles elles peuvent 
servir de lit. 



— 433 — 



54. Ynxiuhtototlyehuatlmope- 
pechyotia yn cuitlalexotli yviyo 
yehuatl quixvaltia yn alo : auh yn 
tzinitzcanyehuatlquimopepechtia 
yn cochoy viti : auh yn tlauhquechol 
yehuall ypepech muchiua mi 
çanyeno yeh yacapachyo tlauh 
quechol, anoço tiatlapalpalli yviU 
auh yn toztli y pepech muchiva yn 
coztlapalli yhuiti, çannoyeh qui 
mopepechtia yn tozcuicuil. 



55. Yn iuitl hin moteneua coz- 
tlapalli çan mopa, mocozticapa 
mocozpa. 

56. Tleco ycuci, ypan quaqua- 
laca yn tlapalli çacatlaxcalli tla- 
xocotl monamictia, auh çatepan 
motequixquia. 

57. Yniquac ye omocencauh 
yn izquican ycac llapepechyotl yn 
ivillauatzalli, in ye noviyan omo- 
letecac oniotzacvatz ynipan ych- 
call mepan llacuilolli, çatepan 
mocoleua. 



58. Auh yquac centetl momana 
vapaltontli, ypan moçaloa ce 
amatl. 

59. Occeppa ypan micuiloa yn 
omocuicuic machiyoll, yn tlacui- 
cuitl omochiuh. 

60. Ye evatl ypan ecaui yn iui- 



G'est aux plumes du cotinga & 
couleur turquoise qu'on fait un lit 
avec les plumes bleues de la queue 
du guacamayo rouge ou de l'arara; 
c'est aux plumes resplendissantes 
(noires et vertes) du tzinilzcan 
qu'on fait un lit avec les plumes 
noirâtres du perroquet cocAo; pour 
les plumes du bec-à-cuiller rouge 
on fait un lit avec les plumes du 
même oiseau à bec plat, ou avec 
des plumes rouges; et pour les plu- 
mesjaunes resplendissanteson fait 
un lit avec des plumes teintes de 
jaune ou avec les rognures des 
plumes jaunes resplendissantes. 

les plumes appelées teintes de 
jaune sont artificiellement teintes 
en jaune. 

On fait bouillir au feu la cou- 
leur « flan d'herbe » ensemble 
avec de l'alun, et puis on y ajoute 
de la potasse. 

Quand toutes les couches infé- 
rieures composées de plumes mai- 
gres sont ainsi confectionnées, et 
que le papier de coton peint ap- 
pliqué sur la feuille de maguey a 
été couvert dans toutes ses parties 
de collages de plumes maigres, on 
le détache. 

Et puis on apporte une petite 
planche, sur laquelle un papier est 
collé. 

On y peint encore une fois le 
dessin au moyen du patron qui a 
clé découpé. 

C'est sur celle planche qui sert 
â8 



— 434 - 



tlachiualli, ypan moteçaloa yn 
ivitl vapalli. 

61. Aço xochitlacuilolli, aço 
quillacuilolli, anoço ytla tlayxip- 
tlayotl yn muchivaz, yn çaço tlein 
quenami tlamachlli yn tlavelit- 
talli. 

62. Iniquac omicuilo, yn omo- 
tlitlilani vapalpan machiyoll , 
niman ycpeva yn tlaçaloliztli, yn 
tlachichiualiztli : 

63. Achto mopatla moneloa yn 
tzacutli, tzacpatlalo, nelzacpatili- 
lo, yehuan yn tequiuh yn tzac 
patlaliztli yn tepilhuanyn izcalti- 
loni, tetzacpatilia tzacpatla. 

64. Niman yc motequi yn tlilli, 
yn tlilantli, ynic motlillolia, mo- 
tlilancayotia yn iuitlacuilolli. 

65. Cayehuatl vellayacana, ach 
to on moçaloa, on mopachoa omi- 
victica. 

66.Yehoatl yn tlilantli muchiua 
yviyo tzanatl, anoço chamolin, 
chamollauatzalli. 

67. Niman yc contoquilia mote- 
qui yn itlavatzallo ynipepech mu- 
chiua yn quenami yhuitl, yn ca- 
tleuatl achto ompeua yniuhqui 
ycca machiyotl. 

68. Aço xiuhtototl ompeua, ano- 
ço tzinitzcan, aço tlauhquechol, 
aço ayopal anoço xiuhvitzilli, vi- 
tzitzili, quetzalvitzilin, tleuitzilin. 



à y coller les plumes, qu'on con- 
fectionne l'ouvrage de plumes. 

Soit qu'on demande à faire une 
peinture de fleurs, ou de plantes, 
ou quelque image, un beau dessin 
quelconque. 

Quand le dessin est peint et 
tracé sur la planche, on commence 
à coller et à arranger les plumes. 

En premier lieu on dissout dans 
l'eau et mélange la colle. La dis- 
solution de la colle dans l'eau est 
le travail des enfants, des appren- 
tis. Ils la dissolvent pour les maî- 
tres. 

Puis on coupe le noir, le con- 
tour, par où on contourne de 
noir la peinture de plumes. 

Car c'est là la première chose 
qu'on fait. En premier lieu, on 
colle (les plumes qui donnent le 
contour) et on les fixe sur le fond 
au moyen du râcloir d'os. 

On fait le contour des plumes 
noires de lagrive ou du chamolin, 
des plumes maigres du chamolin. 

Puis vient la coupe des plumes 
qui composent la couche première 
ou le lit, selon la qualité des plu- 
mes, selon ce qui commence, sui- 
vant le dessin. 

Soit que les plumes du cotinga 
à couleur de turquoise commen- 
cent, ou le tzinitzcan, ou le 
bec-à-cuiller rouge, ou l'oiseau 
couleur de topaze, ou l'oiseau- 



— 43» — 



69. Yn"ye izquican ycac yviyo 
ytlachieliz, yniuhqui yc xotla, yc 
pepetzca : monanamictiuh ynic 
onmotectiuh tlapepechotl ynizqui- 
can ycac Uauatzalli omoteueuh. 

70. Ypan ornmotztiuh yn ma- 
chiyoll, yniuh qui yc ycuiliuhqui, 
yn quezqui llamantli tlapalliypan 
motta. 

71. Yniquac omoçalo omivicti- 
ca tlauatzalli, niman yxco on mo- 
quetza yn tlaçoyvitl, motecpan- 
tiuh moçalotiuh, omivictica on- 
moquetztiuh, çaniuh otlatocatiuh, 
mopepechotiuh yn iviti, conmo- 
pechtitiuhyn Uauatzalli : 



72. Auh ypan onmomantiuh yn 
amamachiyotl tlacuicuitl ypan om- 
moyehecotiuh, ynic amo cana 
necuiliuiz tlachivalli, ynic amo 
quipatiliz, ça vel onmonamicti- 
tiuh yn machiyotl ynic onmo 
çalotiuh yhuitl. 

73. Oca çan yvin yn muchiua 
yyecaui yhuitlacuilolli, yn tzacu- 
tica muchiua. 

74. Auh yn occentlamantli tla- 
chiualli, yn çan raecatica ychtica 
yecaui, yehuatl yniuhqu i he cace- 
uaztli, quetzalec'aceuaztli 7~ ma- 
choncotl, tlamamalli, tlauiztli, toz- 



mouche bleu, l'oiseau-mouche or- 
dinaire^ l'oiseau-mouche précieux, 
l'oiseau-mouche à couleur de feu. 

Selon l'aspect des différentes 
plumes, leur éclat ardent,leur bril- 
lant, on coupe leurs compagnes, 
lesplumes de la couche inférieure, 
les différentes plumes qui forment 
la couche nommée maigre. 

On fait paraître le dessin comme 
il est peint (sur le papier), avec 
toutes les couleurs qui y parais- 
sent. 

Quand la couche maigre (la cou- 
che inférieure) est collée et fixée 
au moyen du râcloir d'os, on 
plante sur sa surface les plumes 
précieuses, les y arrange, les y 
colle et les y fixe au moyen du 
râcloir d'os, toujours marchant 
en avant et couvrant les plumes 
maigres, qui forment le lit ou le 
fondement. 

Et on apporte le patron découpé 
en papier et on fait l'épreuve, si 
l'ouvrage ne s'est pas désajusté 
dans quelque partie, si on n'a pas 
commis des erreurs, si le patron 
est bien d'accord avec les plumes 
collées. 

C'est ainsi qu'on fait et qu'on 
achève la peinture en plumes, 
celle qui se fait avec de la colle. 

11 y a une autre manière de tra- 
vailler, par où l'ouvrage ne se 
confectionne qu'au moyen de fil 
et de ficelle. C'est de cette ma- 
nière qu'on fait les éventails, les 



— 436 — 



evatl, etc., niman ye tlapilolli, 
tlatecomayotl,tlatelololl,tlayacac- 
pilcayotl, much yc movelnextia, 
vc motlamamaca \n ecaceuaztli. 



75. Auh ynic ecaui. 

76. Achto molpia yn colotli, ça- 
tepan mixquachuia yc chicaua, 
yehuatl ypan momana yn que- 
tzalli. 

77. Auh ynic momana quetzalli. 

78. Achto motlayotia ynitzin- 
tlan, otlatl ytech micuia ynic chi- 
chicaua. 

79. Çatepan mochyotia, ychtica 
moolpia; motzinichyotia yc mo- 
tlaanaltia ynic movipanaz, meca- 
titech raolpitiaz. 



80. Yniquac omovipan niman 
yc mouicoloa, meihuicoloa, mel- 
ilpia quetzalichtica. 

81 . Ynic vel mocenmana, mo- 
centema, mocenquixtia quetzalli, 
ynic amo pepeliuiz, momoyauaz 
yc vel onmocentecpichoa mone 
techmana. 

82. Auh ynic momana quetzalli 
yoan yn ye muchi yvitltlauipantli. 



éventails de plumes quetzal, les 
brassards de plumes, les devises 
portées sur le dos et les autres de- 
vises, les cottes d'armes jaunes, 
etc., puis les tentures, les pana- 
ches, les balles de plumes, les 
houppes, tout ce dont les éven- 
tails sont ornés et parés. 

Ces travaux se confectionnent 
de la manière suivante : 

En premier lieu on lie ensemble 
la charpente, puis on la couvre et 
la revêtit d'étoffe, et on y pose les 
plumes quetzal. 

Et on pose les plumes quetzal 
de la manière suivante : 

En premier lieu on munit de 
bambou la base et le revers des 
plumes, on y lie du bambou et les 
renforce avec du bambou. 

Puis on les munitde fil de coton, 
on lie du fil autour d'elles, on mu- 
nit de fil la base des plumes, on 
les y munit de lacets , afin 
qu'elles puissent être enfilées et 
nouées sur la ficelle. 

Après que les plumes sont en- 
filées, on les munit à moitié de 
leur longueur d'anses ou de lacets 
d'un fil très fin et les y noue. 

Afin que les plumes quetzal se 
placent et se posent et se joignent 
bien, afin qu'elles ne s'embrouil- 
lent, qu'elles ne se dérangent pas, 
mais qu'elles restent bien ensem- 
ble, jointes les unes aux autres. 

Et on pose les plumes quetzalli, 
et toutes les autres plumes enfi- 
lées, de la manière suivante : 



— 437 — 



83. Nenecoc momavictia, q. n. 
(quitoz nequi) yn vmpa mo ma 
ymali, yn vmpa ma lecpichtic 
yviti ytlnchixca muchiua, auh yn 
vmpa ma paçoltic, ma çolonqui 
tlanipa motlaça. 



84. Yniquac omovipan. omoui- 
colo, niman yc ytechonmitzonma 
yn colotli. 

85. Çan muchiuh muchiua y- 
huitl yn itiallatocyo, muchiua 
ynitzin tlachiuallo. 

86. Yntla quanmoloctli, anoço 
çaquan contoquilia quetzalli, mu- 
chi achto mochyotia, movipana, 
movicoloa, çatepan ypan onmi 
tzontiuh yn colotli, on motzin 
mecapachotiuh onmomecalocti- 
tiuh; 



87. Yc yenocuele contoquilia 
yn quetzalpuztec tiavipantli, auh 
niman ye tlauhquecholyxcuamul 
muchiva, yztac yvitI molonqui yc 
onmolzinpachoa. 



88. Çan muchiuh yecaui, yn 
occequi tlaviztli yc muchiva, etc. 

89. Auh yntla ytia yoyoli.yoyo- 
liton motlahi, achto moxima yn 



On les promène de çà et de là, 
de deux côtés, cela veut dire, si 
par exemple dans quelque lieu les 
plumes se présentent à l'œil trop 
clairsemées ou trop serrées, ou 
que peut-être elles sont embrouil- 
lées ou chiffonnées, on les jette 
en bas. 

Quand les plumes sont enfile'es 
et enlacées, on les coud sur la 
charpente. 

Aussitôt que cela est fait, on 
met la main à l'enfouissement des 
plumes^ à la confection de leurs 
pièces de base. 

Si les plumes brunes et blan- 
ches de la Piaya cayana, ou les 
plumes jaunes du çaquan succè- 
dent aux plumes quetzai, on les 
munit de fil, on les enfile (sur la 
ficelle), on les enlace (à moitié de 
leur longueur), puis on les coud 
sur la charpente, on y fixe leur 
base avec de la ficelle, on les y 
enfonce au moyen de ficelle. 

De la même manière on leur 
fait succéder une file de plumes 
bicolores où d'autres plumes (de 
couleur rouge) alternent avec des 
plumes quetzai, puis on fait une 
bordure des plumes du bec-à-cuil- 
leret couvre leur base avec des plu- 
mes de duvet blanches et légères. 

Aussitôt que cela est fait et 
achevé, on ouvrage une autre de- 
vise, etc. 

Et si quelque animal, quelque 
petit animal se fait, on taille en 



— 438 — 



equimitl, yn tzompanquavitl yc 
momiyotia. 

90. Auh ytla çan tepiton motla- 
hi yoyoli, yniuhqui cuetzpallon, 
anoço cincocopi, anoço papalotl, 
yehuall momiyotia yn ovaquavitl, 
anoço amatlapilintli. 

91. Çatepan pani movaquauh- 
texyotia, tzacutica tlapoloUi yn 
ovaquauh textli yc mopepechoa 
yn amatlapilintli. 



92. Çatepan michiqui, moteço- 
viayc moyectlalia, yc xipetziui. 

93. Auh çatepan pani mochca- 
via ypan oninicuiloa yn vncan yc 
motlatlamachitiuh ynic mopepe- 
chotiuhyvitl. 

94. Ytech mana yn quenami 
motlayehecalhuia yoyoli, yn que- 
nami yc mocuicuilo. 

95. Auh quenman onmocava 
yn tepuztlateconi.yoan yn quauh- 
tlateconi, yoan yn omivictli. 

96. Çan ic omotectiuh yn ivitl 
yu quenami monequi, yoan yc on 
moçalotiuh yc onmoquetztiuh yn 
omivictli. 

Ca çan yvin yn tlachichiua 
amanteca. ■ 



premier lieu les branches du zom- 
pancle (Budleia salicifolia) et on 
fait le squelette de l'animal. 

Et si quelque animal très petit, 
se fait, comme un lézard ou l'i- 
mage de la plante de maïs, ou un 
papillon, on fait le squelette de la 
tige sèche de la plante du maïs ou 
de rognures de papier. 

Puis on met dessus la farine de 
la tige sèche du maïs, on couvre 
les rognures de papier avec la fa- 
rine de la tige sèche de la plante 
du maïs mélangée avec de la 
colle. 

Puis on racle cette figure, on la 
plane, on la nettoyé, on la polit. 

Et puis on la couvre de papier 
de coton et y figure en mosaïque 
de plume le dessin qui y doit être 
représenté, dont elle doit être re- 
couverte. 

En se tenant à cela, quel animal 
doit être imité, et comment celui- 
ci est peint. 

Et quelquefois on laisse à part 
le coupoir de cuivre et la planche 
qui sert pour y couper les plumes 
et le râcloir d'os. 

On coupe simplement les plu- 
mes selon le besoin, et on les colle 
et les arrange au moyen du râ- 
cloir d'os. 

C'est ainsi que les ouvriers de 
plumes exécutent leur travail. 



— 439 — 

NOTES 
I. 

Yn ixquich yntlatlachichivuya. C'est le nom instrumental, dérivé 
du présent actif au moyen du sufflxe xja et muni du préfixe personnel. 
Sans ce rapport personnel on dirait tlatlachichiualoni-yn tepuzvictli, 
tepuztlateconi. Ce sont sans doute les instruments de cuivre qui abon- 
dent dans les « mogotes » et les sépulcres de l'Etatd'Oaxaca, et qu'on 
a voulu signaler comme la monnaie des anciens Zapotèques. Ils exhi- 
bent des formes assez différentes, tantôt ressemblant à un celte, 
tantôt à un croissant, et ils varient beaucoup eh grandeur. La lame 
est mince, égale dans toutes ses parties sur les deux côtés, le bord 
est replié vers le haut et vers le bas, sans doute pour empoigner la 
lame ou pour la fixer dans un manche. — Le cuivre abonde sur le 
versant du Pacifique,maisilest assez rare sur le plateau du Mexique.Or, 
ce ne fut que dans les derniers temps que les ouvriers de plumes Mexi- 
cains commencèrent à faire usage de ces instruments plus raffinés. 
Antérieurement « ils se bornaient à arranger grossièrement la plume 
qu'on coupait avec des couteaux à'itztli sur des planches d'aueuetl », 
(Sahagun, 9, chap. 19). 

2. 

Omiuictli est un instrument d'os en forme de râcloir, à peu près 
semblable à la bêche {uictli) dont les paysans Mexicains se servaient 
pour racler la terre et briser les glèbes. La forme de ces outils est des- 
sinée très clairement dans les illustrations qui accompagnent le texte 
aztèque du manuscrit de la Bibliothèque Medicea-Laurenziana de Flo- 
rence. D'après ces gravures, ces outils étaient faits d'or fistuleux et 
le bout avait à peu près la forme d'un celte. Il existe dans notre 
musée royal de Berlin un petit nombre de râcloirs d'os. Ils sont très 
lisses et exhibent à peu près la forme des plioirs, dont nous nous ser- 
vons pour plier le papier et pour couper les feuillets des livres. 

3. 

Tlacuih)ii veut dire simplement « instrument de peintre ». Nous ne 
savons pas exactement si c'était un pinceau ou de quelle manière ces 
instruments étaient. 



— 440 



4. 



Qtiauhtlateconi « coupoir de bois », c'est-à-dire « la planche sur 
laquelle on coupe ». Dans le chapitre précédent (chap. 19 du neu- 
vième livre de l'édition espagnole) il est dit qu'antérieurement les ou- 
vriers de plumes « se bornaient à arranger grossièrement la plume 
qui se coupait avec t'es couteaux d'itzth sur des planches d'aueuetl ». 
Gela veut dire qu'on les coupait sur une planche de l'arbre indigène 
Taxodium mexicanum qui a le bois assez tendre. Dans les temps pos- 
térieurs on se servait pour ce but du bois dur appelé « bois rouge » 
[tlatlauhqui). 

5. 

Tlatlauhqui {quamtl)^ le bois rouge et très dur, paraît être l'acajou. 

10. 

Teoquemitl, quetzalquemitl, uitzilzilquemUl, xiuhtotoquemill. Les \ète- 
ments d'Uitzilopochtli sont énumérés ainsi au 25© chapitre 'du qua- 
trième livre, à l'occasion de la fête qu'on célébrait au jour ce tecpatl, 
€ un silex », le signe des dieux de la guerre, Uitzilopochtli et Ca- 
maxtli. Ces vêtements y portent les mêmes noms, avec une seule 
différence : au lieu du teoqiiemUl il est mentionné un lozquemill, « ce qui 
signifie manteau de plumes jaunes resplendissantes ». On en pourrait 
déduire que le teoquemitl signifie aussi un manteau de plumes jaunes. 
Dans ce cas il faudrait traduire « manteau de plumes à couleur du 
soleil ». Malheureusement le quatrième livre n'est pas de ceux dont 
j'ai pu copier le texte original aztèque et, pour cette raison, il ne m'est 
pas possible de contrôler les données de la version espagnole. Mais 
c'est une supposition bien probable, sans doute, d'interpréter le mot 
teoquemitl par « manteau de plumes à couleur du soleil ». Car ces 
manteaux de couleurs dilTérentes étaient appropriés sans aucun doute 
aux quatre points cardinaux. Comme il est vraisemblable que Vuitzî- 
tzilquemitl était fait des plumes de la gorge de l'oiseau-mouche à cou- 
leur de braise ardente, si l'on prend le teoquemitl pour le « manteau 
de plumes à couleur du soleil ». ces quatre manteaux (teoquemitl. 



— 441 — 

quetzalquemitl^ uitzilzilguemUl, xiuhiotoquemitl) signifieraient les quatre 
couleurs principales, le jaune, le vert, le rouge et le bleu, qui sont en 
même temps les couleurs des quatre points cardinaux. 

Je m'incline pourtant à une autre interprétation. J'ai rencontré 
dans les textes le mol teoqiiechol, qui veut dire « le qucchol pre'cieux », 
comme synonyme du mot tlauhquechol, « le quechol vqw^q », c'est-à- 
dire du bec à-cuiller (Platalea ajaja L.). Je présume donc que le 
ieoquemitl est un manteau fait des plumes du ieoquecliol, du bec-à- 
cuiller. Dans le texte original aztèque du 24° chapitre du deuxième 
livre^ le teoquemill est décrit par les termes suivants : teoquemitl ilaço- 
t'anqui, mochi tlaçoyviil ynic tlachiuhtli, ynic (layecchivalli, ynic tlacui- 
lolli, ynic tlaienchilnavayotilli, ymten çan moch tlauquechol « le teoque- 
mitl précieux entièrement fait de plumes précieuses, orné de dessins 
exécutés dans les mêmes plumes précieuses, et avec une bordure com- 
posée d'yeux sur un fond rouge; cette bordure est ouvrée entièrement 
des plumes du bec-à-cuiller rouge ». Le teoquemitl paraît avoir été 
dédié exclusivement au dieu Uitzilopochtli et à Painal, son vicaire. 
Au second chapitre du premier livre le teoquemitl s'associe au quet- 
zalapanecayotl, à la couronne faite de plumes quetzal que les 
Apaneca, les habitants des côtes de la mer, avaient coutume de 
porter. 

Quetzalquemitt. Quttzalli sont les longues plumes pliantes de la 
queue du Pharomacrus Mocinno, appartenant à la famille des Trogo- 
nides. Elles exhibent une couleur vert foncé à lustre d'or. Elles for- 
maient la parure la plus précieuse et la plus recherchée des anciens 
Mexicains. 

Xiuhtotoquemitl. Le Xiuhlotoll « l'oiseau à couleur de turquoise » 
est décrit au onzième livre de l'histoire du P. Sahagun, de la ma- 
nière suivante : « Il est de la taille d'un geai. Son bec est noir et 
pointu, les plumes du poitrail violettes (moradas), celles du dos bleues 
et celte dernière couleur devient plus claire sur les ailes. Les plumes 
de la queue offrent un mélange de vert, de bleu et de noir. On chasse 
ces oiseaux en octobre, au moment de la maturité des prunes. On les 
tue alors sur les arbres au moyen de sarbacanes ». Les détails 
donnés ici sur la taille du xiuhlototl et sur la couleur de son plu- 
mage, se conforment exactement aux caractères manifestés par le 
Cotinga des forêts brésiliennes (Cotin^a cincla. s. cœrulea). Aussi 
les mœurs du Cotinga sont-elles les mêmes que celles que le P. Sahagun 



— 442 — 

attribue au xiuhtototl. Aussi le cotinga vit il ordinairement dans les forêts 
épaisses et s'approchet-il des districts de la côte et des contrées ou 
vertes dans la saison froide, quand les fruits qui lui servent de nourri- 
ture sont mûrs. Et c'est à cette époque qu'on tue beaucoup de ces oi- 
seaux au Brésil. Au Mexique, c'étaient les prairies avoisinantes des 
côtes de la mer du sud qui formaient la résidence favorite de ces oi- 
seaux. Dans le Codex Mendoza les peaux de ces oiseaux figurent parmi 
les tributs des villages Xoconochco Ayotlan, etc., c'est-à-dire des 
provinces de Chiapas et de Soconusco. M. Ferdinand von Hochstetter 
a reconnu dans le fameux ornement de plumes d'origine mexicaine 
qui faisait partie de la collection du chc^teau Ambras et qui mainte- 
nant est conservé au musée impérial de Vienne, les plumes à couleur 
turquoise du poitrail du cotinga. 

12. 

Tlacatl i homme », signifie ici le roi. Nous trouvons le mot em- 
ployé dans le même sens dans les formules sacrées : xjn tlacatl yn Tote- 
ciiyo yn letzauitl Uitzilopochtii « le roi, notre seigneur, le prodige Uitzi- 
lopochtli » : in tlacatl toiecuijo in iloque nauaque in ttalticpaquê « le roi, 
notre seigneur, le dieu du feu ». (Sahagun, M. Acad. Hist., Madrid, 
fol. 30.) 

17. 

Tozeuatl. Euatl « la peau » est le terme général pour les cottes d'ar- 
mes, faites de plumes de différentes couleurs, que les chefs et les guer- 
riers portaient au-dessus de Vichcauipilii, c'est-à-dire de la cuirasse 
doublée d'ouate. Tozlli sont les plumes de couleur jaune verdâtre du 
perroquet. 

21. 

Quetzalli, le participe passé du verbe quetza * ériger, redresser et 
lever », sert particulièrement à désigner lesplume.s vertes, longues et 
pliantes de la queue du Pharomacrus Mocinno, qui formaient l'orne- 
ment le plus sérieux et le plus recherché des seigneurs et des capi- 
taines Mexicains. Ce n'est que dans cette acception que le mot se trouve 



— 443 - 

dans les dictionnaires. Il en existait, pourtant une autre acception 
plus générale et plus conforme à l'origine du mot. Voyez» par exem- 
ple, les termes quauhquetzalli « pile de bois » (Molina), mamalacaque- 
tzalli « les fuseaux fixés dans la coifTure de la déesse Toci et qui fai- 
saient partie de la devise m'xWià'xYQ cuexiecail » (voir « ûber altmexika- 
nischen Federschmuck und mililarischeRangabzeichen ». Zeitschrift 
fiir Ethnologie, XXXIII, p. 118), xiloxocliiqtietzalli « l'ornement delà 
tête qui imite la fleur naturelle du maïs » (Sahagun, M. Acad. Ilist., 
Madrid). C'est dans une acception semblable à celles de ces termes que 
le mot quctzalli me paraît employé ici. Je le prends comme « ornement 
fixé dans la coiff'ure de la tête ». 

Icpac-ccochitl signifie « bandeau frontal », tel que le xiuhvitzolli le 
bandeau couvert d'une mosaïque en turquoises qui servait de cou- 
ronne royale aux seigneurs des Aztèques, le i eocuitla-icpacxochitl, une 
lame d'or dont les seigneurs Mixtèques et ceux d'autres parties de la 
terre chaude se ceignaient le front (Voir « Zeitschrift fiir Ethnologie », 
XXXIII, p. 120), le ichcaxochitl et llaçolxochitl, des bandeaux faits en 
étoffe ou en colon, dont la déesse de la terre se parait (voir « Verôf- 
fentlichungen aus dem kôniglichen Muséum fur Volkerkunde. I, p. 
148, 468, 170), et YècaxochHl, le nœud gigantesque que le dieu du 
vent portait autour de la base de son bonnet. (Voir ibidem, p. 174). 

Machoncotl. C'était im ornement porté au bras supérieur. Au neu- 
vième chapitre du huitième livre il est nommé après le chayauac 
cozcatl le « collier à breloques » et est décrit de la manière suivante: 
« bracelets de turquoises placées en mosa'ïques. Leurs bords étaient 
garnis de belles plumes et d'autres plumes s'en échappaient très riches 
et si longues qu'elles dépassaient en montant la. tête de ceux qui les 
portaient; elles étaient accompagnées de lames d'or. » On voit figurer 
ce bracelet parmi les insignes royaux, joint à la couronne xiuhvitzolU 
et au collier chayauac cozcatl dans la planche 18, qui accompagne les 
chapitres 51 à 52 du premier Traité de l'Histoire du P. Duran. 

Metemecatl. C'était des bracelets d'or en forme d'anneau ( « unas 
ajorcas deoro ». Sahagun, VIII, chap. 9). 

31. 

Quiuapaua quitzacuapaua in ichcatl, littéralement : « ils renforcent 
le coton, ils le renforcent avec de la colle », c'est-à-dire ils font un 



— 444 — 

renforcement ou une doublure avec du coton et de la colle. Il s'agit de 
la doublure qui sert de substrat pour les plumes. 

32. 

Quitemoa yn qualli metl. La feuille du maguey servait pour ainsi 
dire d'établi aux artisans de plume. On le voit clairement dans les Mé- 
moires du P. Motolinia (libro 3, cbap. 19): De estas pencas hechas 
pedazos, se sirven mucho los maestros que llaman amantecatl, que 
labran de pluma y oro, y encima de estas pencas, hacen un papel de 
algodon engrudado, tan delgado como una muy delgada toca; y sobre 
aquel papel y encima de la penca labran todos sus dibujos; y es de los 
principales inslrumentos de su officio ». 

37. 

Conitztzacuia, c^est c-on-ix-tzac(u)-uta ix peti « devenir lisse la sur- 
face ». Voyez pelztic t lisse ». Les dérivés sont xipelzoua, ix-xipetzoua 
€ lisser » ; xipetziui, ixxipetziui devenir lisse. 

Mocoleua. Le verbe coleua ne se trouve pas dans les Dictionnaires. 
L'acception est sans doute celle que j'ai donnée dans le texte. Le mot 
paraît lié au verbe coloa (coloua) « courber, plier, tordre, faire des 
circuits ou des détours ». 

-40. 

Quauhamatl ou lexamatl est la matière fournie par la couche libé- 
rienne de quelques arbres du genre Ficus. Il servait de papier pour les 
peintures ou les livres, et d'étoffe pour faire les parures, les vêtements 
et autres objets que le culte des dieux nécessitait. 

44. 

Mocui, violacalotiuh. Tacatl paraît signifier spécialement le trou qui 
resle après la déracination d'un arbre. Voir le composé laraxxotia 
t escavar àrboles ». Il s'agit dans ce paragraphe de la confection d'un 
patron (amainackiotl) pour le transport du dessin. Voir plus bas, para- 
graphe 59 : yn omocuicuic machiyotl, yn tlacuicuitl omochiuh. 



445 — 



46. 



l'iaualzalli, tlatzacuatzalli. Uatza veut dire « sécher, dessécher, 
amaigrir ». Le « collage maigre » était une première couche déplu- 
mes maigres, c'est-à-dire moins resplendissantes et vulgaires, qui 
s'appliquait dans le but de rehausser la couleur des plumes précieuses 
qu'on leur superposait. 

52. 

Coztlapalli. Voir plus bas, paragraphe 55. 

Chamolin. C'étaient des plumes d'un rouge sombre, presque noirâtre. 
C'est ainsi qu'on voit coloriés dans le Manuscrit de l'Académie de 
l'Histoire le chamol-coyotl et le chamol-ettatl. 

Dans le texte espagnol du premier chapitre du neuvième livre le 
père Sahagun les décrit * rouges comme cochenille » (coloradas como 
grana). 

Le cocho est décrit par Sahagun au onzième livre de son histoire 
comme un perroquet à bec jaune, qui a la tête rouge, les ailes rouges 
et jaunes, et le corps grisâtre tirant sur le rouge (las plumas del cuerpo 
moradas). 

54. 

Tzinitzcan. Ce mot signifie les plumes d'un oiseau spécial, coloriées 
de noir et de vert resplendissant, et il signifie les plumes de quelques 
parties du corps de l'oiseau quelzal ou pharomacrus mocinno dont la 
queue prêtait les plumes vertes resplendissantes les plus précieuses 
qu'il y eût dans l'ancien Mexique. 

Toztli. D'après Sahagun, ce sont les plumes jaunes brillantes du per- 
roquet adulte. Les perroquets jeunes {toznené) ont des plumes jaunes 
tirant sur le vert. 

86. 

Çœatlaxcalli. ToTWWa, d'herbe, galette d'herbe décrite au onzième livre 
comme une couleur jaune clair qu'on prend d'une certaine herbe jaune, 
et qui est très mince, comme des tortillas minces. Peut-être une plante 
de la famille des Lichenacées. 



Tlaxocotl. Il faudrait écrire tlaxxocotl, c'est-à-dire tlalxocotl « Ta- 
lun ». 

59. 

Tlacuicuiil. Ce mot est notable par sa forme. C'est un participe passé 
avec la terminaison //, au lieu de l-li. 

60. 
Moteçaloa. Il faudrait écrire motezçaloa, c'est-à-dire molençaloa. 



Ayopal. De la couleur de la fleur de courge, c'est-à-dire un jaune 
foncé, ayopal-teuilotl est traduit dans la partie espagnole du diction- 
naire deMolina par « Cristal Amarillo », dans la partie aztèque — er- 
ronément? — par « Amatista Piedra Preciosa ». Il paraît que ce tewne 
signifiait la « topaze en fumée ». 

86. 

Quam moloctli. On n'est pas bien sûr du genre de plumes désigné 
par ce mot. Moloctic, ou molonqui veut dire chose légère que le vent em- 
porte comme un flocon de laine. Quam moloctli vient par voie d'assi- 
milation de quauh-moloclli, et ce g-imM)^ pourrait être quauhtli « l'aigle » 
ou qiiauitl « l'arbre ». J'incline à présumer que c'est quauitl « l'ar- 
bre » mais dans le sens de « couleur du bois » « brun », comme dans 
quappachtli « color leonado, 6 morado » ; quappachtia s. quappaltia « pa- 
rarse leonado el color». Et je suppose que quammoloctli signifie les 
plumes de la piaya cayana L., du coucou à queue longue. Car c'est des 
plumes de la queue de cet oiseau que les bandes de couleur brune et 
blanche sont faites qui, dans l'ornement de plumes mexicain du Musée 
impérial de Vienne, succèdent immédiatement aux longues plumes 
pliantes quetzal. 

87. 

Quetzal poztecqui. Littéralement « brisé avec des plumes quetzal», 
c'est-à-dire « à moitié ou en partie quetzal ». — Dans le manuscrit de 



— 447 — 

l'Académie de l'histoire de Madrid, un quetzalpoztecqui chimalli est men- 
tionné et décrit par ces mots : centlacol tozlli, centlacol quetzalli « à 
moitié plumes de perroquets, à moitié plumes quetzal ». La figure qui 
y accompagne le texte présente le champ de la rondache divisé en deux 
moitiés, l'une peinte en rouge l'autre en vert. — Dans l'ornement de 
plumes du musée impérial de Vienne on voit, succédant aux plumes 
brunes de la piaya une file de plumes allongées tectrices des ailes du 
quetzal (auxquelles les Mexicains donnèrent le nom quetzahiitztli, qui 
veut dire « plumes quetzal pointues »), brodée en bas par une bande 
étroite de plumes rouges, qu'il n'a pas été possible de déterminer zoolo- 
giquement. 

Il est probable que cette association de plumes rouges et de plumes 
pointues tectrices des ailes du quetzal formait ce que les Mexicains ap- 
pelaient quetzalpoztecqui. 

89. 

Yn equimit/, yn tzompanquaidtl. Le tzompanquauitl ou tzompantli. — 
« Zompancle » dans le langage vulgaire des Mexicains d'aujourd'hui — 
est la Budleia salicifolia, plante de la famille des Rhinanthacées (d'a- 
près Pablo de la Llave. Voir l'appendice à l'édition de l'histoire du P. 
Sahagun, procurée par Carlos Maria de Bustamante, Mexico 1830). D'a- 
près Brasseur de Bourbourg (Popol Vuh, p. 21, note), c'est la même 
plante que celle que les Qu'iché de Guatemala appelaient tzité — t un 
arbre qui porte des baies contenant des haricots rouges que nous ap- 
pelons en français « graines d'Amérique ». Les sorciers ou devins du 
pays s'en servent pour tirer le sort, en les mêlant avec des grains de 
maïs ». Au onzième livre de l'histoire du P. Sahagun le Izompanguauitl 
est cité parmi les arbres « qu'on plante dans les forêts... leurs fleurs 
qu'on appelle equimixochitl sont rouges et de bel aspect. Elles n'ont au- 
cune odeur. On nomme equimitl les feuilles de cet arbre ». La plante 
n'était pas d'usage médicinal, mais, sans doute, faisait partie de 
celles que les rois mexicains et les grands seigneurs plantaient dans 
leurs jardins à cause de leur beauté et de celle de leurs fleurs. 

90. 

Cincocopi ou cencocopi. « L'image de la plante de ma'is t (voir le ver- 
be copina), d'après Molina, le nom d'une herbe sauvage (« zizania »). 



_ 448 — 

On présumerait ici que c'est plutôt un animal qui désigne ce nom, 
peut être le même que l'animal qui prend son origine, selon l'opinion 
des Indiens, par voie de transformation d'une plante. On m'a montré 
à moi-même, pendant mon voyage au Mexique, une petite plante qui, 
selon les Indiens, devait se transformer en animal. 

Ouaquavill. Ouall est la tige verte du mais, et ouaquauitl la tige 
sèche de la même plante. 



CONCLUSION 

On voit, d'après ces deux chapitres, que les Mexicains exé- 
cutaient les ouvrages de plumes de deux manières très dif- 
férentes. Suivant l'une, ils arrangeaient les plumes sur une char- 
pente, les enfilant et les nouant ensemble au moyen de fil et de 
ficelle. Suivant l'autre manière, ils les collaient sur un papier 
fin de coton. 

La première servait pour faire les devises, que les chefs et les 
guerriers mexicains portaient à la guerre et à l'occasion des 
danses religieuses. Par l'autre manière de travailler, on confec- 
tionnait les manteaux de plumes, qui servaient d'ornements aux 
idoles. La dernière manière, sans doute, était celle qui exigeait 
le plus d'adresse et le goût artistique le plus développé. Ce qui 
est particulièrement à noter, c'est qu'ils savaient rehausser la 
vigueur des couleurs des plumes par le même procédé que nos 
peintres savent employer, c'est-à-dire qu'ils superposaient 
les couches. Ils avaient égard, en même temps, à l'économie, 
en n'employant pour la couche inférieure, que des plu- 
mes ordinaires, mais dont la couleur était conforme à celle 
des plumes précieuses étalées dessus. Il ne faut pas pour- 
tant s'imaginer que ces deux manières de travailler dif- 
férentes s'excluaient l'une l'autre. Dans l'ornement de plu- 
mes du Musée impérial de Vienne, les longues plumes quet- 
zal sont attachées à une charpente qui se compose de différentes 
baguettes de bambou unies par un filet fin et très bien fait. Mais 



:-*-^. 



r 



CON'GRÈS DES AMÉRICANISTES 1890. 




Piezas de armas 












v ;^ 



— 449 — 

les larges bandes bleues, qui forment la base du corps de l'or- 
nement et des ailes, consistent en plumes de cotinga collées 
sur un papier très fin. L'attachement des plumes quetzal décrit 
dans le texte, au moyen de lacets d'un fil très fin, à moitié de la 
longueur des plumes, se voit très nettement dans la pièce de 
Vienne. Mais ici ce n'est pas un seul lacet qui attache la tige de 
la plume à la charpente. J'ai déjà dit que la charpente consiste ici 
en plusieurs baguettes unies par un filet. Le même fil qui a 
formé les mailles du filet, a aussi servi à enlacer les plumes. 
On saisissait la plume avec le fil à manière de piqué ; on les ar- 
rangeait l'une à côté de l'autre, et l'on cousait ensemble une 
quantité de rangs, de manière qu'un tissu fin en forme de ruban 
en ressortit. Les longues plumes vertes étaient nouées aux 
mailles du filet à trois points distants de leurs tiges. Dans les 
reliefs de l'ornement, la charpente se prolonge en forme de 
deux baguettes plus solides. Les longues plumes quetzal qui for- 
ment ces proéminences, se voient jointes l'une à l'autre en divers 
endroits de leurs tiges par un fil très fin, et par ce même fil elles 
sont attachées à la tête de ces baguettes. (Voir : Ferdinand von 
Hochstetter, Ueber Mexikanische Reliquien aus derZeit Monte- 
zuma's, Denkschriften der Philosophisch-Historischen Klasse der 
Kais. Akademie der Wissenschaften Wien. Vol. XXXV. 1888.) 
Quant à l'autre manière de travailler, le collage des plumes, nous 
en avons un bel exemple dans le manteau de plumes qui fait par- 
tie de la collection mexicaine du musée royal de Berlin. Il est 
du genre des manteaux que les Espagnols appelaient « delan- 
tal » « tablier », c'est-à-dire, une pièce carrée, dont la dimen- 
sion plus grande était dans le sens de la longueur, et qui, sus- 
pendue au cou des idoles, sur le côté de devant, leur servait de 
parure, le jour de leurs fêtes. Le spécimen de BerUn mesure 
1 m. 18 de long, sur Om.42 de large. Il consiste en un tissu 
grossier et peu serré qui sert de substratum aux papiers portant 
les plumes. Les dessins qu'on y voit se distribuent sur deux par- 
ties de grandeur différente et séparées par une bande hori- 
zontale de plumes rouges couleur de sang avec une partie blan- 

29 



— 450 — 

che comme base. Celles-ci sont attachées avec le revers par le 
haut. Ainsi, par un procédé très simple, elles forment une sorte 
de crépure qui fait sauter aux yeux très effectivement cette ligne 
de démarcation entre les deux parties inégales du dessin. 

La partie supérieure présente un champ vert, formé par des 
plumes de loro,perroquet commun des terres chaudes du Mexique. 
Au milieu de ce champ on voit la figure d'une émeraude 
[chalchinitl] qui présente un centre vert entouré d'anneaux blancs 
çt rouges. Le centre vert est formé de deux nuances des mêmes 
plumes de perroquet qui couvrent toute la surface de la partie 
supérieure du manteau. L'anneau rouge se compose de plumes 
d'Arara ou Guacamayo rouge, plumes que les Mexicains dési- 
gnaient sous le nom cueçalin ou « flamme »* 

Lapartieinférieure du manteau, qui est laplus grande des deux, 
montre un crâne au milieu d'un torrent de sang, et le torrent de 
sang encadré par les quatre couleurs, représentant les quatre 
points cardinaux ou le ciel. Le crâne est ouvragé très finement 
avec des plumes blanches pures, les gencives par des plumes 
f ouges, qui paraissent celles du bec-à-cuiller, le sourcil par des 
plumes bleues couleur d'émail auxquelles ont contribué, à ce 
qu'il parait, les plumes de la queue du guacamayo rouge, que les 
Mexicains appelaient cuitlalexotli. Le torrent de sang est formé 
des plumes rouges cueçalin^ ou du guacamayo rouge. Les 
quatre couleurs, qui sur les deux côtés succèdent l'une à l'autre, 
Sont un blanc pur, un jaune couleur d'or très fin, un noir avec 
des reflets vert métallique — peut-être les plumes que les 
Mexicains appelaient Izinitzcan — et le vert clair et jaunâtre des 
plumes du perroquet commun. Aussi les gouttes qu'on voit au 
bout des cinq branches du torrrent de sang, sont faites avec ces 
mêmes plumes vert clair. Toutes les plumes d'une certaine 
valeur sont collées séparément sur leur papier, et ces papiers 

(I) On voit ces plumes dans les hiéroglyphes Cueçalcuitlapilco (Cod. Mend. 13, 
fB), Cueçaloztoc (Cod. Mend. 10, 18), Cucçallan (Cod, Mend. 39, 52), qui furent 
corrigés ervonément par Pcnafiel (Nombres geograficos de Mexico) et rempla- 
cés par QuelzalCuillapilco, Quelzaloztoc et Quetzallan. 



- 45i - 

sont collés ruii au-dessus de l'autre. On voit très nettement 
qu'on a commencé avec les plumes noires découpées de la grive, 
qui formaient le contour des figures, justement comme le texte 
ci-dessus copié le prescrit. Mais le papier sur lequel les plumes 
sont collées n'est pas un papier de coton, — comme on le pour- 
rait supposer en tenant compte de la description de notre texte 
— mais un papier fait de fibres du maguey ou de l'agave mexi- 
cana. Aussi dans l'ornement de plumes du musée impérial de 
Vienne, le papier, sur lequel les plumes couleur turquoise du 
Cotinga sont collées, est confectionné avec les fibres du ma- 
guey. Il me parait bien vraisemblable que lemoi ichtii qui s'em- 
ploie dans notre texte, et qui ordinairement signifie le coton, 
il est vrai, dans notre texte ne désigne que la libre en général, 
et ici particulièrement la fibre du maguey ; car celle-ci, sana 
doute, était bien adaptée pour ce but, et en outre se prétait aux 
ouvriers de la capitale. Car le maguey est la plante des pla- 
teaux et des collines pierreuses, le coton croit dans les plaines 
des terres chaudes. Dans le manteau du musée royal de Berlin, 
la mosaïque de plumes est encadrée d'une bordure, qui se 
compose de deux bandes étroites d'un tissu de coton, travail- 
lées à jour. Le bord supérieur est garni d'une bande de cuir 
munie d'un portant. La figure de l'éméraude [chalchiuill) dans 
le champ vert clair, est un signe hiéroglyphique qui veut dire 
chalchhih-atl « le liquide de la pierre précieuse », « le liquide 
précieux ». Et ce liquide n'est pas autre chose que le sang des 
victimes ou le sang que les dévots faisaient sortir de la langue, 
des oreilles ou d'autres parties de leur corps pour l'offrir aux 
dieux. On voit représenté ce sang môme dans la partie inférieure 
du manteau. Il est probable que ce manteau faisait partie des 
parures d'une des idoles du dieu Quelzalcouall, car c'est ce 
dieu qui s'appelait d'un autre nom Chalchiuhiiitzli = « la piedra 
preciosa de la penitencia 6 sacrificios ». 

De la même manière, c'est-à-dire par le collage des plumes sur 
un papier, étaient travaillés les dessins très variés qui couvraient 
les champs des rondaches. Deux beaux exemplaires de ces der- 



— 452 — 

niers existent au Musée royal de Stuttgart. (Voir F. v. Hochstet- 
ter. 1. c). Il y en a un autre au Musée National du Mexique. 

Outre les cinq pièces ci-dessus menlionnées, il y a un man- 
teau conservé au musée de Bruxelles, de 1 m. 50 de lon- 
gueur, fait de plumes rouges qui se joignent l'une à côté de l'au- 
tre au moyen de fil et de ficelle, et garni d'une bordure où des 
plumes rouges se mêlent avec des plumes noires et bleues. — 
Il nous reste vraiment bien peu de choses des ouvrages si célè- 
bres des artisans de plumes mexicains. 

Vers la fin du seizième siècle, l'ancienne industrie se conser- 
vait, — notre texte le prouve — en pleine vigueur, « quoique on 
n'eût plus grand besoin de devises ». Cette industrie entrant, plus 
tard, dans le service de l'église, les artisans s'habituèrent à faire 
des images de saints et de saintes avec les plumes brillantes 
des oiseaux en les collant sur papier. Il y a quelques spéci- 
mens très beaux de cette industrie plus moderne au Musée 
Royal d'Ethnographie de Berlin. Et les Congressistes ont sous 
les yeux la copie d'un de ces objets, envoyée par madame 
Nuttall, et dont l'original se trouve à Florence et doit être consi- 
déré comme un des plus précieux spécimens de ce genre d'objets. 
Cette industrie, en outre, s'est continuée d'une certaine manière 
jusque dans notre siècle. C'était dans la province de Mechoa- 
can, qu'on travaillait encore dans ce siècle des images de saints 
en plumes. Mais cette industrie n'a conservé presque rien ni du 
goût ni de la technique de l'ancienne. On peut dire que celle-ci 
s'est éteinte. Et notre texte, qui donne des détails du métier, ne 
paraîtra pas dénué de valeur à tous ceux qui s'intéressent soit 
aux antiquités du pays, soit a l'histoire des arts et des industries. 



SUR LE QUETZAL-APANECAIOTL 

ou COIFFURE MEXICAINE EN PLUMES 
Conservée à Vienne. 

Par M" ZÉLiA. NUTTALL. 

On sait probablement qu'un magnifique ouvrage en plumes, 
d'origine Mexicaine et datant du siècle de la conquête est conservé 
au musée d'Ethnographie de Vienne et a donné lieu à diverses 
opinions sur l'usage auquel il a été destiné. 

Feu M. de Hochstetter, qui a sauvé cette relique historique de 
l'oubli, a avancé l'opinion que c'était un étendard en forme d'é- 
ventail. Je suis en contradiction, quoique à regret, avec ce savant 
distingué, et dois exprimer ma conviction que la pièce a été 
destinée à être portée sur la tête, comme coiffure ou couronne. 
Peu de temps après la publication de mes résultats d'investi- 
gation, que j'ai eu la satisfaction de voir approuvés par plusieurs 
autorités des plus éminentcs, M. le docteur Seler a prononcé un 
discours devant la Société d'Anthropologie de Berlin dans lequel 
il a entrepris de défendre l'opinion de M. de Hochstetter en con- 
tredisant la mienne. 

C'est parce que le docteur Seler, en énumérant les résultats 
que j 'ai publiés, n'a fait que toucher, en passant, à ceux qui forment 
précisément la base de ma conviction, que je tiens à les répéter 
devant vous et je vous prie déjuger s'ils ne méritent, au moins, 
une sérieuse considération. 

C'est un fait incontestable que la pièce a appartenu à la fa- 
meuse collection d' Ambras formée par l'archiduc Ferdinand de 
Tyrol, le neveu de Charles-Quint, et se trouve décrite comme 
« chapeau » dans l'inventaire fait après la mort de ce prince en 
1376. 



— 454 — 

Il suffit de lire la biographie de Ferdinand, écrite par M. le 
docteur Hirn, que j'ai cité, pour savoir que ce prince était un 
collectionneur éclairé et enthousiaste, qu'il s'intéressait vive- 
ment à tout ce qui était rare et curieux, et qu'il attachait surtout 
de l'importance aux objets d'une valeur historique. 

Comme héritier, en seconde ligne, de son oncle Charles-Quint, 
il a donc eu non seulement ample opportunité mais même le 
droit d'acquérir pour sa collection une partie des curiosités qui 
furent envoyées du Mexique par Cortès. 

La preuve que l'archiduc a réussi à en obtenir semble fournie 
parle témoignage du dit inventaire qui cite, outre notre pièce, 
un vêtement, un bouclier et une bannière? en ouvrage de plumes 
précieuses et or, qui n'ont pu que provenir du Mexique. 

La considération de ces faits m'a semblé rendre évident que 
personne n'a été plus favorablement placé que l'archiduc Ferdi- 
nand pour acquérir des informations authentiques sur la nature 
exacte de la pièce en question, ni plus intéressé à en obtenir. 

Donc, comme nous savons par l'inventaire, qu'elle portait en- 
core en 1576 « une étiquette » qui la désignait comme « chapeau », 
j'ai soutenu qu'avant de repousser cette identification respecta- 
ble et ancienne, il fallait au moins l'envisager et l'examiner. 

M. de Hochstetter, cet homme de science dans le plus haut 
sens du mot, n'a pas négligé de le faire. 11 nous dit avoir tenté, 
quoique sans réussite, de faire tenir la pièce sur la tête. Mais il 
fait aussi la remarque que tous les petits bâtons étaient tellement 
cassés que, quoiqu'on vit parfaitement comment ils étaient 
disposés, ils n'offraient plus de soutien à la pièce. Cet observa- 
teur exact a même constaté consciencieusement un fait qui ne 
soutenait guère sa propre hypothèse, c'est qu'un morceau de filet 
avait été attaché à l'envers de la pièce, formant « une espèce de 
capuchon » dont l'ouverture était précisément « de la grandeur 
d'une tête ». 

Ce n'est donc que l'exemple de M. de Hochstetter même que 
j'ai suivi en voulant constater si la forme se prêtait à être portée, 
sur la tête. Mais au lieu de l'original déchiré, cassé etmancjuant 



— 456 - 

de tout soutien, j'ai fait mes expériences avec un modèle que 
j'ai fabriqué selon le dessin publié par M. de Hochstetter et un 
tracé sur papier que M. Heger a eu l'obligeance de m'envoyef 
de Vienne. 

Le résultat de mon expérience a été le contraire de celui de 
M. de Hochstetter. Je n'ai pu que constater la parfaite adapta- 
tion de la forme à tenir sur la tête, et le tout ensemble m'a paru 
présenter une ressemblance frappante avec certaines représen- 
tations, bien connues du reste, d'une haute coiffure portée par 
les chefs Mexicains, consistant en plusieurs bandes concentriques 
de divers couleurs, surmontées d'une longue frange de plumes 
de quetzal. 

Aussi est-ce parce que chaque petit détail de Sa construction 
soutient l'ancienne désignation de la pièce, que j'ai repris le 
parti de l'inventaire de 1676 et abandonné l'hypothèse de M. de 
Hochstetter. 

Voilà, Messieurs, les raisons sur lesquelles j'ai basé ma con- 
viction, raisons que j'ai citées en premier lieu et longuement 
dans mon mémoire. Ce sont ces raisons mêmes que M, le docteur 
Seler m'a fait l'injustice de ne pas attaquer dans son discours 
mais que je me permets de soumettre maintenant à votre ju- 
gement. 

Le modèle de la pièce soumis à votre inspection aujourd'hui 
vous donne l'opportunité de jugerpar vous-mêmes, si cette adap- 
tation déforme existe. 

Permettez-moi d'attirer votre attention d'abord sur l'ouverture 
semi-circulaire qui encadre si bien le visage, et sur l'habile dis- 
position des bâtons de soutien qui ne détruisent nullement la 
flexibilité nécessaire dans la partie du milieu. Aux côtés deux 
bâtons plus forts, habilement posés, diagonalement, sur les au- 
tres, soutiennent cette partie plus exposée à être cassée, tout en 
fournissant le point solide nécessaire pour l'attache des liens 
qui suffisent, à eux seuls, pour maintenir la coiffure sur la tête. 
Me contentant de ceux-ci je n'ai pas essayé de reproduire, sur 
le modèle, le morceau de filet formant capuchon dont M. de 
Hochstetter a parlé. 



— 456 — 

Un tel capuchon, cependant, comme je l'ai constaté par expé- 
rience, peut être employé comme l'auxiliaire le plus simple et 
effectif pour aider à maintenir cette forme solidement sur la tête. 
Mon modèle a un petit défaut dans sa construction, aperçu 
trop tard pour y être remédié. Quoique sans importance réelle, 
comme vous verrez, je ne veux pas omettre de vous le nommer. 
Les derniers bâtons de soutien terminant chaque côté, sont trop 
rapprochés de leurs voisins, un défaut qui est, en partie, dû à un 
léger manque de rapports entre les proportions de la pièce four- 
nies par la gravure de M. de Hochstetter et le tracé de M. Heger. 
Hors ceci, je crois mon modèle exact, quoique je n'aie pu lui 
donner V extrême légèreté de l'original tout composé de plumes, 
montées sur un filet fin, avec les ornements en feuille d'or 
mince. Aussi n'ai-je pu faire exécuter le grand dessin symétrique 
(qu'on peut comparer à une série de tourelles) par la multitude de 
petites lames d'or superposées l'une sur l'autre comme écailles 
de poisson, qu'il y a sur l'original, rendant évidence de la flexibilité 
intentionnée et étudiée qu'on a cru nécessaire de lui donner. 

Mais ne vous bornez pas, je vous prie, à l'examen de mon 
modèle et des illustrations de la pièce. 

Veuillez former une opinion, et l'exprimer. Que ce Congrès 
'prononce son jugement sur la simple question si la construction 
de la pièce dément ou soutient l'autorité vénérable de l'ancien 
inventaire. 

Ce n'est qu'après avoir formé votre opinion sur la valeur de 
ces indications que je vous prierai de noter qu'elles sont cor- 
roborées par un nombre de faits réunis dans mon essai dont je 
ne reconnais que trop bien les imperfections. 

Depuis sa publication, cependant, j'ai acquis certains faits 
importants qui soutiennent les résultats auxquels j'étais arrivée. 
Quoique j'eusse réussi à publier une série d'illustrations de coif- 
fures mexicaines ayant une ressemblance fondamentale avec 
l'original de Vienne, ce n'est que l'hiver passé que j'en ai ren- 
contré l'image presque identique ayant la partie du milieu élevée 
et superposée. 



— 457 — 

Cette image se trouve dans le manuscrit mexicain de la Biblio- 
thèque Nationale de Florence que j'ai l'espoir de bientôt voirpublié 
en fac-similé. La photographie de cette image et le grand dessin 
colorié d'après l'original, permettent de faire des comparai- 
sons entre la forme et les couleurs que celle-ci et la pièce de 
Vienne, ont en commun. Ce que je voudrais surtout que vous 
notiez, c'est que les deux coiffures montrent, en plus, les mêmes 
formes d'ornementation: des pièces circulaires et un dessin symé- 
trique. 

La coifiure tirée du manuscrit y est représentée sur la tête du 
dieu Huitzilopochtli, revêtu d'habillements emblématiques, 
portant dans une main son xiuhcoatl ou chiroballiste en forme 
de serpent, et dans l'autre ses dards, son bouclier et sa bannière 
en plumes. J'attire, en passant seulement, votre attention sur 
ce que, dans ma publication, j'avais déjà désigné certains rap- 
ports entre la coiffure de Huitzilopochtli, décrite par plusieurs 
auteurs espagnols, et la pièce de Vienne. Dans cette publication 
se trouvent aussi mes raisons pour supposer que le mot àpane- 
caioll était le terme usité pour désigner les pièces en ouvrage 
de plumes destinées à être portées sur la tête, pour les distin- 
guer des bannières ou quachpanitl destinées à être attachées 
sur le dos. Le précieux manuscrit bi-lingue de l'Historia de Fray 
Bernardino de Sahagun, que j'ai étudié à Florence, me permet 
maintenant de vous citer un exemple décisif de l'emploi de ce 
mot avec la signification que je lui avais prêtée. 

Cet exemple se trouve dans le chapitre de l'histoire de la con- 
quête dans lequel sont décrits les cadeaux envoyés par Monte- 
zuma à Cortès et précisément à l'endroit de l'énumération des 
parures du grand-prêtre de Huitzilopochtli. Ici le texte espagnol 

décrit en premier lieu un masque en travail de mosaïque 

en second lieu : une couro?ine, attachée au masque. Cette « cou- 
ronne » était grande, haute, et surmontée de longues et très 
belles plumes précieuses. Le texte Nahuatl énumère ces deux 
objets ainsi : « coaxaiacatl, xiuhtica tlachivalli, Quetzal-apane- 
caiotl ». Vous voyez, messieurs que le mot apanecaiotl corres- 



— 458 — 

pond au texte êspaghol qui décrit une vraie couronne, attachée 
à un masque et destinée à être portée avec celui-ci. 

Nous avons donc l'autorité incontestable d'un Sahagun éta- 
blissant ce que c'était qu'un apanecaiotl. Le manuscrit Boturini 
nous en donne l'image dans le hiéroglyphe servant à exprimer le 
nomd'Apanecaiotl. Même M. le docteur Seler n'a pu nier la res- 
semblance de cet hiéroglyphe avec l'image du dessin Bilimek 
et de ces deux avec la pièce de Vienne. Et nous avons ici une 
chaîne d'évidences qui tend assurément à établir le fait que la 
pièce de Vienne est un Quetzal- apanecaiotl. 

Veuillez maintenant suivre un autre enchaînement de preuves 
qui semble permettre une identification intéressante de notre 
pièce historique. Rappelons le fait que Montezuma envoya à 
Cortès une couronne de grand-prêtre de Huitzilopochtli, dont 
nous venons de citer la description. Un regard jeté sur le grand 
dessin colorié nous montrera comment un artiste indigène a 
représenté la couronne de ce dieu que plusieurs auteurs espa- 
gnols disent avoir aussi été orné d'un bec d'oiseau en or. 

Dans un inventaire qui accompagna ces mêmes cadeaux lors- 
qu'ils furent envoyés par Cortès à Charles-Quint en 1519, on 
retrouve la description que voici : « une grande pièce en ou- 
vrage déplumes, de diverses couleurs, destinée à être portée sur 
la tête. Autour d'elles sont 68 petites pièces en or de la gran- 
deur d'un « medio cuarto ». Au-dessous de celle-ci se trouvent 
20 petites tours (torrecitas) en or. » — Examinez maintenant la 
pièce de Vienne par modèle et illustrations — notez sa ressem- 
blance frappante avec la couronne de Huitzilopochtli du grand 
dessin colorié et rappelez-vous que l'ancien inventaire de la col- 
lection d'Ambras constate qu'elle, aussi, a porté « sur le front un 
bec en or», l'emblème du dieu. 

Remarquez, ensuite, qu'il y a, selon M. de Hochstetter, exacte- 
ment 68 petites pièces en or sur le bord extérieur de notre pièce, 
la partie du milieu comptée, et qu'au dessous de celles-ci sont 
précisément 20 ornements symétriques, presque architectoniques, 
qu'on ne saurait mieux décrire que comme « petites tourelles, » 



— 459 — 

Jugez si ce ne sont là des faits propres à justifier ma croyance 
que la pièce de Vienne peut bien être un apanecaiotl destiné 
d'abord pour l'usage de Montezuma lorsqu'il remplirait son rôle 
de grand-prêtre de Huitzilopochtli, puis envoyé par lui à Cortès 
selon un usage d'hospitalité aztèque. 

Offert par Cortès à Charles-Quint, il aurait passé ensuite en 
la possession de Ferdinand de Tyrol, neveu et héritier de 
celui-ci. 

Messieurs les Membres du Congrès, c'est entre vos mains que 
je place la cause du plus intéressant et du dernier des apane- 
caiotl! 



OUVRAGES EN PLUMES DU MEXIQUE 



Par m»» Zélia Nuttall. 



Permettez-moi d'attirer votre attention sur l'existence, en pres- 
que parfaite conservation, d'un véritable chef-d'œuvre de ce 
travail en mosaïque de plumes qui fut une des spécialités des 
amantecas ou artisans de l'Ancien Mexique. 

A Florence, dans la salle du palais Pitti, qui contient les chefs- 
d'œuvres en orfèvrerie de Benvenuto Cellini se trouve, égale- 
ment exposé, une mitre entièrement composée de plumes d'oi- 
seaux-mouche et d'autres oiseaux indigènes de l'Amérique cen- 
trale. D'après les renseignements qu'on m'en a donné, cette mitre 
aurait, parait-il, appartenu à un cardinal de la famille Médicis, 
au XVIP siècle. Il ne semble exister, cependant, d'informa- 
tion authentique sur la provenance de la pièce. En l'examinant, 
j'ai cru pouvoir constater que son beau dessin a dû être l'œuvre 
d'un artiste d'Espagne, car tous les noms qu'on y voit inscrits, 
au moyen de petites plumes noires, sous les images d'Apôtres 
et de Saints, sont en langue espagnole. 

Au premier abord, on croit voir, dans cette mitre, un beau spé- 
men de peinture miniature sur vélin ou une broderie en soie ; 
mais en s'approchant on est surpris de trouver que le dessin, 
extrêmement riche et varié, est entièrement exécuté au moyen 
de plumes presque microscopiques, de couleur naturelle. 

Cette mosaïque ou, plutôt, peinture en plumes est fixée sur une 
peau délicate et offre une surface lisse et soyeuse, d'un effet ex- 
traordinaire lorsque certaines illuminations font ressortir le bril- 
lant et la beauté de couleur des plumes de colibri. 



- 461 — 

On ne saurait trop louer ni décrire l'extrême habileté et per- 
fection avec laquelle tous les détails minutieux, les lignes de 
contour et le coloris du dessin ont été reproduits. 

Involontairement on est forcé d'avoir recours aux expressions 
d'admiration dont les anciens auteurs espagnols se sont servis 
en décrivant les travaux de ce genre faits par les amantecas 
aztèques. 

Fray Toribio de Motolinia raconte que ceux qui arrivaient nou- 
vellement du Mexique, d'Espagne ou d'Italie « restaient bouche 
béante » en voyant le travail exquis des amantecas qui repro- 
duisaient avec facilité et perfection, en mosaïque de plume, 
n'importe quel dessin ou peinture qu'on leur montrait. 

Fray Geronimo de Mendieta, écrivant vers la fin du XVP siècle 
dit qu'en son temps ces amantecas^ sous l'influence des artistes 
Espagnols, produisaient des merveilles dignes d'être présentées 
aux princes, rois et souverains pontifes. 

La mitre du cardinal de Medicis date précisément de cette 
époque dont parle Fray Geronimo et mérite certainement le titre 
de « merveille » . 

Aussi n'ai-je aucun doute que c'est un chef-d'œuvre de maître 
indigène fait au Mexique d'après un dessin espagnol et j'ai lieu 
de croire que c'est probablement le plus bel exemplaire de ce 
genre de travail existant de nos jours. 

Les photographies que j'ai l'honneur de soumettre à votre 
inspection sont celles (aux deux tiers de grandeur naturelle) du 
devant et des pendants de la mitre. 

Par l'usage des couleurs métalliques l'artiste a essayé de re- 
produire l'effet des plumes de colibri. Le revers de la mitre est du 
même travail mais beaucoup moins bien conservé. 

Les pièces de mosaïque ou peinture en plumes ont été mon- 
tées, par une main européenne probablement, sur velours cra- 
moisi garni de cordes en fil d'or. 

J'ai plaisir à constater l'existence de ce véritable chef-d'œuvre 
qui permet de se former une idée juste de la perfection atteinte par 
le peuple aztèque dans le développement d'une de ses industries 



— 462 — 

artistiques. En attirant votre attention sur cet objet, j'ai l'es- 
poir d'apprendre que, outre celle de Vienne, citée par M. de 
Hochstetter, dépareilles pièces, datant de la même époque, sont 
conservées ailleurs, et je serais très reconnaissante de tout ren- 
seignement à ce sujet. 



MÉLODIES POPULAIRES DES INDIENS DU GUATEMALA 



Par m. Raymond PILET 



Mon but est de faire connaître quelques documents ethnogra- 
phiques nouveaux sur les Indiens qui forment encore actuelle- 
ment la majorité de la population de la République de Guate- 
mala^ dans l'Amérique centrale. Ces documents sont des mélodies 
populaires, que j'ai entendu exécuter par les indigènes et que 
j'ai recueillies pendant un séjour que je fis au Guatemala de 1879 
à 1882. 

La musique n'est point une chose que l'on doive négliger dans 
l'étude des peuples ; car de toutes les manifestations de l'âme hu- 
maine, il n'en est aucune où le génie d'une race soit plus pro- 
fondément empreint. Elle résume, comme l'a dit le philosophe 
Schopenhauer, les secrets les plus profonds de la sensibilité hu- 
maine, elle donne une voix aux sourdes agitations de notre être, 
elle plonge dans la nature intime de l'homme et des choses. 

Fille de toutes les conditions particulières de l'existence d'un 
peuple, elle n'est pas seulement une face du caractère national, 
elle en est l'expression la plus vive et la plus éloquente ; elle pré- 
sente même un avantage sur une œuvre littéraire, c'est qu'elle 
n'a pas besoin de traduction pour être comprise. Les gais et 
spirituels refrains de la France, les mélodies plaintives de la Bre- 
tagne, de l'Irlande, les chants empreints d'une poignante dou- 
leur de la Russie, les airs doucement mélancoliques de la Nor- 
vège ou pleins d'une passion brûlante du sud de l'Espagne, sont 

' Tous droits d'exécution publique, de traduction et de reproduction réservés. 
S'adressera M. Paul Dupont, éditeur à Paris, 4, rue du Bouloi, 



— 464 — 

la peinture fidèle des races qui les ont conçus et qui se plaisent 
à les répéter chaque jour. 

Mais si nous ne manquons pas de recueils pour étudier la mu- 
sique populaire des Européens, des Africains et des Asiatiques, 
il n'en est pas de même pour celle des Américains de l'Amérique 
centrale et surtout des Guatémaltèques. 

Les anciens historiens nous représentent les habitants de la 
Nouvelle-Espagne et du Mexique comme étant adonnés avec pas- 
sion à l'art de la musique. Les peuples Nahuas la cultivaient 
avec succès depuis la plus haute antiquité ainsi que l'indique leur 
mythologie. Un de leurs dieux les plus puissants, le dieu Tezcat- 
lipoca lui-même, amena la musique du soleil sur la terre, en lui 
construisant un pont de baleines et de tortues (symbole de la 
force). Les peuples Mayas étaient également très bien doués sous 
le rapport musical. 

Quant aux voyageurs modernes, il n'en est pas un qui ne se ré- 
pande en éloges sur le goût des indigènes pour la musique. Mal- 
heureusement, et si j'en excepte l'abbé Brasseur de Bourbourg, 
qui a recueilli quelques fragments mélodiques peu importants, 
ni les anciens ni les modernes ne se sont donné la peine de noter 
les échantillons, si vantés, de l'art musical des Indiens de cette 
région. A l'Exposition de Paris de 1889, la musique du monde 
entier se trouvait réunie, celle de l'Amérique centrale n'était 
pas encore représentée. 

Je crois donc combler une véritable lacune en communiquant 
au public les quelques mélodies que j'ai recueillies et en faisant 
connaître les instruments sur lesquels elles sont exécutées. 

Je dis « exécutées sur des instruments », car c'est en effet un 
côté bien particulier et digne de remarque de la musique guaté- 
maltèque qu'elle soit presque exclusivement instrumentale. Les 
Indiens ne chantent pas, ou chantent peu, d'une voixmonotone et 
glapissante. Il est difficile de comprendre qu'ils puissent descen- 
dre de ces Toltèques qu'Ixtlilxochitl nous dépeint comme des 
chanteurs si distingués. Contrairement à la musique si popu- 
laire Espagnole, qui est presque toujours vocale, la musique 
Indienne est pour ainsi dire uniquement instrumentale. 



— 465 — 

Les instruments dont ils se servent habituellement sont des 
instruments à vent ou de percussion, trompettes, flûtes, chiri- 
mias (sorte de hautbois à six trous), marimbas, tambours. Les 
instruments à cordes, tels que la guitare et le violon, ont été in- 
troduits par les Espagnols et ne se rencontrent qu'exceptionnel- 
lement chez les Indiens. 

Comme, pour bien apprécier à leur valeur des mélodies popu- 
laires étrangères, il ne suffit pas de les entendre, mais qu'il est 
indispensable de se retracer exactement le milieu dans lequel 
elles se sont développées et dont elles sont en quelque sorte in- 
séparables, je crois nécessaire de donner quelques aperçus sur 
les endroits où je les ai entendu exécuter. 

Transportons-nous d'abord dans la province de la Vera-Paz, à 
Rabinal, un riant village situé dans une belle vallée à 35 lieues 
au nord de la capitale du Guatemala. La Yera-Paz est une des 
provinces les plus intéressantes de la République. Les Indiens 
Quiches qui y habitent, furent conquis d'une manière qui mé- 
rite la peine d'être rappelée. Les troupes Espagnoles ayant été 
repoussées par ces peuplades guerrières, le père Las Casas, vi- 
caire du couvent des dominicains à Guatemala, obtint du roi 
d'Espagne qu'on le laissât tenter le projet de conquête pacifique 
qu'il préconisait depuis longtemps et sur lequel il a même écrit 
un traité ; on retira les soldats et Las Casas fit composer quelques 
hymnes religieux en langue Quichée, où les principaux mystères 
de la religion chrétienne se trouvaient racontés. Quatre domini- 
cains se rendirent alors à Rabinal, accompagnés d'Indiens qui 
faisaient le commerce avec les Quiches et commencèreilt à chan- 
ter leurs cantiques sur la place publique. L'attention du cacique 
éveillée par cette nouveauté, il demanda à entrer en relation avec- 
les religieux, pour avoir l'explication de ces chants. Les religieux 
en profitèrent pour faire connaître aux Indiens qu'ils ne leur 
voulaient aucun mal, que l'Espagne désirait uniquement les faire 
profiter des lumières d'une religion et d'une civilisation supé- 
rieures ; ils prêchèrent avec éloquence la foi catholique et réus- 
sirent à convertir le cacique et ses sujets. C'est ainsi que la Vera- 

30 



466 — 



Paz ou « vraie paix », ainsi nommée en souvenir de cette pacifi- 
que annexion, devint Espagnole et catholique sans une goutte 
de sang répandu. 

Une belle église fut construite à Rabinal, dont un América- 
niste bien connu, Fabbé Brasseur de Bourbourg, a été longtemps 
curé. Cette église n'a pas de cloches ; le matin à six heures, à 
midi, et à six heures du soir, les fidèles sont appelés à la prière 
aux sons d'une longue trompette qu'un Indien entonne sur la 
plate-forme de la tour. Cette trompette, faite, parait-il, sur le 
modèle des anciennes trompettes des Quiches, ressemble assez à 
Une trompette assyrienne ; elle produit un son qui s'entend à d'é- 
normes distances. J'ai noté l'appel exécuté par l'Indien de Ra- 
binal ; en l'absence de trompette Quichée, le cor pourra donner 
une idée du timbre et de l'effet de cette mélodie. Entendue au 
milieu de cette belle contrée, le matin à l'heure où le silence 
règne encore, où la campagne est à demi plongée dans l'ombre 
et où seules les montagnes environnantes, couronnées de palais 
et de temples en ruines, flamboient sous les rayons du soleil le- 
vant, elle produit une impression grandiose et saisissante ; on 
sent que cette mélodie doit être très ancienne, qu'elle n'a point 
dû être faite à l'origine pour appeler les Indiens à la prière ca- 
tholique dans une église espagnole ; elle a peut-être résonné jadis 
sur les pyramides de sacrifice qu'on aperçoit près de Rabinal, et 
en l'écoutant on reconstitue instinctivement par la pensée le passé 
lointain dont elle a été la contemporaine. 



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— 467 — 

La seconde mélodie que j'ai recueillie à Rabinal était jouée 
sur la flûte avec accompagnement de tambour. Pour la noter, il 
m'a fallu, pour ainsi, dire la saisir au vol, au moment où elle 
était exécutée par des pasteurs Indiens qui sortaient du village. 
Cette mélodie est pleine de naïveté et de grâce champêtre. Je 
l'ai harmonisée, ainsi que celles qui vont suivre, pour le piano. 



AllegToito. 



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Je passe maintenant à une danse caractéristique très répandue 
chez les Indiens. A Chinautla, petit village aux environs de 
Guatemala, peuplé d'Indiens Poltomames, je l'ai vu exécuter 
plusieurs fois, surtout à l'époque du carnaval. Elle avait lieu gé- 
néralement au milieu de la journée, dans une de ces cours om- 
bragées de grands arbres comme on en voit devant chaque hutte 
Indienne. Une vingtaine d'indigènes arrivaient, affublés d'accou- 
trements bizarres, reluisants de paillettes, de plumes, de perles, 
de petits miroirs encadrés et cousus dans l'étoffe de leurs vête- 
ments ; ils portaient des masques d'hommes ou d'animaux. La 



— 468 



musique se composait d'un flageolet diatonique à six trous appelé 
pito, et d'un tambour auquel il faut ajouter une sorte de hochet 
fait d'une calebasse remplie de graines desséchées, avec lequel 
on marque la mesure, en faisant sonner les graines contre la 
paroi qui les enveloppe. 

Au son de ses instruments, la danse se poursuit pendant des 
heures entières. Tandis que le flageolet joue la mélodie, les ryth- 
mes sont marqués par le tambour, par le hochet et par le brui^ 
éclatant des sandales des danseurs. Ce bruit a fait donner à cette 
danse par les Espagnols le nom de zapateado, qui rend bien 
l'action de frapper des pieds le sol en cadence. 

« Que le ciel soit dans l'émoi, que la terre tremble, que nos 
« fronts, que nos têtes, se courbent au son de nos pas retentis- 
« sants sur le sol, battant en cadence avec les esclaves, hommes 
« et femmes, à la face du ciel, à la face de la terre. » 

Ces vers qui décrivent si bien la danse américaine sont extraits 
du drame Quiche de Rabinal-Achi, traduit par l'abbé Brasseur 
de Bourbourg. Le goût des Indiens pour la polyrythmie et la 
précision avec laquelle ils l'exécutent sont fort remarquables. La 
mélodie du zapateado se poursuit toujours la même, mais les 
rythmes qui l'accompagnent viennent en rompre la monotonie ; 
ils varient sans cesse suivant le caprice des musiciens et des dan- 
seurs : 



Allegretto 




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Pito et tambour. 



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Le quatrième air Guatémaltèque que j'ai noté est un air d'A- 
titlanou de Panajachel. Le lac d'Atitlan ou de Panajachel, du 
nom de deux villages indiens situés sur ses JDords, aux extrémi- 
tés opposées, est un des endroits les plus curieux de Guatemala. Il 
a près de sept lieues de tour, et sa beauté l'emporte sur celle 
des lacs les plus renommés delà Suisse ou de l'Italie. Des volcans 
hauts de 3,600 mètres, l'Atitlan et le San Pedro, qui émergent 
de ses eaux bleues et y reflètent leurs majestueuses silhouettes, 
lui donnent un caractère original et grandiose que je n'ai retrouvé 
nulle part. 



— 470 - 

Je le traversai en 1881 dans un canot de cèdre monté par deux 
rameurs cakchiquels. 

J'allais de Panajachel, qui est un village cakchiquel, à Atitlan 
la capitale des Tzutuhils. La traversée dura plusieurs heures ; 
pour en charmer les ennuis, mes rameurs se mirent à siffler l'air 
que voici, en le variant et en le développant d'une manière lo- 
gique et ingénieuse qui n'est pas sans une certaine analogie avec 
d es variations de Mozart ou de Haydn. 




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— 471 ~ 




Je termine par deux mélodies de la ville de Quezaltenango, 
la seconde capitale du Guatemala ; elles s'exécutent sur la ma- 
rimba. 

La marimba est une sorte de xylophone ou d'harmonica en 
bois ; elle se compose d'une trentaine de touches accordées dia- 
toniquement, formant un clavier horizontal que l'on joue avec 
des bag-uettes, munies à l'extrémité de boules en caoutchouc. Les 
caisses de raisonnance des touches de marimba sont tantôt de 
simples calebasses, tantôt des tubes verticaux de diamètre égal 
mais de longueur différente, reliés entre eux par des fibres et 
assujettis entre deux morceaux de bois. Ces tubes ont à leur 
base une ouverture latérale couverte dune membrane, et cette 
membrane entre en vibration lorsqu'on comprime l'air dans le 
tube par la percussion des touches qui le recouvrent. 

D'où vient cet instrument ? c'est ce qu'il est difficile de déter- 
miner sans se lancer dans des hypothèses qu'aucun document ne 
justifie. 

On a prétendu qu'il était originaire de l'Afrique et qu'il au- 
rait été importé au Guatemala par les nègres que les Espagnols 
y avaient amenés comme esclaves : mais ce qui ébranle cette 
théorie, c'est qu'on trouve dans tous les pays du monde des ins- 
truments à lames sonores de bois ou de métal, et qu'il paraît 
alors plus admissible que différents peuples, étrangers les uns 



— 472 — 

aux autres, aient pu inventer simultanément le même instrument 
primitif. 

Remarquer la différence de sons produite par la différence de 
longueur d'un bambou fendu, ou d'une lame quelconque repo- 
sant sur une caisse de résonnance, est une idée aussi vieille que 
le monde, trop simple et trop naturelle pour en réserver exclu- 
sivement la paternité aux nègres de l'Afrique occidentale. D'ail- 
leurs, au témoignage des voyageurs, les mélodies que les nègres 
exécutent sur leur xylophone sont détestables, tandis que celles 
des Guatémaltèques sont fort intéressantes, ainsi qu'on en jugera 
par les spécimens suivants : 

Par quelle logique bizarre attribuer l'invention d'un instru- 
menta ceux qui s'en servent le plus mal ! 

Les deux mélodies que je vais vous faire entendre m'ont été 
exécutées sur la marimba par des Indiens de Quezaltenango ; ils 
jouaient à quatre mains, et l'harmonie qu'ils inventaient était 
parfaitement correcte. La seconde d'entre elles est une danse 
appelée « barreîio », et c'est la seule qui, par exception, ait aussi 
des paroles espagnoles : mais ces paroles ont évidemment été 
adaptées postérieurement par les ladinos ou métis, ainsi que je 
le déduis de ces deux faits, d'abord de ce qu'il n'y a que les la- 
dinos à les chanter^ ensuite de ce que les paroles prouvent suffi- 
samment que c'est une danse généralisée chez eux depuis peu. 

« Quand ce barreîio vint, on ne le savait pas danser », disent 
les vers espagnols : « Mais depuis que tout le monde le connaît, 
on ne peut plus le laisser tranquille. » 



— 473 — 



Allegretto vivace 




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La date exacte de tous ces airs est impossible à déterminer en 
l'absence complète de documents antérieurs ; on ne peut se livrer 
qu'à des conjectures ; mais étant donnée la lenteur des variations 
dans les coutumes et dans les langues du Guatemala depuis la 
conquête, on est en droit d'en induire que la musique n'a pas 
dû varier plus rapidement que le reste. Quant à l'authenticité 
Indienne de ces mélodies, elle m'est affirmée par leur ca- 
ractère spécial, par la race des exécutants, par les instru- 
ments sur lesquels elles sont rendues et surtout par le fait 
que, dans le pays, elles sont considérées par tout le monde 
comme indigènes. On remarquera qu'elles sont pour la plupart 
à trois temps et toutes dans le mode majeur ainsi que le sont 
généralement les mélodies primitives. Le mode majeur cadre 
du reste merveilleusement avec cette contrée ensoleillée, et la 
légende du dieu amenant la musique du soleil sur la terre est 
une idée poétique fort ingénieuse. C'est la musique d'un pays où 
les conditions de la vie ont dû être relativement douces : l'his- 
toire n'y a pas été aussi terrible qu'ailleurs, et j'ai dit plus haut 
qu'une partie du Guatemala avait été annexée pacifiquement par 
les conquérants. 

Si ces airs n'étaient pas Indiens, ils ne pourraient être qu'Es- 
pagnols ; car les Espagnols sont pour ainsi dire les seuls Euro- 
péens qui aient séjourné longuement au Guatemala; or j'ai ha- 
bité l'Espagne, j'en connais les mélodies populaires, j^ai con- 
sulté les collections les plus complètes, et je n'ai point entendu 
en Espagne ni retrouvé dans les recueils publiés, aucun des airs 
du Guatemala, Il y avait du reste un obstacle physique à l'intro- 
duction de la musique castillane. Ainsi que je l'ai déjà dit, les 
Indiens ne chantent pas, tandis que les Espagnols ont une musi- 
que essentiellement vocale. La rendre sur des instruments In- 
diens eût été difficile ; on ne se figure pas les capricieuses mélo- 
pées de l'Andalousie transcrites pour des flûtes, des chirimias ou 
des marimbas. 

Ne pouvant pas chanter les airs Espagnols, les Indiens n'ont 
pas adopté davantage les instruments destinés à leurs accompa- 



— 480 — 

gnements : la guitare, comme tous les instruments à cordes, 
leur est restée presque complètement inconnue. Ils ne se servent 
jamais des castagnettes. Leurs instruments sont demeurés ce 
qu'ils étaient autrefois, des instruments à vent et de percussion 
très primitifs, et ils ont peut-être dû à un défaut naturel de con- 
server ainsi plus purement que d'autres leur musique originale. 



NOTE SUR LES LIMITES DES CIVILISATIONS DE L'ISTHME 

AMÉRICAIN 

Par m. A.-L. Pinart. 

L'île du Roi ou de Jurarequi serait le dernier point au sud de 
la colonisation mexicaine ; car les premiers habitants de cette lie 
sont de race guaymie. 

Les races primitives du Costa-Rica (Gûetares), et du Nicaragua 
(Chontales) seraient de famille Caraïbe. Le nom des Chontales 
viendrait de chonta (sarbacane). La communauté d'origine des 
Chontales avec les races de l'Amérique du sud serait prouvée par 
l'usage commun de cette arme. 

Les Indiens Cunas du Darien sont restés réfractaires à la ci- 
vilisation, luttant au Nord contre les Guaymies et au Sud contre 
lesChocoes. Ces derniers étaient une tribu brave etfière, travail^ 
lant Tor. 

[Il n'est donné ci-dessus qu'un résumé succinct de l'impor* 
tante étude précédente : on peut la trouver autographiée, ainsi 
que la suivante, à la librairie Leroux]. 



APERÇU SUR L'ILE D'ARUBA, SES HABITANTS, SES 
ANTIQUITÉS ET SES PÉTROGLYPHES. 

Par m. A.-L. Pinart 

Cette ile, proche de Curazao, est peu connue au point de vue 

ethnograpliique précolombien. Les Indiens actuels sont des 

métis. 

31 



L'auteur donne quelques détails sur l'ancien mode d'enseve- 
lissement des morts en cette lie : 

Les spécimens de céramique ancienne qu'on y a trouvés sont 
plutôt de texture grossière, de couleur noire ou rouge. 

L'auteur signale en détail, avec dessins à l'appui, quelques- 
uns des 50 pétroglyplies existant dans lile, non taillés, mais 
peints en rouge, bleu, blanc jaunâtre et noir, et termine en don- 
nant un petit vocabulaire de la langue parlée à Aruba. 



MONOGRAPHIE DES CARAÏBES 

Par m. E. de SEMALLÉ 

Vers 1830, il y avait encore quelques familles Caraïbes à la 
Guadeloupe ; elles ont dû se mêler depuis à la population de 
couleur. 

Actuellement, il y en a encore à Sainte-Lucie, à la Trini- 
dad et à la Margarita. Il en est resté encore à Saint- Vincent, 
malgré la barbare transportation exécutée par les Anglais en 
1799 ou 1800. 

Voici les renseignements fournis par Monseigneur Naughten 
évêque de Roseau (Dominique) : 

Les Caraïbes sont établis et vivent dans leur propre territoire 
ou district, qui leur a été concédé par un don de la Couronne, 
et pour leur propre usage, à l'exclusion de tous les autres na- 
turels du pays. Cette terre est située dans la partie ouest de l'île 
de La Dominique ; elle est très montagneuse. Les Caraïbes se 
marient rarement avec les nègres, et s'ils le font, ils perdent 
leur droit de caste, de sorte que de tel:^ mariages sont très rares 
parmi les vrais Caraïbes. Ils sont, pour ainsi dire, isolés sur une 
grande étendue, et ont peu de relations avec les autres habi- 
tants de l'ile, en lesquels ils ont peu de confiance. Leurs 
mœurs sont simples, ils sont doux et inoffensifs. Aujourd'hui 



— 483 — 

leur nombre est de 250 à 300, ils sont tous catholiques. Un grand 
nombre se marient et accomplissent leurs devoirs religieux, 
quand le prêtre visite leur pays. Ils sont très désireux de faire 
instruire leurs enfants, mais il faut que tout se fasse à nos frais, 
de sorte que nous avons établi une école pour eux, mais sur une 
petite échelle, et il reste encore beaucoup à faire. Ils ne peu- 
vent nous aider que par leur travail, c'est-à-dire couper le bois 
pour construire la maison du prêtre, le transporter, etc.. 

La principale industrie des Caraïbes est la fabrication des pa- 
niers. Ils sont faits de bambous recueillis dans les bois et peints 
de différentes couleurs. Lorsque ces paniers sont bien fabriqués, 
comme ils le sont généralement, ils sont imperméables à l'eau 
et sont employés pour voyager dans l'île au lieu de caisses et de 
valises. Les Caraïbes cultivent aussi une certaine quantité de 
grains, et des patates qu'ils mangent avec le poisson. Ils sont 
habiles marins et les produits de leur pêche sont leur principale 
nourriture. Leurs petites huttes sont complètement dépourvues 
d'ameublement, car ils couchent sur la terre nue. 

Le gouvernement des Caraïbes consiste en un chef qu'ils ap- 
pellent leur roi, assisté de un ou deux anciens. Si une affaire 
sérieuse se présente, ils ont recours à l'Evêque ou au Pasteur 
qu!ils considèrent comme leur légitime Providence et leurs pro- 
tecteurs naturels. 

DISCUSSION 

M. JiMENEZ DE LA EspADA attire l'attention du Congrès sur la 
situation relevée que les Caraïbes occupent parmi les tribus de 
l'Amérique du Sud. L'orateur mentionne les trouvailles qui ont 
été faites dans les derniers temps dans l'île de Marajô, à l'em- 
bouchure du Maranon. Ce sont des ossements enfermés dans des 
urnes richement décorées et ayant la forme d'un corps de femme. 
Cette dernière circonstance, d'après M. de la Espada, est une 
preuve que les femmes jouaient un rôle spécial dans la vie des 
anciens habitants de l'Amazone, rôle qui a amené les premiers 



— 484 — 

conquérants espagnols à donner à ce fleuve le nom de rio de 
las Amazonas. Cet usage d'enfermer les cadavres dans les urnes 
se retrouve aussi plus en amont du fleuve, et même sur les dé- 
pendances des x\ndes, et de l'autre côté des Andes, comme l'ont 
prouvé les fouilles de MM. Reiss et Stûbel. Dans une relation an- 
cienne sur les Caraïbes, des environs du cours inférieur du rio 
Magdalena, se trouvent des indications précisément sur ce genre 
d'inhumation. M. de la Espada admet, dès lors, que partout où 
l'on retrouve l'inhumation dans les urnes, on peut conclure à 
l'influence des tribus caraïbes. Un fait digne d'être remarqué, 
c'est que dans les derniers temps on a pu démontrer en Espa- 
gne aussi l'existence de l'usage d'urnes funéraires ; on en a 
trouvé dans un ancien lieu d'inhumation près de Gérone en Ca- 
talogne. Enfin, il faut se rappeler que le mode d'inhumation 
dans des urnes funéraires est le même en Espagne et dans l'Amé- 
rique du Sud que chez les Chaldéens. 

M. DE LA Rada y Delgado. — M. de la Espada nous a cité les 
vases funéraires qui ont été trouvés à Vais et qui sont publiés 
en gravure par l'Académie Royale d'Histoire de Madrid. J'ajoute- 
rai que dans un autre endroit en Espagne on a trouvé des vases 
funéraires de même forme, près de Murcie. Je crois d'ailleurs 
pouvoir confirmer ce qu'a dit M. de la Espada au sujet de la 
ressemblance des vases de l'Amazone avec ceux d'Espagne et 
de Chaldée. 



DÉCOUVERTE DU RIO APURE 

M. JusTO Zaragoza présente des extraits de documents conser- 
vés aux archives de Simancas, d'Alcalâ, de Linares, de la Bi- 
bliothèque Colombienne de Se ville, et de l'Ayuntamiento de 
Léon. Ces documents ont trait à la découverte du rio Apure. 

[Le comité de publication regrette vivement que l'auteur ait 
négligé de remettre son manuscrit, malgré de fréquentes récla- 
mations]. 



ETHNOGRAPHIE DE LA GUYANE FRANÇAISE 

M. Hamy fait circuler une série de planches et de dessins exé- 
cutés par M. Fournereau, voyageur dans la Guyane française, 
représentant des types, des costumes, des instruments divers en 
calebasse, en bois sculpté, etc. L'explorateur français est monté 
sur le Maroni jusqu'à Cotica, et y a exécuté les dessins présentés 
au Congrès. 



LES FUÉGIENS A LA FIN DU XV1I« SIÈCLE 

d'après des documents français inédits 
Par M. G. MARCEL 

En 1684, un assez grand nombre de flibustiers considérant que 
les Antilles et les côtes orientales de l'Amérique espagnole ne 
pouvaient plus, depuis le temps qu'ils les exploitaient les armes à 
la main, leur fournir des richesses égales à leur avidité, résolu- 
rent de passer dans la mer du Sud. Les uns y pénétrèrent par le 
détroit de Magellan, les autres y passèrent par l'isthme de Pa- 
nama. Les ravages qu'ils y commirent pendant près de dix ans 
furent considérables et la terreur de leur nom fut bientôt portée 
à son comble. Cependant, un certain nombre de ces aventuriers 
étant rentrés à Saint-Domingue en 1688, rendirent compte de- 
vant le gouverneur, M. de Cussy, de leurs courses et de leurs pi- 
rateries * . 

1. Bibliothèque nationale, Manuscrits : Renaudot, vol. 30. 



Certains autres, désireux de revenir en France, s'assem 
semblèrent dans l'Ile de Juan-Fernandez et se partagèrent leur 
butin qui pouvait monter pour chacun d'eux à la somme de 9000 
livres. Vingt-trois d'entre eux, après avoir perdu au jeu ce qui 
leur était échu en partage, résolurent de se refaire et se livrè- 
rent à de nouvelles courses qui furent non moins fructueuses 
que les précédentes. De cinq navires richement chargés dont ils 
s'étaient emparés, nos compatriotes n'en conservèrent qu'un seul 
de 200 tonneaux avec lequel ils résolurent de passer dans l'Atlan- 
tique. Mais la fortune, qui les avait si singulièrement favorisés 
jusqu'alors, les abandonna tout-à-coup; si bien qu'ayant embou- 
qué le détroit de Magellan, ils y firent naufrage dans le canal de 
Joucjoucq. Mais une si cruelle mésaventure n'était pas pour abat- 
tre ces aventuriers. Fortement trempés par l'existence qu'ils 
avaient menée, il ne se laissèrent pas décourager et des débris de 
leur navire, ils se mirent sans retard à construire un bâtiment 
plus petit. Ds ne passèrent pas moins de dix mois à cette dure be- 
sogne qu'ils devaient sans cesse interrompre pour chasser, pê- 
cher, rassembler du bois, quand ils ne se livraient pas à d'autres 
occupations encore plus pénibles. Leur voyage de retour s'effec- 
tua sans incident notable et ils atteignirent Cayenne et la mer 
des Antilles. 

Certains d'entre-eux, convaincus qu'une expédition nombreuse 
envoyée de France dans la mer du Sud y ferait un butin consi- 
dérable, passèrent l'Atlantique et se rendirent à la Cour. L'un 
d'entre eux, nommé Macerty ou Mac Carthy, s'adressa à un offi- 
cier entreprenant de la marine royale, le comte de Gennes, qui en 
parla à Pontchartrain. Celui-ci entra immédiatement dans ces 
vues, arma six vaisseaux dont il confia le commandement à 
de Gennes. 

Cet officier, ayant appris que la garnison du fort de Gambie 
était presque toute entière sur les cadres, se dirigea sur cette lo- 
cahté, s'empara en juillet 1695 du fort Saint-Jacques qu'il fit sau- 
ter et continua sa route vers le Brésil. Mais les nombreux escla- 
ves nègres qu'il avait embarqués dans l'espoir de les revendre 



— 487 — 

avantageusement épuisèrent ses vivres en quelques jours et le 
forcèrent à relâcher au Brésil pour y refaire ses approvisionne- 
ments. 

Un retard beaucoup plus long qu'il ne croyait et des vents con- 
traires trop constants ne permirent à de Gennes d'entrer dans le 
détroit de Magellan que le 11 février 1696. C'était à une époque 
de l'année beaucoup trop avancée ; aussi ne faut-il pas s'étonner 
que les vaisseaux français n'aient pu dépasser le Port-Galant et 
aient dû rentrer au Brésil. 

La relation de de Gennes confond les Fuégiens avec les Pata- 
gons ; aussi ne peut-on attacher la moindre importance aux ren- 
seignements qu'elle donne sur les « sauvages du détroit ». 

Si cette expédition n'avait pas réussi, c'est que son chef avait 
dérogé à ses instructions. 

La Compagnie royale de la. mer du Sud, établie en 1698, 
reçut des offres d'un des flibustiers revenus en France et pré- 
para un nouvel armement. Mais la paix ayant été conclue avec 
l'Espagne, la Cour lui fit changer ses projets et sa destination. 
Ce furent les commissaires de la marine qui surveillèrent 
tous les préparatifs, présidèrent à l'achat des munitions de guerre 
et de bouche, ce fut enfin Phélippeaux qui signa la nomination 
des officiers qui en firent partie et qui appartenaient presque 
tous à la marine royale ^ Le commandement en fut donné à un 
armateur de Saint-Malo, M. de Beauchesne-Gouin, car c'étaient 
ses compatriotes, les armateurs Danycan de Lépine et Jourdan 
de Gronée, qui avaient eu l'idée de cette expédition. 

De Bcauchesne reçut un brevet de capitaine de vaisseau pour 
la campagne, on lui adjoignit comme second un certain Jouan de 
la GuilbaudièrCjl'un des flibustiers qui avaient fait naufrage dans 
le détroit de Magellan. 

' Acte de société des intéressés en la Compagnie de la mer du Sud (Archî- 
ves des Colonies. Colonies océan Pacifique). 

Observations sur les demandes que la Compagnie royale de la mer du Sud 
appelée Pacifique établie en 1698 a faites au Roi... (signé: Perrin, avocat) — 
Paris, imp. de V^e Knapen, 1737, in-fol. pièce (Archives des colonies ut supra, 

Cie de la mer du Sud. Revendications 1698-1740.) 



Ce Jouan a laissé en manuscrit un ouvrage assez semblable 
à nos instructions nautiques, manuscrit qui nous a été libéra- 
lement confié par son possesseur M. HenryDuhamel, l'alpiniste 
bien connu, l'auteur, avec MM. Goolidge et Perrin, du Guide 
du Haut-Dauphiné*. Outre les détails les plus circonstanciés sur 
la bonne tenue ou le facile accès des havres et des ports, sur les 
ressources qu'on y trouve et d'autres renseignements nautiques, 
ce manuscrit renferme quelques informations survies Fué- 
giens et notamment un long vocabulaire qui nous parait d'au- 
tant plus précieux que les plus anciens documents du même 
genre qu'on possédait jusqu'ici sur la langue des Fuégiens ne 
remontaient pas, pensons-nous, au delà de la fin du XVIP siè- 
cle. Nous laissons aux linguistes à prononcer si ce vocabulaire 
de 1698 appartient à la langue des Téhuelches ^ 

Nous n'avons rien à dire de particulier touchant l'expédition 
de M. de Beauchesne Gouin. Nous nous contenterons de consta- 
ter que nos compatriotes ne tombèrent pas, comme le veut la 
biographie Micliaud, au milieu des boucaniers espagnols, par 
cette excellente raison qu'il n'y en avait pas au Chili, mais peu 
s'en faut qu'ils ne périssent dans un guet-apens que leur tendit 
le gouverneur de Valdivia et dont ils ne se tirèrent que grâce au 
sang-froid et à l'habileté de M. de Terville, le second de Beau- 
chesne. 

Il n'est pas vrai non plus que cette expédition ait dû payer, à 
Arica, une contribution de 50.000 couronnes à des flibustiers 
français. D'abord il n'y avait pas un seul flibustier français à 
Arica et Beauchesne y vendit aux Espagnols une grande partie 
de sa cargaison à des prix très rémunérateurs. 

De cette expédition nous possédons plusieurs relations : l'une, 
qui émane d'un officier de vaisseau qui avait fait le voyage, est 
malheureusement incomplète '. L'autre n'est qu'un rapport as- 
sez sommaire de M. de Beauchesne lui-même qui ne nous four- 

» Grenoble, A. Gratier, ^887,in-18. 

' Voir ce Vocabulaire à la partie linguistique du présent compte-rendu. 
' Ces deux documents se trouvent à la Bibliothèque nationale. Manuscrilis 
français 9097, fonds Léonard. 



— 489 -- 

nit pas non plus de détails bien circonstanciés sur les peuplades 
qui nous occupent. 

Par bonheur, ces documents sont complétés par deux journaux 
de bord qui sont dûs ù deux ingénieurs, l'un : de Labat, dé- 
clare qu'il sert depuis treize ou quatorze ans aux travaux et aux 
sièges, l'autre, nommé Du Plessis, ne nous donne aucun ren- 
seignement sur sa personne et ses travaux *. Ces deux rela- 
tions sont infiniment précieuses parce qu'elles renferment nom- 
bre d'informations sur l'état des colonies portugaises et espa- 
gnoles de l'Amérique du Sud et parce qu'elles s'étendent avec 
complaisance sur les habitudes et les mœurs des Fuégiens au 
milieu desquels nos compatriotes vécurent de longs mois. 

« Les habitants du détroit de Magellan, dit Du Plessis, ont le 
visage et le nez larges, la bouche grande, les lèvres grosses, les 
yeux petits, les cheveux noirs, rudes, coupés sur la tête et devant, 
les yeux en manière de couronne. Ils sont d'une couleur olivâ- 
tre, d'une taille médiocre et bien robustes ^. 

Ils se peignent la face et les autres parties du corps de blanc 
et de rouge, se mettent des ailes d'oiseaux autour de la tête, des 
colliers de petites coquilles au col pour ornements. 

Quelque froid qu'il fasse, ils n'ont point d'autre vêtement que 
des peaux de loups marins qui leur couvrent les épaules et le 
reste du corps jusqu'aux genoux, tant hommes que femmes et 
enfants '. 

Ils n'ont aucune demeure assurée, vont et viennent de côté et 



» Dépôt de la marine nos 5617 et 5618. 

* lis sont bien faits, tant hommes que femmes dit Jouan. Le seul défaut 
qu'elles ont est que leurs cuisses et jambes sont fort courtes, elles ont la plus 
belle gorge du monde et sont fort blanches ainsi que les hommes, pour des In- 
diens. 

' Ils sont nus, dit Jouan, à la réserve de cinq ou six peaux de loutre qui sont 
de deux pieds en carré environ, qu'ils cousent ensemble, dont ils se couvrent 
les épaules seulement à cause du froid et non pour leurs nudités. Tant hommes 
que femmes la laissent découverte entre eux, mais lorsqu'ils voient des étrangers 
comme nous par exemple, quand ils nous apercevaient, en débarquant ils met- 
taient une courroie de cuir dont ils se ceignaient par dessus ce petit manteau, 



— 490 — 

d'autre suivant leur fantaisie dans de petits canots d'écorce où il 
y a toujours un petit feu au milieu. Chaque famille a son canot, 
savoir : père, mère et enfants qui n'ont point encore de femme, 
dans lesquels ils portent tout ce qui leur est nécessaire. 

Là où la nuit les prend, ils couchent. S'il n'y a point de case 
de faite, ils en dressent une de cette manière : l'homme plante 
8 ou 10 petites gaules en cercle, dont il rabat les bouts les uns 
par dessus les autres en manière de tonnelle, l'entoure par en 
bas de peaux, s'il en a assez, autrement met le peu qu'il en a du 
côté que vient le vent ; au milieu, ils font un petit feu autour du- 
quel ils couchent tous pôle-mcle surdos herbes. A mesure que 
la faim les prend, ils font rôtir des moules que le plus vieux d'en- 
tre eux partage également. 

La principale occupation des hommes et leur devoir est de 
faire la case, la chasse et la poche ; celui des femmes d'avoir 
soin du canot et de plonger les moules, oursins et autres coquil- 
lages, ce qu'elles font avec une adresse admirable deux et trois 
fois le jour, en quelque temps et état qu'elles puissent être de la 
manière suivante : elles se jettent d'abord toutes nues à la nage, 
se couvrant les yeux d'une main pour voir au fond les endroits 
où il y en a le plus, ensuite elles plongent la tète la première à 
quatre et cinq brasses de fond en croisant les jambes si adroite- 
ment qu'il est impossible de rien voir d'impudique. Ces femmes 
reviennent un moment après et portent des brassées de moules 
et quelquefois des roches à quoi elles tiennent, qui pèsent plus 
de cent livres. Lorsqu'elles sont dans des endroits où il y a peu 
de coquillages, elles prennent à la bouche un petit panier de 
jonc et ne reviennent point du fond qu'il ne soit plein. Elles re- 
prennent aussitôt leurs peaux et courent au canot ou à la case 
pour se chauffer. 

Ils font la chasse à la baleine de la manière suivante : ils vont 
cinq ou six canots ensemble et lorsqu'ils en ont trouvé une, ils la 

en sorte qu'ils se cachaient. Mais entre eux ils ne se soucient pas (l'6lre nus, 
môme sitôt qu'il vous connaissent un peu ils n'en font plus de façon, ils ôlent 
leurs manteaux et hommes et femmes se chauffent et dansent avec vous tout nus. 



— 4W — 

poursuivent, la harponnent avec de grandes flèches dont la 
pointe est faite d'os ou de pierre à fusil taillée fort industrieuse- 
ment '. On la laisse ensuite perdre son sang et, quand elle est 
morte, la marée l'échoué sur la côte où ils vont la chercher quel- 
ques jours après. Le premier canot qui la trouve fait de grandes 
fumées pour avertir les autres qui s'y rendent et emportent cha- 
cun leur provision qu'ils mangent toute crue, chair et lard, ce 
qui les rend si puants qu'à peine on les peut souffrir. Ils pren- 
nent les loups marins et les loutres avec leurs chiens après les 
avoir percés de quelques flèches, de môme les oiseaux ; ils se 
servent encore pour les prendre de fdets faits de cordes à boyaux 
de quoi ils en font aussi pour prendre du poisson. 

Ils ont soin, dans les belles saisons, lorsque le bois est en sève, 
d'enlever les écorces qui sont propres à faire leurs canots *, 
avec des coins d'os, lesquels canots peuvent avoir 15 à 16 pieds 
de long sur 3 de large, fort élevés, en pointe des deux bouts, pour 
parer les vagues. Ce sont les femmes qui les font, cousant ensem- 

' Ils n'ont pour armes, dit de Labat, que des flèches dont les dards sont ar- 
més avec des pierres à feu si bien taillées que nos meilleurs ouvriers d'Europe 
auraient peine à les imiter et des perches longues de huit k dix pieds que Ton 
appelle vares au bout desquelles ils amarrent ou enchâssent des os de baleines 
ou de lions marins ou d'autres bêtes, aiguisés ou taillés en forme de lance avec 
lesquels ils varent tous les susdits animaux, et, à défaut d'os, ils en font avec du 
bois le plus dur qu'ils peuvent trouver qu'ils coupent et aiguisent avec des pier- 
res à feu. 

La chair de ces animaux leur sert de nourriture qu'il font quelquefois rôtir sur 
des charbons comme des moules qu'il ne mangent jamais crues et la viande ils la 
mangent comme elle est. Il leur importe peu qu'elle sente ou non. Quand ils ont 
tué quelque animal ou oiseau, ou fait pêche de poisson et coquillage, qui est leur 
aliment ordinaire, ils se le partagent entre toutes les familles, ayant cela par 
dessus nous qu'ils n'ont presque rien qu'en commun pour ce qui concerne la 
subsistance. 

* Ils ont des canols ou pirogues de 12 à 18 pieds de long sur 2 1/2 à 3 pieds 
de large et de profondeur, faits avec des écorces d'arbre qu'ils fendent, avec des 
os ou du bois dur, en forme de planches et ayant plié des branches en forme de 
courbes, ils cousent ces bandes d'écorcc dessus avec tant de justesse qu'elles ne 
font point ou peu d'eau .. et sont quelquefois jusqu'à 12 et 13 personnes dedans 
avec leur équipage et une troupe de chiens qu'ils dressent fort bien pour la chasse 
à terre et à l'eau où ils vont chercher les oiseaux tués ou blessés. (Relation de 
de Labat). 



— 492 — 

ble ces écorces avec de la mousse entre deux et tant d'adresse 
qu'ils sont étanches comme s'ils étaient d'une pièce ; ils mettent 
de petits morceaux de bois courbe dedans pour les renforcer 
comme des membres, avec une pierre plate au fond, dans le mi- 
lieu, sur laquelle ils font du feu nuit et jour. 

Ils font du feu quand ils veulent, avec de certaines pierres mé- 
talliques qu'ils frottent l'une contre l'autre sur une étoupe faite 
de raclure de bois sec qui prend facilement le feu qui tombe 
dessus sans qu'on puisse l'apercevoir. 

Ils se servent de mâchoires de poisson pour peignes, d'os 
apointis pour aiguilles, de boyaux pour fils, de pierres taillées 
pour haches et couteaux, de pots faits d'écorce de bouleau pour 
porter de l'eau, de joncs nattés pour attacher leurs canots au 
bord de la mer et des rivières, de peaux pour voiles àleurs canots, 
de morceaux de coquilles de moules pour polir leurs arcs, flè- 
ches, vares, manches de harpons et avirons, de tisons allumés 
pour couper leurs cheveux, de peaux de pingouins pour enve- 
lopper leurs petits enfants que les femmes portent sur le dos 
dans un coqueluchon qui tient à leurs grandes peaux. 
, Cependant ces peuples trouvent cette vie agréable et leur pays 
charmant, l'innocence et la tranquillité régnent parmi eux. Ils ne 
sont point plus grands maîtres les uns que les autres, si ce n'est 
un certain devoir que les jeunes se font d'obéir aux vieux. L'ami- 
tié qu'ils ont les uns pour les autres, fait qu'ils ne peuvent être 
séparés l'espace de deux jours qu'au retour ils ne se la témoi- 
gnent par des embrassades et des baisers pleins de tendresse. 

L'orgueil et la vanité ne les travaillent pas. Ils ne se mettent 
en peine d'autre chose que de chercher à boire et à manger lors- 
qu'ils en ont besoin et trois de ces pauvres gens nous firent assez 
connaître, par les pleurs qu'ils versèrent pendantplusieurs jours, à 
la Baie Française, à notre bord où on feignait de les vouloir gar- 
der, qu'ils ne changeraient pas cette vie ni leur pays pour toute 
chose au monde, car lorsqu'on les embarqua pour les ramener, 
la joie était peinte sur leurs visages * ». 

» 8 août. — M. dç Terville revint de l'île de feu et amena dans son canot trois 
sauvages de leur bonne volonté, après avoir fait leurs adieux à leurs parents et 



— 493 — 

Le même Du Plessis vante dans un autre passsage de son jour- 
nal de bord, l'affabilité des Fuégiens. « Nous vimes sur une lan- 
gue de terre, raconte-t-il, des chiens et de la fumée, nous ne 
doutâmes pas qu'il y eût des sauvages. Nous fûmes droit en cet 
endroit et nous en trouvâmes un carbet de plus de 40 à 50, tant 
hommes que femmes et enfants qui avaient huit ou neuf de leurs 
petits canots au bord de la mer. 

Aussitôt qu'ils nous aperçurent, ils vinrent au-devant de nous, 
en montrant l'endroit le plus propre à mettre à terre et nous don- 
nèrent beaucoup de bernaches et cormorans dont ils avaient 
grande quantité. Ils paraissaient même jaloux qu'on fût à une 
case plutôt qu'à une autre. M. de Beauchesne donna des cou- 
teaux aux hommes et des bouts de flèches qu'il avait fait forger 
à bord exprès, aux femmes des rubans dont elles s'ornèrent aus- 
sitôt la tête, des ciseaux et autres merceries. Ces pauvres gens 
étaient si contents qu'ils ne savaient quelle chair nous faire. Ils 

amis, comme s'ils eussent eu envie de rester toute leur vie avec nous, et on se 
l'était même persuadé. 

Il en envoya deux k bord qu'on fit souper. Après qu'ils eurent bien bu et 
mangé, on leur donna des chausses qu'ils mirent assez adroitement... 

9 août. — On fit venir les deux sauvages à la messe oîi ils furent fort sérieux 
et attentifs, quoi qu'ils eussent déjà changé de sentiment qu'ils n'avaient peut- 
être jamais eu, comme on l'avait cru d'abord. Ils demandaient les larmes aux 
yeux à s'en retourner. On leur fit quelques signes de refus, non pas qu'on eût 
envie de les garder malgré eux, mais seulement pour voir s'ils étaient fermes en 
leurs volontés, mais ils firent démonstration tout en pleurs et se déchirant le vi' 
sage qu'ils se poignardaient, ayant toujours les yeux tournés du côté qu'ils 
étaient venus, sans en vouloir bouger, ce qui n'empêcha pourtant pas qu'ils 
mangèrent tout ce qu'on leur apporta. 

Après midi, M. de Terville envoya le troisième à bord pour voir ses camara- 
des habillés à la française depuis les pieds jusqu'à ^la tête. Lorsqu'ils l'aperçu- 
rent, ils coururent à lui et s'embrassèrent avec autant d'empressement que s'il y 
avait eu dix ans qu'ils se fussent vus et depuis ne voulurent plus se quitter tous 
les trois.... Le canot du Maurepas fut à l'île de feu ramener ces trois sauvages, 
lesquels ayant été aperçus de loin par leurs familles, les vinrent attendre de loin 
sur le bord de la mer oîi ils les reçurent avec joie et empressement, la plupart 
des femmes avaient les joues déchirées de déplaisir d'avoir été si longtemps sans 
voir leurs enfants, frères ou maris, lesquelles ont encore plus de tendresse que 
les hommes. — (Journal de Du Plessù). 



- 494 - 

nous offraient leurs peaux, flèches, arcs et colliers de coquilles, 
ce qui est toute leur richesse, avec empressement et témoignaient 
être fâchés qu'on les refusât. 

Quelques-uns de nos gens ayant fait entendre à ces sauvages 
qu'ils auraient bien voulu avoir des grandes moules, aussitôt les 
femmes de plonger à 5 ou 6 brasses, nues comme la main, avec 
une adresse admirable pendant plus d'une heure pour tous ceux 
qui en voulaient, sans se contenter de se jeter sept ou huit fois à 
l'eau ». 

« Si l'on habitait le détroit de Magellan, dit un peu plus loin 
le même voyageur, on ferait tout ce qu'on voudrait de ces pau- 
vres gens ; ils sont doux, serviables et très humains. Il est facile 
d'en juger par cette petite aventure. Pendant notre séjour à la 
baie Elisabeth, plusieurs de nos officiers furent un jour à la 
chasse le long de la cùte, à quelques lieues. L'un d'eux, saisi par 
le froid et la faim, tomba dans une si grande faiblesse que ne 
pouvant plus marcher, il fut obligé de se coucher ; ses camara- 
des l'abandonnèrent et il aurait fort mal passé son temps, si 
quelques sauvages, qui passèrent par là dans un canot qu'il ap- 
pela ne fussent venus à lui et, après leur avoir fait entendre, du 
mieux qu'il put, l'état dans lequel il se trouvait et qu'il avait be- 
soin de manger, les femmes se jetèrent aussitôt à la mer pour 
avoir des coquillages qu'ils firent rôtir et après qu'il eut mangé 
quelque chose et repris des forces, ils l'embarquèrent dans leur 
canot et le menèrent dans la baie, à une tente où étaient plusieurs 
de nos gens à blanchir et il leur dit avoir à ces sauvages obliga- 
tion peut-être de sa vie. » 

Si ces sauvages se montraient secourables et accueillants, du 
moins ils n'acceptaient pas les injures sans essayer d'en tirer 
vengeance. De Labat raconte que Jouan et ses compagnons 
« ayant lié connaissance avec plusieurs familles de ces Indiens, 
ils en tirèrent toutes les connaissances possibles pour leur uti- 
lité et non contents du malheur de leur naufrage, ils trouvèrent 
moyen de se prostituer avec les femmes et filles de ces pauvres 
idiots qu'ils envoyèrent à la chasse et pêche pour en jouir avec 



— 495 - 

plus de liberté et maltraitèrent quelques-uns des indiens qui n'é- 
taient pas contents de leurs procédés, ce qui porta ces hommes 
à ce qu'ils ont cru, à faire périr quatre ou cinq de leurs gens qui 
étaient allés en partie de plaisir avec les pirogues desdits Ma- 
gellanistes du côté du détroit de Jeloucet. 

Action qui porta les dits flibustiers à faire un massacre de tous 
les hommes qu'ils trouvèrent sous leurs mains, sans exception 
d'Age, et de retenir les femmes jusqu'à ce qu'ils en fussent las et 
qu'elles leur fussent à charge. » Comme dans la plupart des cas, 
les véritables sauvages ne furent pas ici les Indiens 1 

« Je n'ai pu remarquer, dit Jouan, que les Magellanistes eus- 
sent de religion, car ils adorent chacun différentes choses, les 
uns le soleil, d'autres la mer, d'autres le diable qui les bat quand 
ils ne l'adorent pas. » 

Nos voyageurs sont à peu près du même avis que le flibustier ; 
ils ont cependant recueilli quelques faits capables de jeter un peu 
de jour sur les superstitions et le culte des morts de ces Magel- 
lanistes. 

« Nous avons remarqué, dit du Plessis, que ces peuples ont 
un grand respect pour la lune; car, lorsqu'elle se leva et qu'ils la 
virent, ils lui firent une espèce de prosternation en se couvrant 
les yeux des mains et faisant plusieurs gestes démonstratifs d'une 
grande soumission.... Pendant que nous fûmes mouillés à la baie 
Elisabeth, il y vint plusieurs fois des sauvages et un jour qu'il y 
en avait 8 ou 9, tant hommes que femmes et enfants, plusieurs 
de nos gens remarquèrent que le plus vieux d'entre eux creusa 
une petite fosse sur le bord de la mer et ensuite prit trois coquil- 
les qu'il renversa à l'écart et, après avoir fait plusieurs grimaces 
à deux genoux, il baisa trois fois le bord de la fosse, ce que les 
autres imitèrent peu après. C'était apparemment un sacrifice 
pour se rendre le dieu de la mer favorable. » 

Enfin de Labat n'en sait guère davantage. « Quant à leur reli- 
gion, dit-il, on n'en peut parler pertinemment, n'ayant pu re- 
marquer aucune cérémonie, sinon à la Baie Famine, un jour qu'il 
y avait trois jeunes indiens qui restèrent trois jours à bord. Deux 



— 496 — 

desquels étant un soir sur le gaillard d'arrière, voyant la lune, 
se mirent les deux mains devant la face en les allongeant par 
deux et trois fois vers la lune et faisant chaque fois un cri : ouf^ 
comme nous faisons quand nous voulons faire peur aux enfants. 

Et, à l'entrée du détroit de Saint-Jérôme, comme M. de La Per- 
rière et moi allions reconnaître, nous aperçûmes, au pied d'un 
rocher barbouillé de rouge, plusieurs perches et branches d'ar- 
bres fraîchement coupées. Le dit S"" de la Perrière descendit à 
terre, avec un matelot, pour voir ce que c'était. 

Ils trouvèrent, sous des branches, de grandes peaux de lion 
marin supportées par les perches et dessous un enfant mort, de 
l'âge de deux ou trois ans enveloppé dans des peaux de loutre et 
enchâssé dans un faisceau de petits bâtons liés avec des lianes 
en forme pyramidale. 

Et étant entrés dans une grande baie, au nord de l'embouchure 
dudit détroit, nous trouvâmes une troupe de ces Magellanistes 
qui avaient huit à dix cases dressées. Là, je vis dans une case un 
jeune homme seul auprès du feu. Il chantait, faisait des pos- 
tures, et avait deux ailes d'oiseau en forme de couronne sur la 
tête et tout le corps blanchi avec de la céruse. Je voulus lui par- 
ler, en même temps il se tut et me regarda avec un grand sérieux 
sans me rien dire et, deux ou trois des leurs s'étant approchés, 
me firent entendre que cet homme ne parlait point et, comme 
j'avais vu ce jeune homme et l'ai vu depuis et reconnu n'être 
pas muet, toutes ces façons me font croire qu'ils ont quelques 
cérémonies parmi eux. » 

Nous aurions pu donner encore quelques extraits de ces rela- 
tions inédites mais il vaut mieux nous arrêter. Nous estimons 
très précieux ces détails, parfois naïfs, mais toujours sincères, sur 
une population dont il ne restera bientôt plus de représentants. 



PRÉSENTATION D'OBJETS ETHNOGRAPHIQUES 

M. J. DE LA Rada y Delgado présente quelques exemplaires de la 
riche collection que possède le musée ethnographique de Madrid. 
On voit sur l'un des tableaux les pièces provenant de l'âge de 
pierre, et sur l'autre les pièces fournies par l'âge de bronze. 
On peut remarquer la parfaite similitude entre les pièces corres- 
pondantes des deux âges. ; une hache à rayons, ayant la forme 
d'une étoile ; elle se trouve sur les deux tableaux. A côté de ces 
objets de guerre, il y en a qui servaient aux industries, un entre 
autres, qui rappelle exactement le scalpidum des Romains. 

L'orateur montre encore un démêloir et une pointe de lance 
en obsidienne. 

Tous ces objets proviennent de l'expédition faite en Amérique 
par ordre du roi Charles III. Il n'est plus possible de déterminer 
la provenance des objets. 

M. DE LA Rada appelle l'attention de l'assistance sur une ha- 
chette en bronze, avec incrustations d'argent. C'est un objet 
unique. 

Un membre. — Les Esquimaux excellent dans ce genre de 
travail. 

M. Hamy. — Sur le cuivre ? 

Le membre. — Non, sur le plomb. 

M. de la Rada dit qu'on admet que cette hachette était un 
objet d'apparat, un symbole de puissance et présente pour ter- 
miner un précieux masque en obsidienne. 

M. Guesde présente une série d'aquarelles représentant des 
armes et outils des indigènes précolombiens de la Guadeloupe* 



32 



ARCHÉOLOGIE 

ON SOME CLAIMS OF THE AMERICAN INDIANS 
BY Mr. s. B. Evans. 

I wish to submit to the Congress some observations on the 
American Indians and examine the claims made for them that 
they are the builders of the works of antiquity found in the Uni- 
ted States and Mexico : 

There are races of men inimical to civilization, and in this 
nineteenth century are struggling against its approach,as they 
hâve been from the time history was carved in stone or imprin- 
ted on the cylinders of Babylon. Why thèse were so created, it 
is not the purpose of this paper to inquire, but simply to note : 
Builders of the pyramids and the splendid temples on the Nile 
pushed their civilizing conquests no farther to the south than 
the ruins of their cities show, and beyond thèse were then, as 
now, the howling savages of an African wilderness w^ho fight 
now, as they did then, against the advancé of a humanizing cul- 
ture. On the borders of Assyria, whilst her cities were building 
and during the greatest splendor of that wonderful empire, 
there were hordes of barbarians nomads, who neither tilled the 
soil nor built permanent habitations, but subsisted on the growth 
of their half-tamed flocks, which fed in turn on the natural pro- 
ductions of the earth. The ancient civilizations perished but the 
barbarians remain, preserving wdth fidelity the rude customs of 
their forefathers, and warring still against the ideas which their 
ancestors fought, with a persistence that speaks well for that 



- 499 — 

quality, if for nothing else, that is theirs. If one should search 
for the marks they hâve made on the earth's surface, the search 
woiild be vain ; their mission is to destroy, not to build ; to burn, 
not to create ; they made no monuments in the past ; they are 
making none now ; they never will make any I It would be as 
reasonable to expect that coneys would grow into dam-building 
animais like beavers, as to believe that the cliild of the désert 
would, of his own free will, develop into a builder of cities. As 
well look for quails in a swallow's nest as to look for pyramids 
or temple columns, except where the race of pyramid builders 
hâve been dominant. Bédouins may be annihilated, but they 
cannot be housed ! Thèse observations are based on events re- 
corded in history, accepted as facts by the enlightened world, 
and will not perhaps be questioned. I will undertake now to 
show, by a parity of reasoning, that a similar state of facts must 
exist, when applied to a race of people so closely allied to the 
barbarous and nomadic tribes of Asia and Africa that it will be 
difficult to separate tliem. 

The American Indian does not differ essentially from other 
nomads ; througii the various degrees of latitude where he is 
found, he préserves the traits of his race, and an Arctic travel- 
1er who observes a native on the American side of Behring's 
Straits, will fînd his counterpart on the Asiatic side. 

On the barren wastes of Siberia linger the probable descend- 
ants of Scythians, who made themselves distinctive in their time, 
by scalping their encmies, as do Indians, from the equator to 
the frozen zone, Barring environments that compel déviation, 
the Indian is the same whether encountered in Labrador or Flo- 
rida, Alaska or Guatemala ; and where ver he may be, he willbe 
found making the most out of the spontaneous contributions of 
nature, and doing the least possible amount of labor to main- 
tain existence. To appease the supernatural forces conjured by 
his imagination, wrings from him his greatest exertion, but even 
this does not impel him to such manual labor as the building ra- 
ces employ on ordinary occasions. He fills a fetich-bag with 



— 500 — 

tufts offeathers, bitsof minerai and curions stones, scrawls hi- 
deous caricatures on the face of a cliff, or plants a pôle in the 
ground, surmounting it with a streamer of hair, and this in his 
esteem is a sufficient fulfillment of the obligations due to his 
deity. The squaws of a tribe do ail the labor that is necessary 
to such a rude existence ; stretch skins over the bent pôles of 
the wigwam, dress and prépare the food while the lord of the 
forest takes his pleasure in kilHng game on which to subsist ; 
when the wild animais are driven by his déprédations to other 
fields, he goes with them, the women carrying the scant equip- 
ments, and a new home is established wherever game is abun- 
dant. 

On the sea-coast, where fîrst encountered by Europeans, the 
fish-eating tribes were perforée compelled to sedentary habits, 
and to some extent cultivated corn that was indigenous to the 
soil, but this did not impel them to build permanent habitations : 
the highest example of house-building that bas corne under the 
observation of chroniclers was the « long-house » of the Iriquois, 
and this was but a palisade of logs, covered with skins or the 
bark of trees. With ail the faculties of the Indian mind centered 
on the destruction of birds and animais, he never invented a 
device for that purpose superior to the implements used by pri- 
mitive men everywhere ; his highest raptures are exultations 
over dead and dying enemies, and his idea of a future life a 
hunting-ground where vdld beasts may be slaughtered day after 
day, and yet the number never diminish. That his occupancy of 
the country bas been of long duration there are proofs that seem 
conclusive, and although prodigal in the slaughter of animais 
when given an opportunity, yet his skill was met by the cunning 
of the game he sought ; the wild bufFalo multiplie d on his hands 
and convered the country from one océan to the other. The wild 
ox and the nom ad flourished alike together, and disappear alike 
at the approach of civihzation. 

The United States Bureau of Ethnology in its capacity as a go- 
vernmental department bas seen fit to lend the weight of its 



- 501 — 

commanding influence to a theory that ail the works of antiquity 
in the United States are to be referred to the Indians, whose 
characteristics are briefly sketched in the foregoing pages. Every- 
thing contrary to the theory they maintain and foster, is cha- 
racterized as romantic and visionary in comparison with the opi- 
nion announced with something like officiai authority, by the res- 
pectable gentlemen who hâve crcated a school which might be 
designated as the Fennimore Cooper School of American Ar- 
chaeology, for the reason that it claims for the Indian more than 
he would claim for himself. Disciples of this school hâve met 
with the expériences usual to those who attempt to adjust facts 
to pet opinions, and a notable instance is afforded in the Fifth 
Annual Report of the Bureau, where a distinguished observer 
writing under the sanction of his chief , alludes to the manner of 
Black Hawk's burial, and brings that forward as proof that In- 
dians built mounds within the historié period. This most unfor- 
tunate référence is not perhaps a fair example of the so-called 
évidences in favor of the Indian solution of the mound problem, 
but should at any rate serve as a caution to prevent one from re- 
ceiving with open mouth and willing ear, everything that pro- 
ceeds from officiai sources. ïhe burial of Black Hawk (as rela- 
ted by an eye-witness), is évidence directly opposed to the Bu 
reau theory. He was placed on a slab which rested on the top of 
the ground, with head slightly elevated ; then puncheons or 
slabs were placed over the body in a roof-shaped structure, and 
this was covered with earth to the depth of a few inches. The 
earth was placed over the roof, not as a monument, but for sani- 
tary reasons, and in the interest of deccncy, at the suggestion of 
a whiteman. It was but a rude afï'air, although Black Hawk was 
a great chief ; and when the timbers supporting the roof gave 
way, the structure would fall, but the mass would form only a 
slight irregular élévation that would bear no resemblance wha- 
tever to the mounds proper, which, in this case, are on the 
heights near by. 

In the State of Illinois, and a few miles from St-Louis, there 



— 502 — 

is a stupendous mound of earth, covering an area of nearly four- 
teen (14) acres ; its height is ninety seven (97) feet, and the 
summit is a plateau in the form of a rectangular parallelogram 
comprising nearly one and a half acres. The cubical contents of 
this structure approximate very closely to 1,076,000 cubic yards 
of earth. 

C. H. Sharman, a civil engineer of repute, in St-Louis, has es- 
timated the amount of labor involvcd in the construction of the 
mound. Mr Sharman says : « To construct a mound of this ma- 
gnitude in thèse modem times and witli the best appliances for 
moving earth, it would cost the labôr of 75 teams and 150 men 
for a period of two years, seven months and seven days ; it would 
require the labor of one man 5896 years ; or, putting it in better 
form, it would take 2448 men two years, or 150 mound-builders, 
39 years, 3 months and 18 days. » 

It is not the purpose of this paper to theorize, and no explana- 
tion of the uses of such a structure will be attempted ; its mère 
présence is noted, and whether viewed as a monument or site for 
a building, it commands attention as a mighty record of human 
toil and human enterprise. The enormous amount of labor requi- 
red for such an undertaking involves the necessity for a state of 
things to exist inconsistent and impossible withthe Bureau theory. 
To hâve carried on such a work,there must hâve been a large con 
tingent engaged in coUecting food for laborers ; there would hâve 
been variety of occupations and a compétition in industrial pur- 
suitsthat would hâve induced labor-saving inventions, and thèse, 
or a trace oftheir existence, would hâve been handed down to 
the descendants of any mound-building race to remote généra- 
tions. 

The présence of such a structure and the fifty or more smal- 
1er mounds of the vicinity, imply a large résident population 
which could not hâve been subsisted on the spoils of the chase 
or the meagre supplies that would accrue from the rude system 
of agriculture employed by Indians. Large Indian villages hâve 
neverbeenencountered except on extraordinary occasions. When 



— 503 - 

Custer, standing- on the heights of the Little Big Horn country, 
looking clown on Sitting Bull's camp, which he hoped to sur- 
prise and capture, exclaimed, « It is the largest Indian village 
on the continent ! » he expressed a fact ; but the village was 
an accident, and melted away soon after the battle ; the bands 
dispersed to seek safety and food. Indian policy is opposed to 
concentration except in time of war ; necessity compels wide 
dispersion. 

In the vicinity of Newa,rk, Ohio, is a System of ancient works 
that inspire admiration and wonder from the most indijïerent 
observers. A great circle embraces within its limits the fair 
grounds of the Licking County Agricultural Society. It is in a 
fair state of préservation, and is briefly thus described : 

The w^all varies in width from 33 to 55 feet. There is a ditch 
which varies in width from 28 to 41 feet and in depth from 8 to 
13 feet. It is more than half a mile in circumference and is 
nearly a true circle, as measured by a Bureau officiai. The cir- 
cle of the High Bank works has a diameter of 1050 feet, and is 
so near a perfect circle that the Bureau in one of its publica- 
tions is compelled to make the folio wing admission : « The so- 
mewhat unexpected results to which allusion has been made in 
référence to this and the Observatory Circle, are first that the 
figure is so nearly a true circle ; and second, that the radius is 
almost an exact multiple of the surveyor's chain. » The close ap- 
proximation to géométrie regularity in thèse works is frankly 
admitted by the same observer, and yet the conclusion is drawn 
that Indians might lay ont true circles, and therefore Indians 
were the builders. 

If it be admitted that it is possible for barbarians to arrive at 
such a culture as to be able to describe true circles of such di- 
mensions as at Newark, there must still be a motive supplied 
which would hâve induced them to go to such pains. What 
would prompt a Iribe of such people to lay out grand circles or 
throw up enormous embankments ? Certainly not for the pur- 
pose of holding the country against enemies, as Indian tactics 



— 504 — 

do not include the defence of fortifîed positions, and there is no 
necessity even in modem warfare for true circles. If they were 
made for any other purpose than war, that would be évidence 
of a culture which would survive to some extent at least, in any 
living descendants of the builders. That survival does not exist 
among Indians ! 

Attempts hâve been made to connect the Cherokees with 
moundbuilding in the historié period, but the proofs are as 
faint as in the case of Black Hawk. The same character of évi- 
dence is broug-ht forward to establish that De Soto encountered 
mound-builders during his wanderings in the territory nov^^ em- 
braced in Florida, Georgia, Tennessee and Arkansas. The most 
authentic narrations of that journey are compiled by Théodore 
Irving, where bare mention is made of artifîcial hills as Jjeing 
in some instances the sites forwigw^ams of pettychiefs. Onsuch 
flimsy testimony as this, grave archaeologists déclare that De 
Soto encountered the mound-builders ! To this day the mounds 
in the South and elsewhere are selected by people who never 
built mounds, as convenient places on which to erect modem 
buildings, and early in the century a monastery occupied the 
summit of the great ancient structure at Cahokia. For three 
hundred years the world believed that Spaniards undcr Gortez 
reduced a magnifîcent city, and built as great a onc from the 
ruins. The chroniclers of that romantic adventurc had every- 
tliing to themselves, and prompted by tlieir commander, ma- 
gnifîed the importance of the conquest, and made the Halls of 
the Montezumas as gorgeous as imagination would conceive. 
Thèse marvellous créations were accepted as absolute realities 
by a blind historian who was never in the country, and related 
by the brilliant author embellished with ail his grâce and élé- 
gance, they for many years passed for grave history. AU the 
world now knows that the city on Lake Texcoco, taken by the 
Spaniards, was l)ut an enormous Indian village (perhaps as large 
as that one attacked by Guster), composed of huts ; that the so- 
called Emperor was but the chief of a tribe of barbarians who 



— 505 — ^ 

subsisted principally on insects, reptiles, the puny fîsh of a shal- 
low lake, and the spontaneous products of tlie soil. Thèse barba- 
rians had entered the valley perhaps six hundred years ago, 
and found there the relies of an ancient culture : thirty miles 
from their swamp village was a city in ruins, with remains of 
temples, and a pyramid two hundred feet in height stood in the 
midstofthe désolation. It is to the crédit of the Bureau that 
it does not associate the Aztecs with the buried cities of Mexico, 
but bclieves that some kind of a culture existed in that country 
which is not to be attributed to Indians : but the dividing line 
between the ancient works of Mexico and those of the United 
States has not yet been established on the Rio Grande. Until we 
hear from officiai sources, that line will be difficult to locate. On 
the plateau of Puebla, beneath the shadow of Popocatapetl, is 
the mound of Cholula, which if transported to the Great Ameri- 
can Bottom in Illinois, would fit the surroundings and be pro- 
nounced a part of the System of works ; on the other hand, if 
the mound at Cahokia were placed on the Mexican plain,it would 
be called a pyramid. 

Recurring to the proposition advanced in the opening pages of 
this paper, and applying it to the barbarians of America, it is 
easy to believe that they are not exceptions to the gênerai rule, 
differing in essentials from nomads of the Old World. Of the 
latter we know that their characteristics are preserved through 
succeeding générations. « So unchanged are habits in this cradle 
of thebuman race (the East) that the traveller of to-day, yet meets 
on the slopes of Mt, Olympus the same Turcoman shepherd, as 
simple, as primitive and as barbarous as were bis ancestors five 
hundred years ago ». The Bédouin sheik leads bis marauding 
band over Arabian plains as his fathers did in the time of Napo- 
léon, of Charlemagne, and of Asshur-Bani-Pal. The same stub- 
born persistence in the ways of nomadic life belong to the Ame- 
rican tribes. The European has known them nearly four hun- 
dred years and they are now as when Columbus came. An ex- 
ample is brought to mind : A fragment of a tribe holds a reser- 



— 506 — 

vation near the center of a populous State, where three hun- 
dred individuals of the race are surrounded by the apphances 
and inventions of the âge, and yet, with ail the influences that 
contact with a high civilization afFords, thèse lingering relies of 
a barbarism that once held a continent within its folds, adhère 
rigidly to the customs, religion, modes and superstitions of pri- 
mitive life. There are tribes that roam and peoples who build, 
and the sentiment that prompts each to their doom is as domi- 
nant over them as the instinct of birds and beasts confîning each 
within their respective sphères. Barbarism and the roaming 
propensity still exist as well as a highly developed taste for ar- 
chitecture, but there is no survival eitlier in x^merica or else- 
where, of the culture thatprompted menin the old days to build 
pyramids and mounds : the Egyptians who made Cheops are 
dead ; likewise the men who made the mounds ! Were they the 
ancestors of nomads ? If so, it carries us back to a period so re- 
mote that a race of men hâve had time to materially and radi- 
cally change its habits and retrogade from a certain sort of cul- 
ture to the lowest depths of barbarism. More than this : the ru- 
les that ordinarily govern would necessarily bave been sus. 
pended in order that such a state of facts could exist. 

Expérience and observation of human history teach that there 
are no miracles accomplished for the benefît of, or to the détri- 
ment of anyrace. Certain faculties are vouchsafed by Nature, 
and thèse permit development within certain bounds. The buil- 
ders of to-day inherit that propensity from a line of ancestry rea- 
ching back through the centuries to a time no man may mea- 
sure. If diversifies in their works appear, they are explained 
by the admixture of blood and incorporation of barbarie ca- 
price with hereditary taste and culture. So with peoples to whom 
a différent héritage bas fallen. We see the persistence with 
which they adhère to the tents and wild freedom of their Ish- 
maelitish fathers : and so long as the purity of a race of nomads 
is preserved, so long will there be those to whom it will seem 
idle to build permanent habitations, which may be theirs to-day, 
and to morrow abandoned for-ever. 



DO DÉVELOPPEMENT D'EMPREINTES DE PRODUITS TEXTILES 

SUR LES POTERIES RUSSES ET DE LEUR CONFORMITÉ AVEC LES 
PRODUITS SIMILAIRES DE l'aMÉRIQUE DU NORD 

Par le Prince P. A. Poutjatine. 



Le (Jéveloppement des industries américaines m'était très peu 
connu, et quoique sachant qu'il y avait encore beaucoup de dé- 
couvertes à faire sur ce sujet, je n'avais pas l'intention d'écrire 
un article spécial. Je tenais seulement à susciter les recherches 
relatives aux empreintes de produits textiles et de vannerie sur 
les poteries américaines, en les comparant avec celles de Russie. 
Sur les instances de M. Désiré Pector, je me suis décidé à publier 
le présent mémoire et à m'aboucher avec M. Thomas Wilson. 

En 1889, à Paris, pendant le Congrès international d'Anthro- 
pologie et d'Archéologie préhistoriques, après que M. Thomas 
Wilson eut examiné l'exposé de ma collection, je lui demandais 
« s'il croyait à une similitude entre les cultures textiles améri- 
caines et russes.» Aucune découverte de poterie avec empreintes 
textiles n'avait été, selon lui, faite jusqu'alors au nord de l'Amé- 
rique. Malgré cette réponse négative, je ne renonçais pas à la 
supposition que cette culture pouvait être toute semblable, au 
nord de l'Amérique et dans nos états asiatiques sibériens ; car 
depuis les temps les plus reculés, la communication entre les 
deux pays pouvait facilement se faire par les lies Aléoutiennes, 
Vancouver, etc. Je basais cette opinion sur deux dessins du célè- 
bre ouvrage de M. Holmes « Prehistoric textile fabrics of the 
United States from impression on pottery », (Smithsonian Insti- 



— 508 — 

tution, Bureau of Ethnology, third annual report, 1884). Le pre- 
mier dessin (fig. 87) représente la production textile moderne de 
l'ile de Vancouver (Modem work, Vancouver's Island), et le Dic- 
tionnaire des sciences anthropologiques (Amérique, p. 58 de La- 
borovsky) démontre la trouvaille d'un squelette avec une flèche 
implantée dans un de ses os, et un bracelet de coquille, prou- 
vant que Vancouver a passé par l'âge de pierre. Par conséquent 
si l'âge de pierre y a existé, il faudrait pouvoir prouver pourquoi 
on n'y trouverait point de vestiges de textiles, s'il s'en trouvait 
encore. Sur le second dessin nous trouvons l'empreinte d'une 
tresse, (fig. 66, From a fragment of ancient cliff-house pottery of 
Arizona), et dans le même dictionnaire anthropologique « Amé- 
rique paléoethnologique » nous lisons que dans l'Utah, le Colo- 
rado et l'Arizona on trouve des rochers sculptés, des habitations 
construites dans les roches, avec des pierres sans ciment et des 
briques, etc., restes d'une civilisation disparue, dont un frag- 
ment cité a été trouvé dans l'Arizona au bord du fleuve San- 
Juan dans l'Utah, donnant à croire que les empreintes textiles 
devraient exister à l'est de l'iVmérique septentrionale. 

Pour ce qui est de nous, nous ne nous trouvons pas à l'âge de 
bronze et avons passé directement de l'âge de pierre à l'âge de 
fer. La poterie à empreintes textiles et de vannerie ne se trouve 
pas non plus sur toute la surface de la Russie. Dans l'ouvrage 
du regretté comte Alexis Ouvarow, Vâge de pierre en Russie, 
nous voyons beaucoup d'exemplaires provenant de fouilles fai- 
tes dans les gouvernements de laroslaw, Wladimir, et sur les 
bords du fleuve Oka, objets fort ressemblants à ceux que j'ai dé- 
couverts à Bologoje, Les autres gouvernements de la Russie ne 
sont guère riches en fouilles, semblables en cela au sud et à l'ex- 
trême nord de l'Amérique. M. ïh Wilson, qui le constate, n'a 
jamais eu la chance d'y faire la moindre découverte. La raison 
m'en paraît être dans les évolutions accomplies par les peupla- 
des sauvages en contact avec les Européens et les Asiatiques. 

La nécessité a forcé l'homme à se couvrir de peaux d'animaux; 
mais, en été, les peaux le gênaient et c'est en cherchant d'autres 



— 509- 

moyens qu'il a trouvé la nouvelle méthode de produire le fou- 
lage, et ensuite, les étoffes grossières avec lesquelles presque 
simultanément se développe la vannerie. Cette vannerie, le pro- 
cédé des cordes, et des étoffes grossières et épaisses, où la chaîne 
est composée plutôt de ficelle que de fil *, et les autres étoffes 
aussi très grossières à la manière du damas, l'ont poussé succes- 
sivement à inventer les moyens de fabriquer la toile avec des 
fibres d'ortie et de lin. En faisant mes fouilles à Bologoje j'ai 
pu suivre les étapes progressives du développement de ces in- 
dustries dans les différentes couches. Les empreintes textiles 
sur l'argile des vases ont subi avec le temps différentes évolu- 
tions en couches successives. 1° Au commencement de l'époque 
Campinieniie (Ph. Salmon)', la poterie est grossière et mêlée avec 
du calcaire. Pour les empreintes textiles, on trouve seulement 
les empreintes de minces bandeaux de toile posés en spirales 
l'un sur les bords de l'autre, si bien que le vase était extérieure- 
ment tout entouré de toile. 2° Puis suivent en partie les poteries 
avec les empreintes de cordes tordues ' qui les entouraient afin 
de les mieux affermir ; les vases avec empreintes de vannerie 
et probablement de feutre, si ce n'est de fourrures au moyen 
desquelles on enveloppait tout le vase. Ces produits céramiques 
avec les autres aux ornementations diverses étaient en usage 
à la période de pierre polie. 3° Après cela suivent les poteries 
à empreintes de cordes * et de lacets tressés comme orne - 
ment, et les empreintes, d'étoffes grossières, et autres produits 
céramiques aux ornements divers. C'est la fin de la période 
néolithique qui se termine au premier âge de fer, par les em- 
preintes de toiles sur les poteries, et les autres céramiques 
pour la plupart sans ornement ou avec l'ornement onduleux 

* Voir PI. LXII, fig.606, Musée préhistorique, de M, M. G. et A. de Morfillet. 
' Page 39. L'âge de la pierre à l'Exposition universelle de 4889, par Philippe 

Salmon. 

' Third annual report of the Bureau of Ethnology to the secretary of the 
Smithsonian Institution by J. W. Powell, 1881-82. Prehistoric textile fabricst 
p. 422. 

* /fctd., fig, 413 et 61. 



- 510 - 

(Wellenornament). Plusieurs vases sont faits avec le tour du 
potier. Les poteries les plus anciennes ont la forme de calotte, 
tandis que les empreintes d'étoffes se trouvent sur les débris des 
poteries qui ont un fond pour la plupart, sans aucune marque 
ni estampage. La céramique néolithique est très nuancée, et 
comme le dit M, le baron J. de Baye dans son scientifique ou- 
vrage L Archéologie préhistorique (p. 326j : « Plusieurs vases 
« sont si petits qu'ils possèdent à peine la capacité d'un verre 
« à boire ordinaire. Leur emploi devait être différent de celui 
« des grands spécimens (dont nous avons parlé). Leur exiguïté 
« indique un rôle spécial, etc. » Ce qui étonne, c'est que les 
vases de petites dimensions disparaissent au commencement de 
l'introduction des vases avec empreintes de produits textiles. — 
Mme Sophie von Tormo, qui a fait de célèbres fouilles à Tordos 
(Tordocho\ dans le sud-est de la Hongrie (Siebenburgen), comté 
de Hungad, m'a envoyé récemment des échantillons remarqua- 
bles de la poterie locale primitive. On voit que là on employait 
la toile comme couverture de planche sur laquelle on moulait 
le vase quelquefois ; on le mettait aussi sur une tresse de copeaux. 
Mais là seulement, le fond portait ses marques, tandis qu'en 
Russie, dans l'Amérique du Nord, en partie, en Bohême et en 
Afrique (recherches de M. Soch sur le cap de Bonne-Espérance), 
les étoffes enveloj^paient les bords et non le fond Le fond 
y reste presque toujours sans aucune empreinte textile ou 
ornementale. Plus tard les empreintes du fond aboutirent en 
Russie, en Bohême, etc., aux différentes marques de propriété ; 
nous trouvons une masse de variétés de ces marques, swastica, 

V 

etc. ; dans l'ouvrage de M. Klimest Cermac (Archaeologicke 

V V V ^ 

pnspevky z Câslavka Vy'zkumy na Ilrâdku v Câslavi 1888). 

V V 

Dans les nouvelles fouilles de 1889 à Hradek de Caslav, M. Cer- 
mak a trouvé des fragments de poterie avec des empreintes 
textiles sur les côtés extérieurs, du temps de terramares, pareilles 

V 

à celles de Russie ; ils se trouvent au musée de Caslav. Il n'y a 
là rien d'étonnant : car il doit exister des traits de ressemblance 



— oH — 

dans la culture des mêmes peuples. A.Bologoje, dans la couche 
la plus anciennement habitée, on ne trouve pas d'empreintes 
d'étoffes. Les toiles et les étoffes enveloppaient les côtés, mais 
on ne les mettait pas seulement sous le fond. Les vases se 
séchaient jusqu'à certain point près du feu avec la toile avant la 
cuisson, qu'on retirait pour faire d'autres poteries ; quelque- 
fois on les affermissait avec des branches de bois. Dans les vil- 
lages Russes éloignés, il existe encore une survivance de ces 
coutumes; pour affermir la poterie fragile, les paysans l'enve- 
loppent de toile, mais plus souvent avec celle qu'ils font tresser 
autour des pots au lait en terre cuite ; mais ces enveloppes ne 
laissent pas de traces ineffaçables comme dans la poterie an- 
cienne des fouilles. Les couches géologiques d'alluvion confir- 
ment ces conclusions. Et, comme dit M. Topinard (dans son A?î- 
thropologie) : « Qu'est-ce que la géologie d'ailleurs, sinon l'Ar- 
ec chéologie de la terre et de ses habitants »? A l'Exposition 
universelle, pendant le Congrès Anthropologique de Paris, en 
1889, M. Thomas Wilson m'a montré les empreintes de produits 
textiles moulées en gypse de l'Amérique du Nord. 11 m'a dit alors 
que ces produits se trouvent dans les hautes couches, et que cette 
industrie était assez répandue en Amérique. Avec elle il semble 
que l'art du potier soit entré en décadence. Les formes sont 
plus lourdes, l'ornement n'est pas aussi varié et aussi élégant. 
On ne voit pas de bijoux, pareils au vase Mangue, dont nous 
trouvons le dessin, dans l'ouvrage de notre honoré secrétaire 
M. Désiré Pector *. Les faits de décadence sont très communs dans 
les arts. Les vases classiques Grecs, Etrusques et ceux de Pan- 
ticapée en Crimée ont eu également le même sort. L'industrie 
des poteries à empreintes de produits textiles nous manque 
maintenant : il n'existe même aucune tradition, aucune indica- 
tion, si ce n'est quelques restes dont j'ai parlé précédemment. 
Mais les fouilles et l'expérience prouvent que cette industrie 

* Indication approximative de vestiges laissés par les populations précolom- 
biennes du Nicaragua, 2e partie, Paris, 1889. 



— 512 — 

n'était pas trop éloignée de nos jours. Plusieurs de ces moulages 
d'Amérique ressemblent évidemment à ceux de Bologoje. [Voir 
3*^ annual report of the Bureau of Ethnology to the Secretary of 
the Smithsonian Institution 1881/2, by J. Powell, director, Was- 
hington, 1884. Prehistoric textile fabrics of the United States de- 
rived from impression on potter y ^h^W . H. Holmes. PI. XXXIX, 
fig. 5, 60, 61, 62, 64, 80, 109, 111, 113/5]. 11 est évident qu'il 
y avait une communication par la Sibérie avec l'Amérique du 
Nord. Le célèbre voyageur Nordenskjôld est de cette opinion. 
Ces communications se faisaient, parait-il, assez facilement avec 
les faibles moyens d'autrefois, peut-être par les iles Aléoutien- 
nes, Sackhalin, etc. Donc il n'y a rien d'étonnant à ce que les 
produits de culture du Nord se répandissent par l'échange des 
idées et les indications pratiques des voisins. 

Je prie mes honorables collègues du Congrès de vouloir bien 
émettre leurs opinions à propos de la question que je viens de 
soulever. Ils se persuaderont, j'espère, avec moi que les traces 
d'étoffes textiles sur les poteries permettront un jour de résou- 
dre la question de savoir où s'étendaient les voies par lesquelles 
se répandit l'utile invention des étoffes. 



Exposition comparée d'estampages de poteries Russes 
et Nord-Américaines portant empreintes de produits textiles. 



M. Th. WiLSON, suivant le désir du prince Poutjatine, a envoyé 
au Congrès des estampages en gypse montrant le genre d'étoffes 
apposées sur certaines poteries d'Amérique du Nord. Ces échan- 
tillons proviennent des Etats de Massachussets, New- York, Penn- 
sylvania, Maryland, Washington D. C, North Carolina, Georgia 
et Florida, pour ce qui regarde le bassin de l'Océan Atlantique; 
puis les États d'Alabama, du Mississipi,de Tennessee, de l'Ohio, 



— 513 — 

de rillinois et du Minnesota. Les tissus qui ont été imprimés 
ou frappés sur les poteries en question sont très variés de gen- 
res : ils sont plies, tissés, noués, fermés, ou verts, droits, en zigzag, 
de forme rectiligne ou diagonale. En toute impartialité et contrai- 
rement à la théorie du prince Poutjatine, M. Wilson avoue n'avoir 
trouvé traces de ces sortes de poteries ni au Farwest, ni dans le 
Nord, ni du côté du détroit de Behring, ni chez les Esquimaux, 
ni chez les Indiens. 

Les estampages de poteries russes et nord-américaines, portant 
des empreintes de produits textiles, ont été exposés en séances 
du Congrès. Les américanistes ont pu de visu se rendre compte 
de la grande similitude existant entre les procédés techniques 
de fabrication de la céramique précolombienne du territoire 
russe avec ceux de celle de l'Amérique du Nord. 



88 



ESSAI DE CLASSIFICATION CHRONOLOGIQUE 
DES MONUMENTS DE L'AMÉRIQUE PRÉCOLOMBIENNE 

Par M. Marcel DALY. 

On a reconnu depuis longtemps la parenté plus ou moins di- 
recte qui existe entre les Mounds (cônes ou pyramides tronquées 
en terre, tumuli) des vallées de l'Ohio, du Missouri et du Mis- 
sissipi, les Pueblos de l'Arizona et du Nouveau Mexique et les 
nombreux édifices que nous ont laissés les populations précolom- 
biennes du Mexique, du Yucatan et des territoires de l'Amérique 
centrale. Squier et Davis ont signalé le fait dès 1848, et la thèse 
a été reprise depuis, à différentes époques, notamment au Con- 
grès de 1877, par MM. E. A. Barber (Mémoire sur les anciens 
Pueblos) et A. Marlow^ (Several views on archcEology). • 

Aujourd'hui, beaucoup d'Américanistes semblent d'accord 
pour reconnaître, suivant l'expression même de M. Barber, trois 
branches d'une même race, dont les ouvrages s'étendraient pres- 
que sans interruption, du Canada à l'Amérique du Sud et qui se- 
raient ainsi distribuées au point de vue géographique : 

1° Celle des Mound-Buiiders, occupant la région des lacs du 
Nord, les vallées du Mississipi, de l'Ohio, du Missouri, etc., et 
en général, la région à l'Est des Montagnes-Rocheuses. 

2° Celle des Pueblos, anneau intermédiaire de la Chaîne, s'é- 
tendant du Colorado et de l'Utah au Mexique, en passant par le 
Nouveau Mexique et l'Arizona, principalement à l'ouest des 
Montagnes-Rocheuses. 

3° Celle dont les ruines couvrent le Mexique et l'Amérique 
Centrale. 

Au point de vue chronologique, les travaux des Mound-Buil- 



— 515 — 

ders (constructeurs des Mounds) formeraient le premier terme 
de la série ascendante, qui aboutirait aux constructions plus 
parfaites qu'on trouve au Sud. 

Je crois que l'on aurait tort de vouloir prendre cette théorie à 
la lettre ; elle est trop absolue, et sa précision même est plus ap- 
parente que réelle. Elle ne tient pas assez compte, en effet, de 
plusieurs faits capitaux : le premier c'est que la même région 
comprend souvent des édifices de nature et d'époques fort dif- 
férentes ; le second, c'est que tous les édifices de même nature 
ne se rencontrent pas forcément à la même date. 

C'est trop se hâter que de conclure, de l'unité d'évolution 
technique, à l'unité de temps et de race. 

Ainsi il existe des Mounds au Nicaragua, et M. César Daly en a 
constaté l'existence en 1857, comme il y en a en Floride et le 
long du Mississipi. On y trouve, côte à côte, de grossières pyra- 
mides tronquées en pierres sèches et d'autres édifices qui témoi- 
gnent d'une civilisation beaucoup plus parfaite ; et cependant 
le Nicaragua fait partie de cette Amérique Centrale que nombre 
d'ethnologistes voudraient considérer en bloc comme représen- 
tant le degré de culture le plus avancé des précolombiens de 
l'Amérique. 

De même, il ne serait pas plus rationnel d'assigner un com- 
mun degré d'antiquité à tous les Mounds des Etats-Unis, lorsque 
bien des considérations porteraient à croire, au contraire, que 
leurs dates de construction se répartissent à travers une longue 
période de temps et que. même les derniers d'entr'eux sont rela- 
tivement modernes. 

On peut juger par ces quelques remarques ce que la distribu- 
tion chronologique des ruines américaines a encore d'obscur et 
d'incertain aujourd'hui. 

Cependant en l'état actuel de nos connaissances en américa- 
nisme, alors que la mythologie locale nous est très imparfaite- 
ment connue, que les hiéroglyphes sculptés ou peints sont en- 
core pour nous à peu près lettres-mortes, nous aurions un inté- 
rêt de premier ordre à jeter les bases d'une classification des 



— 516 — 

édifices précolombiens, seuls interprètes compréhensibles qui 
nous restent pour le moment de ce passé disparu. 

Rien n'est positif comme un monument ; rien de plus éloquent, 
de plus compréhensible pour qui sait lire dans ses formes et 
interroger sa structure intime. L'édifice a sa physionomie, comme 
l'être humain; seulement, au lieu de traduire le caractère, |le de- 
gré d'intelligence ou de culture d'un individu, c'est l'âme d'une 
race entière qui s'y reflète. Les pyramides, les temples et les 
hypogées de l'Egypte nous avaient révélé la nature, les habitu- 
des et beaucoup des croyances de leurs antiques possesseurs, 
avant que nous eussions appris à traduire leur langue et à lire 
leurs inscriptions ou leurs manuscrits. Que saurions-nous de la 
Chaldée et de l'Assyrie sans les ruines de Galach, de Nimroud 
ou de Telloh ? 

Comme les races humaines, les monuments obéissent à la loi 
d'évolution ; M. César Daly a été le premier à mettre en 
lumière ce principe fondamental, si fertile en conséquences, du 
parallélisme des évolutions de la société et de l'architecture. On 
peut dire avec lui que l'architecture est par excellence, le sym- 
bole constant du milieu qui l'a vu naître ; elle en est l'expression, 
l'empreinte, pour ainsi dire figée, à travers l'histoire. 

Mais, de même que l'on reconnaît à des caractères précis les 
époques géologiques qui définissent les degrés d'évolution du 
globe terrestre à ses différents âges, de même on peut distinguer 
des phases précises dans le développement architectural de cha- 
que civilisation. Ainsi, il existe une succession technique natu- 
relle des constructions, d'où l'on peut déduire, non pas la date 
astronomique de chaque monument ou série de monuments, 
mais leur ordre relatif d'établissement. 

M. César Daly a fait très justement remarquer que cet ordre 
relatif dépend de deux causes : la première est constante ; on 
commence toujours par exécuter ce qui peut se faire avec le 
moins de difficultés ; ainsi on remue la terre plus facilement 
qu'on ne taille la pierre ; on manie des branches et des roseaux 
plus aisément qu'on abat les grands arbres de la forêt ; il est 



— 517 — 

moins difficile de lier des bois les uns aux autres au moyen des 
liens que la nature a mis en abondance, que d'imaginer et d'exé- 
cuter des assemblages à tenons et mortaises. Il y a là un ordre 
de successions inévitables dans l'histoire de la construction : 
l'homme débute par des procédés fort simples et qui n'exigent 
pas des outils perfectionnés, puis au fur et à mesure des progrès 
de son expérience et de son imagination, souvent, sous l'in- 
fluence d'une nécessité, il perfectionne son outillage et surmonte 
des difficultés nouvelles. Dès lors, nous voici en face d'un pre- 
mier ordre chronologique à établir, fondé sur la nature techni- 
que des choses ; mais c'est un ordre qui offre dans la réalité 
historique, autant de variantes que de pays, de climats et de 
races. 

Appliquons ces considérations aux monuments des aborigènes 
de l'Amérique, Voici à peu près l'ordre dans lequel se présente 
leur développement technique : cavernes plus ou moins appro- 
priées, tentes couvertes de peaux ou d'herbages ; travaux en 
terre, en pierrailles et terre mêlée confusément, ou en pierrailles 
à sec ; en briques crues ou adobes ; en pierres brutes posées en ta- 
lus fortement inclinés ; en pierres brutes par assises approxima- 
tives et cimentées de boue ; en pierres dégrossies laisonnées de 
terre et chaînées de bois ; murs et plafonds de poutres brutes 
juxtaposées ; pierrailles et mortier de chaux ou de plâtre ; pierres 
taillées, avec enduit peint ou modelé, ou modelé et peint ; pierre 
taillée grossièrement enduite d'un ciment décoré ; pierres tail- 
lées par assises régulières et ornées de sculptures. 

Il ne suffît pas d'ailleurs de relever la liste des monuments in- 
digènes, et de les classer dans l'ordre indiqué ci-dessus pour 
pouvoir assigner ensuite, à chaque groupe une date relative. 
Ainsi que nous l'avons fait remarquer au début, la civilisation se 
développe ici plus tôt, là plus tard ; et d'ailleurs les circonstan- 
ces locales peuvent faire que l'un ou l'autre des échelons soit 
sauté dans la série. De ce côté-ci de l'Atlantique, tel peuple em- 
ployait communément le bronze ou le fer, alors que tel autre se 
servait encore d'armes en pierre. De même en Amérique, il n'est 



— 518 — 

pas impossible par exemple, que certains Mound-Builders (cons 
tructeurs de tumuli) voisins des lacs du Nord, aient été les con- 
temporains des architectes relativement plus habiles du Pérou, 
du Mexique ou du Yucatan, dont les monuments occupent ce- 
pendant le sommet du tableau naturel de l'évolution architec- 
turale américaine. Mais en procédant ainsi, nous aurons obtenu 
un premier classement, quitte à y introduire plus tard les chan- 
gements que pourraient amener des découvertes postérieures. 
Dans la deuxième partie de sa conférence, M. Marcel Daly 
présente au congrès les plans des principaux groupes de monu- 
ments de Copan (Honduras) et d'Utatlan près Santa-Cruz-del- 
Quiché (Guatemala), plans établis d'après les relevés exécutés 
sur plan, en 1856 et 1857, par M. César Daly. 

DISCUSSION 

A propos de la communication précédente, M. Ed. Seler fait 
observer que les maisons longues garnies de rangs de piliers 
que M. Daly cite comme accompagnant les adoratorios, c'est-à- 
dire les pyramides consacrées au culte des dieux, se voient aussi 
dans les plans du grand temple de la ville de Mexico dans le 
manuscrit de la collection Aubin (publié en appendice à l'his- 
toire du P. Duran, Mexico 1880) et dans le manuscrit original 
aztèque de l'histoire du P. Sahagun conservé à la Bibliothèque 
du Palais royal de Madrid. Dans le plan de ce dernier manuscrit 
ces maisons longues à rangs de piliers se nomment calmecac. 
Elles sont donc les habitations des prêtres obligés au service du 
temple, près duquel ces maisons se trouvent. 



ARCHÉOLOGIE MEXICAINE 



Par lk Dr A. PENAFIEL. 



L'ouvrage que j'ai l'honneur de présenter au Congrès des 
Américanistes au nom du gouvernement mexicain a pour titre 
« Monuments de l'art mexicain ancien » et se compose de trois 
volumes (grand in-folio) dont l'un contient 186 pages de texte en 
trois langues, espagnole, française et anglaise, et les deux autres 
contiennent 317 planches en noir et en couleurs, faites d'après 
les procédés de phototypie et lithographie. 

Les travaux que vous avez devant vous sont les reliques de 
l'ancienne civilisation aztèque, souvenirs de la patrie mexicaine ; 
elles sont destinées à avoir des applications dans les arts propre-, 
ment dits et spécialement dans nos arts décoratifs modernes 
nationaux. 

L'étude de la céramique a une importance particulière parmi 
les nations américaines, tant au point de vue de l'ornementation 
qu'à celui de la forme même. L'ornementation vraiment mexi« 
caine par sa variété et sa beauté est digne de figurer à côté deâ 
magnifiques travaux de ce même genre exécutés en Grèce et en 
Egypte. Le peu de restes que nous avons des peuples nahoas, des 
mosaïques en pierres et en plumes, ainsi que les travaux d'art 
en cuivre, en or et en argent occupent une place assez importante 
dans l'ouvrage que j'ai l'honneur de vous présenter. Parmi les 
objets destinés à conserver les cendres des corps humains, vous 
trouverez une urne cinéraire qui a appartenu à un des rois de 
Texcoco. 

Sur cette urne on peut lire la date détaillée du jour, du mois, 
et de l'année de la mort de ce roi, qui a eu lieu en 1516, de 



— 520 — 

même que le hiéroglyphe de Nezahualpilli, le prophète qui an- 
nonça l'arrivée des Européens au Mexique, 

La mythologie aztèque, inépuisable matériel de l'archéologie, 
a ici sa part descriptive pour le but auquel l'ouvrage est destiné. 

Vous trouverez encore dans ce même ouvrage les instruments 
de musique, les armes mexicaines, les atlatl ou arbalètes avec 
lesquelles les peuples nahoas jetaient leurs flèches. On n'avait 
qu'une idée imparfaite de ces armes, seulement par la représen- 
tation défectueuse qui se trouve dans le recueil publié dans l'ou- 
vrage monumental de lord Kingsborough, et dans la mappe de 
Tepexpan. L'écriture figurative des Mexicains est ici représentée 
par trois Codex. Les deux premiers portent les titres de « Le 
livre des tributs de Moctezuma II » et Codex zapotèque Sanchez 
Solis ». Le troisième, postérieur à la conquête du Mexique, a été 
trouvé tout récemment par M. le secrétaire du gouvernement de 
l'Etat d'Oaxaca, et je le donne à connaître sous le titre de 
(( Codex Martinez Gracida ». 

Les restes archéologiques des édifices mexicains sont assez 
rares mais pourtant suffisants pour donner une idée approxima- 
tive de ce que furent la nation toltèque et les peuples zapotè- 
ques et tlalhuiques dont la civilisation est visible par les magni- 
fiques palais de Mitla et par le temple de Xochicalco, monument 
qui a servi de base pour construire l'édifice mexicain que vous 
avez vu au champ de Mars, pendant l'Exposition de Paris de 
1889. 

L'étude des signes chronographiques a une importance de pre- 
mier ordre dans l'histoire mexicaine et c'est sur cette étude que 
Ton doit se baser pour la détermination des époques chronologi- 
ques. Cette étude est aussi basée sur les ressources de l'astrono- 
mie, dont les grands phénomènes sidéraux, comme les éclipses, 
étaient soigneusement enregistrés par les historiens indigènes. 

Dans ce but vous trouverez un nouveau matériel parmi plu- 
sieurs monuments dont la description n'a pas été publiée jusqu'à 
présent, et d'abondants renseignements pour l'étude du premier 
monument mexicain que l'on connaît sous le nom de Calendrier 



— 521 — 

aztèque. Dans ce monument se donneront rendez-vous pour plu- 
sieurs années tous ceux qui s'intéresseront à l'histoire et à l'ar- 
chéologie américaine. 

L'ouvrage dont j'ai l'honneur de vous parler a eu besoin d'un 
grand nombre de planches pour lesquelles j'ai employé 
outre les procédés de la photographie, les dessins et travaux des 
meilleurs artistes de mon pays, dont je dois vous mentionner les 
noms ici : Carrai, Velasco y Robirosa. 

C'est à l'initiative personnelle de M. le président de la Répu- 
blique mexicaine, ainsi qu'à l'activité patriotique de mon digne 
chef, M. le ministre des travaux publics, le général Carlos Pa- 
checo, que doivent revenir tous les honneurs que peut mériter 
mon travail. 

Il y a près d'une année qu'on a commencé à faire l'impres- 
sion de cet ouvrage, aux frais de l'Etat. Le premier exemplaire, 
sorti de la presse, presque complet, a été tout particulièrement 
destiné par mon gouvernement à la session parisienne du 
Congrès international des américanistes. 



SUR LES PEINTURES A FRESQUE DES ANCIENS PALAIS 

DE MITLA. 

Par le Dr Ed. SELER. 



Ces peintures se voient sur les quatre façades d'une cour qui 
est adjointe au corps du palais et communique avec lui par un 
passage étroit et coudé deux fois. Chaque façade, dans sa partie 
inférieure, a une porte médiane, conduisant à des chambres 
étroites, à manière de corridors, dont les parois sont couvertes de 
dessins formant des grecques en pierres saillantes du type ca- 
ractéristique de Mitla. Ces mêmes grecques se voient sur les 
quatre façades de la cour, où elles s'arrangent en trois compar- 
timents, chacun d'eux composé de deux bandes horizontales. 
Celui de ces compartiments qui occupe la partie médiane de la 
façade, s'élève un peu plus haut que les deux autres et ainsi 
laisse libre immédiatement au-dessus de la porte médiane une 
bande étroite, encadrée de pierres de taille saillantes. C'est 
la surface de cette bande qui porte les peintures, exécutées en 
rouge et blanc sur un fond de stuc très lisse. Mais ce n'est que 
dans deux des quatre palais de Mitla, que des restes de ces 
peintures se sont conservés. Dans l'un d'eux, que je désigne 
N° 4, qui est le plus proche du cours d'eau et dont les murailles 
délabrées s'élèvent au milieu de potagers, de fruitiers et de ma- 
gueyales, il n'y a que très peu de peintures qui aient survécu à la 
destruction générale. On a vu en outre sur les façades de la cour 
du palais N° 1, qui est situé le plus haut, et qui était sans doute 
celui qui servait d'habitation au grand-pretre Zapotèque, sur- 
nommé uiya-tào « le grand voyant ». A l'époque où les Espa- 
gnols s'installèrent dans ce pays, ce palais fut transformé en 



— 523 - 

cure, et la cour, dont les façades sont couvertes de grecques en 
pierres saillantes, et de peintures finement exécutées sur un fond 
de stuc, dut servir d'écurie aux chevaux d'amble du curé et 
auxènes qui lui apportaient les dîmes de la parojsse. Il va sans 
dire que la négligence et la stupidité des hommes et les intempé- 
ries de quatre siècles ont fait grand dommage. Une des fresques a 
été couverte en partie de maçonnerie grossière. Dans une autre, la 
plus belle de toutes, on a enfoncé, il y a deux ans, des perches 
pour y établir une porcherie. Malgré tout, il en reste assez 
pour nous laisser voir qu'il s'agit ici d'un document des plus 
intéressants du pays, d'une sorte de Codex Borgia, écrit en 
caractères archaïques sur les parois. Lorsque, il y a deux ans, 
je visitai ces ruines, je consacrai onze jours pour y copier avec le 
plus grand soin possible ces fresques. Ce n'était guère une tâche 
facile de faire cette copie. Décomposées, égratignéès, noircies, 
souillées par la fumée, la poussière, le dépôt de quatre siècles, 
il fallut mouiller les peintures pas à pas avec l'éponge, pour 
pouvoir reconnaître le dessin. Simon travail ne réussit pas tout- 
à-fait bien, veuillez tenir compte des difficultés que j'avais à sur- 
monter. A la septième session du Congrès international des Amé- 
ricanistes déjà j'ai eu l'honneur de présenter mes albums de 
voyage aux Congressistes. Dès lors j'ai rangé les diverses pièces 
et les ai mises dans l'ordre où elles se succèdent sur les pa- 
rois. J'ai fait faire des copies parla photographie, et dans quelque 
temps j'espère les publier, accompagnées d'un commentaire. 
C'est à cette publication qui est à faire, que je me permets de 
renvoyer ceux qui s'intéressent à ce qui peut être le sujet de 
ces peintures, en me bornant pour aujourd'hui à quelques re- 
marques. Sur le côté Est de la cour du palais N** 1, on voit une 
bordure qui se compose des éléments de l'image du soleil et de 
figures regardant du haut, une bordure qui, par conséquent évo- 
que l'idée du ciel lumineux, rayonnant. Le champ encadré de 
cette bordure présente une quantité de figures et de symboles, 
parmi lesquels un homme-oiseau, la tête ornée d'une crête de 
plumes, joue un rôle important. Il parait que c'est l'oiseau du 



— 524 — 

soleil. Sur le côté opposé, le côté de l'Ouest, la bordure est for- 
mée par une granulation pourvue d'yeux, qui signifie le ciel 
étoile de la nuit. Le champ de ce côté montre la figure du dieu 
Mixcouatl, répétée un nombre de fois, mais toujours variée et al- 
ternant avec des symboles changeants. Sur le côté Sud la bor- 
dure ne se compose que de cercles blancs sur un fond rouge. Dans 
le champ oh voit la figure du dieu du soleil, répétée un nombre 
de fois, mais aussi toujours variée. Le côté du Nord est le plus 
important. La bordure est la même que celle du côté Sud, mais 
la fresque a ici une longueur qui dépasse celle des autres de trois 
fois. On voit un grand nombre de figures et symboles, et diffé- 
rentes divinités y sont reconnaissables. Mais c'est le dieu Que- 
tzalcouatl, qui s'y répète le plus fréquemment et qui y est sans 
doute la figure principale. Ce côté était celui par lequel on entrait 
dans les temples-grottes des idoles. Dans le palais N» 4, il n'y a 
qu'une façade qui ait conservé des traces plus ou moins conti- 
nues de peintures. On reconnaît une bordure semblable à celle 
du côté Est du palais N» 1, et au milieu l'image du soleil. Celle- 
ci enfermait autrefois sans doute l'image du dieu du soleil, mais 
elle a été détruite à dessein. C'est du bout de cette bordure qu'on 
voit sauter quelques figures d'hommes saisissant de la main une 
corde munie d'yeux ou d'étoiles. Toutes les peintures, et notam- 
ment celles du palais N" 1, sont exécutées avec beaucoup de soin 
et exhibent un style énergique, un peu archaïque, mais pourtant 
ne s' éloignant pas beaucoup de celui du Codex Borgia, du Codex 
Vaticanus B. et d'autres peintures manuscrites. Comme eux, le 
Codex à fresque des palais de Mitla doit être compté parmi les 
sources les plus précieuses qui nous aident à élucider la mytho- 
logie et les traditions des anciennes peuplades du Mexique. 



h^-'""' 



CONGRES DES AMERICANISTES 1890. 





Cod.Mend 9^ 



Cod. Tell. Rem. IV. 1^. 




Cod. Tell. Hem. IV 19. 
Monuments de TAmépique ppé colombienne 



E.LEROUX EDIT 



ÉTUDES ARCHÉOLOGIQUES SUR LE SALVADOR 
PRÉCOLOMBIEN. 

Par le capitaine F. de MONTESSUS de BALLORE. 

Au contraire des autres républiques du Centre-Amérique, le 
Salvador n'a jusqu'à présent donné lieu à aucune étude archéo- 
logique. Les hasards de la carrière militaire m'ayant amené à 
faire dans ce pays un assez long séjour à titre d'instructeur 
(1880-85), j'ai mis ce temps à profit pour recueillir les objets 
antiques qui s'y trouvent en assez grande quantité, et reproduire 
les plus caractéristiques de ceux de quelques collections particu- 
lières, notamment celle de D. Jorge Aguilar de San Salvador. 
Les résultats de ces études feront l'objet d'un travail complet 
dont j'ai l'honneur de présenter quelques planches au Congrès. 
Mais, en attendant sa publication, il a paru intéressant de donner 
quelques indications sur les vestiges des civilisations précolom- 
biennes au Salvador. 

En dehors de toutes théories certainement encore prématu- 
rées sur les migrations qui se sont produites entre les deux 
grandes masses continentales de l'Amérique, soit du nord au 
sud d'après le plus grand nombre des auteurs, soit du sud au 
nord suivant quelques-uns, il n'en est pas moins vrai que le Sal- 
vador a dû être de tout temps un passage obligé pour tous ceux 
que rejetaient vers le Pacifique les difficultés topographiques des 
hautes terres du Honduras. D'ailleurs, pourvu d'un sol fertile et 
bien arrosé, présentant en outre deux cordillières volcaniques 
parrallèles tout indiquées pour servir de refuge aux populations 
qui l'habitaient, le Cuscatlan ou Salvador actuel s'est trouvé dans 
des conditions éminemment favorables au large développement 



— 526 — 

d'une civilisation relativement avancée. Si l'on n'y rencontre 
point, comme au Guatemala ou au Honduras, de grandes cités 
ruinées, vestiges d'empires puissants, cela ne tient probable- 
ment qu'à un climat trop chaud, et à l'instabilité d'un sol fré- 
quemment bouleversé par les phénomènes sismiques ou volcani- 
ques ; et cependant, comme on va le voir, de riches moissons 
archéologiques n'en sont pas moins promises à ceux qui pour- 
ront un jour^ à la faveur d'un pouvoir fort et durable, fouiller 
méthodiquement le sol du Salvador, Il est d'ailleurs à remarquer 
que les antiques civilisations indiennes se sont presque exclusi- 
vement établies sur les hauts plateaux en « tierra templada ou 
fria » , tandis que les conquérants espagnols se sont rapidement 
abâtardis en peu de générations, n'occupant fortement en géné- 
ral que les eûtes, en « tierra caliente », et où ils se sont trouvés 
aux prises avec des conditions climatériques débilitantes. 

Pour ce qui est du Salvador, les produits de la céramique pré- 
colombienne sont assez communs, et sont journellement appor- 
tés par les Indiens de l'intérieur aux personnes qu'ils savent s'y 
intéresser. Mais, interrogés sur leur provenance exacte, on n'en 
peut rien ou presque rien tirer, jaloux qu'ils sont des trésors 
imaginaires qu'ils supposent être l'unique préoccupation des cher- 
cheurs. Quant à exécuter des fouilles scientifiques, il y faut encore 
moins songer. C'est ainsi qu'aux portes mômes de San Salvador^ 
près de la route de Santa Tecla, je n'ai pu ouvrir un beau tumu- 
lus d'apparence sépulcrale. Jamais les propriétaires ne m'en ont 
laissé approcher. 

Que je sache du moins, le Salvador n'a jamais fourni de figu- 
rines en or ou en argent. Cela peut provenir de l'absence de 
mines notables de métaux précieux dans le Salvador, au moins à 
ciel ouvert. 

On n'a pas non plus connaissance de nécropoles comme 
celles de l'Amérique du sud. 

Passons maintenant à l'étude sommaire des vestiges des an- 
ciennes civilisations qui se rencontrent au Salvador. 

Près de San Vicente,sur le flanc sud-occidental du magnifique 



— 527 — 

cône volcanique qui sépare cette ville du pittoresque lac d'Ilo- 
pango, existent dans l'hacienda d'Opico des ruines d'une cité 
peut-être considérable. Ily a une quarantaine d'années un prêtre 
a pu, profitant de son caractère sacré, en extraire de beaux 
restes, entre autres un grand lion (puma) de pierre, de très grand 
style. A deux reprises les Indiens du village voisin de Tecoluca 
m'en ont absolument interdit l'approche. J'ai pu néanmoins m'as- 
surer de l'existence de grandes salles dallées en phonolithe. 

Le volcan de San Salvador présente à sa base nord un lac cra- 
térique très profond, le Chanmico.Une tradition locale prétend 
qu'à l'époque de la conquête existait sur une île escarpée un 
sanctuaire Aénéré et orné de statues colossales que les fanatiques 
espagnols auraient précipité dans ses eaux. Je n'ai pu vérifier 
l'exactitude matérielle du fait, mais ce qui peut le rendre très 
vraisemblable, en attendant que des recherches scientifiques 
soient intervenues, c'est l'existence au voisinage dans la plaine 
basse de Zapotitlan et de San Andres de grandes levées de terre 
découvertes en 1884 par mon infortuné compagnon, le capitaine 
Toullet, tué plus tard à la bataille de Chalchuapa. D'un déve- 
loppement considérable, elles forment entre le volcan de San 
Salvador et de Santa Ana tout un système défensif s'appuyant 
par ses ailes à la Cienaga (marais) de Zapotitlan et au Rio Sucio. 
Cette plaine est en effet le passage obligé pour qui veut éviter 
les difficultés de terrain vers le Honduras dans les régions de 
Chalatenango et d'Ocotepeque. Ce sont des « Mounds » mili- 
taires, qui ont fourni nombre d'objets antiques, par exemple un 
très grand vase polychrome, portant en très haut relief une divi- 
nité indéterminée. 

Le lac de Guija est séparé du Lempa par un malpais (cheyre) 
au travers duquel les eaux se sont frayé un étroit passage. Rien 
n'empêche d'attribuer cette coulée aux volcans de San Diego et 
de Masatepeque, conformément aux traditions indigènes recueil- 
lies en 1858 par Don Marcos Maria Valle, curé de Santa Ana. 
D'après ces traditions le lac devrait sa formation au barrage de la 
vallée par la coulée, et les eaux auraient englouti une vaste cité, 



— 528 — 

dont on pourrait apercevoir les constructions en temps de très 
basses eaux. Si l'examen du terrain rend ces conjectures plausi- 
bles quant à la formation du lac à une époque relativement ré- 
cente, du moins n'ai-je point été assez heureux pour vérifier 
l'existence de ces ruines malgré des recherches réitérées. 

A l'extrémité d'un chaînon détaché de la cordillère côtière, 
près de Panchimalco, département de La Libertad, se voit un 
caûon abrupt (Quebrada del Idolo) au fond duquel se trouve 
un immense rocher sculpté en forme d'idole colossale envahie 
par la végétation. 

La Costa del Balsamo entre La Libertad et Acajutla a été de 
tout temps exploitée pour le baume dit du Pérou, trompeuse 
dénomination due à ce que les Espagnols embarquaient ce pré- 
cieux vulnéraire à Acajutla pour le Callao, et le faisaient venir à 
la métropole par Nombre de Dios et Portobello,et pour dépister 
les flibustiers des Antilles lui donnaient un nom en rapport avec 
son origine apparente. Bien avant la conquête, c'était un impor- 
tant objet de tribut que les populations Cuscatèques payaient à 
leurs maîtres du Mexique ou du Guatemala. Aussi était-il enfermé 
dans des vases richement ornés, et c'est pour cela que fréquem- 
ment de beaux spécimens de la céramique précolombienne se 
rencontrent dans cette région. 

Au Salvador et tout particulièrement encore dans la Costa del 
Balsamo, l'âge de pierre a laissé des restes nombreux : flèches 
d'obsidienne, et haches de serpentine verte admirablement po- 
lies. Beaucoup de ces haches sont d'un module extrêmement ré^ 
duit, 3 à 5 centimètres seulement. Ce n'étaient donc pas des 
armes que ces « piedras de rayo ». Leur destination était proba- 
blement religieuse. En effet, on sait que chaque année s'exécute 
en janvier à Esquipulas, département de Chiquimula, sur la 
frontière du Guatemala et dn Honduras, un pèlerinage auquel 
on accourt depuis le Mexique et même la Colombie. Les Indiens 
de types ethnographiques les plus divers s'y rendent en longues 
files par des sentiers de montagnes fréquentés depuis des siècles, 
et chantent des cantiques tout le long de leurs pénibles marches. 



Or précisément les plus pauvres offrent ces petites haches au 
Christ d'Esquipulas, quand ils ne peuvent lui faire de don plus 
précieux. Il semble qu'ils n'ont fait là que changer de Dieu, en 
attribuant maintenant au Christ des vainqueurs espagnols les dons 
autrefois destinés à leurs sanguinaires divinités. Ces haches sont 
tellement communes que j'ai dû me préoccuper de savoir si leur 
fabrication n'aurait point persisté ; mais de minutieuses recher- 
ches à ce sujet n'ont fourni aucun indice permettant de le sup- 
poser. 

Au point de vue linguistique, la Costa del Balsamo a son im- 
portance. Là se rencontre encore, mais en voie de prochaine 
disparition, un dialecte nahuatlà formes archaïques. Les Indiens, 
jaloux de leur précieux vulnéraire, rendent difficile aux étrangers 
l'accès de leurs montagnes et vivent sous un régime de propriété 
collective qu'entame à peine le système de propriété individuelle 
introduit depuis près de quatre siècles par les Espagnols. 

Les produits de la céramique salvadorénienne antérieure à la 
conquête peuvent se diviser en deux types bien distincts, Mexi- 
cain et Péruvien. La présence du premier n'a rien que de très 
naturel puisque le Cuscatlan était une de ces provinces périodi- 
quement soumises aux puissants empires du nord, Toltèque, Qui- 
che, Maya ou Aztèque, et jusqu'au Lempa se parlait un dialecte 
nahuatl qui a laissé une empreinte profonde dans les noms de 
lieux du pays. Mais l'existence de vases semblables à ceux clas- 
siques du Pérou et de la Bolivie est on ne peut plus digne d'at- 
tention. C'est une question sur laquelle il y a lieu d'insister for- 
tement, surtout parce que de semblables types n'ont point été, 
jusqu'à présent du moins, signalés dans les régions intermédiai- 
res du Darien, du Costarica et du Nicaragua. Or, en archéologie, 
une exception ne doit être que très prudemment acceptée. Les 
rapports actuels entre le Salvador et le Pérou sont à peu près 
nuls. Avant la conquête il devait en être de même, aucun de ces 
peuplés n'étant navigateur. L'introduction de vases péruviens 
ne pourrait donc être admise que du fait des transports modernes 

de baume d'Acajutla au Callao sous la domination espagnole. 

34 



— 530 — 

Est-ce là une hypothèse bien vraisemblable ? Je ne le pense 
pas. Les commerçants espagnols songeaient bien à autre chose 
qu'à renfermer ce produit dans des vases funéraires péruviens. 
Pour élucider, si possible, cette question, et sur le conseil de M. le 
D"" Hamy, conservateur du musée du Trocacléro, des analyses 
optico-micrographiques ont été faites à l'Ecole polytechnique 
pour comparer la terre des objets péruviens authentiques avec 
celle des objets salvadoréniens du type péruvien dont l'origine 
est discutée. Or les unes et les autres terres proviennent de 
roches volcaniques, mais présentent dans leur composition 
des différences notables, de sorte que le débat reste ouvert. 
L'identité aurait prouvé que ces objets venaient de l'Amérique 
du sud, et la dissimilitude complète aurait péremptoirement éta- 
bli qu'ils sont de fabrication indigène au Salvador. Des études 
ultérieures, et surtout des fouilles vraiment scientifiques lorsqu'on 
pourra les exécuter sans se heurtera l'hostilité armée des Indiens 
du Salvador, pourront seules éclairer ce problème délicat, qu'il 
valait mieux poser qu'éluder. 

Sans entrer dans le détail des planches dont les épreuves 
avant la lettre sont présentées au congrès, il y a lieu de signaler 
quelques pièces remarquables. 

Et d'abord un magnifique objet tout-à-fait inédit de porphyre 
gris parfaitement poli. Sa forme en Ufait immédiatement penser 
aux colliers à sacrifices rencontrés au Mexique (Puebla de los 
Angeles, Orizaba,...) ; mais les dimensions trop exiguës, la lar- 
geur (égale à la hauteur), ainsi que le carré des arêtes de la 
pièce salvadorénienne ne permettraient pas l'introduction de la 
nuque, même d'un enfant, et par suite ne sont point favorables 
à cette assimilation. La partie supérieure porte des traces non 
équivoques de chocs répétés produits au moyen de quelqu'autre 
instrument de pierre. La destination de cette pièce unique jus- 
qu'ici, et ornée d'une tête d'un beau style, reste mystérieuse. 

Une tête en terre, dont le faciès rappelle invinciblement les 
types Peaux-Rouge, porte des sillons nets et profonds, qui por- 
tent à penser que le tatouage était quelquefois usité. On sait que 



— 531 — 

la question est discutée ; aussi le D' Hamy ne voit là que des 
indications de peinture corporelle. 

Au Salvador on rencontre de nombreux objets assez singuliers. 
Ce sont les Chin-chins, ou sifflets-hochets, en terre, de formes 
très variées, etrenfermant de petites boules d'argile cuite. Leur 
fabrication s'est continuée de nos jours de sorte qu'il est souvent 
malaisé de décider de l'antiquité de telle ou telle pièce en parti- 
culier. Mais il est bien avéré qu'on en rencontre d'associées avec 
d'autres objets sans conteste antérieurs à la conquête. Un de ces 
chin-chins, d'origine ancienne, représente un oiseau dans une 
attitude orgueilleuse très artistement rendue, ce qui m'amène à 
dire que les anciens Cuscatèques avaient un sentiment artistique 
bien développé. Ils excellaient en particulier dans la représenta- 
tion des attitudes des animaux, et y atteignaient souvent une 
perfection que leurs descendants actuels sont loin de pouvoir 
imiter. 

On rencontre soit dans des figurines de terre cuite, de lave, 
de porphyre, etc., soit dans des statues dont les dimensions va- 
rient de quelques pouces à plusieurs mètres, une attitude accrou- 
pie très caractéristique. La tête est fortement relevée, ce qui 
donne à l'ensemble une grande expression d'adoration religieuse. 
La plupart sont d'une facture grossière, et semblent appartenir à 
une autre époque que les objets de céramique les plus communs. 
Aller au-delà de cette déduction serait prématuré. 

La représentation de personnages barbus a été rencontrée au 
moins une fois au Salvador. Le fait est important dans un pays 
où la population est imberbe. Cortes dut en partie le succès fou- 
droyant de ses armes à l'existence d'une tradition plus ou moins 
vague des prêtres aztèques d'après laquelle des descendants 
barbus des premiers fondateurs de l'empire d'Anahuac devaient 
revenir de l'Orient. C'étaient naturellement les Espagnols. Quoi 
qu'il en soit d'une semblable tradition, la représentation d'hom- 
mes barbus au Salvador était à signaler. 

L'ornementation des vases s'obtenait au moyen de couleurs 
variées et de dessins géométriques, parmi lesquels on remarque 



— 532 — 

la grecque d'un usage assez fréquent, dont la présence en ces 
régions vient à l'appui de l'unité que l'homme présente partout 
en ses procédés dans les pays les plus éloignés les uns des 
autres. 

Les céramistes salvadoréniens connaissaient la couverte. 



PÉTROGLYPHES DE L'ISTHME AMERICAIN, 

DE L'AMÉRIQUE CENTRALE, 

DES GRANDES ET DES PETITES ANTILLES 

Par M. A. L. PIN ART. 



Ce sujet a donné lieu à deux communications distinctes de 
l'auteur, dont le comité a le regret de ne pouvoir donner qu'un 
résumé imparfait, ces mémoires ayant été autographiés et dis- 
tribués avant la publication du présent compte-rendu. 

Dans le premier, l'auteur donne la représentation de pétro- 
glyphes de l'Etat de Panama, du Costa-Rica et du Nicaragua, 
appartenant au même groupe général. Des cercles concentri- 
ques et soleils y dominent. 

Dans le second mémoire, M. A.-L. Pinart donne un résumé 
fort intéressant de ses recherches personnelles archéologiques 
dans les grandes et petites Antilles. Il en résulterait que Porto- 
Rico, fut de toutes les Antilles, l'île où l'art des pétroglyphes 
s'était le plus développé. 

Ils sont dus à l'art spécial des Borrinqueîios et de leurs frères 
des autres Antilles. C'était une nation douce, paisible suffisam- 
ment policée, qu'il ne faut pas confondre avec les Caraïbes, 
ses conquérants. L'auteur passe en revue les diverses inscrip- 
tions trouvées à Porto-Rico dans des grottes. Il s'étend surtout 
sur la Gueva del Islote où l'on remarque la fréquence de figures 



— 533 — 

grimaçantes dans un cercle, et signale la similitude de certaines 
de ces inscriptions avec quelques-unes de l'Ile d'Aruba très-éloi- 
gnée et même de l'isthme de Chiriqui. 

Il cite les grottes de St-Domingue et de Haïti et les figures du 
guava ou grosse araignée, semblables à celles de Porto-Rico, 
qu'on y rencontre. A Cuba les inscriptions sont fort rares. Quant 
à la Jamaïque et aux îles adjacentes, on n'y rencontre aucun pé- 
troglyphe.Pour ce qui est des petites Antilles, M.Pinart énumère 
les inscriptions trouvées aux îles de Grenade, Guadeloupe, Saint- 
Christophe et Saint- Je an. 

Quant à la céramique, c'est St-Domingue qui en fournit les 
plus beaux spécimens (vases anthropomorphes, objets à têtes 
d'hommes et d'animaux, en terre cuite rouge), colliers en pierre 
dure, haches, pilons ou broyeurs à poignées artistiques. Ces 
objets se rencontrent aussi à Cuba, Ste-Croix, St-Dominique, 
St-Lucie, Nevis, St- Vincent, Barbade, Porto-Rico. Dans cette der- 
nière île l'auteur mentionne la découverte d'une sorte de metate 
de roche verdàtre, avec son rouleau, et d'une ducha ou taboure 
en bois dur. 



RUINES DE TIAHUANACO 

Par m. Th. BER. 



L'auteur entretient le Congrès du séjour de six mois qu'il fit 
il y aune douzaine d'années aux ruines de Tiahuanaco. 

Ce mot a en Aymara deux étymologies ; la première : tia = 
assieds-toi, et huanaco = ruminant des Andes ; la seconde : 
thien guanaco = rivages desséchés. 

M. Ber est amené à croire que les monolithes formant ces rui- 
nes proviennent de l'île du Soleil, située dans le lac à environ 
20 lieues de la plaine de Tiahuanaco. Les blocs de granit « ala 



— 534 - 

de mosca » et de grès auraient été extraits d'une carrière placée 
sur les bords de l'Ile et transportés de là dans les « balsas » ou 
barques indigènes en jonc. 

L'auteur établit que quelques-uns de ces blocs énormes, sil- 
lonnés en dent de scie, et dont quelques-uns mesurent jusqu'à 
8 mètres de long, sont désignés à tort jusqu'à présent comme 
pierres de sacrifices ; car ce ne sont que des pierres en voie 
d'être travaillées, équarries par un procédé très simple. De vé- 
ritables pierres de sacrifices existent cependant à la porte du 
Lion (puma puncu). On y remarque des compartiments creu- 
sés régulièrement et pouvant s'adaj)ter aux cérémonies des sa- 
crifices. « 

M. Ber termine en revendiquant pour lui l'honneur d'avoir 
le premier, à la fin de 1876, fait photographier les ruines en ques- 
tion. 



LINGUISTIQUE 



RAPPORTS NÉGATIFS DES LANGUES AMÉRICAINES ET 
POLYNÉSIENNES 

Par le Professeur G. COPIA. 

Je prierai le Congrès de ne plus jamais mettre à Tordue du 
jour la question des rapports entre les langues américaines et 
les langues polynésiennes. Cette question a été vidée au Con- 
grès de Berlin, où MM. Horatio Haie et Steinthal l'ont traitée 
à fond. 11 est démontré qu'il n'y a pas d'affinités grammaticales 
entre les deux groupes de langues. Comme il arrive parfois, la 
personne qui, à Berlin, était chargée de résumer l'un des mé- 
moires sur la question, en a donné une analyse contraire aux 
opinions de l'auteur. On pouvait, alors, en effet, entrevoir une 
affinité entre les deux groupes de langues ; mais on peut dire 
aujourd'hui que cette affinité n'existe pour aucune des langues 
de l'Amérique centrale et même pour aucune langue de la côte 
américaine. Mais en entendant affirmer le contraire, MM. Reiss 
et Bastian nous ont prouvé par l'exhibition des objets polyné- 
siens qui se trouvent au musée de Berlin, qu'il était impossible 
que ces objets pussent remonter au delà de quatre siècles, c'est-à- 
dire ils affirmaient qu'une affinité avec les populations de l'est de 
la Polynésie ne pouvait remonter au delà de 300 ans et avec les 
populations de l'ouest à 200 ans tout au plus. Comme chaque 



— 536 — 

savant est libre d'affirmer aujourd'hui telle chose et de dire 
demain le contraire, je demanderai formellement que la ques- 
tion soit rayée du programme. Je suis d'autant plus heureux 
que M. Pinart n'accepte pas cette prétendue affinité linguisti- 
que que sa compétence est parfaitement connue. 



LANGUE DES ESQUIMAUX 

M. l'abbé Petitot, à la fin de son mémoire sur l'origine asia- 
tique des Esquimaux (Bulletin de la Société Normande de géo- 
graphie, Rouen 1890) lu au Congrès avant son impression, traite 
de l'analogie de la langue des Esquimaux avec celle d'autres 
peuples (chapitre IV). 



LES NOMS DES MÉTAUX CHEZ DIFFÉRENTS PEUPLES DE 
LA NOUVELLE ESPAGNE 

Par le Comte de CHARENCEY. 



L'industrie métallurgique était en honneur, comme l'on sait, 
chez les nations civilisées de l'Amérique, bien des siècles avant 
l'époque delà découverte. Elles savaient non seulement fondre 
l'or et l'argent, mais encore travailler le cuivre soit pur, soit à 
l'état d'alliage, et en fabriquer ainsi une sorte de bronze. Seul, 
l'emploi du fer leur restait, d'une façon générale, à peu près 
inconnu. Elles ne se servaient guère de ce minéral qu'à l'état 
d'oxyde et comme principe colorant. Nous ne parlons pas ici. 



— 537 — 

bien entendu, de l'exception présentée à cet égard, par certaines 
tribus du Rio de la Plata ainsi que par une peuplade d'Esqui- 
maux, lesquels tiraient, dit-on, parti pour la confection de cer- 
taines armes ou instruments, de fer natif ou météorique. Elles 
ne savaient que le forger à froid. Il en était de même pour le 
cuivre natif chez les anciens Mound-Builders des Etats-Unis. 
Rien ne permet de supposer qu'ils aient jamais connu l'art de 
le fondre et l'on peut dire de ces races que, tout en possédant 
l'usage des métaux, elles n'avaient cependant pas, en réalité, 
dépassé l'âge de pierre. 

Il en allait tout autrement pour les habitants du Mexique, de 
l'Amérique centrale, du plateau de Bogota et du Pérou, Ceux-ci, 
ni comme fondeurs ni comme forgerons, ne se montraient trop 
inférieurs à nos populations européennes de l'âge du bronze. 

Quoiqu'il en soit, au dire du Père Motolinia, l'industrie mé- 
tallurgique aurait été portée à la Nouvelle Espagne par le pre- 
mier Quetzalcoatl, en l'an 68 de notre ère. Ce demi-dieu ou hé- 
ros légendaire parait personnifier la migration des Toltèques 
orientaux ou Têtes plates qui vint apporter les premiers rudi- 
ments de la vie policée aux riverains du Tabasco et de l'Uzuma- 
cinta. En tout cas, cette date de 68 semble la plus ancienne à 
laquelle nous puissions, jusqu'à plus ample informé, faire re- 
monter l'apparition de la métallurgio^ en Amérique. 

Du reste, la comparaison des noms des métaux chez différents 
peuples de la Nouvelle Espagne nous fournira sans doute d'u- 
tiles renseignements sur leur histoire primitive et le dévelop- 
pement de leur civilisation. 13Lle modifiera même, dans une cer- 
taine mesure, plusieurs des idées admises jusqu'à ce jour. C'est 
ce que nous allons nous efforcer d'établir dans le cours du pré- 
sent travail. 

Des noms de métaux en Mexicain. — On a coztic teocuitialli, litt . 
« Excrément divin jaune )),decozlic, « flavus » ; téotl, « dieu» 
et cuitlalli, « résidu, excrément » pour l'or. Izlac teocuitialli, 
litt. « Excrément divin blanc », de Iztac « albus », pour l'argent. 
Nous ignorons l'étymologie de Amochitl qui désigne l'étain, 



— 538 — 

aussi bien que celle de Tépuztli, «bronze, cuivre », terme qui, 
aujourd'hui se prend dans l'acception de « métal » en g-énéral. 
On sait que les Mexicains du temps de la conquête, ne sachant 
comment désigner les canons des Européens, les appelaient des 
Tépiiztlis. Les métaux nobles et précieux seuls, nous le voyons, 
jouissent du privilège d'être considérés comme d'origine divine. 
Il y aura lieu au reste, de parler un peu plus loin des motifs aux* 
quels ils semblent devoir leurs étranges dénominations. L'ori- 
gine du mot lemalzli, « plomb » nous est également inconnue. 

De Viiifluence exercée par les races du Mexique sur celles de 
V Amérique Centrale. — On est aujourd'hui d'accordpour reconnaî- 
tre que la famille linguistique dite Maya-Quiché qui occupe une 
grande partie du Mexique méridional ainsi que le nord du Cen- 
tre Amérique se divise en deux groupes bien tranchés et dont la 
séparation remonte sans doute plus haut que les débuts de notre 
ère. Ce sont : 1° le groupe occidental ou Mam-Pokome avec ses 
trois principaux idiomes, le Guatémalien dont le Quiche, le Ca- 
kchiquel et le Zutuhil constituent les principaux dialectes ; le 
Mam du Soconusco, modifié d'une façon à la fois si profonde et si 
extraordinaire par l'intrusion de formes grammaticales emprun- 
tées au Mexicain ; le Pokome de la Véra Paz, jadis, sans doute, 
parlé beaucoup plus au nord et dont le Pokomam, le Pokonchi 
aussi bien que le Gakgi de Coban constituent autant de formes 
secondaires. 2° Le groupe oriental ou Quélène-Huastèque moins 
archaïque de formes et auquel se rattachent le Quélène du Chia- 
pas partagé en ses principaux dialectes, le Tzendale ou Tzeldale, 
le Tzotzil et peut-être même le Chaûabal de la province de Co- 
mitan, le Maya ou Yucatèque et, enfin, le Huastèque, en vigueur 
aux environs de Tampico et qui ne semble guère constituer 
qu'une forme notablement altérée de l'idiome du Yucatan, etc, etc. 

L'étude du calendrier et des noms de jours conduisait à ad- 
mettre que la civilisation avait été apportée des régions de l'Ana- 
huac du Yucatan en passant par le Yucatan. La comparaison 
des noms de métaux nous conduira à des conclusions fort diffé- 
rentes. Elle nous révélera, ou va le voir, la trace d'autres em- 



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prunts faits directement par les peuples du groupe Quélène- 
Huastèque à leurs voisins du Nord. 

Des noms des métaux en Maya. — En Maya, nous avons Takin, 
litt. «f excrément du soleil », de Ta « résidu, excrément » et 
Kin, « jour soleil » pour le cuivre et peut-être le bronze, et Tnn 
ou Taau, « résidu de la lune », de u « lune, mois » pour le plomb. 
Ces dénominations rappellent de la façon la plus étroite, celles 
dont se servaient les Mexicains pour désigner des métaux diffé- 
rents, sans doute, mais respectivement identiques sous le rap- 
port de la couleur. C'est, au reste, on le sait, une tendance géné- 
rale chez les populations du Nouveau Monde de n'adopter les 
termes étrangers qu'en les traduisant dans leur propre langue. 

Le Maya moderne emploie couramment le nom de Takin 
dans le sens de métal en général et même de monnaie. Nous di- 
rons d'un individu riche qu'il a de l'argent, les Yucatèques eux, 
disent qu'il a du cuivre, du métal ou de la monnaie. N'oublions 
pas, à ce propos, le sens parfois donné en latin au mot aes qui 
littéralement signifie « bronze ». Aujourd'hui, Kantakin, litté- 
ralement « cuivre janne », de Kan, « flavus », est le nom Maya 
du laiton. 

Zac-tatt, litt. « plomb blanc, blanc excrément de la lune *, de 
Zac, « albus » désigne l'étain, mais nous n'oserions affirmer que 
ce mot ne soit pas d'origine moderne. 

L'or et spécialement l'or fin, la poudre d'or, s'appelle dans la 
langue du Yucatan, Nab ou Naab. Le même vocable se prend 
encore dans le sens d' « onction » et plus particulièrement, 
d' « onction royale ou sacerdotale». L'abbé Brasseur déclare que 
Nabal indique l'acte de se frotter le corps avec des poudres pré- 
cieuses ou des parfums. Toutefois, rien ne nous révèle chezjes 
anciens princes ou prêtres Mayas, l'usage de s'enduire de pail- 
lettes d'or. Il serait fort possible que nous n'ayons affaire ici qu'à 
de simples homophones se rattachant à des racines différentes. 
La fréquence des cas d'homophonie dans le vocabulaire Maya 
et celui des dialectes congénères s'explique fort bien^ du reste, 
par leur tendance au monosyllabisme et leur habitude d'écourter 
les racines. 



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Le dictionnaire de l'Abbé Brasseur nous donne Naabatun 
pour « mine d'or », de Tim, « pierre » et «, sans doute, voyelle 
de liaison. Il est vraisemblable que ce terme désigne plus exclu- 
sivement le minerai d'or, le métal encore engagé dans sa gangue. 

Nous ne signalons qu'à titre de simple curiosité et sans pré- 
tendre rien conclure d'un tel rapprochement, la ressemblance 
phonétique du terme Maya Nab, Naah avec l'ancien Egyptien 
Noub, Nouv qui signifie également v or », d'où le nom du dieu 
Amibis, litt, « le doré ». L'or de titre inférieur, le chrysochalque, 
le bronze doré et autres substances analogues sont appelés en 
Yucatèque Txnahtim^ixnabatun^ litt. « petit minerai d'or », de ix 
préfixe qui indique à la fois l'infériorité et le genre féminin. 

Nous n'avons rencontré dans aucun des dictionnaires ou voca- 
bulaires par nous consultés, le nom Maya de l'argent. Impossi- 
ble, toutefois, de supposer que ce métal fût inconnu aux anciens 
Yucatèques et la comparaison avec les autres dialectes du groupe 
oriental, nous ferait admettre qu'il devait s'appeler dans la lan- 
gue de la péninsule, quelque chose comme Zac-takiii ou Zacal- 
takiîi, litt. « cuivre blanc » . 

Rien ne prouve que le Maya antique possédât de terme pour 
désigner le métal en général, à moins que Takin ne se fût au 
besoin employé dans ce sens. Aujourd'hui, les Yucatèques don- 
nent au métal en général et spécialement au fer, le nom de 
Mazcab. Le terme semble composé de Maz, « usé, rongé, tri- 
turé » et de cab^ qui signifie tout ensemble « lien, endroit, terre, 
bouillon, chose liquéfiée par la chaleur, lave, miel, substance 
demi-liquide et qui coule lentement ». Le métal serait donc « la 
substance amollie parle feu, et que travaille le forgeron. » Ajou- 
tons que, dès les temps antiques, Mazcab répond à nos expres- 
sions « cachot, prison » . On le trouve pris avec cette significa- 
tion dans Varie de Beltran aussi bien que dans la chronique de 
Chac-xulub-chen . 

Nous n'avons pas rencontré de terme Yucatèque désignant 
spécialement le bronze. Vraisemblablement, cette substance se 
trouvait confondue avec le cuivre, comme en Mexicain. Nous 



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verrons plus loin quelle conclusion il est permis de tirer de ce 
fait. 
Des noms des métaux dans divers dialectes du groupe Oriental. 

— Chez les Indiens Zotziles ou Chauve-souris, des environs de 
Tzotzlem-hà, la ville actuelle de Cinacantan, dans l'état de Chia- 
pas, le mot Taquin évidemment identique, quant au fond, au 
Taki?î « cuivre » du Maya désigne, à la fois, le métal en général, le 

— cuivre, lefer. Dureste, ledernier de cesdeux termes, pour sûr, et 
peut-être le premier sont-ils modernes. On a Canal Taquin, litt. 
« métal jaune, cuivre jaune k, pour « or » de Canal, « flavus », 
c'est l'équivalent parfait du Maya Kantakin, « laiton ». Tzaquil 
taquin, littéralement « métal blanc », voudra dire « argent ». 

Le Huastèque nous donne Patal ou Taquin pour « métal » , 
d'où Maupatal ou Mautaquin, litt. « métal jaune » pour l'or, de 
Ma, Mau, < flavus » et Tzactaquin, litt. « métal blanc » pour 
l'argent. Le plomb est dit Caluc Patal ; nous ignorons la signi- 
fication de l'adjectif caluc. Nous allons voir tout à l'heure que ce 
terme Takin ou Taquin si employé dans le vocabulaire métal- 
lurgique des dialectes orientaux est inconnu des idiomes de 
l'Ouest. 

Des noms de métaux dans les dialectes du g7'oupe occidental. — 
Le Cakgi d'aujourd'hui emploie gigh ou ghigh pour les métaux 
communs, y compris le fer. Puach ou puàcli constitue le terme 
réservé pour les métaux précieux et spécialement l'argent. Gam 
Puach ou Cam puach, « or » ne veut rien dire autre chose que 
« argent jaune » ; rappr. gam, cam flavus des termes jfiTan du 
Maya, Can ou Canal du Zotzil et du Huastèque qui possèdent le 
même sens. Azero,ii acier,» d'importation évidemment moderne, 
n'est autre chose que l'Espagnol acero. 

Le Mam du Soconusco dira, lui aussi, GamPvay pour « or » et 
cette expression qui se rapproche le plus possible du terme cor^ 
respondantdu Cakgi semble bien attester l'existence dans cet 
idiome de Pvay avec le sens d'argent. Le terme gaxbil, dont l'éty^ 
mologie nous reste inconnue, désigne à la fois, le métal en géné- 
ral, le bronze, le fer. Peut-être, au reste, le gaxbil du Mam et le 



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gigh du Cakg-i doivent-ils être considérés comme apparentés l'un 
' à l'autre. 

Des noms des métaux en Olliomi. — Bienquecetidiome en vi- 
gueur au nord de la vallée de Mexico n'appartienne pas aux fa- 
milles de langues dont nous venons de parler, le lecteur sera 
peut-être curieux de savoir les noms qu'il donne aux métaux. 
Les voici, tels que nous les trouvons indiqués dans l'ouvrage de 
Nevé y Molina : 



Fer, métal. 


Na hnç'qha 


Plomb. 


Na buç'zna. 


Or. 


Na ccazti. 


Argent. 


Na tlaxl. 



Les deux métaux précieux se trouvent évidemment désignés 
d'après leur couleur, puisque l'on rencontre l'adjectif iVaw ttaxi, 
pour « blanc, chose blanche » et Ccaxii, doublet, évident de 
Ccazti, pour «jaune ». On remarquera, du reste, l'affinité qui, 
sans doute, n'est pas due au seul hasard, de ttaxi et Ccaxii avec 
le Mexicain iztac ou ixtac, « albus » et Coztic, « flavus ». Nous 
ignorons l'origine et la signification des termes indiquant le fer 
et le plomb. 

Théorie de l'histoire de l'art métallurgique dans la Nouvelle 
Espagne. — C'est sur les rives de la mer des Antilles, dansla ré- 
gion ou s'élevait Xicalnnco, identique suivant nous, à la cité de 
Xibalba du livre sacré, que les populations de la Nouvelle-Espa- 
gne auraient, nous dit-on, pour la première fois été initiées aux 
secrets de la métallurgie. Toutefois, si nous étudions les noms de 
métaux successivement chez les Mayas quiches du groupe occi- 
dental et chez ceux du groupe oriental, nous observerons qu'ils 
n'offrent une physionomie franchement originale que chez les 
premiers. Au contraire, parmi les seconds, les noms des métaux 
précieux ne constituent guère qu'une traduction des termes Me- 
xicains correspondants. Nous ne prétendons pas certes que les 
Xicalancas parlassent Mexicain, mais les Culhuas n'auront, sans 
doute, comme les Mayas, Zotziles et Huastèques, fait que traduire 
dans leurs idiomes respectifs les termes donnés par les anciens 



— 643 — 

inventeurs. Peut-être même, les dialectes Mayas de l'est ont-ils 
conservé une trace d'archaïsme dans l'emploi du terme de Taquin 
ou TaJiin, qui signifiait primitivement (( or » pour désigner le 
métal en général. En effet, l'or semble avoir, en tout pays, été la 
première substance métallique connue, celle que l'on pouvait 
par suite prendre comme le type du métal par excellence. Les 
fouilles de Santorin nous ont révélé l'existence de menus bijoux 
d'or chez les anciennes populations de l'archipel, et cela en plein 
âge de pierre polie. On sait du reste, que les insulaires des 
grandes Antilles fabriquaient à froid quelques objets de parure 
en cette même substance. Du reste, cette circonstance qu'en 
Maya, les termes des résidus divins ou astronomiques sont affec- 
tés non plus aux métaux précieux, mais spécialement au cuivre 
et au plomb ne prouverait-elle pas qu'avant de recevoir des 
leçons de leurs voisins du nord en fait de métallurgie, les Yuca- 
tèques savaient déjà quelque peu travailler l'or et peut-être 
même l'argent. En tout cas, l'affinité des noms des métaux chez 
les peuples du groupe Quélcne-Huastèque ne suffirait pas à 
démontrer qu'au moment où ces termes furent adoptés chez 
eux, ils ne formassent encore qu'une seule et unique tribu. 
La coïncidence sur ce point peut bien n'être que le résultat 
de communications plus ou moins intimes entre chaque peu- 
plade. Il est bien remarquable qu'en Othomi, ce soient pré- 
cisément tout comme en Maya et en Huastèque, les noms des 
deux métaux précieux par excellence qui révèlent une influence 
Mexicaine. 

On n'a guère lieu d'être surpris en voyant certains de ces idio- 
mes employer volontiers le nom du cuivre pour désigner le mé- 
tal en général. Gela n'offre rien que de très explicable chez des 
peuples qui ignoraient la sidérurgie. 

Par exemple, ce qui mérite d'attirer notre attention d'une fa- 
çon toute spéciale, c'est la confusion à peu près générale entre 
les termes désignant le cuivre et ceux qui désignent le bronze. 
Aurait-elle tenu à ce que les Américains d'avant la découverte, 
tout comme nos anciennes populations des cités Lacustres ne sa- 



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vaient réellement pas distinguer l'une de l'autre, ces deux subs- 
tances. Effectivement, en Europe, les traces d'un âge de cuivre 
véritable n'ont pu être constatées que sur un nombre de points 
fort restreint, la province de Valence en Espagne, certains can- 
tons des rives du Danube et de la Grèce méridionale. Partout 
ailleurs, jusque vers la fin de l'Empire Romain, on n'a su fondre 
ce métal qu'en le mêlant à divers alliages et, par suite, c'est du 
bronze que l'on obtenait, et non du cuivre. On est en droit d'ad- 
mettre que si dans certains ustensiles et armes de cette époque, 
la proportion du cuivre apparaît bien considérable, cela tient 
simplement à ce que soumis à plusieurs fontes successives, le 
métal avait forcément perdu la plus grande partie du plomb ou 
de rétain auquel il se trouvait d'abord mêlé. Cette hypothèse 
nous permettrait peut-être d'expliquer d'une façon satisfaisante, 
un passage resté fort obscur des écrivains du temps de la con- 
quête. Les Péruviens, d'après eux, connaissaient un procédé, 
aujourd'hui perdu, pour tremper le cuivre et lui donner une 
dureté égale à celle de l'acier. Ce prétendu métal trempé n'était, 
sans doute, que du bronze, substance, on le sait, beaucoup plus 
résistante que le cuivre pur. En le comparant à l'acier, les 
chroniqueurs Espagnols n'ont fait que nous donner un nouvel 
exemple de leur penchant à l'exagération et de leur peu d'esprit 
critique. Il ne faudrait pas toutefois pousser le rapprochement 
entre l'industrie métallurgique des deux continents plus loin 
que de raison. L'abondance du cuivre natif dans beaucoup de 
localités de l'Amérique a pu décider de bonne heure les autoch- 
thones à employer cette substance à l'état pur et diminuer de 
beaucoup, chez eux, la durée de la période où le bronze se 
trouvait seul employé. Nous n'oserions même pas affirmer que 
l'on n'ait jamais rencontré la moindre trace de l'usage du bronze 
chez les Moundbuilders , lesquels forgeaient avec des marteaux 
de pierre, le cuivre de la région des grands lacs. 

Maintenant, reste à se demander l'origine des bizarres dé- 
nominations d' « excrément divin, excrément du soleil ou de la 
lune » donnée à certains métaux, surtout aux métaux précieux. 



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Les vieux chroniqueurs ne nous fournissent aucun renseigne- 
ment à cet égard, mais il est une légende océanienne qui peut- 
être pourrait nous donner la clef de l'énigme. Et que l'on ne soit 
pas surpris des rapprochements que nous prétendons ainsi éta- 
blir entre l'Ancien et le Nouveau Monde, que l'on ne vienne pas 
nous donner comme une vérité scientifique incontestable, « l'A- 
mérique aux Américains » ! De plus en plus, l'étude des traditons 
antiques aussi bien que celle de la symboli